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PUGSLEY, WILLIAM, avocat, homme d’affaires et homme politique, né le 27 septembre 1850 à Sussex, Nouveau-Brunswick, fils de William Pugsley et de Frances Jane Hayward ; le 6 janvier 1876, il épousa à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, Frances (Fannie) Jane Parks (décédée en 1914), et ils eurent trois fils et deux filles, puis en 1915, Gertrude Macdonald (décédée en 1963), et aucun enfant ne naquit de ce second mariage ; décédé le 3 mars 1925 à Toronto.

William Pugsley vit le jour dans le village de Sussex, au bord de la rivière Kennebecasis, dans le comté de Kings, au Nouveau-Brunswick. Il était d’ascendance loyaliste. Venu d’Angleterre, un de ses ancêtres paternels avait compté parmi les premiers colons à s’établir sur la rivière Croton, dans le futur État de New York. L’arrière-grand-père de William, John Pugsley, avait combattu pour la couronne pendant la guerre d’Indépendance, puis avait quitté les États-Unis et s’était installé dans la vallée de la rivière Hammond, dans le comté de Kings. Le grand-père paternel de William, Daniel, se fixa dans ce qui devint Cardwell Parish, dans ce même comté, et son père, aussi prénommé William, exploitait une ferme non loin de Sussex.

Pugsley fit ses petites classes à l’école locale. À l’âge de 15 ans, il quitta la maison pour Fredericton où, inscrit à la University of New Brunswick, il étudia les mathématiques, les humanités et l’anglais, et fut maintes fois boursier. En deuxième année, il remporta la médaille d’or de sa classe. En 1868, au terme de trois ans d’université, il obtint une licence ès arts avec spécialisation. En 1872, il fut admis au barreau et s’associa à Saint-Jean avec son frère, Gilbert Raddan Pugsley, et avec John Herbert Crawford. Greffier durant plusieurs années à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick, il fut aussi examinateur en droit civil à l’université. Celle-ci lui décerna une licence en droit civil en 1879 ; elle lui conférerait deux doctorats honorifiques, soit un en droit civil en 1884 et un autre en droit en 1918. Pugsley reçut le titre de conseiller de la reine le 4 février 1891. Il établit à Saint-Jean un cabinet prospère et comptait parmi les grandes figures du barreau. En 1904, devant le comité judiciaire du Conseil privé – le plus haut tribunal de l’Empire –, il représenta le Nouveau-Brunswick, qui contestait la décision prise par le gouvernement fédéral à la suite du recensement de 1901 de réduire la représentation de toutes les premières provinces de la Confédération, sauf la province de Québec, à la Chambre des communes. Le comité judiciaire donna tort au Nouveau-Brunswick.

Homme d’affaires, Pugsley fut quelque temps le propriétaire et patron de deux journaux de Saint-Jean, le Daily Telegraph et l’Evening Times. Il fut l’un des mandants de la Sussex Land and Stock Company, fondée en 1884 en vue d’acheter, de louer, de cultiver et de vendre des terres dans les Territoires du Nord-Ouest. Par la suite, il promut énergiquement la Saskatoon and Western Land Company. Membre du conseil d’administration de la Black Consolidated Mines, il s’intéressait aussi aux chemins de fer, notamment l’Edmonton District Railway. Il occupa la vice-présidence de la Qu’Appelle, Long Lake and Saskatchewan Railroad and Steamboat Company durant plusieurs années et en devint président en 1906. La même année, lui-même et ses associés vendirent à deux Montréalais, David Russell et James Naismith Greenshields*, leurs droits sur toutes les terres de la couronne qui étaient détenues par la compagnie mais n’avaient pas été concédées. Peu après, Russell et Greenshields vendirent le capital-actions qu’ils possédaient dans l’entreprise à William Mackenzie et à Donald Mann*, les promoteurs et constructeurs du Canadian Northern Railway. En outre, Pugsley acquit et mit en valeur un certain nombre de propriétés commerciales à Saint-Jean et prôna sans relâche l’aménagement du port de cette ville.

