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THOMPSON, sir JOHN SPARROW DAVID, avocat, homme politique et juge, né le 10 novembre 1845 à Halifax, septième et dernier enfant de John Sparrow Thompson* et de Charlotte Pottinger ; le 5 juillet 1870, il épousa Annie Emma Affleck*, et ils eurent neuf enfants dont quatre moururent en bas âge ; décédé le 12 décembre 1894 au château de Windsor, Angleterre.

John David Thompson fit ses études à la Royal Acadian School et à la Free Church Academy de Halifax. C’était un garçon calme et réservé, et son père s’appliqua, avec quelque succès, à le débarrasser de sa timidité en lui faisant réciter des poèmes aux cérémonies de fin d’année à l’école, puis à des réunions du Halifax Mechanics’ Institute, dont il fut secrétaire plusieurs années. Il lui enseigna aussi une forme de sténographie qu’il avait apprise à son arrivée à Halifax, en 1827, et dont il s’était servi à l’époque où il notait des discours pour le Novascotian, or Colonial Herald de Joseph Howe*. Tant le père que le fils allaient utiliser cette sténographie pour dresser des minutes de procès et des comptes rendus des débats de la chambre d’Assemblée néo-écossaise.

On sait peu de chose sur les six frères et sœurs de John David. Ses deux sœurs aînées moururent à la fin des années 1840 ; son frère William partit pour l’Afrique du Sud en 1859, après une malheureuse carrière d’arpenteur adjoint du comté de Lunenburg, et y mourut d’alcoolisme, en dépit – ou peut-être à cause – des rigoureux principes de tempérance de son père. Son autre frère, Joseph, immigra au Texas en 1866 et mourut l’année suivante de la fièvre jaune. Une autre de ses sœurs se maria en 1867 et s’installa à Barrington. Thompson père mourut en octobre 1867. (À peu près au même moment, probablement pour marquer son respect filial à son père et à la famille irlandaise de celui-ci, John David adopta le nom de Sparrow ; désormais, il s’appellerait John Sparrow David Thompson.) En 1867, sa famille s’était donc dispersée ; il avait alors 22 ans. Son unique sœur survivante et sa mère étaient presque entièrement à sa charge, et la petite maison familiale de la rue Gottingen était sans doute encore hypothéquée. Il entamait sa vie professionnelle à un âge précoce certes, mais avec de lourdes responsabilités.

On avait admis Thompson au barreau de la Nouvelle-Écosse en juillet 1865, après qu’il eut été stagiaire au cabinet de Henry Pryor. En 1869, il s’associa à Joseph Coombes, plaideur d’assez bonne réputation, que Thompson, peu sûr de lui, devait envier. Leur association dura jusqu’en 1873. Thompson dressa aussi, de 1868 à 1873, des comptes rendus de procès et de débats de l’Assemblée.

Quelques mois avant la mort de son père, Thompson avait fait la connaissance d’Annie Emma Affleck, qui habitait au bas de la colline où il vivait. Elle avait son âge et travaillait peut-être dans un magasin de Halifax, à moins qu’elle n’ait aidé sa mère, qui avait encore de jeunes enfants. La cour que lui fit Thompson fut longue, intense et compliquée. Annie était une jeune femme nerveuse, vigoureuse, passionnée, intelligente et jolie. Elle admirait l’intelligence, la modestie et la force morale de Thompson ; c’était, lui semblait-il, un homme sur qui elle pouvait s’appuyer. Dès l’automne de 1867, il allait chez elle six soirs par semaine, l’emmenait en promenade ou lui enseignait le français et la sténographie. Annie décrivait leur relation dans son journal personnel en utilisant, pour les passages importants, la sténographie qu’il lui avait enseignée.

Annie se servait de ce code afin de cacher à ses proches les détails les plus intimes de leurs fréquentations. Les Affleck étaient catholiques et ne voyaient pas d’un bon œil que Thompson, issu d’une famille respectable mais méthodiste, courtise leur fille aînée. La passion de Thompson, tout comme l’encouragement qu’Annie lui donnait, semblait les déconcerter. Les amoureux recouraient donc parfois à la clandestinité : les fréquents billets du jeune homme, en partie sténographiés, étaient « passés en contrebande » (pour employer le terme d’Annie) chez elle. Les objections de la famille de John David étaient peut-être plus sérieuses. Non seulement Annie était catholique, mais Thompson était le seul soutien de sa mère et de sa sœur. Son père avait toujours pratiqué le méthodisme en prônant la tolérance à l’endroit des catholiques, même s’il était irlandais protestant. Ainsi il avait interdit à ses enfants de nouer des liens avec l’ordre d’Orange. Sa mère par contre, de foi presbytérienne, trouvait peut-être à redire contre le catholicisme d’Annie. Quoi qu’il en soit (les sources ne révèlent pas la nature des objections de sa famille), Thompson épousa Annie Affleck le 5 juillet 1870, au salon de l’évêque de Portland, dans le Maine. Pour épouser un protestant, Annie avait besoin d’une dispense ; l’archevêque de Halifax étant alors à Rome, on eut recours à l’évêque le plus proche, celui de Portland. Mme Affleck accompagna sa fille au mariage.

Les nouveaux mariés s’installèrent dans la maison des Thompson. C’est là qu’au début de 1871 le recenseur du dominion enregistra Thompson et les trois femmes de sa maisonnée – son épouse, sa mère et sa sœur : une catholique, une presbytérienne et une méthodiste. Lui-même se disait encore protestant, mais cela n’allait pas durer. En avril 1871, au moment où Annie était enceinte de quatre mois, il se fit baptiser (sous son nom d’origine) en la cathédrale catholique St Mary par l’archevêque Thomas Louis Connolly*.

Thompson méditait ce changement depuis longtemps. Il semble qu’il ait été en quête de certitude en matière religieuse, et que cela l’ait amené tant vers l’Église anglicane que vers l’Église catholique. Peut-être recherchait-il une eschatologie plus articulée, une foi dont la philosophie englobait plus sûrement les réalités terrestres et les mystères célestes ? Connolly, qui en 1867 avait prononcé une série de sermons sur la foi catholique, l’avait beaucoup influencé ; sa personnalité et ses arguments avaient plu à Thompson. Sa décision était sans doute déjà prise au moment de son mariage, mais il attendit près d’un an afin de prouver à ses amis et à ses clients qu’il ne se convertissait pas simplement pour épouser une catholique. Néanmoins, il prenait un risque sur le plan professionnel. Il croyait, semble-t-il, avoir compromis ses chances de réussite et certains de ses amis étaient du même avis. Pourtant, à sa grande satisfaction, aucun de ses clients protestants ne le quitta, ce qui témoigne du respect dont on l’entourait déjà à Halifax.

En 1872, Thompson put acheter une maison à un demi-mille à l’ouest de la demeure familiale, où sa mère et sa sœur continuèrent d’habiter. Willow Park, autrefois propriété de John Young*, était une grande et vieille maison à charpente de bois sise sur une terre de quatre ou cinq acres. Elle lui coûta 12 000 $ (une forte somme, car cette année-là les prix étaient élevés à Halifax) ; il versa 2 000 $ comptant, peut-être en se servant d’une petite propriété qu’il avait acquise. Tous ses enfants, sauf le premier (mort-né), allaient voir le jour dans cette maison.

