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FOSTER, sir GEORGE EULAS, professeur, partisan de la tempérance, homme politique et homme d’affaires, né le 3 septembre 1847 dans la paroisse de Wakefield, Nouveau-Brunswick, septième enfant de John Foster et de Margaret Heine ; le 2 juillet 1889, il épousa à Chicago Adeline Davis*, ex-femme de Daniel Black Chisholm, puis le 9 décembre 1920, à Genève, Jessie Allan ; aucun enfant ne naquit de ces deux mariages ; décédé le 30 décembre 1931 à Ottawa.

Le père de George Eulas Foster était un loyaliste de la deuxième génération qui avait grandi dans la paroisse de Wakefield, dans le haut de la rivière Saint-Jean, et sa mère, qui descendait d’Allemands établis en Pennsylvanie, était originaire de la paroisse de Studholm. George Eulas n’avait pas trois ans quand elle mourut. Il fut élevé parmi les baptistes Free Christian [V. George Adkin Hartley*], secte à laquelle son père appartenait. John Foster tenait à ce que son fils reçoive une bonne éducation et, jusqu’à ce qu’il ait terminé ses études, il le mettait en pension dans des villages voisins lorsque cela devenait nécessaire. George Eulas se rappellerait que la qualité de l’enseignement était « d’une médiocrité lamentable, et le système mal organisé et aléatoire ». À l’adolescence, après avoir entendu l’orateur réputé John Bartholomew Gough, il fut attiré par le mouvement de tempérance qui s’était répandu du nord-est des États-Unis jusqu’aux provinces Maritimes. « Profondément ému » par le message de Gough, il « décida sur-le-champ de faire vœu [de tempérance] et de continuer, en fait comme [il] l’avai[t] toujours fait, de [s’]abstenir totalement [de toute boisson alcoolisée] ». Peu après, Foster se joignit à la division du mouvement basé à Collina et joua de plus en plus fréquemment un rôle dans les réunions mensuelles. Il écrirait : « Je devins un fervent disciple des vertus de l’abstinence totale pour l’individu et de la prohibition pour la collectivité et l’État. »

À l’âge de 15 ans seulement, Foster se chargea d’organiser une école locale de 25 ou 30 élèves, à qui il enseignait sans posséder de formation officielle. Puis, en 1865, après deux années d’études dans la paroisse de Studholm, il remporta une bourse pour s’inscrire à la University of New Brunswick, à Fredericton, battant ainsi le futur homme politique William Pugsley*, qui désirait lui aussi l’obtenir. La petite université ne comptait que 40 étudiants et 4 professeurs, dont le recteur, William Brydone Jack*, qui donnait les cours de mathématiques, de philosophie naturelle et d’astronomie. Les trois autres professeurs enseignaient les humanités, les littératures anglaise et française, ainsi que les sciences naturelles. Foster obtint une licence ès arts en 1868 et fut engagé comme professeur à Grand Falls, avec une rémunération de 600 $ pour l’année scolaire. Au cours des trois années suivantes, il enseigna dans différentes écoles de la région de Fredericton. En 1871, pendant qu’il dirigeait la Girls’ High School dans la capitale provinciale, on lui offrit la chaire de littérature classique et d’histoire de son alma mater.

Avant d’accéder à son nouveau poste, Foster passa l’année universitaire 1872–1873 à la University of Edinburgh pour étudier le latin, le grec et l’anglais, puis l’été à Heidelberg, en Allemagne. De retour à Fredericton, il maintint son engagement envers la cause de la tempérance en adhérant à la fois aux British Templars, dont il devint grand maître de la Grand Lodge du Nouveau-Brunswick en 1874 et aux Fils de la tempérance. Son travail à l’université ne le satisfaisait pas pleinement, surtout parce que deux de ses collègues du petit corps professoral très uni, le recteur et Loring Woart Bailey*, professeur de sciences naturelles, buvaient de l’alcool. Fermement convaincu que « l’œuvre de [sa] vie l’attend[ait] dans une sphère d’action moins restreinte », il démissionna à la fin de 1878.