Pugsley fit son entrée à la Chambre d’assemblée du Nouveau-Brunswick à l’issue d’un scrutin partiel tenu en 1885 après le décès d’un député de la circonscription de Kings, Edwin Arnold Vail*. Réélu en 1886 et en 1890, il fut président de l’Assemblée de 1887 à 1889, année où le premier ministre Andrew George Blair* le nomma solliciteur général. En 1892, il démissionna de son siège pour se consacrer exclusivement à sa pratique d’avocat. Candidat aux élections provinciales de 1899, il remporta encore la victoire dans la circonscription de Kings. L’année suivante, le nouveau premier ministre Lemuel John Tweedie* lui confia le poste de procureur général. Pugsley était un personnage imposant sur la scène politique alors tumultueuse du Nouveau-Brunswick. Réputé pour ses « manières douces [et] affables », il était, selon un observateur, « l’homme politique le plus imperturbable qu’ait jamais produit le Nouveau-Brunswick ou quelque autre province du Canada ». Ses amis et partisans l’appelaient « le gentil William » ; pour ses adversaires, il était plutôt « Bill le fuyant », un redoutable tacticien qui les déjouait toujours. À l’instar de Blair et de Tweedie, Pugsley appartenait à la génération d’hommes politiques néo-brunswickois de la fin du xixe siècle qui, plus tôt dans leur carrière, avaient hésité à se joindre à l’un ou l’autre des partis nationaux. On disait qu’il avait soutenu le parti de sir John Alexander Macdonald* aux élections de 1891 en se prononçant en faveur du candidat conservateur John Costigan* et en dénonçant le programme de réciprocité totale des libéraux. Cependant, à l’aube du nouveau siècle, Pugsley et ses collègues affichaient leur allégeance libérale.

Cette prise de position découlait d’un calcul stratégique. Les libéraux, au pouvoir à Ottawa depuis 1896, semblaient invincibles, Blair avait beaucoup de poids au sein du cabinet de sir Wilfrid Laurier*, et le gouvernement Laurier détenait les clés de la prospérité du Nouveau-Brunswick. À la veille des élections fédérales de 1904, Pugsley se dissocia de son ancien mentor, Blair, qui s’élevait contre la politique de Laurier sur le transcontinental. Pugsley croyait en effet que ce chemin de fer pourrait favoriser la croissance de Saint-Jean. « [La] construction du nouveau transcontinental, dit-il à Laurier, est tellement avantageuse pour le pays que je me sens tenu de l’appuyer sans réserve. » Son soutien avait un prix : le chemin de fer allait seulement jusqu’à Moncton, et Pugsley se démenait pour obtenir une liaison jusqu’à Saint-Jean de manière que cette ville devienne le terminus du fret. « À Saint-Jean, insistait-il, on est très chatouilleux sur cette question. » Un an plus tard, il rédigea la loi provinciale qui habilita le gouvernement du Nouveau-Brunswick à racheter l’infortunée Central Railway Company. Les députés de l’opposition conservatrice étaient furieux. Le Central Railway, disaient-ils, était le « puisard de Pugsley », « deux bandes de rouille retenues ensemble par quelques traverses pourries ». De l’avis de Pugsley, par contre, ce chemin de fer pouvait servir d’assise à une liaison entre Saint-Jean et le réseau du Grand Tronc, dont le port hivernal était depuis longtemps Portland, dans le Maine – la rivale détestée de Saint-Jean. En 1905, Pugsley fit part de son indignation à Laurier pour un autre motif : le gouvernement fédéral entendait ne plus soutenir le service de navires à vapeur entre Saint-Jean et les Antilles. « [Cela porterait] un dur coup au parti ici », dit-il. Laurier battit en retraite et maintint le service « pour le moment ».