En octobre 1871, Thompson avait été élu échevin du quartier n° 5 de Halifax ; réélu trois ans plus tard, il demeura au conseil municipal jusqu’en octobre 1877. Ce quartier était le plus grand et le plus populeux de la ville, et c’est là que Thompson s’initia à la vie politique. Avec l’échevin Lawrence Geoffrey Power, il entreprit de colliger toutes les lois de la Nouvelle-Écosse qui s’appliquaient à la municipalité de Halifax. C’était bien de lui. Il aimait ordonner ce qui était confus, ranger, éclaircir, codifier. Les monuments qu’il allait laisser derrière lui (outre la charte de Halifax, le Nova Scotia Judicature Act de 1884 et le Code criminel du Canada de 1892) révéleraient le même trait de personnalité.

Thompson fut secrétaire de la commission qui administrait le nouveau parc de Point Pleasant, superficie d’environ 200 acres qu’avait reprise la municipalité à l’armée britannique en 1873, et c’est lui qui en organisa en partie l’aménagement. Il fit partie de plusieurs comités, mais son travail le plus important se déroula, de 1873 à 1878, au bureau des commissaires d’écoles, dont les membres étaient nommés conjointement par la province et par la ville. Il tenta, autant que possible, de tempérer les différends qui, dans les années 1870, déchiraient catholiques et protestants du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard, et qui se propagèrent inévitablement à la Nouvelle-Écosse. C’est grâce à lui notamment que catholiques et protestants néo-écossais continuèrent de cohabiter dans un seul système scolaire (établi en 1865) après cette période troublée. Légalement parlant, la Nouvelle-Écosse n’avait pas de réseau d’écoles séparées ; encore aujourd’hui, il n’existe qu’officieusement.

      Pendant l’été de 1877, conformément aux dispositions prévues par le traité de Washington en 1871 [V. sir John Alexander Macdonald], la Halifax Fisheries Commission se réunit. Le Canada avait obtenu le droit de pêcher sur les côtes américaines et les Américains, sur les côtes canadiennes, et l’avantage flagrant au profit de ces derniers devait être soumis à l’arbitrage. Les délégués américains, conscients de leur ignorance, engagèrent Thompson pour les aider à préparer leur argumentation. Ils se tirèrent cependant assez mal de l’arbitrage de 1877 [V. Samuel Robert Thomson*], surtout à cause de la faiblesse de leur dossier, mais aussi en raison de la conduite de leur représentant au tribunal d’arbitrage, le sot et ivrogne Ensign H. Kellogg, et de la sympathie du président Maurice Delfosse pour le représentant du Canada, sir Alexander Tilloch Galt.

À l’automne, au terme de son mandat d’échevin, Thompson se laissa convaincre par des amis conservateurs de Halifax de se présenter à une élection partielle provinciale dans la circonscription d’Antigonish. Son cheminement politique avait été plutôt lent. Il avait grandi dans une famille réformiste ; avec son père, un ami intime de Joseph Howe pendant des années, il avait combattu la Confédération comme Howe. En 1869, quand celui-ci était entré au cabinet de sir John Alexander Macdonald, Thompson semblait résigné à ce que la province fasse partie du dominion. À la mort de Howe, en 1873, Thompson était déjà dans le camp des conservateurs, en partie à cause de ce que Charles Tupper* avait conçu vers 1869 et baptisé sa Politique nationale.

En 1877, Thompson n’avait pas vraiment envie d’entrer en politique, ou du moins il voulait une circonscription où il était connu. Il ne savait presque rien de la circonscription d’Antigonish, mais elle était vacante, et le groupe qui entourait le Morning Herald de Halifax, journal conservateur lancé en 1875, parvint à le convaincre de s’y présenter. Il lui faudrait une solide poussée ; Antigonish, aux mains des libéraux depuis quelques années, n’aimait pas les candidats venus de l’extérieur, comme bien des circonscriptions néo-écossaises. Heureusement pour lui, Thompson put compter sur l’archevêque d’Arichat, John Cameron*. Cet Écossais volontaire, vigoureux et compétent était un personnage redoutable. Toujours convaincu d’avoir raison, il menait ses ouailles avec intelligence, droiture et constance. Thompson, qu’il avait connu à Halifax quelques années auparavant chez l’archevêque Connolly, avait fini par l’impressionner beaucoup. L’élection de 1877 semblait perdue d’avance : complètement étranger dans Antigonish, Thompson était de ces hommes d’allure distante qu’il faut connaître pour respecter. Pourtant, après quelques difficultés, et sans aucun doute grâce à l’appui de l’archevêque, il remporta la victoire.

Thompson et Cameron allaient demeurer liés très longtemps. Leur relation était presque filiale, même si le premier n’avait que 15 ans de moins que le second. En 1877, Michael Hannan* succéda à Connolly comme archevêque de Halifax ; il entendait bien affirmer son autorité sur les Sœurs de la charité de la ville, qui résistèrent. Thompson, avocat des religieuses, put compter sur les conseils de Cameron durant le long litige qui s’ensuivit. En 1879, sur son avis et celui de Cameron, croit-on, les sœurs portèrent leur cause à Rome et la gagnèrent. Hannan faillit perdre son siège, et les sœurs gardèrent une reconnaissance éternelle à Thompson.

En septembre 1878, des élections eurent lieu en Nouvelle-Écosse. Le gouvernement provincial de Philip Carteret Hill, libéral qui prétendait parfois ne pas avoir d’étiquette, avait décidé de les tenir en même temps que les élections fédérales. Il espérait profiter ainsi de la prétendue popularité du gouvernement d’Alexander Mackenzie. Or les deux scrutins furent un désastre pour les libéraux : Mackenzie subit une cuisante défaite, tout comme le gouvernement de Hill. Thompson fut élu sans opposition dans Antigonish. Le nouveau premier ministre de la Nouvelle-Écosse était le conservateur Simon Hugh Holmes*, de la circonscription de Pictou. Thompson entra au cabinet à titre de procureur général, fonction qu’il exercerait pendant toute la durée du gouvernement. Comme il s’agissait d’un poste rémunéré par la couronne, il dut se soumettre une deuxième fois au verdict de l’électorat. Même si l’on parla d’une lutte farouche, il gagna encore sans opposition.

Même si le poste de procureur général existe depuis longtemps, les historiens ne se sont guère intéressés au rôle et aux fonctions qui s’y rattachaient. L’administration du droit criminel était de compétence provinciale et, à titre de procureur général, Thompson était le principal légiste de la couronne ou, en d’autres termes, le grand maître du système d’application de la loi. Cette fonction était tombée dans une obscurité relative, en raison surtout de l’incompétence de ceux qui l’avaient exercée après la Confédération [V. Otto Schwartz Weeks]. Thompson travailla très dur, et la correspondance qu’il reçut renseigne mieux que toute autre source sur la nature du poste qu’il occupait. L’appareil judiciaire néo-écossais reposait sur le travail du juge de paix, qui ne touchait que des honoraires et pouvait aussi bien être tonnelier, marchand ou pêcheur, car les avocats considéraient la défense des criminels comme une activité plus lucrative. Les juges de paix consultaient souvent Thompson, surtout dans les cas difficiles.

