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CAMERON, JOHN, prêtre et évêque catholique, né le 16 février 1827 à St Andrews, Nouvelle-Écosse, fils de Red John Cameron (Iain Ruaidh) et de Christena (Christina) MacDonald ; décédé le 6 avril 1910 à Antigonish, Nouvelle-Écosse.

Red John Cameron et trois de ses frères quittèrent l’Écosse au début du xixe siècle et débarquèrent à Southside Antigonish Harbour, en Nouvelle-Écosse, où un immigrant déjà installé, Lauchlin MacDonald, les prit sous son aile. Le clan des Cameron était presbytérien depuis la Réforme, mais Red John se convertit au catholicisme en épousant l’une des filles de MacDonald, Christena.

Benjamin de huit enfants, John Cameron faisait sa part de corvées à la ferme familiale, et dès son jeune âge, il acquit le sens du devoir qu’il allait manifester tout au long de sa vie religieuse. Il fréquenta l’école du village jusqu’à 11 ans, puis entra avec le premier groupe d’élèves à la St Andrew’s Grammar School, que le révérend Colin Francis MacKinnon*, curé de la paroisse, venait d’ouvrir. Les instituteurs ne ménageaient pas leurs encouragements à cet élève qui, d’emblée, se révéla doué pour les études. À l’âge de 17 ans, sur l’avis de MacKinnon, il quitta la Nouvelle-Écosse pour aller entreprendre sa théologie au Collège pontifical de la propagation de la foi à Rome.

Cameron s’adapta sans difficulté à la vie de séminariste. Ses lettres témoignaient d’une maturité à laquelle on ne se serait guère attendu de la part d’un jeune campagnard de la Nouvelle-Écosse, et leur ton didactique suggère qu’il se sentait déjà investi de la responsabilité d’enseigner et d’expliquer. Au bout de huit mois, il écrivit à son père qu’il « connai[ssait] assez bien l’italien » : il pouvait « le lire, l’écrire, le parler et le comprendre ». La violence dont il fut témoin à Rome pendant la révolution et la guerre de 1848–1849 le rendit hostile pour toujours aux ennemis de l’autorité établie. Il défendrait sans fléchir la suprématie du pape et sympathiserait par la suite avec les opinions des ultramontains.

Cameron fut ordonné prêtre le 26 juillet 1853 et resta encore dix mois à Rome pour terminer ses doctorats de théologie et de philosophie. Pendant cette période, il fut secrétaire du cardinal Alessandro Barnabo, lui-même secrétaire de la Propagande, ce qui suggère qu’on le tenait en haute estime. Cette position lui permit de se faire beaucoup de relations dans la hiérarchie de l’Église et de se familiariser avec sa bureaucratie. En 1853, il assista le sous-directeur du Collège pontifical de la propagation de la foi. Après avoir quitté Rome en mai 1854, il passa trois autres mois en Europe, à la demande de MacKinnon, alors évêque d’Arichat, afin de recruter des prêtres et des religieuses pour le diocèse. Le 10 septembre, il débarqua enfin en Nouvelle-Écosse. Déjà sobre et prudent comme ses ancêtres presbytériens, il était désormais, en plus, soumis aux ordres de Rome et intraitable en matière de doctrine.

Dès le mois de son arrivée, Cameron fut nommé directeur et membre du corps enseignant de l’école secondaire d’Arichat, que MacKinnon avait fondée en 1853 afin de préparer des jeunes gens à la prêtrise et de donner aux Écossais catholiques la possibilité d’accéder aux professions libérales. Cependant, MacKinnon avait toujours eu l’intention d’ouvrir un collège à Antigonish, qui comptait un grand nombre de catholiques écossais. Dès qu’un immeuble fut disponible, en 1855, la plupart des instituteurs et autres membres du personnel de l’école s’installèrent à Antigonish. Jusqu’en 1858, Cameron dirigea le nouveau collège, que l’on baptisa St Francis Xavier. En outre, il enseignait la théologie et desservait la vaste paroisse de St Ninian. Comme il avait appris plusieurs langues et obtenu des doctorats, on le considérait comme un érudit ; son mode de vie sobre, sa diligence et son dévouement lui valurent également le respect.