À l’Assemblée provinciale, le procureur général Pugsley mit en œuvre plusieurs réformes sociales à tendance progressiste. L’indemnisation des accidentés du travail fut instituée par une loi de 1903 qui, cependant, laissa les chefs syndicaux insatisfaits [V. James Leonard Sugrue]. L’année suivante, Pugsley déposa un projet de loi qui pourvoyait à l’inspection des manufactures, interdisait d’y embaucher des garçons et des filles de moins de 14 ans, abolissait l’exploitation patronale ou sweating system et accordait du temps libre aux ouvriers des usines les jours de fête légale et les samedis après-midi. Toutefois, le gouvernement fit marche arrière et forma plutôt une commission d’enquête. En 1906, Pugsley fit adopter une loi en vertu de laquelle les femmes seraient admises à la pratique du droit au Nouveau-Brunswick selon les mêmes critères que les hommes. Puis, en 1907, il succéda à Tweedie – nommé lieutenant-gouverneur de la province – en qualité de premier ministre.

Pugsley ne resta pas longtemps à la tête du gouvernement. Peu après son entrée en fonction survint le décès du député libéral de la circonscription fédérale de la ville et du comté de Saint-Jean, Alfred Augustus Stockton*. Une élection partielle fut convoquée. On pressa Pugsley de se porter candidat. À la fin de mai, il démissionna de son siège à l’Assemblée et du poste de premier ministre. Ce n’était pas la première fois qu’il tentait sa chance sur la scène nationale. Aux élections générales de 1896, lui-même et Daniel J. McLaughlin avaient brigué les suffrages – sans succès – dans Saint-Jean à titre d’indépendants pour marquer leur désaccord avec une décision prise l’année précédente par le ministre fédéral des Finances, George Eulas Foster* : subventionner les navires postaux du Canada pour faire de Portland, et non de Saint-Jean, leur dernier port d’escale. En 1904, Pugsley fut mêlé à l’« affaire de la Presse » [V. Trefflé Berthiaume*] avec, entre autres, David Russell, James Naismith Greenshields, ainsi que Hugh Graham*, du Montreal Daily Star. Leur plan consistait à acheter des journaux libéraux avant les élections générales de cette année-là et à les retourner contre le gouvernement Laurier. Leur objectif, semble-t-il, était d’anéantir les visées de Laurier à propos du Grand Trunk Pacific Railway. Russell et ses acolytes croyaient que, s’ils pouvaient mener Laurier à la défaite, ils seraient en mesure de convaincre un nouveau gouvernement conservateur de confier le portefeuille des Chemins de fer et Canaux à Blair – qui avait démissionné du cabinet de Laurier en 1903 parce qu’il s’opposait au transcontinental. En même temps, pour protéger ses arrières advenant une victoire de Laurier, Russell commença à promouvoir la candidature libérale de Pugsley et sa nomination au poste de ministre des Chemins de fer et Canaux dans un gouvernement Laurier. Peut-être Russell ne savait-il pas que Pugsley était très favorable aux visées concernant le Grand Trunk Pacific. On peut aussi douter que Pugsley ait été au courant de toutes les subtilités du plan naïf de Russell. Quand il découvrit le pot aux roses, il se précipita à Ottawa pour révéler toute l’affaire à Laurier. C’est du moins ce qu’il prétendit par la suite. Finalement, Laurier expulsa Blair de la campagne électorale et ruina le plan. Quant à Pugsley, il n’obtint même pas une investiture.

Puis, au début de 1907, Laurier congédia Henry Robert Emmerson*, représentant du Nouveau-Brunswick au cabinet. George Robertson, un des députés provinciaux de la ville de Saint-Jean, et Alfred O. Skinner, président de la New Brunswick Liberal Association, pressèrent Laurier de le remplacer par Pugsley. « [Il] sera capable d’unir toutes les sections du Parti libéral dans la province et de les conduire à la victoire, quelle que soit la date des élections », déclara Robertson à Laurier. Le 29 août, Pugsley devint ministre des Travaux publics dans le gouvernement Laurier. Le premier ministre apprit ensuite que le maire de Saint-Jean, Edward Sears, se présenterait contre Pugsley à l’élection partielle qui devait avoir lieu, et il coupa court à ses ambitions. « Je ne saurais trop vous déconseiller d’offrir à l’ennemi le spectacle d’une division dans nos rangs », lui écrivit-il. Le 18 septembre 1907, Pugsley fut élu sans opposition à la Chambre des communes.