Foster était déjà réputé comme conférencier et, au début de l’année suivante, il repartit à neuf comme orateur pour défendre la cause de la tempérance. Il quitta Fredericton le 2 janvier 1879, « avec regrets et larmes », et prononça le lendemain un discours à Bangor, dans le Maine. Avant la fin du mois, il avait pris la parole dans d’autres villes de cet État et dans le New Hampshire, le Connecticut, le Massachusetts et l’État de New York. À la fin de l’année, il avait donné 162 conférences, franchi plus de 10 000 milles et gagné 1 550 $. L’année suivante, il livra 132 discours et parcourut 14 000 milles pour défendre la prohibition. À la fin de 1881, il s’était rendu jusqu’au Tennessee, au Kansas et au Wisconsin. Il avait 34 ans et il était mûr pour un autre changement.

Pendant son séjour à la University of New Brunswick, Foster s’était lié d’amitié avec un collègue partisan de la tempérance, le lieutenant-gouverneur Samuel Leonard Tilley*. En 1882, alors ministre des Finances dans le gouvernement de sir John Alexander Macdonald*, Tilley demanda à Foster de se porter candidat dans la circonscription de Kings aux élections générales fédérales. Le siège était occupé par James Domville*, conservateur dont les habitudes, comme le disait Foster, « n’étaient pas appréciées des partisans de la tempérance ». Après avoir fait campagne à titre de conservateur indépendant, Foster remporta la victoire dans la circonscription. Domville contesta les résultats, alléguant la corruption et l’abus d’influence, et l’élection de juin fut invalidée, mais Foster fut réélu en novembre, cette fois avec une plus forte majorité. Non complètement dégagé de son militantisme pour la tempérance, il prit plusieurs jours de congé pour aller prononcer dix conférences dans le Michigan, tout en se préparant pour l’ouverture de la session parlementaire en janvier 1883. Cependant, sa principale tâche consistait alors à s’occuper de sa circonscription et à soutenir avec loyauté le gouvernement de Macdonald. Deux ans plus tard, Tilley quitta le cabinet, libérant un siège pour un Néo-Brunswickois. Foster fut assermenté comme ministre des départements de la Marine et des Pêcheries le 10 décembre ; il fut réélu dans Kings à la fin du mois.

Foster entra en fonction juste au moment où il lui fallut s’engager dans une reprise de la sempiternelle dispute avec les États-Unis au sujet des pêches. En juillet, le Congrès américain avait abrogé les clauses pertinentes du traité de Washington (1871), remettant à l’ordre du jour l’accès des pêcheurs américains aux ports canadiens à des fins commerciales, par exemple pour l’achat d’appâts ou le transbordement de leurs prises. La mission de Foster était de piloter, à la Chambre des communes, le projet de loi 136, qui niait ce droit, en bravant le tollé de protestations de la part des pêcheurs et du gouvernement des États-Unis. En 1886–1887, une autre querelle maritime éclata quand des navires douaniers américains confisquèrent un certain nombre de bateaux canadiens parce qu’ils chassaient le phoque dans la mer de Béring. À la fin de 1887, Foster et le ministre de la Justice, John Sparrow David Thompson*, se rendirent à Washington pour assister sir Charles Tupper*, délégué canadien à une commission mixte anglo-américaine qui tentait de résoudre les différends maritimes et d’autres questions litigieuses dans les relations canado-américaines. Au début du printemps de l’année suivante, les travaux étaient terminés et un nouveau traité avait été accepté tant par le Royaume-Uni que par le Canada. Mais le Sénat des États-Unis le rejeta et un modus vivendi, élaboré par la commission en guise de position de repli temporaire, entra en vigueur.

Foster avait été réélu avec une majorité substantielle en février 1887 et, en mai 1888, à la suite d’un autre remaniement dans le cabinet de Macdonald, il accepta une nouvelle affectation comme ministre des Finances. Des changements se produisirent également dans la vie personnelle de Foster. Son père âgé mourut en novembre, quelques mois après ses fiançailles avec Adeline Chisholm, présidente de l’Ontario Woman’s Christian Temperance Union, qui avait une maison à Ottawa dans laquelle il avait pris pension. Elle avait été mariée à un barrister de Hamilton, Daniel Black Chisholm, qui l’avait abandonnée. Elle finit par obtenir le divorce en Illinois et ce fut dans cet État, à Chicago, qu’elle épousa Foster en juillet 1889. Le couple revint bientôt à Ottawa, où leur union souleva beaucoup de discussions dans les rangs de l’élite sociale. Lady Macdonald [Bernard*] refusa de recevoir Mme Foster. Lord Stanley* et sa femme lui fermèrent également les portes de Rideau Hall. Sir John et lady Thompson [Affleck*] défièrent cependant ce climat de froideur et accueillirent les Foster dans leur résidence. Le couple dut attendre l’arrivée d’un nouveau gouverneur général, lord Aberdeen [Hamilton-Gordon], et de lady Aberdeen [Marjoribanks], en 1893, avant d’être totalement accepté dans le cercle intime des « meilleurs éléments » d’Ottawa.