La principale fonction du procureur général était de poursuivre, au nom de la couronne, tous les suspects de crimes graves. C’était manifestement trop pour un seul homme et, l’un après l’autre, les procureurs généraux envisageaient cette fonction chacun à leur manière. Thompson s’occupait de toutes les poursuites importantes au criminel dans le comté de Halifax, le plus grand et le plus peuplé de la province. Il prenait aussi parfois des causes de l’extérieur : par exemple, celle de Joseph Nick Thibault, du comté d’Annapolis, accusé de meurtre en 1880. Les preuves étaient surtout circonstancielles, et le dossier exigeait une préparation très soignée. Thompson craignait un déni de justice s’il ne s’en occupait pas lui-même. Avec patience et discrétion, il relia entre elles les preuves circonstancielles et les dépositions des témoins oculaires, et Thibault fut condamné.

Thompson travaillait si fort, tant à titre de procureur général que de membre du gouvernement, qu’il était souvent encore en ville aux petites heures, après le passage du dernier omnibus à chevaux. Il devait alors, pour rentrer à Willow Park, franchir un mille et demi à pied. Annie se plaignait d’ailleurs qu’il faisait toujours le travail des autres. Il aida le gouvernement à faire adopter le County Incorporation Act de 1879, qui autorisait les comtés néo-écossais à lever des impôts et leur donnait, dans les faits, un statut de municipalité. Le gouvernement provincial avait conçu cette loi pour se décharger du financement des routes et des ponts. De toute façon, on aurait dû l’adopter bien longtemps auparavant, malgré la forte résistance des contribuables néo-écossais, que l’idée de payer des taxes, y compris pour eux-mêmes, n’avait jamais enthousiasmés. Toutefois, le gouvernement avait une forte majorité et escomptait que les avantages de cette loi deviendraient patents avant les élections suivantes.

Toujours à court de fonds, le gouvernement avait du mal à fusionner tous les chemins de fer privés et publics de la province (sauf le chemin de fer Intercolonial, administré par le gouvernement fédéral) sous l’égide d’un seul organisme appelé le Nova Scotia Railway. C’était surtout le premier ministre Holmes qui tenait à ce projet, mais naturellement tout le cabinet dut s’employer à le concrétiser. On adopta les lois nécessaires en 1881 et 1882 mais, à la veille des élections de mai 1882, Holmes s’était tellement discrédité auprès de ses collègues et des membres de son parti qu’il dut démissionner. Thompson se vit forcé d’accepter la charge de premier ministre.

C’était bien la dernière chose que Thompson souhaitait. Il en avait assez de la politique, et seules les pressions du parti, provincial et fédéral, le firent rester. Les élections eurent lieu en juin 1882, et son gouvernement fut battu. Pourtant, tout ne semblait pas perdu. Immédiatement après le scrutin, Thompson crut pouvoir former un gouvernement en faisant appel à certains des membres les plus souples et les plus généreux de l’opposition. On le respectait des deux côtés de la chambre, et sa tentative aurait pu réussir n’eût été d’un handicap fatal. Il y avait, à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, un poste vacant qui, pensait-on, lui était destiné. On le lui avait promis en récompense de la campagne électorale qu’il avait menée. Thompson n’avait aucune chance de former un gouvernement de coalition s’il ne s’engageait pas fermement à y participer. Comme il ne le pouvait pas, la coalition s’effrita, et il démissionna en juillet 1882. Sir John Alexander Macdonald le nomma sans délai à la Cour suprême.

Durant trois ans, Thompson fut ce que Macdonald appelait un « moine du droit ». Il aimait sa fonction et était aussi bon juge qu’il avait rêvé de l’être. Sa première audience dut faire une très curieuse impression car, âgé de 36 ans, il était la plus jeune de toutes les personnes présentes. Il interprétait la loi avec largesse plutôt que de manière tatillonne. Dans les causes criminelles, il pouvait se montrer charitable si les preuves n’étaient pas concluantes mais, dans le cas contraire, il était ferme, voire sans pitié. Il abhorrait la cruauté, surtout à l’endroit des femmes et des enfants. Par ailleurs, il trouva le temps de participer à la fondation de l’école de droit de la Dalhousie University [V. George Munro]. Au printemps de 1883, en compagnie de Wallace Graham* et de Robert Sedgewick*, il alla visiter les écoles de droit de trois autres universités, Harvard, Boston et Columbia, pour voir comment les choses s’y déroulaient. Il en revint convaincu que Halifax possédait les ressources humaines nécessaires à l’établissement d’une école de droit de première classe. Ce qui manquait cependant, c’était une bonne bibliothèque juridique, qu’il se mit, avec d’autres, à constituer. En 1883 et 1884, pendant les premiers trimestres de l’école, il donna des cours sur la preuve, de si bons cours que même d’éminents avocats du centre-ville de Halifax y assistèrent. En fait, ses talents étaient si remarquables que le gouvernement libéral de la province, qui l’avait battu deux ans plus tôt, lui demanda de dresser un plan de réorganisation de la Cour suprême provinciale. Le Judicature Act de 1884, conçu par lui, réformait la procédure en profondeur et de façon si judicieuse qu’on l’appliquerait tel quel jusque dans les années 1950. Thompson poursuivait donc son petit bonhomme de chemin. Ses enfants naquirent à Willow Park ; son salaire, sans être élevé, était sûr. Il pouvait envisager une misère décente pendant 40 autres années et devenir un jour, sans doute, juge en chef de la province. Son unique ambition était d’être un juge compétent, de connaître le droit à fond.

Cependant, en 1885, le gouvernement de sir John Alexander Macdonald cherchait de nouvelles recrues. Le cabinet s’acquittait mal de ses responsabilités, aussi bien administratives que parlementaires. Trop de ministres étaient vieux, malades ou épuisés. C’était particulièrement le cas de ministres importants comme sir Samuel Leonard Tilley aux Finances, de sir Alexander Campbell à la Justice, et de sir David Lewis Macpherson à l’Intérieur. Parmi les autres, peu étaient de taille à bien se défendre aux Communes. Macdonald devait donc mettre les bouchées doubles, mais il ne pouvait tout faire. De toute évidence, une reconstruction majeure s’imposait. Cependant, avant qu’elle puisse se faire, la rébellion du Nord-Ouest éclata [V. Louis Riel*], et cette fois la survie même du gouvernement était en jeu.

Macdonald avait besoin d’un nouveau ministre qui viendrait de la Nouvelle-Écosse. Normalement, depuis la Confédération, deux Néo-Écossais siégeaient au cabinet fédéral. Or, Tupper avait démissionné en 1884 pour devenir haut-commissaire à Londres, et l’autre, Archibald Woodbury McLelan*, pas très populaire dans sa province, prenait de l’âge. Comme il y avait peu de bons candidats parmi les députés fédéraux conservateurs de la Nouvelle-Écosse, ils risquaient de se jalouser. Cependant, il y avait un homme que tous accepteraient volontiers s’il se laissait convaincre : John Sparrow David Thompson.

