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McLELAN, ARCHIBALD WOODBURY, constructeur et propriétaire de navires, et homme politique, né le 20 décembre 1824 à Londonderry, Nouvelle-Écosse, fils de Gloud Wilson McLelan*, député à l’Assemblée de la Nouvelle-Écosse, et de Martha Spencer ; en 1854, il épousa Caroline Metzler ; décédé le 26 juin 1890 à Halifax.

Archibald Woodbury McLelan fit ses études à Great Village, sur la rive nord du bassin des Mines, puis à la Mount Allison Wesleyan Academy, à Sackville, Nouveau-Brunswick. Il acquit beaucoup d’expérience comme navigateur et il administrait l’entreprise de construction navale ainsi que le magasin de son père à Great Village avant la mort de celui-ci en 1858. Cette année-là, il succéda à son père comme député du comté de Colchester à l’Assemblée et, tout comme lui, donna son appui à Joseph Howe* et au parti réformiste. Il compta aussi au nombre des membres fondateurs de la section locale des Sons of Temperance, constituée à Great Village en 1850.

Associé à son beau-frère John M. Blaikie, McLelan commença de construire des navires sur la rivière Great Village. En 1863, il s’associa à deux autres entrepreneurs pour bâtir le Cleo jaugeant 257 tonneaux, puis, au cours des années 1870, McLelan et Blaikie construisirent seuls le Wave King de 750 tonneaux (1872), le Wave Queen de 900 tonneaux (1873) et le Monarch de 1 200 tonneaux (1876). Ils continuèrent à construire des navires jusqu’au début des années 1880, utilisant le bois d’œuvre des forêts d’arbres feuillus, de sapins et de mélèzes des comtés de Colchester et de Cumberland, et le bois de charpente du village acadien de Memramcook, situé à la tête de la baie de Cobequid. L’entreprise de McLelan prospéra et, en 1867, on pensait généralement que celui-ci jouissait d’une honnête aisance.

Avec Howe, McLelan s’opposa énergiquement à la confédération pendant les années 1865–1866 et après 1867. Il croyait que les provinces de l’Amérique du Nord britannique avaient des intérêts disparates et que les conditions financières proposées étaient injustes pour la Nouvelle-Écosse. L’indemnité compensatoire pour dettes semblait excellente en théorie, et l’idée d’Alexander Tilloch Galt* de répartir équitablement le fardeau des dettes était superficiellement convaincante. Cependant, pour McLelan, cette indemnité ne constituait pas la bonne façon de s’y prendre puisque les biens que la province du Canada et la Nouvelle-Écosse devaient transférer au nouveau gouvernement national n’étaient pas du tout d’égale valeur. L’actif de 62,5 millions de dollars de la province du Canada consistait en grande partie en créances incertaines ou irrécouvrables tandis que l’apport de 8 millions de la Nouvelle-Écosse correspondait à des chemins de fer ou à d’autres installations publiques en bon état, dont le nouveau gouvernement fédéral pouvait prendre possession à titre d’actif. McLelan s’opposa aussi à la façon dont la Confédération avait été mise sur pied. Après avoir été élu député de Colchester aux Communes en septembre 1867, il déclara, lors de la première session de la chambre à Ottawa en novembre, qu’on avait insulté et trahi le peuple de la Nouvelle-Écosse. À son avis, bien que les Néo-Écossais se fussent vengés aux bureaux de vote en élisant un grand nombre de députés adversaires de la Confédération à la chambre des Communes, ils ne s’estimaient pas encore satisfaits et tenteraient de se retirer tout à fait de la Confédération. McLelan s’avouait impressionné par la puissance et les ressources qu’il avait vues alors au Québec et en Ontario, mais il n’en croyait pas moins que la Nouvelle-Écosse pouvait très bien se tirer d’affaire toute seule et qu’il n’y avait que peu ou pas d’échanges commerciaux entre le Canada central et la Nouvelle-Écosse. Cette dernière avait probablement « plus de navires dans le port de Calcutta, à n’importe quel jour de l’année, que [...] dans tous les ports [de la province] du Canada ».