La première tâche de Foster à titre de ministre des Finances consista à défendre et promouvoir la Politique nationale du gouvernement Macdonald. Il s’en acquitta avec énergie et perspicacité, faisant appel à tous ses talents d’orateur – qu’il avait acquis dans sa tournée sur la tempérance – pour neutraliser les attaques fulminantes de sir Richard John Cartwright*, critique libéral des finances. Mais il alla beaucoup plus loin. Il réclama des subventions pour des lignes de vapeurs distinctement canadiennes sur l’Atlantique et le Pacifique pour encourager le commerce. En 1890, il visita les Antilles en vue de promouvoir les échanges de produits naturels entre les îles et le Canada. Deux ans plus tard, Thompson et lui se rendirent à Washington pour participer à des pourparlers au sujet d’un nouvel accord commercial avec les États-Unis. Ils rentrèrent bredouilles. À titre de ministre des Finances, Foster se chargea également de superviser la révision de l’Acte concernant les banques et le commerce des banques, qui avait été instauré par Macdonald et dont le sous-ministre des Finances, John Mortimer Courtney*, veillait à l’application. De plus, il fut responsable de l’établissement d’un département du Commerce distinct en 1892. Macdonald était mort l’année précédente, peu après sa dernière victoire électorale. Dans le tumulte politique au sein des gouvernements successifs entre 1891 et 1896, Foster demeura un repère solide pour les finances sous la direction de quatre premiers ministres : sir John Joseph Caldwell Abbott*, Thompson, sir Mackenzie Bowell* et Tupper. Il fut l’un des sept membres du cabinet, le « nid de traîtres », qui quittèrent leur poste pendant une courte période en janvier 1896 pour protester contre la direction de Bowell [V. John Graham Haggart* ; John Fisher Wood*]. Le 24 avril, le Parlement fut dissous et, aux élections générales qui suivirent, le 23 juin, Foster choisit de ne pas se représenter dans Kings, où son vieux rival, Domville, briguait alors les suffrages pour le Parti libéral. Il préféra une autre circonscription du Nouveau-Brunswick, York, qu’il remporta par une forte majorité.

Mais le Parti libéral de Wilfrid Laurier* avait connu une victoire décisive et Foster se trouvait désormais dans l’opposition. Il choisit encore une autre circonscription, Saint John City, aux élections fédérales de novembre 1900 et perdit par près de 1 000 voix devant le ministre des Chemins de fer et Canaux de Laurier, Andrew George Blair*. Quelques mois auparavant, le 26 avril, Adeline et lui avaient vu leur résidence d’Ottawa dévorée par les flammes lorsqu’un immense incendie à Hull (Gatineau), dans la province de Québec, traversa la rivière et détruisit une grande partie du quartier Victoria. Le couple partit vivre à Toronto et, en 1901, Foster devint directeur général de la Union Trust Company, agence d’investissement de l’Independent Order of Foresters (IOF) [V. Oronhyatekha*]. L’année suivante, Foster accompagna le nouveau chef du Parti conservateur, Robert Laird Borden, dans une longue tournée dans l’Ouest canadien. En 1903, le décès du député de la circonscription d’Ontario North laissa un siège vacant, et Foster s’y présenta aux élections partielles de mars. Cependant, frappé par la maladie avant l’assemblée de mise en candidature et étranger dans la circonscription, il perdit la bataille par quelque 200 voix. Cet automne-là, il partit pour l’Angleterre afin d’aider Joseph Chamberlain, homme politique britannique bien en vue et ex-secrétaire aux Colonies qui avait dirigé la délégation britannique à la commission de 1887 à Washington, dans sa campagne pour obtenir des tarifs préférentiels au sein de l’Empire. Foster prononça plus de 36 discours dans tout le Royaume-Uni, qui furent en général bien reçus. Aux élections générales de 1904, Foster tenta sa chance de nouveau en se portant candidat dans la nouvelle circonscription de Toronto North contre le maire de la ville, Thomas Urquhart, collègue baptiste et prohibitionniste. Il remporta le siège par une faible majorité, puis retourna au Parlement et à son rôle de critique financier de l’opposition. Sa femme et lui revinrent s’installer à Ottawa.