C’était une période grisante pour être ministre du cabinet à Ottawa. Le pays était prospère et se bâtissait à un rythme accéléré : l’industrie prenait de l’expansion dans l’Est, l’agriculture se développait dans les Prairies. De 1900–1901 à 1910–1911, les dépenses en travaux publics passèrent de 4,7 millions de dollars à plus du double, soit 11,8 millions. La plus grande partie des crédits alla à l’aménagement des ports et des cours d’eau, au dragage, aux routes et ponts et aux édifices publics. On construisait deux nouveaux chemins de fer transcontinentaux pour favoriser la croissance dans les Prairies. De 1901 à 1911, le nombre d’acres de terre en culture dans cette région passa de 3,6 à 17,7 millions, et la production de blé, de 55,5 à 132,1 millions de boisseaux. La hausse phénoménale de la production céréalière exigeait une immense quantité de nouveaux navires et une amélioration radicale des ports et quais des Grands Lacs. Le volume des cargaisons provenant du Lakehead (région de Thunder Bay) et passant par le canal Welland (principalement du grain pour l’exportation) fit plus que quadrupler. La liste des travaux d’aménagement portuaire entrepris par le ministère de Pugsley dans les mers intérieures à cause de l’intensification du trafic ne cessa de s’allonger pendant son mandat. Cette période d’expansion effrénée présentait un autre avantage pour Pugsley : elle lui fournissait une justification pour promouvoir l’aménagement du port de Saint-Jean. La Canadian annual review rapporta que, pendant la campagne électorale de 1908, il se vanta à ses électeurs d’avoir obtenu 400 000 $ en crédits des Travaux publics pour l’aménagement des quais et du port de la ville. En 1911, l’année des élections générales suivantes, non seulement les travaux financés par ces crédits étaient-ils en cours, mais une somme supplémentaire de un demi-million de dollars fut affectée à d’autres améliorations et à la construction d’installations pour le terminus du Grand Trunk Pacific. Reconnaissants, les milieux d’affaires de Saint-Jean réélirent Pugsley. Par contre, sur le plan national, la campagne de « réciprocité » du Parti libéral se solda par une cuisante défaite.

Dans l’opposition, Pugsley fit équipe avec son collègue néo-brunswickois Frank Broadstreet Carvell afin de tourmenter le gouvernement de Robert Laird Borden*. Alors que « Frank le batailleur » Carvell fulminait, lançait des attaques au vitriol et assenait des coups de sabre, la méthode de Pugsley consistait en des coups de sonde d’une précision chirurgicale. Rompu aux règles du prétoire, il était toujours calme, courtois et rationnel, mais sa tactique était brillante et assassine. C’est lui qui, en 1913, fut le cerveau de l’offensive menée sans interruption durant 72 heures au cours du débat sur le projet de loi d’aide à la marine. L’année suivante, il fut le seul député, aux Communes, à exprimer des réserves avant l’adoption de la Loi sur les mesures de guerre. La suspension de l’habeas corpus était très dangereuse, prévint-il, et elle portait atteinte « aux plus chères libertés du sujet britannique ». Bien qu’il ait vigoureusement soutenu l’effort de guerre, il critiqua sans relâche la politique appliquée par le gouvernement pendant le conflit. Le ministre de la Milice et de la Défense Samuel Hughes, son vieux copain le lieutenant-colonel John Wesley Allison et le Comité des obus, création de Hughes, étaient des cibles faciles, et Pugsley ne se privait pas de les viser. Les Débats de 1915 rapportent maintes escarmouches entre lui et Hughes. En 1916, Pugsley se mit à harceler le ministre de la Défense au cours du débat sur l’adresse. Puis, le 14 mars, il prit la parole aux Communes tard dans l’après-midi et se tut seulement avant la pause du dîner. À la reprise du débat en soirée, il parla encore durant près de deux heures, dénonçant impitoyablement les méfaits de Hughes, d’Allison et du comité ainsi que la corruption qui, disait-il, entourait l’adjudication des contrats sur des bottes, des jumelles, des chevaux, des munitions de fusil, des obus et ainsi de suite. Il ne s’arrêta pas là. Quelques jours après, il lança une autre attaque contre Hughes. Celui-ci, sachant qu’il serait malmené ce printemps-là, avait trouvé refuge en Angleterre. Borden lui expédia un télégramme pour le sommer de rentrer au pays. Hughes s’entêta à refuser, mais les critiques de Pugsley forcèrent le gouvernement à lancer une série d’enquêtes et de commissions royales qui débouchèrent sur le remplacement du Comité des obus par la Commission impériale des munitions et, à la fin de 1916, sur le congédiement de Hughes par Borden.