Thompson ne voulait pas quitter la magistrature pour retourner dans la « fange » de la politique, comme il le disait. En 1884 et au début de 1885, il déclina des offres poliment mais fermement. Les députés de Halifax supplièrent Macdonald d’insister ; la présence de Thompson au gouvernement ferait plus que compenser les efforts déployés pour l’y faire entrer. Toutefois, ceux qui influencèrent le plus sa décision n’étaient pas des politiques. Il s’agissait de John James Stewart*, rédacteur en chef du Morning Herald, principal journal conservateur de la province, de l’évêque Cameron, et surtout d’Annie. Cameron signala à Tupper, qui faisait aussi pression, qu’il faudrait accepter des conditions : Thompson devrait accéder tout de suite au principal portefeuille du gouvernement, celui de la Justice. Pareille chose ne s’était jamais faite, en particulier pour un jeune et nouveau ministre complètement dénué d’expérience en matière de politique du dominion. Macdonald était si déterminé qu’il accepta ; il muta donc Campbell, son vieil ami et collègue, de la Justice aux Postes. Pourtant, même cela n’aurait pas suffi à convaincre Thompson d’aller à Ottawa sans l’intervention d’Annie.

Thompson aimait être juge, et il était déjà reconnu dans la province comme un homme courageux, indépendant et capable. Mais Annie, en regardant ses collègues de la Cour suprême (« ces vieux corbeaux », comme elle les appelait), se disait que son jeune et brillant mari avait besoin de se mesurer à des défis plus grands que ceux qu’offrait le vénérable tribunal de la route Spring Garden. C’était une femme intrépide, prête à oser et finalement, quand Thompson fut forcé de prendre une décision, c’est elle qui opta pour la politique fédérale. On assermenta Thompson comme ministre de la Justice à la fin de septembre 1885, à Ottawa, mais il lui fallait maintenant une circonscription. Le député d’Antigonish, Angus MacIsaac*, désirait ardemment un poste de juge de comté, et Macdonald était tout à fait en mesure de le lui offrir. Cependant, MacIsaac était libéral, ce qui était gênant. On arriva toutefois à une entente ; il démissionna pour devenir juge du comté d’Antigonish, et en octobre 1885, après une rude bataille, Thompson était élu.

Thompson retourna à Ottawa plus tard le même mois, au moment où le cabinet tenait de longues réunions au sujet de la crise déclenchée par Louis Riel. Le sort de cet homme qui, en août précédent, avait été condamné à la pendaison, dépendait avant tout du ministre de la Justice, mais le prédécesseur de Thompson, Campbell, en avait déjà décidé. Selon Thompson, l’instigateur de la rébellion de 1885, francophone ou anglophone, blanc ou métis, méritait toute la rigueur du châtiment prévu par la loi, mais son avis n’avait pas plus de poids que celui des autres membres du cabinet. Soudain, le 8 novembre, il eut une grave crise causée par des calculs rénaux ; durant deux semaines, il ne put rien faire. Quand il revint, Riel avait été pendu et tout le Québec était en fureur [V. sir Joseph-Adolphe Chapleau ; Honoré Mercier]. Peu après l’ouverture du Parlement, le 3 mars 1886, le député conservateur Philippe Landry* proposa à la chambre d’adopter une motion dans laquelle elle dirait regretter l’exécution de Riel. Thompson fit son premier discours important au Parlement au cours du débat qui s’ensuivit. Selon lui, quiconque encourageait les Indiens à prendre le sentier de la guerre ne devait pas échapper à la justice. Si des Indiens étaient pendus pour avoir assassiné des Blancs, Riel devait l’être aussi. Il concluait par ces mots : « Je n’ai pas tendance à être inhumain ou sans pitié [...] mais à propos d’hommes de cette sorte [...] je répondrais à ceux qui demandent la clémence ce que l’on a répondu en France à ceux qui proposaient d’abolir la peine capitale : « Très bien, mais que les assassins le fassent d’abord. »

Grâce à ce discours, Thompson devint l’une des vedettes de son parti. À son arrivée à Ottawa, personne ne le connaissait, et certains députés avaient même imploré Macdonald de ne pas le nommer ministre. Campbell trouvait qu’il avait l’air d’un prêtre manqué, d’un chrétien trop innocent pour survivre dans la fosse aux lions qu’était la chambre des Communes. Mais les Communes sont un drôle d’endroit, où l’on se méfie de la rhétorique et du style pompeux qui ne laissent pas entrevoir une argumentation puissante. Thompson, justement, ne cherchait pas à convaincre la chambre par des déclamations ou des phrases tonnantes, mais par des faits probants, des paroles raisonnables et son évidente équité. D’emblée, il gagna l’attention des députés. Il parla avec courtoisie et calme, distinctement, d’une voix basse et musicale, comme si son seul souci était de parvenir à la vérité. Et il convainquit le Parlement. Le scrutin qui battit la motion de regret surprit tout le monde, y compris les conservateurs, car jusqu’au discours de Thompson ils s’étaient mal défendus.

Thompson prit sa carrière parlementaire à cœur. Il devint maître du Feuilleton de la chambre et des affaires du gouvernement devant celle-ci. Macdonald avait absolument besoin d’un bon généraliste. D’autres ministres, Mackenzie Bowell*, Joseph-Adolphe Chapleau, sir Adolphe-Philippe Caron*, McLelan et Tilley, étaient capables de répondre à des questions sur leur propre ministère ; sir Hector-Louis Langevin* pouvait peut-être faire davantage. Mais, depuis que Tupper était à Londres, il n’y avait personne sur qui le gouvernement pouvait compter pour affronter l’opposition quand elle déployait toutes ses batteries. Dès la fin de la session de 1886, Thompson avait fait ses preuves, et Macdonald s’en remettait de plus en plus à ce ministre toujours maître de son ministère et de lui-même. Il connaissait à fond les affaires gouvernementales et était prêt à faire tout ce qu’on lui demandait. En moins de deux ans, il devint indispensable.

De même, la manière dont Thompson dirigeait son ministère était exceptionnelle. Peu de ministres de la Justice se sont dépensés autant que lui. Soin, courtoisie, concentration : ces trois mots peuvent résumer son mandat. Il veillait à ce que le travail ministériel soit fait, et bien fait, sans être pour autant un garde-chiourme : s’il s’attendait à ce que les autres fassent de leur mieux, lui-même ne ménageait pas ses efforts. Il n’était pas du genre à parader ni à faire étalage de son influence. Selon lui, il fallait reconnaître le mérite où qu’il se trouve. Il préférait accorder une promotion à un fonctionnaire compétent et faire la sourde oreille à ceux de l’extérieur qui prétendaient avoir droit à une faveur. C’était particulièrement le cas dans le système pénitentiaire, où la nomination d’un directeur de prison, par exemple, faisait l’objet de très fortes pressions politiques. En outre, il tenait à examiner attentivement les dossiers des condamnés à mort. Au moins dans deux cas, il recommanda une commutation de sentence, à l’encontre de l’avis de ses fonctionnaires, parce que d’après lui les preuves justifiaient un verdict de culpabilité mais non une exécution. D’un tempérament sentimental, doux même, Thompson pouvait s’endurcir ; devant la cruauté envers des femmes ou des enfants, il pouvait être implacable.