McLelan et Howe comptaient sur la Grande-Bretagne pour remédier à la situation mais, au début de 1868, celle-ci refusa d’acquiescer à l’appel de la Nouvelle-Écosse contre la Confédération. Deux partis s’offrirent alors aux adversaires de la Confédération : ou bien poursuivre l’agitation, malgré la décision rendue par la Grande-Bretagne, ou bien négocier de « meilleures conditions » avec le nouveau dominion du Canada. McLelan et Howe adoptèrent cette dernière ligne de conduite. Samuel Leonard Tilley*, ministre originaire du Nouveau-Brunswick, fit valoir qu’il serait sage de faire des concessions à sir John Alexander Macdonald* ; on en arriva ainsi peu à peu à un compromis, quoique à grand-peine. Macdonald vint à Halifax en août, et Howe, en compagnie de McLelan, se rendit à Portland, Maine, en janvier 1869 afin d’avoir des entretiens avec le ministre des Finances, sir John Rose ; à l’issue des conversations, ce dernier accordait de meilleures conditions à la Nouvelle-Écosse. Peu de temps après, Howe consentit à faire partie du cabinet de Macdonald. Il dut ainsi se porter candidat à l’élection partielle du comté de Hants et livrer une campagne qui ruina sa santé avant d’être élu au mois d’avril de la même année. Quant à McLelan, il démissionna de son poste de député, accepta un siège au sénat et devint l’un des trois commissaires chargés de surveiller la construction de l’Intercolonial au salaire annuel de $3 000. On prétendit sans peine, mais probablement à tort, que Howe et McLelan avaient été achetés. McLelan était certainement un homme de principes, et, autant que les témoignages permettent d’en juger, un homme honnête ; il croyait alors que la Nouvelle-Écosse n’avait d’autre choix, compte tenu de la constitution, que d’accepter de meilleures conditions et de s’accommoder de la Confédération.

Au cours des années 1870, l’entreprise de construction navale de McLelan continua de prospérer et celui-ci se joignit en plus à la Cobequid Marine Insurance Company. En 1875, il s’opposa au projet de traité avec les États-Unis préparé par George Brown*, traité qui aurait permis aux navires canadiens de s’immatriculer dans des ports américains, puisque son acceptation aurait signifié que les chantiers de construction navale des Maritimes deviendraient des constructeurs de navires pour les Américains. Cela avait jadis été la pratique, notamment au Nouveau-Brunswick, de construire des navires afin de les vendre, surtout à la Grande-Bretagne ; mais McLelan déclara au sénat canadien : « Je n’ai guère connu d’homme qui se soit adonné à ce genre de commerce sans se ruiner [...] notre véritable politique consiste à construire selon nos besoins, à construire nos propres navires et à les piloter. » Au sénat, cette même année, McLelan soutint la Politique nationale, dont il demeura toujours partisan.

Après que Macdonald eut repris le pouvoir en septembre 1878, McLelan se rapprocha peu à peu du gouvernement conservateur ; il entra dans le cabinet de Macdonald en qualité de président du conseil, fonctions qu’avait déjà exercées Howe, en remplacement de James McDonald* qui se retirait de la scène politique fédérale pour aller siéger comme juge à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse en 1881. En même temps, il abandonna son siège au sénat et se fit élire député à la chambre des Communes par ses anciens électeurs du comté de Colchester. En juillet 1882, il devint titulaire du département de la Marine et des Pêcheries. Il fut un excellent ministre parce qu’il connaissait à fond les affaires maritimes et qu’il avait un tempérament travailleur et sensé. Moins d’un mois après sa nomination, il avait déjà visité l’île du Sable et tous les phares de la côte est de la Nouvelle-Écosse, et il remontait le Saint-Laurent jusqu’au Saguenay. Deux ans plus tard, âgé de près de 60 ans, il se rendit faire l’inspection des phares sur les lacs Huron et Supérieur afin, écrivit-il à Macdonald, « de répondre plus intelligemment aux demandes de lumières, de bouées, de balises que les députés fédéraux et d’autres personnes [lui] faisaient ». Il contribua pour beaucoup à la mise sur pied du bureau de météorologie au sein du département et à l’instauration d’un nouveau réseau de bouées à gaz.

De décembre 1885 à janvier 1887, McLelan occupa le poste de ministre des Finances, mais ne connut pas alors autant de succès ; il ne semble pas avoir eu le savoir-faire nécessaire et accepta vraisemblablement le poste sur les instances de Macdonald. Après que sir Charles Tupper* l’eut remplacé, McLelan fut nommé ministre des Postes, fonctions qu’il exerça pendant un an et demi ; c’est à lui qu’on doit l’établissement du service des colis postaux au Canada. Dès cette époque, il voulait cependant quitter le cabinet et, le 10 juillet 1888, il accepta avec un soupir de soulagement le poste de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse.