En mai 1917, sir Robert Laird Borden annonça que son gouvernement présenterait un projet de loi sur l’enrôlement obligatoire des jeunes Canadiens pour le service outre-mer. Pugsley soutint Laurier, qui tenta – en vain, finalement – de retarder et, si possible, d’empêcher l’adoption de la Loi concernant le service militaire et la formation, par Borden, d’un gouvernement de coalition réunissant des partisans conservateurs et libéraux de la conscription. En octobre, Pugsley savait que Carvell était favorable à la conscription et qu’il rompait avec Laurier. Il resta aux côtés de son chef et lui tint ces propos rassurants : « lorsque les choses iront mieux, après la guerre, peut-être allons-nous tous nous retrouver sous votre autorité ». Cependant, sa fidélité à Laurier lui nuisait au Nouveau-Brunswick. Le préfet intérimaire du conseil du comté de Saint-Jean, F. W. Pearson, disait : « le moment est venu d’exprimer au gouvernement du dominion notre appui à toute action énergique qui pourrait rassembler plus d’hommes pour la défense de l’Empire ». En même temps, Borden était devant un dilemme : quel représentant du Nouveau-Brunswick devait-il nommer dans son gouvernement d’union ? Depuis que Borden avait formé son premier cabinet, John Douglas Hazen* jouait ce rôle. Toutefois, la nomination d’un libéral bien disposé envers la conscription, Pugsley ou Carvell par exemple, aurait du retentissement. Les conservateurs de Saint-Jean firent bien valoir qu’ils ne voulaient pas de Pugsley. Carvell, soutenu par les deux partis dans sa circonscription du comté de Carleton, eut le feu vert malgré les protestations attristées de plusieurs conservateurs influents du Nouveau-Brunswick. Hazen, ex-ministre de la Marine et des Pêcheries, accepta le siège de juge en chef du Nouveau-Brunswick après l’échec d’un plan visant à l’envoyer à Washington, où il serait devenu le premier représentant diplomatique du Canada aux États-Unis. Puis, le 31 octobre, Gilbert White Ganong*, lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick depuis peu, mourut subitement. Borden proposa la succession à Pugsley qui, le 2 novembre, informa Laurier en ces termes : « étant donné la conjoncture, j’ai décidé de saisir l’occasion qui m’est donnée de quitter la politique ». Quatre jours plus tard, Borden annonça la nomination de Pugsley au poste de lieutenant-gouverneur.

Trois ans plus tôt, le 11 mai 1914, Frances Jane Parks, épouse de William Pugsley depuis 38 ans et mère de ses deux enfants survivants, était décédée à Saint-Jean. Elle était souffrante depuis l’automne précédent et sa mort n’avait surpris personne. En 1915, Pugsley, âgé de 65 ans, se remaria. Sa seconde femme était Gertrude Macdonald ; originaire de Saint-Jean, elle vivait à Ottawa et avait été sa secrétaire particulière à l’époque où il était ministre des Travaux publics. En 1917, Pugsley retourna au Nouveau-Brunswick avec elle pour s’installer dans la capitale et remplir ses devoirs et obligations de lieutenant-gouverneur. En 1921, on lui offrit d’être encore une fois candidat libéral dans Saint-Jean aux élections générales fédérales. Il refusa. Il démissionna de son poste de lieutenant-gouverneur au terme de son mandat, à la fin de février 1923. Le mois suivant, le premier ministre du pays, William Lyon Mackenzie King*, le nomma à une commission royale d’enquête sur des demandes d’indemnisation résultant de la Première Guerre mondiale. Le 2 novembre 1923, Pugsley, gravement malade, fut admis au St Luke’s Hospital d’Ottawa. Il subit une opération et se remit remarquablement vite.