MacKinnon résida à Antigonish à compter de 1858, mais Arichat demeurait le siège du diocèse. Cameron fut muté dans cette ville en juillet 1863 parce qu’une querelle y opposait le pasteur résidant et quelques paroissiens, et probablement, aussi, à cause d’un différend d’ordre administratif avec MacKinnon. Il fut nommé recteur de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption et devint vicaire général du diocèse, fonction qu’il allait exercer durant sept ans. Il ne tarda pas à se faire une solide réputation d’administrateur ecclésiastique. Certains prêtres prirent l’habitude de le consulter parce que, en raison de sa santé défaillante, MacKinnon était de moins en moins en mesure de s’occuper du diocèse. La lente expansion du St Francis Xavier College fut l’un des sujets de préoccupation de Cameron pendant les années 1870, mais à partir d’Arichat, il ne pouvait pas faire grand-chose pour remédier à la situation. Néanmoins, en mars 1870, grâce à la recommandation de MacKinnon, il avait été nommé coadjuteur avec droit de succession, ce qui constituait une reconnaissance de ses qualités administratives. En outre, il fut à nouveau vicaire général de 1873 à 1877. Les autorités pontificales ne l’oubliaient pas non plus. En 1871, elles lui confièrent le règlement d’une querelle de compétences à Harbour Grace, à Terre-Neuve. Dans les années 1880, il interviendrait, à titre de délégué apostolique, dans un vilain imbroglio entre l’archevêque de Halifax et les Sisters of Charity [V. Mary Ann Maguire] et dans une querelle diocésaine à Trois-Rivières, au Québec [V. Louis-François Laflèche*].

Le 17 juillet 1877, Cameron devint évêque d’Arichat à la suite de MacKinnon. Tous deux voulaient depuis longtemps faire d’Antigonish le siège du diocèse, et Cameron s’y installa en 1880. Le 23 août 1886, le diocèse d’Arichat fut rebaptisé diocèse d’Antigonish ; la grande église de pierre de la ville, achevée en 1874, en devint la cathédrale. Les années 1880 furent fructueuses, notamment sur le plan administratif. La dette de construction de la cathédrale fut remboursée et une nouvelle aile s’ajouta au collège. En outre, un évêché fut construit et la Congrégation de Notre-Dame s’installa à Antigonish.

En même temps, Cameron imprima un élan de vigueur au St Francis Xavier College, qui avait acquis le statut d’université en 1866. Après que le gouvernement eut cessé de subventionner le collège, en 1881, il préleva des droits dans chaque paroisse pour en assurer le financement. Jusqu’à la fin de ses jours, il s’en occupa avec constance : il fit construire des bâtiments, augmenta le personnel enseignant, promut de nouveaux programmes d’humanités, de commerce et de science, instaura la maîtrise ès arts et la licence en littérature. C’est avec raison qu’on l’a qualifié de « deuxième fondateur » de l’établissement, car il y consacrait une bonne part de son attention. L’expression « former tout l’homme », très employée par les éducateurs catholiques du temps, résume bien la philosophie pédagogique de Cameron. Dans cette optique, il envoyait de brillants étudiants de théologie dans les séminaires de Rome, de Québec et de Montréal pour qu’ils se perfectionnent en théologie et dans d’autres disciplines ; à leur retour, ces étudiants parlaient deux ou trois langues.

Cameron était convaincu que les femmes devaient recevoir une meilleure formation générale. En 1895, il écrivit à lady Aberdeen [Marjoribanks*] : « ceux qui limitent la mission et la sphère d’action des femmes à la nursery interprètent mal la parole dé Dieu ». En 1883, il avait demandé à la Congrégation de Notre-Dame d’ouvrir un couvent à Antigonish. Cette école, rebaptisée Mount St Bernard, devint par la suite un collège féminin et fut affiliée à St Francis Xavier en 1894. En 1897, quatre étudiantes reçurent une licence ès arts de cette université, la première université catholique d’Amérique du Nord à offrir aux femmes des cours qui menaient à un diplôme.