Lorsque William Alexander Henry*, juge à la Cour suprême du Canada, mourut en mai 1888, on avança immédiatement que Thompson lui succéderait. Plusieurs vacances se produisirent au tribunal durant les quelques années qui suivirent ; chaque fois, on prononça son nom. Il y songea, car il n’aimait toujours pas la vie politique, mais il nomma successivement deux de ses sous-ministres, George Wheelock Burbidge* et Robert Sedgewick. Macdonald et le parti avaient besoin de lui : c’était suffisant pour qu’il supporte les désagréments de sa situation. À l’automne de 1886, Macdonald le mit à l’épreuve au cours d’une tournée du sud-ouest de l’Ontario. Thompson s’habitua à parler en public mais n’en vint pas pour autant à y prendre goût. « Il faut donner le meilleur et le pire de soi-même », disait-il, ce qu’il trouvait difficile. Les assemblées publiques lui semblaient toujours au point d’ébullition. Raisonner là était impossible ; il fallait répondre à brûle-pourpoint.

La contribution de Thompson aux négociations canado-américaines de 1887–1888 sur la pêche, à Washington, le rendit encore plus indispensable qu’auparavant. Tupper était le principal délégué du Canada et, en principe, Thompson n’était que conseiller juridique. Cependant, Tupper n’était pas avocat ; politique bien informé et tapageur, il avait besoin de quelqu’un qui s’occupe des aspects légaux. L’expérience acquise par Thompson lorsqu’il avait conseillé les Américains au moment de l’arbitrage de Halifax en 1877 le rendit particulièrement utile. Il impressionna tellement le principal plénipotentiaire de la partie britanno-canadienne, Joseph Chamberlain, qu’en 1888, même s’il était le cadet des membres du cabinet, il fut fait chevalier commandeur de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges, avec l’approbation et la reconnaissance des deux gouvernements. Cependant, le Sénat américain rejeta le traité de 1888, si laborieusement négocié, et les deux gouvernements durent se contenter d’un modus vivendi.

Qu’il ait été question du droit d’auteur, des pêches nord-américaines, du projet de frontière de l’Alaska ou de la chasse au phoque dans la mer de Béring, questions qui furent toutes soulevées entre 1885 et 1894, Thompson, on le savait, veillerait à maîtriser son sujet et à rédiger un élégant document d’État. Jamais Macdonald n’eut un ministre doué d’un pareil sens du détail ni aussi capable de produire une argumentation claire, ferme et exhaustive pour défendre la position du gouvernement. Macdonald avait assumé la charge des Affaires extérieures du Canada bien avant la création de ce ministère, mais en 1890 il avait 75 ans, et Thompson était devenu, quoique officieusement, son véritable lieutenant dans ce domaine. Macdonald et lui n’étaient pas toujours d’accord : le premier était plutôt attentiste, le second, positif, déterminé, et d’un nationalisme plus subtil que celui de son chef.

Les recommandations que Thompson présentait au cabinet à titre de ministre de la Justice étaient aussi de grande qualité. Son ministère étudiait à fond toutes les lois provinciales, et le sous-ministre, ou lui-même, examinait les articles controversés ou maladroits. Nombre de ses prédécesseurs s’étaient contentés d’écrire la mention « approuvé » sur les recommandations du ministère ; Thompson en formulait une bonne partie lui-même. Après sa nomination, quelques longues querelles avec les provinces prirent fin ou furent soumises à l’arbitrage des tribunaux. Ce fut particulièrement le cas des litiges qui opposaient le gouvernement fédéral et l’Ontario. Au début des années 1880, Macdonald n’avait cessé d’être en lutte avec Oliver Mowat*, premier ministre de cette province. Une fois bien en selle, Thompson amorça une correspondance polie, souple mais ferme. Mowat voulait accaparer autant de pouvoir que possible ; Thompson, lui, voulait discuter des problèmes sous leur aspect juridique et les soumettre au jugement du tribunal. S’il se rendait à Toronto, il poursuivait parfois des discussions avec Mowat. Au fil du temps, les deux hommes établirent une relation cordiale, empreinte de respect pour leurs positions et leurs compétences respectives. Lorsqu’il fut question de nommer Thompson juge en chef de la Cour suprême du Canada, en 1892, Mowat lui écrivit qu’il serait ravi de le voir occuper ce poste et se fierait à ses décisions, même si, malheureusement, il était conservateur.

La querelle qu’engendra la législation manitobaine des chemins de fer se dissipa à la fin des années 1880 par l’élimination du monopole de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique [V. John Norquay*]. Un important désaccord opposait par ailleurs le gouvernement fédéral à Honoré Mercier, premier ministre du Québec, dont on refusa de reconnaître les lois de 1888 et 1889 sur les magistrats de district. Il faut cependant signaler que Thompson n’annula aucune loi après la mort de Macdonald, survenue en 1891. Selon lui, les batailles constitutionnelles devaient se livrer devant les tribunaux plutôt que dans les cabinets politiques. Il comptait, trop peut-être, sur les tribunaux pour trouver des solutions. Il espérait donc que la question des écoles du Manitoba, qui opposait un gouvernement provincial réaliste à un clergé catholique intransigeant [V. Thomas Greenway*], se réglerait par cette voie. Certes, c’est l’éminent libéral Edward Blake* qui, en avril 1890, proposa en chambre que le gouvernement réagisse aux lois scolaires adoptées cette année-là par le Manitoba et confie la question aux tribunaux, mais Thompson accepta cette idée de bon gré. Il voyait là le seul moyen de se débarrasser de textes de loi boiteux qui concernaient bien des groupes aux intérêts divergents et qu’il était difficile et délicat de traiter politiquement. Si ces lois étaient constitutionnelles, pensait-il, le cabinet fédéral n’avait pas le droit de refuser de les reconnaître ; si elles étaient inconstitutionnelles, les tribunaux le déclareraient et, devenues inutiles, elles s’effondreraient.

En 1888, la famille de Thompson quitta Halifax pour s’établir à Ottawa, ce qui mit fin aux misérables années pendant lesquelles il avait logé dans des pensions. Thompson était passionnément attaché à sa famille ; sans sa femme et ses enfants, Ottawa était pour lui un enfer. Les dimanches, surtout, étaient terribles. Il errait dans les rues, après la messe, et jetait un coup d’œil dans les maisons où d’autres hommes étaient entourés de leur femme, de leurs enfants. Lui, qui aurait bientôt 45 ans, vagabondait dans la ville comme un ménestrel. Finalement, sa famille vint s’installer dans une maison sise près de l’intersection des rues Metcalfe et Lisgar. De 1888 à 1894, ils vécurent dans quatre maisons louées, dans le même quartier.