Ce ne fut pas une période facile pour Foster. Au début de 1906, on prévint Borden que la commission royale sur l’assurance-vie mise sur pied par le gouvernement Laurier était sur le point de mener une enquête sur l’IOF dans le but de discréditer Foster et d’autres députés conservateurs. La commission, qui présenta son rapport l’année suivante, trouva que Foster, à titre de directeur de la Union Trust Company, société affiliée, avait investi des fonds dans des syndicats immobiliers de l’Ouest canadien dont des collègues tories étaient membres et qu’en plus d’en avoir tiré profit, il avait accepté des commissions de la part des syndicats pour s’assurer que ceux-ci reçoivent des fonds de l’IOF. Pour des raisons n’ayant aucun lien avec l’enquête, l’IOF rompit son affiliation à la Union Trust Company ce printemps-là et Foster démissionna de la société. Mais le mal était fait. Il devint « Foster le forestier », cible de plaisanteries et de calomnies dans les milieux politiques des deux côtés de la Chambre. Un journaliste libéral fit observer qu’avec sa réputation bien établie de défenseur vertueux, « tous les êtres raisonnables, qui boivent, fument, s’adonnent au jeu et, en général, profitent des plaisirs de la vie, détestent Foster de toute façon ». Le scandale eut des répercussions jusqu’aux élections de 1908 et amena Foster à poursuivre pour diffamation devant les tribunaux James Alexander Macdonald*, rédacteur en chef du Globe, cause qu’il finirait par perdre. Le jury trouva que, même si Foster avait agi de bonne foi en qualité de directeur de la Union Trust Company, ses actions étaient critiquables et que Macdonald avait de bonnes raisons de publier les déclarations dans le journal.

Foster fut néanmoins réélu dans Toronto North. Au cours de la session qui suivit, il s’attaqua à deux problèmes qui l’intéressaient particulièrement : la défense navale et la réforme de la sélection des fonctionnaires. Le 29 mars 1909, en réponse à la préoccupation de Londres qui voyait la suprématie navale britannique menacée par l’Allemagne, Foster présenta une résolution à la Chambre des communes pour inciter le gouvernement canadien à assumer « sa propre part de la responsabilité et du fardeau financier » qu’exigeait la protection « des côtes et des grands ports de mer exposés » du pays. Laurier réagit en proposant la mise sur pied d’un service canadien de la marine, lançant ainsi le débat sur la question ; la Loi concernant le Service de la marine du Canada fut adoptée un an plus tard. Malgré la création d’une commission sur la fonction publique en 1908, Foster continua de critiquer le gouvernement pour ne pas avoir amélioré le processus de sélection des fonctionnaires.

À près de 64 ans, Foster mena une campagne active en Ontario et dans les provinces Maritimes en vue des élections de 1911. Le gouvernement Laurier subit une cuisante défaite le 21 septembre et Foster recueillit une majorité de 3 000 voix dans Toronto North. Comme il était le vétéran le plus expérimenté du parti, et l’un des plus âgés, il attendit très longuement un appel de Borden, nouveau premier ministre. Quand un émissaire vint lui proposer la présidence de la future commission du tarif, Foster le mit à la porte. Un soir de la fin de septembre, Borden le convoqua pour lui offrir le portefeuille du Secrétariat d’État. Foster refusa et quitta la pièce. Au début d’octobre, le premier ministre rappela Foster, cette fois pour lui demander d’accepter le ministère du Commerce et lui expliquer que, dans les sphères de la « haute politique », on lui dictait de ne pas lui redonner les Finances, poste que Foster avait occupé pendant presque une décennie sans l’ombre d’un scandale. Borden choisit plutôt un nouveau venu, William Thomas White*. Foster finit par accepter la proposition ; on le nomma également membre du Conseil du Trésor. Le nouveau cabinet fut assermenté le 10 octobre et la « chamaillerie inconvenante » cessa.