Les Néo-Écossais n’avaient pas tout à fait oublié les efforts de persuasion qu’on avait déployés pour amener McLelan à accepter la Confédération au début de 1869, mais son séjour à la résidence du lieutenant-gouverneur à Halifax fut plus heureux que celui de Howe, 15 ans plus tôt. Son style de vie vaguement bucolique inspirait plutôt la sympathie. Ses électeurs de Colchester lui offrirent une belle vache jersiaise qu’on mit en pâturage dans un champ attenant à la résidence du lieutenant-gouverneur et que le cocher trayait ; Mme McLelan battait le beurre elle-même étant donné que le cuisinier refusait de le faire. McLelan mourut plutôt inopinément à Halifax le 26 juin 1890. Il laissait dans le deuil son épouse, trois fils, une fille et au moins un petit-fils, et léguait, à ce qu’on disait, une grosse fortune.

McLelan fut un homme de jugement et de bon sens. Il s’opposa à la Confédération jusqu’à ce qu’on eût atteint le point de non-retour, puis en prit son parti et tenta de convaincre ses compatriotes de la Nouvelle-Écosse d’en faire autant. De concert avec son compatriote des Maritimes, le ministre des Finances Tilley, il s’opposa de plus à l’octroi d’autres concessions au chemin de fer canadien du Pacifique en 1885. En septembre de cette même année, il aida Macdonald à renforcer le cabinet, qui en avait absolument besoin, à l’époque où John Sparrow David Thompson* fut rappelé du tribunal de la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse à Halifax pour occuper le poste de ministre de la Justice. McLelan avait de l’affection pour Macdonald et, le 29 juin 1889, il lui écrivit une lettre élogieuse : « Souvent lorsque le conseil était embarrassé et que vous aviez aplani et résolu les difficultés, il m’est arrivé de penser à la remarque qu’un vieux fermier avait faite au sujet de feu mon père lorsqu’il voyait celui-ci venir à bout d’une chose qui avait déconcerté tous les voisins. « Il y a des rouages qui n’ont pas encore servi chez cet homme-là » et c’est pourquoi j’ai pensé à mon chef. » Il aimait aussi le sens de l’humour de Macdonald, même lorsqu’il s’exerçait à ses dépens ; de retour à Ottawa en compagnie de Thompson en juin 1886, après avoir vainement tenté de défaire William Stevens Fielding* aux élections provinciales tenues la même année, il se présenta au cabinet après être passé chez le coiffeur, les cheveux brillantinés. Macdonald remarqua aussitôt : « Ma foi, McLelan, on dirait que vous avez reçu une bonne rincée ! » McLelan n’était pas un homme brillant mais, tout comme Macdonald, il semble avoir eu une grande réserve d’énergie et d’autorité.

P. B. Waite

Jusqu’à maintenant on n’a trouvé aucune collection importante de papiers McLelan. La Mount Allison Univ. Library (Sackville, N.-B.) possède deux séries de lettres classées sous les noms de Gloud Wilson McLelan, père, et d’Archibald Woodbury McLelan. La collection comporte environ 80 lettres au total, portant surtout sur les affaires de la famille et sur les questions reliées à l’activité économique de ses membres. La Dalhousie Univ. Arch. possède également quelques documents se rapportant à A. W. McLelan (ms 2–87). Quelques lettres de ce dernier se trouvent dans un dossier conservé aux PANS sous le nom de G. W. McLelan. Par ailleurs quelques lettres de McLelan à sir John Alexander Macdonald se retrouvent dans les papiers Macdonald (APC, MG 26, A, 232), ceux de sir Joseph Howe (APC, MG 24, B29), et ceux de John Sparrow David Thompson (APC, MG 24, C4). Le discours de McLelan, prononcé en 1865 à l’Assemblée de la Nouvelle-Écosse et dans lequel il s’opposait à la confédération, est imprimé dans une brochure intitulée Speech on the union of the colonies [...] (Halifax, 1865). Quelques éléments biographiques sur McLelan sont fournis dans Great Village history, commemorating the 40th anniversary of Great Village Women’s Institute, 1920–1960 [...] ([Great Village, N.-É., 1960]). On trouve des notices nécrologiques dans le Morning Chronicle (Halifax), 27 juin 1890, le Morning Herald, 27 juin 1890, et l’Eastern Chronicle (New Glasgow, N.-É.), 3 juill. 1890.  [p. b. w.]

Bibliographie générale

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P. B. Waite, « McLELAN, ARCHIBALD WOODBURY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mclelan_archibald_woodbury_11F.html.

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Auteur de l'article:   P. B. Waite
Titre de l'article:   McLELAN, ARCHIBALD WOODBURY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   30 août 2014