Quand ses fils John Thomas Connolly et Joseph eurent environ 13 ans, Thompson les envoya dans une école de jésuites, la Stonyhurst School, dans le Lancashire, en Angleterre. Ce fut une décision pénible, dictée par l’expérience. En effet, il déplora toujours les lacunes de sa formation et savait combien il était difficile d’y remédier soi-même. Son collègue de Halifax, le député Thomas Edward Kenny*, avait étudié à Stonyhurst et en faisait l’éloge. Les deux aînées de Thompson, Mary Aloysia, surnommée « Babe », et Mary Helena, étudièrent à l’école de jeunes filles des Religieuses du Sacré-Cœur à Sault-au-Récollet (Montréal-Nord). Thompson voulait qu’elles maîtrisent le français, ce à quoi lui-même s’était appliqué en arrivant à Ottawa. Il estimait que c’était manquer de savoir-vivre que de ne pas pouvoir s’exprimer dans cette langue. Il semble avoir eu une préférence pour sa troisième fille, Frances Alice, ou « Frankie » comme tout le monde l’appelait. Née en 1881, dernière des enfants de Thompson à vivre jusqu’à l’âge adulte, elle souffrait d’une maladie de l’articulation des hanches. À compter de 1890 environ, elle subit une série d’interventions chirurgicales et de traitements, au meilleur des connaissances en orthopédie de l’époque, par le docteur Thomas George Roddick*, professeur de chirurgie à la McGill University. En octobre et novembre 1891, elle faillit mourir. Elle avait constamment besoin de soins, mais contrairement à Margaret Mary Théodora, la fille de Macdonald, qui était hydrocéphale et mentalement attardée, elle était brillante, intelligente, vive, et elle charmait tout le monde. Ses opérations et ses maladies coûtaient cher, et Thompson s’inquiétait constamment à son sujet. Il espérait toujours qu’une nouvelle intervention lui rendrait la santé et la ferait redevenir la petite fille enjouée qui s’élançait sur le sentier de Willow Park pour se jeter dans ses bras quand il rentrait à la maison. La maladie terminale de Macdonald fut un moment pénible pour Frankie car, pendant qu’elle subissait des opérations à Montréal, Thompson dut rester à Ottawa.

Thompson fut le dernier ministre à voir Macdonald avant la terrible attaque qui le terrassa le 29 mai 1891. Après la mort de ce dernier, une semaine plus tard, le cabinet traversa une crise dont Thompson fut presque le personnage central. Le problème venait en partie de ce que le gouverneur général lord Stanley* était sûr que Macdonald avait nommé un successeur dans son testament, mais ce document demeurait introuvable. Pendant deux semaines, le parti discuta ferme pour déterminer qui prendrait la relève. Finalement, Stanley demanda à Thompson de former un gouvernement. Il refusa : il n’avait peut-être pas de réelle soif de pouvoir, et puis il savait qu’un assez grand nombre de conservateurs ontariens n’aimeraient pas avoir un premier ministre catholique. Il recommanda donc la nomination de John Joseph Caldwell Abbott qui, après avoir hésité, accepta.

À ce moment, le comité des privilèges et élections de la chambre tentait de disculper le département des Travaux publics de Langevin [V. Thomas McGreevy] des allégations de corruption prononcées contre lui. Cependant, Thompson aux Communes et Abbott au Sénat, résolus à connaître le fond de l’affaire, voulaient une enquête complète. Le gouvernement engagea des avocats pour conseiller Langevin, qui semblait inconscient du danger, et offrit des avocats au principal député de la poursuite, Joseph-Israël Tarte*, afin de parvenir plus sûrement à la vérité. L’enquête dura tout l’été de 1891 ; pendant ce temps, aux Communes, les libéraux tentaient d’en tirer le meilleur parti possible. Il ne leur manquait que 27 sièges pour accéder au pouvoir ; il suffirait donc que 14 députés ministériels fassent défection pour que le gouvernement tombe. Toutefois, en choisissant de faire toute la lumière sur l’affaire, Thompson rallia les députés conservateurs. Le cabinet força Langevin à abandonner son portefeuille et ne lui laissa que son siège de député. Désireux de profiter à fond du scandale de Langevin, les libéraux avaient mis en doute la validité d’un grand nombre de scrutins. Les premières élections partielles se tinrent au début de 1892 mais, à mesure qu’elles se déroulaient, elles s’avéraient catastrophiques pour eux. En tout, il y eut une cinquantaine d’élections, qui eurent pour résultat de porter la majorité conservatrice à environ 65 sièges à la fin de 1892. Le parti conservateur n’avait pas joui d’une telle majorité depuis l’année faste de 1878.

Cette position de force permit au gouvernement d’adopter, en 1892, le nouveau Code criminel de Thompson, présenté aux Communes en 1891, soumis à l’examen des juges puis présenté de nouveau en chambre sous une forme modifiée. Compilé par le juge George Wheelock Burbidge, ancien sous-ministre de Thompson, et par Robert Sedgewick, son sous-ministre d’alors, le Code criminel du Canada s’appuyait sur la jurisprudence anglaise et canadienne et simplifiait considérablement le droit et la procédure. Il ne reprenait pas la distinction vétuste entre infraction majeure (felony) et infraction grave (misdemeanour), autorisait les suspects à témoigner en leur propre nom et tentait d’alléger le châtiment des jeunes délinquants. Thompson n’eut guère de mal à faire adopter le Code aux Communes, mais Abbott dut livrer une dure bataille au Sénat.

En août 1892, Abbott tomba malade et se rendit outre-mer en octobre pour consulter des médecins. Bien des membres de l’aile ontarienne du parti conservateur voulaient qu’il demeure premier ministre, ce dont le Grip, hebdomadaire satirique de Toronto, se moqua avec finesse :

O pitié, cher monsieur Abbott, ne nous abandonnez pas,
                        Jamais le poids de l’Église n’a causé autant de tracas
                        ………………………………………………………
                        Reposez-vous bien ; aussi longtemps que vous, serez parti,
                        Nous ferons votre travail et vous paierons, c’est garanti.
                        Oubliez les affaires publiques et les courants de l’opinion,
                        Gardez vos judicieux conseils mais soyez notre prête nom.

Thompson partageait ce sentiment avec enthousiasme, d’autant plus qu’en juillet 1892, de manière quasi inexplicable, le Conseil privé avait tranché l’affaire qui opposait un dénommé Barrett à la ville de Winnipeg en déclarant constitutionnelles les lois scolaires du Manitoba. La Cour suprême du Canada, dans un jugement unanime, avait déclaré le contraire. À l’encontre de certains conservateurs selon qui la décision du Conseil privé apportait un heureux dénouement à la question des écoles du Manitoba, Thompson savait qu’elle avait fermé la seule porte de sortie du gouvernement et qu’il lui faudrait invoquer les clauses d’appel de l’article 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. De plus, se disait-il (ainsi qu’il le confiait sans doute à des proches), comment un gouvernement conservateur dirigé par un catholique pourrait-il agir de manière qui semblerait équitable à tous ? À ce stade, le parti semblait aussi inquiet. Louis Henry Davies*, simple député libéral, fit d’ailleurs observer : « Il a dû y avoir des ruades [...] sans quoi [...] on n’aurait pas été jusqu’à garder en poste un pauvre homme malade. »

Le cabinet forma un sous-comité pour étudier un éventuel appel du gouvernement aux tribunaux en vertu de l’article 93. Peut-être l’Acte du Manitoba, adopté en 1870, avait-il préséance sur l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 ? Les audiences devaient commencer le 25 novembre 1892. Cinq jours plus tôt, à Ottawa, le gouverneur général et Thompson reçurent des lettres qui mirent fin à tout espoir de maintenir Abbott en poste. Selon les médecins de Londres, sa santé exigeait qu’il démissionne sans délai. Il avait joint sa démission à son message et recommandait Thompson pour lui succéder, même si celui-ci avait proposé quelqu’un d’autre, peut-être John Graham Haggart*. Le cabinet demeura en fonction durant deux autres semaines, pendant lesquelles le sous-comité tint ses audiences, et Thompson ne prêta serment comme premier ministre que le 7 décembre. Peu de membres du parti s’opposaient à lui ; il était le seul candidat possible. « Ils découvriront qu’ils ne peuvent pas se passer de toi », dit Annie à un moment quelconque de ce long processus. C’était une phrase étrangement prophétique.