Foster venait à peine de reprendre ses fonctions qu’il dut se rendre à New York pour rassurer la Canadian Society de la ville : « […] nous n’avons pas rejeté la réciprocité parce que nous ne voulions pas faire du commerce avec vous ». Foster resterait à la tête du ministère du Commerce pendant toutes les années du gouvernement Borden et de celui de son successeur, Arthur Meighen*. Entre 1912 et 1917, à l’exception d’une interruption pendant les premières années de la Première Guerre mondiale, Foster fut membre et même, certaines années, président de la commission royale d’enquête britannique sur les richesses naturelles, le commerce et la législation des dominions, communément appelée commission royale sur les dominions. Cette tâche le mena, en 1913, dans une grande tournée en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Extrême-Orient. En partie grâce à sa collaboration à la commission, il reçut l’année suivante le titre de chevalier commandeur de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. Au moment où la guerre éclata, Foster revenait d’un séjour à Terre-Neuve pour les affaires de la commission. À l’instar de ses collègues ministres, il vit sa charge de travail s’accroître considérablement pendant le conflit, quand il entreprit de faciliter l’expédition de marchandises et de fournitures canadiennes aux Alliés, en particulier de la grosse quantité de grain envoyée outre-mer dans les dernières années de la guerre. À titre de membre vétéran du cabinet, Foster remplaçait habituellement le premier ministre quand celui-ci était en Grande-Bretagne ou au front. Il joua un rôle de premier plan dans la création, en 1916, du Conseil consultatif honoraire pour recherches scientifiques et industrielles (le futur Conseil national de recherches) [V. sir John Cunningham McLennan], dans l’instauration de l’heure avancée et, deux ans plus tard, dans la mise sur pied du Bureau fédéral de la statistique.

Tout juste avant la présentation du projet de loi concernant le service militaire à la Chambre des communes, en juin 1917, Borden avait tenté de persuader Laurier de former avec lui une coalition qui soutiendrait tout le renforcement nécessaire des effectifs canadiens au front. Laurier refusa, mais Borden, appuyé fermement par Foster, poursuivit ses efforts pour constituer un gouvernement d’union. À la fin d’un été de négociations frénétiques, quatre libéraux de l’Ouest, qui étaient des collègues potentiels, exigèrent que le premier ministre quitte ses fonctions, suggérant Foster comme remplaçant possible. Déterminé à renforcer les troupes quel qu’en soit le prix pour lui, Borden présenta la demande libérale au conseil des ministres, qui la rejeta aussitôt à l’unanimité. Le 29 août, il la soumit au caucus, proposant de démissionner ou, si tel était le souhait des membres, de céder la place à Foster. Le caucus fut aussi catégorique que le cabinet, soutenant énergiquement Borden comme chef et écartant sommairement la requête des libéraux de l’Ouest. Au cours de l’automne, Borden réussit à établir un gouvernement d’union qui comptait sept libéraux.

À la fin de cette année-là, au terme de l’âpre campagne électorale menée sur la question de la conscription, Foster fut réélu à Toronto, cette fois avec une majorité de plus de 18 000 voix. Ailleurs au pays, les unionistes remportèrent une victoire écrasante et Borden revint comme chef d’une coalition. Mais Foster fut à peine capable de savourer ce succès. Peu avant les élections, il avait été heurté par un wagon en traversant la voie ferrée à la gare Union de Toronto. L’homme de 70 ans eut une omoplate, une clavicule et quatre côtes fracturées, et subit de nombreuses contusions ; il fut hospitalisé pendant un mois.

Trois jours avant l’armistice du 11 novembre 1918, Borden et Foster, avec leur collègue ministre Arthur Lewis Watkins Sifton*, quittèrent Ottawa pour se rendre à Londres, puis assister à la conférence de paix de Paris. Dans la capitale britannique, ils durent attendre longuement pendant que les grandes puissances débattaient du déroulement des délibérations. Borden réclama, avec plus d’insistance que Foster, une présence canadienne distincte. En fin de compte, à la mi-janvier, les Canadiens s’installèrent à Paris. Ils avaient fait accepter que le Canada ait sa propre représentation à la conférence et Borden serait membre de la délégation de l’Empire britannique, composée de cinq personnes, qui aurait accès aux principales négociations. Foster fut membre du comité britannique du Conseil économique suprême et vice-président de la commission économique interalliée. Borden confia à sa femme que Foster aimait son travail et « aimerait [probablement] que la conférence se poursuive pendant un an ou plus ». Mais « le très honorable George », comme le premier ministre le découvrit, était aussi passionné pour le théâtre le soir que pour son travail le jour. Borden et John Wesley Dafoe*, du Manitoba Free Press, l’emmenèrent voir Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand et « [le] firent veiller jusqu’à 1 h 15 ». Le résumé du traité de Versailles fut publié en mai 1919. Borden retourna à Ottawa après avoir confié à Foster la responsabilité des Canadiens restés à Paris. Dans son journal, ce dernier écrivit : « Cela m’impose la direction et le fardeau du travail ici et ajoute sensiblement à ma tâche. » À la conférence, il exprima franchement ses réserves quant à la dureté de certaines conditions du traité. Il s’opposa aux lourdes réparations commandées à l’Allemagne et à son exclusion de la Société des nations. Il pensait qu’il restait beaucoup à faire, et le monde, en particulier l’Europe, se trouvait dans les bouleversements de l’après-guerre. L’appartenance de l’Allemagne à la Société des nations « aurait grandement facilité la solution à bon nombre de ces problèmes ».

