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IRUMBERRY DE SALABERRY, CHARLES-MICHEL D’, officier dans l’armée et dans la milice, juge de paix, fonctionnaire, homme politique et seigneur, né le 19 novembre 1778 à Beauport, Québec, fils aîné d’Ignace-Michel-Louis-Antoine d’IRUMBERRY de Salaberry et de Françoise-Catherine Hertel de Saint-François ; le 13 mai 1812, il épousa à Chambly, Bas-Canada, Marie-Anne-Julie Hertel de Rouville, fille de Jean-Baptiste-Melchior Hertel* de Rouville, et ils eurent quatre fils et trois filles ; décédé le 27 février 1829 à Chambly.

À l’âge de 14 ans, Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry s’enrôla comme volontaire dans le 44th Foot. En 1794, par l’intermédiaire du futur duc de Kent, le prince Edward* Augustus, qui était un ami de la famille, il obtint une commission d’enseigne dans un bataillon du 60th Foot cantonné aux Antilles, où il débarqua le 28 juillet de la même année. Il se fit remarquer par sa vaillance au combat lors de l’inva-sion des colonies françaises de Saint-Domingue, de la Guadeloupe et de la Martinique. Pendant ce temps, le prince, devenu commandant des forces militaires dans les Maritimes, tentait de lui obtenir un grade de lieutenant dans son régiment, le 7th Foot, cantonné à Halifax. Il apprit que Salaberry avait déjà reçu cette promotion dans le 60th où l’avancement était plus rapide. Il demanda l’annulation du poste dans le 7th et, en attendant la réponse, il envoya son protégé en congé chez ses parents, dans le Bas-Canada.

La réadmission de Salaberry dans le 60th Foot arriva trop tard et il ne put partir pour les Antilles. Après avoir subi un naufrage à l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard), il fut retenu à Halifax auprès du prince. Ce dernier l’initia à la franc-maçonnerie, et Salaberry fut reçu maître de la Royal Rose No. 2, le 2 février 1797. Du mois de mars à la fin de juin, il servit comme lieutenant sur l’Asia, qui poursuivait les navires espagnols. Il retourna aux Antilles au début de juillet et fut en garnison à la Jamaïque. Bien que le prince ait fait plusieurs démarches afin de lui obtenir le grade de capitaine, Salaberry, qui n’avait pas les moyens d’acheter cette commission, dut attendre jusqu’à la fin de 1799 pour recevoir le rang de capitaine-lieutenant du 60th Foot, sans compagnie. On lui accorda finalement une compagnie dans le 1er bataillon du 60th le 18 juin 1803.

En 1804, Salaberry demanda au duc de Kent d’user de son influence afin qu’il obtienne un congé pour raison de santé. Il arriva à Québec le 24 octobre. Le 26 juin de l’année suivante, il s’embarqua pour l’Angle-terre avec ses frères, Maurice-Roch et François-Louis, tous deux promus lieutenants dans le régiment du duc de Kent. Les trois furent reçus chaleureuse-ment par Mme de Saint-Laurent [Montgenet] et le duc ; ce dernier s’empressa de faire des démarches pour que Salaberry soit muté dans un autre régiment afin de lui éviter un nouveau séjour aux Antilles. Pendant ce temps, le duc lui obtint un congé de plusieurs semaines, l’hébergea, le convia quotidien-nement à souper et lui donna accès à sa loge au théâtre.

Au début de 1806, Salaberry fut muté dans le 1er bataillon du 60th Foot, alors sous les ordres du colonel Francis de Rottenburg. À la demande du duc de Kent, il fit du recrutement pour le lst Foot, de juillet 1806 à mars 1807. Le major général sir George Prévost* lui causa des difficultés dans cette entreprise, mais il réussit néanmoins, au plus grand plaisir du duc, à recruter plus de 150 hommes. En août 1806, le frère cadet de Salaberry, Édouard-Alphonse*, arriva en Angleterre. Les Salaberry n’eurent toutefois que quelques occasions de se rencontrer, puisque Maurice-Roch et François-Louis partirent pour l’Inde le 18 avril 1807. De son côté, Charles-Michel fut appelé en Irlande au mois d’août. En 1808, il fut nommé major de la brigade d’infanterie commandée par Rottenburg, laquelle fut envoyée aux Pays-Bas en 1809. À l’instar de plusieurs compagnons, Salaberry contracta une fièvre épidémique pendant cette désastreuse campagne et rentra en Angleterre en octobre 1809. Après une nouvelle mutation dans le 1er bataillon du 60th Foot, il apprit, en juin 1810, son prochain départ pour le Canada. Effectivement, à l’automne, il devint aide de camp du major général Rottenburg.