Thompson procéda à un remaniement ministériel. Selon lui, Chapleau pourrait faire œuvre utile en se retirant dans le confort et la sécurité de la résidence du lieutenant-gouverneur, à Québec. Chapleau ne disait pas non ; par contre, le premier ministre de la province, Charles-Eugène Boucher* de Boucherville, vieil ultramontain, refusait de servir sous ses ordres. Thompson tenta de le faire changer d’avis, mais les vieillards peuvent s’entêter. Chapleau devint lieutenant-gouverneur, Boucherville démissionna et Thompson convainquit Louis-Olivier Taillon* d’assumer la charge de premier ministre du Québec. Auguste-Réal Angers*, que Chapleau avait remplacé, entra au cabinet de Thompson. C’était le seul ministre québécois dont la probité ne faisait aucun doute. Le contingent ontarien n’était pas très reluisant non plus. Thompson n’avait pas de bons députés ministrables. Selon lui, John Carling*, ministre de l’Agriculture depuis des années, devait prendre sa retraite. Mais Carling faisait la pluie et le beau temps dans le sud-ouest de l’Ontario, et il avait redonné London aux conservateurs à une récente élection partielle. Furieux qu’on veuille le mettre au ban, il parla de démissionner, ce qui aurait singulièrement compliqué les choses dans les circonscriptions chaudement disputées des environs de London. Le gouverneur général fut donc mis à contribution, et finalement, après qu’on lui eut fait miroiter la possibilité d’avoir une croix de chevalier commandeur de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges, Carling consentit à abandonner son ministère et à rester à titre de ministre sans portefeuille. Il reçut la dignité de chevalier l’année suivante. Mackenzie Bowell devint ministre du Commerce, assisté de deux contrôleurs, l’un au revenu intérieur, l’autre aux douanes [V. John Fisher Wood]. À sa grande satisfaction, on l’envoya en Australie pour y promouvoir le commerce avec le Canada, voyage qui déboucha notamment sur la Conférence coloniale d’Ottawa en 1894.

Thompson prononça son premier grand discours de premier ministre à Toronto en janvier 1893. Il parla de tolérance et de nationalisme canadien, ce qui était assez naturel. Fervent nationaliste, il avait du mal, comme tous les nationalistes canadiens sincères, à relier cette conviction à l’idée d’indépendance. Non pas qu’il ne souhaitait pas voir l’émergence d’une nation canadienne, mais il croyait que le Canada, sitôt soustrait à la protection des Britanniques, tomberait sous la domination des États-Unis. Les interventions américaines à Hawaï n’étaient pas plus rassurantes alors qu’elles n’allaient l’être par la suite ; certains journaux américains étaient ouvertement annexionnistes. De plus, Thompson savait (ce que lui confirma un agent secret canadien envoyé à New York à la fin de 1893) qu’un petit groupe de libéraux étaient prêts à livrer le Canada aux Américains s’ils le pouvaient. Ce groupe, la Continental Union Association, rassemblait à la fois des libéraux ontariens et québécois : sir Richard John Cartwright*, John Charlton*, Mercier et François Langelier*. En 1893, Thompson était convaincu que la plupart des libéraux, dont Wilfrid Laurier*, étaient loyaux. Il finit par se rendre compte que seule une petite section bruyante de l’opposition complotait l’annexion aux États-Unis. D’après lui, le Canada ne pourrait vraiment parler d’indépendance à moins que sa population n’augmente considérablement et qu’elle n’atteigne, par exemple, 50 millions d’habitants.

En mars 1893, Thompson se rendit à Paris afin de siéger au tribunal international qui devait trancher le différend canado-américain au sujet de la chasse au phoque dans la mer de Béring. Il y avait en tout sept juges : deux Britanniques (dont lui), deux Américains et deux Européens, sous la présidence d’un Français. Après avoir entendu les deux parties, de la fin de mars au début de juillet, le tribunal conclut, comme Thompson lui-même l’affirmait depuis que les Américains avaient saisi pour la première fois, en 1886, des navires canadiens de chasse au phoque, que rien n’autorisait les États-Unis à prétendre que la mer de Béring était fermée à tous les phoquiers étrangers. Cependant, Thompson craignait que dans l’avenir les règlements que le tribunal était autorisé à édicter ne nuisent à la chasse au phoque, et il s’y opposa tant qu’il put. Ces règlements, quoique gênants, n’eurent cependant pas d’effets désastreux : un an ou deux après, les chasseurs canadiens se débrouillaient mieux que jamais.

Outre la diminution des droits de douane, destinée à damer le pion aux libéraux, et la question des écoles du Manitoba, qui était devant les tribunaux, la principale préoccupation de Thompson, en 1893 et 1894, fut la question des écoles des Territoires du Nord-Ouest. Le gouvernement se trouvait dans une meilleure position que face au Manitoba puisque l’Assemblée des territoires était sous la tutelle du dominion. Néanmoins, Thompson trouvait difficile de naviguer entre l’épiscopat catholique de l’Ouest, sous la férule de l’archevêque de Saint-Boniface, Alexandre-Antonin Taché, qui considérait le réseau québécois d’écoles séparées comme un modèle, et les protestants de l’Ouest, dont bon nombre venaient de l’Ontario et estimaient ne rien pouvoir concéder de plus qu’un système analogue à celui de cette province. Les déclarations extrémistes des journaux ne détendaient pas l’atmosphère. Certains catholiques du Nord-Ouest n’avaient pas eu conscience d’avoir des griefs avant que des gens de l’extérieur, ou leurs évêques, ne le leur disent ; certains protestants n’étaient pas au courant des « affreuses » concessions faites aux catholiques avant de lire des articles à ce sujet dans les journaux protestants de l’Ontario. Thompson désespérait parfois de ramener les évêques et les protestants à la raison. Les premiers étaient peut-être plus intraitables, car ils attendaient davantage d’un premier ministre catholique que ce que Thompson, en droit et conscience, pouvait leur donner. Quoi qu’il en soit, la question scolaire du Nord-Ouest fut résolue en grande partie à la satisfaction de Thompson. Preuve de son efficacité, le système ne connut aucun problème majeur avant 1905.

En 1894, la question des écoles du Manitoba avait évolué. Le cabinet de Thompson décida de trancher juridiquement les importantes questions de droit soulevées par l’article 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Il s’agissait de déterminer si, en raison de la décision rendue par le Conseil privé dans la cause qui opposait Barrett à la ville de Winnipeg, les catholiques manitobains avaient des droits de recours. Cette question fit l’objet d’une cause type, connue plus tard comme l’affaire Brophy, qui parvint en Cour suprême du Canada en février 1894. Le tribunal avait la tâche ardue d’interpréter la cause Barrett à la lumière de l’article 93. Il jugea que les catholiques n’avaient aucun droit d’appel, qu’ils avaient épuisé leurs recours. Certains conservateurs accueillirent cette décision avec soulagement : la Cour suprême avait enlevé au gouvernement tout pouvoir d’agir. Pour se débarrasser de toute la question des écoles du Manitoba, le gouvernement de Thompson devait simplement, comme le dit Caron, « se croiser les bras et laisser faire ». Bien des membres du parti espéraient voir les choses se passer ainsi, mais Thompson ne l’entendait pas de cette oreille. Selon lui, il devait y avoir appel au Conseil privé dans le cas de Brophy [V. D’Alton McCarthy]. Il y en eut un, au moment même où, en décembre 1894, Thompson se trouvait à Londres.