Le 10 juin, pendant que s’effectuaient les derniers préparatifs en vue de la signature du traité, Foster reçut un télégramme de Borden le pressant de rentrer à Ottawa immédiatement : Adeline était gravement malade. « Mon cœur est rempli de crainte et d’appréhension », écrivit Foster dans son journal. Il arriva chez lui le 21 juin et trouva sa femme « mieux qu[’il] n’avai[t] craint, mais amaigrie et épuisée ». Sifton, qui était revenu à Ottawa avec Borden en mai, fut délégué à Versailles avec le ministre de la Justice, Charles Joseph Doherty, pour signer le traité le 28 juin. Atteinte d’un cancer du sein, Adeline ne se rétablit pas ; elle mourut le 17 septembre, cinq jours après que le Parlement canadien eut ratifié le traité. Borden, épuisé par ses années de direction pendant le conflit, prit des vacances prolongées dans le Sud et Foster assuma de nouveau la charge du gouvernement à Ottawa. Il trouva que cette responsabilité était un défi. Le sort du gouvernement de coalition était incertain. Son objectif, un heureux aboutissement de la guerre, avait été réalisé. Mais il n’avait aucune plateforme ni aucun parti pour l’avenir et l’unité d’engagement qu’il avait obtenue pendant le conflit se fragmenta pendant les premiers mois du retour à la paix. Foster dirigeait la Chambre pendant le jour, mais rentrait chez lui le soir, laissant la direction à Doherty. Un collègue rapporta à Borden que ni l’un ni l’autre n’était capable d’imposer son autorité à ses collègues unionistes.

Le premier ministre revint à la fin de novembre, toujours « pas en bonne santé ». Ses médecins lui recommandaient de quitter la politique et, à la mi-décembre, il déclara au gouverneur général et à son cabinet qu’il avait l’intention d’obtempérer. On le persuada toutefois de rester en poste, mais de prendre un autre long congé. Il rencontra Foster quatre jours plus tard et lui parla d’une affectation pour lui de haut commissaire à Londres après la session parlementaire. Borden retourna en vacances, laissant Foster comme chef intérimaire, jusqu’au mois de mai suivant. Au début de juillet, il annonça sa démission. Le choix d’un successeur fut confié au premier ministre ; celui-ci finit par désigner Meighen, qui entra en fonction le 10 juillet. Foster accepta de rester au ministère du Commerce une autre année.

Au début de novembre 1920, Foster partit pour Genève où, avec Doherty et Newton Wesley Rowell*, il représenterait le Canada à la première assemblée de la Société des nations. Pendant le voyage, il rencontra une amie, Jessie Allan, fille de l’ex-député britannique sir William Allan, à Londres. Ils conclurent une entente, comme il l’écrivit dans son journal, « qui change[a] profondément le cours de [s]a vie privée » : ils se marièrent à Genève le 9 décembre. Il avait 73 ans et elle était de 17 ans sa cadette. Foster amorça sa dernière session en qualité de ministre du Commerce au mois de février suivant. Près de 39 ans s’étaient écoulés depuis sa première élection et il trouva le travail aux Communes « pénible ». Lorsque Meighen remania son cabinet à l’automne de 1921, Foster donna sa démission. Il fut assermenté au Sénat le 23 septembre.