Tard en février 1925, Pugsley partit en train avec sa femme pour l’Ouest canadien, où il devait continuer son travail pour la commission d’enquête. Ils se rendirent jusqu’à Toronto où, pendant qu’ils logeaient au King Edward Hotel, Pugsley fut atteint d’une pneumonie. On fit venir son fils John Archer du Nouveau-Brunswick, mais il repartit à la fin de février car Pugsley semblait en voie de se rétablir. Gertrude était à ses côtés lorsque subitement, à onze heures dans la soirée du 3 mars 1925, Pugsley mourut. Ses funérailles eurent lieu à Saint-Jean le 7 mars en l’église anglicane St John (Stone), après quoi il fut inhumé au cimetière Fernhill, dans la même municipalité.

Au moment de son décès, William Pugsley était sur le point d’avoir à son actif 40 ans de vie publique. Tout au long de sa carrière, il fut un fervent promoteur de Saint-Jean, sa chère ville. Il ne défendit pas avec moins d’ardeur sa province d’origine et, comme bien des hommes publics de sa génération, il s’employa, sur la scène fédérale, à obtenir des faveurs pour elle. Une fois passé dans le camp des libéraux, il fut un puissant lieutenant du chef, un ministre compétent de la couronne et un critique redoutable du gouvernement de sir Robert Laird Borden. Il abandonna le chef libéral et accepta, de la part de Borden, le poste de lieutenant-gouverneur seulement lorsqu’il estima que l’intérêt du Canada et de ses jeunes combattants devait primer sur celui du parti. William Lyon Mackenzie King, qui lui confia son dernier mandat, le comprenait peut-être d’avoir choisi de quitter la politique active : lui-même, en 1917, avait hésité sur la position à prendre au sujet de la conscription avant de lier sa destinée à celle des libéraux de Laurier.

Robert Craig Brown

Les principales collections de documents de première main sur la carrière de William Pugsley sont conservées à BAC : papiers de sir Robert Laird Borden (MG 26, H), papiers de sir Wilfrid Laurier (MG 26, G), et fonds du ministère des Travaux publics (RG 11). Les journaux suivants contiennent de l’information utile : Daily Gleaner (Fredericton), Daily Telegraph (Saint-Jean), Gazette (Montréal), Globe (Toronto), Morning Chronicle (Halifax), Ottawa Citizen, Ottawa Evening Journal, Saint John Globe, Telegram (Toronto), Telegraph-Journal (Saint-Jean), et Toronto Daily Star.

R. C. Brown, Robert Laird Borden : a biography (2 vol., Toronto, 1975–1980).— R. C. Brown et Ramsay Cook, Canada, 1896–1921 : a nation transformed (Toronto, 1974).— Canada, Bureau fédéral de la statistique, Annuaire du Canada (Ottawa) ; Chambre des communes, Débats ; Parl., Doc. de la session.— Canadian annual rev., 1901–1924/1925.— A. T. Doyle, Front benches & back rooms : a story of corruption, muckraking, raw partisanship and intrigue in New Brunswick (Toronto, 1976).— H. G. Thorburn, Politics in New Brunswick (Toronto, 1961).

Bibliographie générale

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Robert Craig Brown, « PUGSLEY, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/pugsley_william_15F.html.

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Auteur de l'article:   Robert Craig Brown
Titre de l'article:   PUGSLEY, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   23 septembre 2014