Thompson était arrivé à Londres à la fin d’octobre 1894, officiellement pour son assermentation à titre de membre du Conseil privé de l’Empire en récompense de ce qu’il avait accompli à Paris l’année précédente. Mais il voulait aussi consulter des médecins londoniens. La session de 1894, commencée en février et terminée seulement en juillet, avait été pénible. Le gouvernement détenait une forte majorité, mais l’opposition libérale, croyant que c’était la dernière session avant les élections générales, avait fait autant de bruit que possible. George Eulas Foster*, ministre des Finances et bras droit de Thompson, avait été malade pendant une partie de la présentation du budget, et après sa maladie il avait participé, avec Bowell, à la direction de la Conférence coloniale tenue à Ottawa en juin. Thompson était donc surchargé de travail et la tension était visible. Il n’avait jamais été mince : mesurant 5 pieds 7 pouces, il pesait environ 190 livres en 1885. Au fil des ans, il avait malmené son excellente constitution par des doses massives de travail et de nourriture. Les délicieux et plantureux repas français de 1893 n’avaient pas arrangé les choses. En 1894, son poids atteignait 225 livres. À la fin de la session, il fit de l’œdème dans les jambes ; il prit deux semaines de vacances dans la région des lacs Muskoka puis consulta des médecins. D’abord optimistes, ils l’étaient moins, semble-t-il, avant son départ pour Londres. En octobre 1894, Annie proposa à son mari de démissionner, ce qu’il ne pouvait faire. Il n’avait jamais oublié l’effet de son départ sur le parti néo-écossais quand il l’avait quitté en 1882 pour occuper un poste de juge. Il resterait jusqu’après les élections de 1895 ; si le gouvernement gagnait, il pourrait prendre une retraite honorable. Entre-temps, il verrait ce que les médecins londoniens diraient.

Ils se montrèrent optimistes, si bien que Thompson prit trois semaines de vacances sur le continent et se rendit en Italie avec sa fille Mary Helena, le sénateur William Eli Sanford et la fille de ce dernier. Il se sentait si bien qu’il eut l’idée imprudente de monter jusqu’en haut de la coupole de la basilique Saint-Pierre. Quand il rentra à Londres, le 1er décembre, il se sentait mal. De longues discussions avec le ministère des Colonies l’attendaient pourtant, notamment au sujet du droit d’auteur canadien, auquel il tenait beaucoup [V. John Ross Robertson*]. Il y eut des réunions mondaines. On l’invita à se rendre au château de Hawarden pour rencontrer William Ewart Gladstone. Sa santé semblait chancelante, mais le 11 décembre il déclara se sentir mieux que dans les mois précédents. Le mercredi 12 décembre, il se rendit au château de Windsor pour être assermenté et recevoir le titre de Très Honorable sir John Thompson. Après la cérémonie, qui fut brève, il s’assit pour le déjeuner et s’évanouit. Transporté dans une pièce voisine, il revint à lui, et dit : « C’est trop bête de s’évanouir ainsi » et retourna à table. Soudain, avant d’avoir pu avaler une bouchée, il s’effondra, sans un bruit, dans les bras de sir John Watt Reid, médecin de la reine, que l’on avait placé à ses côtés. Il avait cessé de bouger et de respirer : une crise cardiaque massive l’avait emporté.

La mort de Thompson bouleversa le pays, ébranla le cabinet et anéantit sa famille. Elle affecta aussi le gouverneur général lord Aberdeen [Hamilton-Gordon*] et lady Aberdeen [Marjoribanks*], qui étaient devenus des amis des Thompson. Pour marquer son estime, le gouvernement britannique envoya la dépouille à Halifax à bord du navire de guerre Blenheim. Le gouvernement du Canada rendit hommage à son premier ministre par d’imposantes obsèques nationales le 3 janvier 1895, à Halifax.

La Nouvelle-Écosse n’a guère produit de plus grand avocat que sir John Sparrow David Thompson. Sa culture n’était pas vaste, ce qu’il reconnaissait et déplorait, mais il avait l’esprit incisif et prompt. Il saisissait vite les faits et les retenait facilement ; il savait surtout les agencer. Cette aptitude, jointe à une grande capacité de travail, lui donnait une intelligence extraordinairement puissante. Pourtant, c’était discrètement et avec modestie qu’il exerçait son pouvoir, qui lui venait de son esprit, non de son allure. En outre, il aimait vraiment la justice, comme il détestait l’iniquité. Pour lui, la justice n’était pas qu’une profession, mais un feu intérieur, une haine passionnée de l’injustice et de la cruauté, et cette conviction le distinguait parmi les avocats et les juges. Il irradiait la lumière d’un esprit dépourvu de préjugés, préoccupé de vérité. Albert Martin Belding, dans le St. John Daily Sun, l’a bien dépeint dans ce mémorable éloge :

Nul rêve de gloire n’entachait son bel idéal
                        Servir son pays, pour lui, était primordial ;
                        Nulle cupidité n’obscurcissait sa vision
                        Il discernait le juste avec précision.

Ce que le Canada perdait, comme le poète le disait, c’était le « regard visionnaire de cet esprit libre ».

P. B. Waite

La principale source pour une étude de sir John Sparrow David Thompson se trouve naturellement dans les quelque trois cents volumes de ses papiers conservés aux ANC (MG 26, D). On trouve une collection beaucoup moins importante de papiers Thompson aux PANS, MG 1, 1771 A, ainsi qu’une bonne quantité de ses lettres dans les papiers Macdonald (AN, MG 26, A). James Robert Gowan* fut un admirateur de Thompson et la correspondance entre ces deux esprits tournés vers la loi contenue dans les papiers Gowan (AN, MG 27, I, E17) vaut la peine d’être lue. Les documents des gouverneurs généraux sont également d’un grand intérêt, surtout ceux de lord Stanley (AN, MG 27, I, B7) et de lord Aberdeen (AN, MG 27, I, B5). La seule étude majeure est celle d’[I. M. Marjoribanks Hamilton-Gordon, comtesse d’] Aberdeen, The Canadian journal of Lady Aberdeen, 1893–1898, introd. de J. T. Saywell, édit. (Toronto, 1960). L’auteure fut une grande admiratrice de Thompson et n’hésita jamais à le confier à son journal.

Il existe deux biographies de Thompson. La première, de J. C. Hopkins*, Life and work of the Rt. Hon. Sir John Thompson [...] (Toronto, 1895), fut publiée moins de deux ans après la mort de Thompson et porte une préface de lord Aberdeen. On peut dire qu’il s’agit d’une hagiographie. L’autre est de Waite, Man from Halifax, dont le présent article s’inspire largement.  [p. b. w.]

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

P. B. Waite, « THOMPSON, sir JOHN SPARROW DAVID », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/thompson_john_sparrow_david_12F.html.

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Auteur de l'article:   P. B. Waite
Titre de l'article:   THOMPSON, sir JOHN SPARROW DAVID
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   22 octobre 2014