Quant à l’affectation de prêtres francophones auprès des Acadiens, Cameron était plus progressiste que la plupart de ses collègues des Maritimes. Il tenta en outre d’aider les groupes minoritaires à préserver leur langue et leur culture en prescrivant l’utilisation de catéchismes en français et en micmac et en participant à la compilation d’un catéchisme en gaélique. De tous les prélats catholiques de la Nouvelle-Écosse au xixe siècle, il fut probablement le plus actif dans ce domaine.

En matière de foi et de moralité, Cameron était inflexible. Périodiquement, pour vaincre l’intempérance, il publiait des lettres pastorales et pressait ses prêtres de se prononcer franchement contre l’abus d’alcool. La popularité croissante des danses appelées rondes, dans les années 1890, l’inquiétait, car il désapprouvait « les inconvenantes privautés » auxquelles celles-ci donnaient lieu « entre les jeunes ». Comme bon nombre de ses contemporains prêtres ou ministres, Cameron croyait qu’il fallait se tenir constamment sur ses gardes pour ne pas succomber aux péchés de la chair. Ses pastorales sur les dangers de l’intimité sexuelle hors mariage étaient sans équivoque. En outre, il insistait sur l’observance du rituel, des rubriques du missel et des dogmes, et il tenait constamment le diocèse au courant des édits romains qui avaient une incidence sur les lois de l’Église.

Même si Cameron donnait l’impression de régner sur une théocratie, il n’abusait généralement pas de son pouvoir d’évêque, sauf dans un domaine, la politique. Sa première intervention eut lieu en 1877 : cette année-là, on suggéra que John Sparrow David Thompson*, avocat de Halifax converti au catholicisme, se porte candidat conservateur à une élection complémentaire provinciale dans la circonscription d’Antigonish. Cameron avait soutenu les libéraux en une occasion, mais il estimait que les catholiques instruits devaient participer davantage aux affaires publiques, et Thompson l’avait impressionné. Il se déclara partisan de Thompson, qui remporta une éclatante victoire.

Cameron y laissa cependant des plumes : les libéraux, tant journalistes qu’hommes politiques, lui reprochèrent son ingérence. Les critiques se répétèrent jusqu’en 1891, car il soutint la candidature de Thompson à des élections provinciales et fédérales que, dans plusieurs cas, celui-ci n’aurait pas gagnées sans son aide. À l’époque, il n’était pas inusité que des hommes d’Église se mêlent de politique, mais le ton direct et autoritaire qu’il employait pour faire connaître son point de vue exposait davantage Cameron aux reproches que les autres prélats des Maritimes. De plus, en appuyant Thompson, il fut mêlé à des magouilles et à un réseau de favoritisme.

Les critiques atteignirent leur point culminant pendant la campagne électorale fédérale de 1896, qui porta beaucoup sur la question des écoles du Manitoba [V. Thomas Greenway]. Cameron fut le seul évêque des Maritimes à prôner publiquement et fermement la restauration des droits des catholiques. Arguant que la question scolaire était une affaire religieuse, il ordonna qu’une lettre pastorale soit lue dans toutes les paroisses à la veille du scrutin. Les catholiques, y déclarait-il, devaient soutenir leurs coreligionnaires manitobains et voter pour la loi correctrice des conservateurs. La majorité des catholiques de la circonscription d’Antigonish n’étaient pas d’accord avec lui et contribuèrent à la victoire d’un libéral. À Heatherton, à dix milles à l’est d’Antigonish, la lettre inspira une telle opposition qu’au moins 40 paroissiens sortirent de l’église pendant la lecture. Furieux, Cameron accusa les protestataires d’avoir insulté le prêtre en quittant les lieux. Ils répliquèrent qu’on tentait de les forcer à voter pour les conservateurs. Cameron leur refusa les sacrements jusqu’à ce qu’ils s’excusent d’avoir provoqué un scandale, et finalement, la querelle ne se régla qu’en 1900, après l’intervention du délégué apostolique. Même à Rome, l’affaire ternit la réputation de Cameron. Jusque-là, les autorités ecclésiastiques avaient eu beaucoup de respect pour lui, mais cette fois, elles le réprimandèrent à cause de son intervention dans la campagne électorale.