La dernière décennie de la vie de Foster fut presque aussi remplie d’engagements que lorsqu’il était plus jeune. Actif à la Chambre haute, il défendit également des causes pour la Société des nations et à deux autres reprises, en 1924 et en 1929, fut choisi comme l’un des délégués du Canada à la réunion annuelle de la société. En 1925, il succéda à Borden comme président de la League of Nations Society in Canada, poste qu’il occupa jusqu’en 1929. Et, comme toujours, il y avait la cause de la tempérance. Souvent, la promotion d’un de ses deux intérêts créait l’occasion de promouvoir l’autre ; en juin 1924, par exemple, un déjeuner-causerie sur la ligue tenu au Rotary Club de North Bay, en Ontario, fut suivi dans la soirée par une conférence à la maison de l’opéra sur les méfaits de l’alcool. Quand ils en avaient le temps, les Foster voyageaient beaucoup, jusqu’à ce que la santé déclinante de Foster les oblige à réduire leurs activités. Il mourut à leur domicile de la rue Somerset, à Ottawa, le 30 décembre 1931. Il avait 84 ans. Lady Foster organisa une cérémonie privée à la maison, puis, à la demande du premier ministre, Richard Bedford Bennett*, des funérailles publiques eurent lieu le 2 janvier à la Chalmers United Church, suivies d’un interminable défilé qui longea la rue Wellington et passa devant les édifices du Parlement pour se rendre au cimetière Beechwood, où Foster fut inhumé.

Après des incursions dans l’enseignement universitaire et la défense de la tempérance, George Eulas Foster trouva l’œuvre de sa vie en politique. À l’exception de trois années, il siégea à la Chambre des communes de 1882 à 1921. Pendant une grande partie de sa carrière politique, de 1885 à 1896, puis de 1911 à 1921, il fut ministre de la couronne. Ses talents d’orateur, qu’il avait perfectionnés précocement, en faisaient un conférencier remarquable et un ardent défenseur de la cause de son parti, tant pendant les campagnes électorales qu’à la Chambre des communes. Il ne devint jamais chef du parti ni premier ministre, trop jeune lorsque les premières possibilités se présentèrent après la mort de Macdonald et plus assez jeune pour se mesurer à Borden. Toutefois, au cours de sa longue carrière comme ministre des Finances dévoué, puis comme premier des ministres du Commerce, sir George Eulas Foster servit son pays de façon louable.

Robert Craig Brown

Sir George Eulas Foster est l’auteur de The Canada temperance manual and prohibitionist’s handbook (Toronto, 1881). L’ouvrage Canadian addresses (Toronto et Londres, 1914) est constitué d’une sélection de ses discours et articles, préparée par Arnold Winterbotham. Ses discours sur le budget, ainsi que nombre de ses autres allocutions d’ordre politique et sur la tempérance, ont aussi été imprimés. En 1926, il prononça les premières conférences Josiah Wood* à la Mount Allison Univ. à Sackville, N.-B., publiées sous le titre Citizenship (Sackville, 1926). Ses papiers, qui comportent une autobiographie inachevée, des journaux personnels, une abondante correspondance et d’autre matériel, sont conservés à BAC, dans le fonds George Foster (R4815-0-8). Ils ont servi à la réalisation d’une biographie exhaustive, commandée par lady Foster : W. S. Wallace, The memoirs of the Rt. Hon. Sir George Foster, p.c., g.c.m.g. (Toronto, 1933).

BAC, R6113-33-3, vol. 351, nos 6280–6882.— R. C. Brown, Canada’s National Policy, 1883–1900 : a study in Canadian-American relations (Princeton, N.J., 1964) ; Robert Laird Borden : a biography (2 vol., Toronto, 1975–1980).— Canada, Chambre des communes, Débats.— Canadian annual rev., 1911.— Conseil national de recherches Canada, Div. des recherches en bâtiment, Fire study (25 vol., Ottawa, 1960–1970), 7 (G. W. Shorter, Ottawa-Hull fire of 1900, 1962).— « Great Hull fire of 1900 », Patrimoine de l’Outaouais CyberMagazine : outaouais.quebecheritageweb.com/fr/node/802 (consulté le 13 oct. 2011).— [I. M. Marjoribanks Hamilton-Gordon, marquise d’]Aberdeen [et Temair], The Canadian journal of Lady Aberdeen, 1893–1898, J. T. Saywell, édit. (Toronto, 1960).— C. P. Stacey, Canada and the age of conflict : a history of Canadian external policies (2 vol., Toronto, 1977–1981), 1.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Robert Craig Brown, « FOSTER, SIR GEORGE EULAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 août 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/foster_george_eulas_16F.html.

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Auteur de l'article:   Robert Craig Brown
Titre de l'article:   FOSTER, SIR GEORGE EULAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2017
Année de la révision:   2017
Date de consultation:   16 août 2017