À compter de 1900, les compétences administratives de Cameron furent mises à rude épreuve. Comme le Cap-Breton s’industrialisait rapidement, il fallut ériger de nouvelles paroisses dans des délais très courts. Cameron y parvint, mais sans comprendre pleinement les changements sociaux que provoquait l’arrivée soudaine de nouveaux groupes raciaux et ethniques dans son diocèse. N’ayant aucune expérience de l’industrialisation et de l’urbanisation, il ne saisissait pas entièrement, non plus, les problèmes que ces phénomènes engendraient. On ne connaît guère ses idées sur le mouvement ouvrier et les syndicats, mais dans l’ensemble, l’Église réagit de manière conservatrice à la montée du syndicalisme au Cap-Breton.

L’année de sa mort, Cameron avait un palmarès impressionnant. La forte dette que le diocèse avait contractée au fil des ans était remboursée. À sa demande, des congrégations religieuses avaient ouvert des couvents, des hôpitaux, des écoles et un foyer pour vieillards. Plus que quiconque, il avait favorisé la fondation, en 1894, de la communauté des Sisters of St Martha of Antigonish, sœurs converses rattachées à la St Francis Xavier University (qui furent par la suite enseignantes, hospitalières et travailleuses sociales). Vingt-six nouvelles paroisses avaient vu le jour, dont la moitié dans le Cap-Breton industriel. Le diocèse comptait 93 prêtres, dont plus de la moitié avaient été ordonnés par Cameron, et dix moines dans un monastère trappiste à Tracadie. En outre, la grande majorité des prêtres avaient fait leurs études à St Francis Xavier, qui était devenue la principale université catholique des Maritimes. En 1910, son personnel enseignant de neuf prêtres et treize laïques offrait une solide formation préparatoire aux études menant à l’exercice des professions libérales.

En raison de l’influence durable qu’il exerça sur Thompson et sur d’autres hommes politiques tel sir Charles Tupper*, et à cause du respect que lui vouaient ses pairs, Mgr John Cameron peut être rangé parmi les personnages d’envergure nationale. Ce remarquable ecclésiastique fit beaucoup dans le domaine de l’administration et de l’éducation. Toutefois, l’esprit partisan qu’il manifesta en politique ternit sa réputation.

Raymond A. MacLean

Un portrait en pied de John Cameron se trouve à la Special Coll. Sect. de l’Angus L. Macdonald Library à la St Francis Xavier Univ., Antigonish, N.-É. Il est reproduit en noir et blanc dans le livre de Waite, Man from Halifax. Il a aussi sa statue en marbre sur les pelouses de la St Francis Xavier.

AN, MG 26, A, 273, Thompson à Macdonald, 8 déc. 1888.— Archivio della Propaganda Fide (Rome), Scritture riferite nei Congressi, America settentrionale, 6 (1849–1857) : ff.539–540v. ; 664–665v. (copies aux St Francis Xavier Univ. Arch., Cameron papers).— Arch. of the Diocese of Antigonish, A. A. Johnston files, ms sketches, no 164.— St Francis Xavier Univ. Arch., Cameron family coll. ; Cameron papers ; Sister John Baptist [Cameron], « A brief sketch of the Most Reverend John Cameron » (1950) ; Sister M[ary] Ignatius, « The Most Reverend John Cameron, d.d. » (1951).— Morning Chronicle (Halifax), 11 déc. 1877.— D. [F.] Campbell et R. A. MacLean, Beyond the Atlantic roar : a study of the Nova Scotia Scots (Toronto, 1974), 130.— A. A. Johnston, A history of the Catholic Church in eastern Nova Scotia (2 vol., Antigonish, 1960–1971).— St Francis Xavier Univ., Academic calendar (Antigonish), 1990–1991.

Bibliographie générale

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Raymond A. MacLean, « CAMERON, JOHN (1827-1910) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cameron_john_1827_1910_13F.html.

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Auteur de l'article:   Raymond A. MacLean
Titre de l'article:   CAMERON, JOHN (1827-1910)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   31 octobre 2014