Salaberry reçut le grade honoraire de major le 2 juillet 1811. Sept mois plus tard, il présenta un projet afin de mettre sur pied un corps de milice, car la conjoncture politique internationale laissait prévoir une éventuelle et imminente déclaration de guerre. Dans ces circonstances, Prévost, qui était devenu gouverneur en chef en octobre 1811, ne pouvait que recommander Salaberry qui possédait l’influence, le zèle et l’énergie nécessaires pour lever un corps provincial d’infanterie légère, les Voltigeurs canadiens, et le rendre efficace et compétent rapidement. Salaberry commença à recruter le 15 avril 1812.

Le recrutement d’officiers d’expérience pour la milice n’était pas facile, car il freinait souvent l’avancement du titulaire d’un poste dans l’armée, compte tenu qu’il était absent de son régiment. De plus, l’officier de milice possédant le même grade qu’un collègue de l’armée régulière lui était soumis, d’où la colère de Salaberry lorsque Prévost lui remit une commission de lieutenant-colonel de milice, prenant effet le 1er avril 1812, au lieu d’un grade dans l’armée. Le 29 janvier 1813, Rottenburg lui apprit cependant qu’il était promu surintendant des Voltigeurs canadiens avec le rang de lieutenant-colonel dans l’armée. Ce grade n’ayant pas été confirmé tel qu’on l’avait prévu, Salaberry dut se contenter le 25 mars 1813 de celui de lieutenant-colonel des Voltigeurs canadiens. Il ne reçut qu’en juillet 1814 la confirmation de ce même rang dans l’armée. Même si la milice était inférieure à l’armée, certains militaires insistèrent pour être admis dans les Voltigeurs canadiens. Deux raisons les y incitaient : la quasi-certitude que le corps de milice deviendrait régulier et que leur grade serait alors reconnu, ainsi que le désir de certains de se retirer de l’armée tout en ayant droit de toucher la demi-solde en plus du salaire d’officier de milice. Salaberry put ainsi enrôler plusieurs hommes d’expérience.

Par ailleurs, le recrutement des miliciens sembla, au premier abord, dépasser tous les espoirs. Cela s’explique par le contexte de crise économique, par le fait que la milice d’élite incorporée n’était pas encore créée et par la réputation de Salaberry. Contrairement à ce que certains ont prétendu, il ne faut pas exagérer en donnant tout le crédit du recrutement à Salaberry et s’imaginer que la levée complète fut réalisée en deux jours. En avril 1812, on voulait un corps de 500 miliciens, puis Prévost réduisit le nombre à 350 en juin et à 300 le mois suivant. De fait, les états financiers ne permettaient pas de continuer en même temps la levée des Voltigeurs canadiens et des Glengarry Light Infantry Fencibles. Avec 264 hommes recrutés dès les trois premières semaines, l’enrôlement s’annonçait facile. Mais la vie rude du camp militaire semble avoir encouragé plusieurs recrues à déserter, car leur nombre passa de 323 en juin à 270 en octobre suivant. Salaberry réussit difficilement à rassembler 438 soldats en mars 1813. Néanmoins, au moment de la bataille de Châteauguay le 26 octobre suivant, les Voltigeurs canadiens comptaient 29 officiers et 481 sous-officiers et miliciens.

Salaberry était un commandant rigoureux et consciencieux. Ses officiers ne possédaient pas toujours les mêmes qualités. Le capitaine Jacques Vi-ger*, qui avait pourtant gardé sa compagnie grâce à l’intervention de Salaberry, regretta souvent sa commission, se plaignant de la discipline trop sévère et des charges financières trop lourdes que devaient assumer les officiers. Le beau-frère de Salaberry, Jean-Baptiste-René Hertel* de Rouville, aussi capitaine dans les Voltigeurs canadiens, supplia l’adjudant général de la milice de le muter dans un autre régiment, trouvant son commandant trop exigeant.

Le 18 juin 1812, les États-Unis avaient déclaré la guerre à l’Angleterre. Les Américains s’apprêtaient à envahir la colonie britannique. Pour défendre le Bas-Canada, le gouvernement avait fait conscrire en mai des miliciens afin de former quatre bataillons de la milice d’élite incorporée ; un cinquième bataillon serait constitué en septembre et un autre en février 1813. La milice sédentaire s’exerça et fut appelée occasionnellement à prendre les armes. Outre les Voltigeurs canadiens, plusieurs corps de milice volontaire furent levés pour des périodes parfois très courtes. En novembre 1812, une tentative d’invasion près de Lacolle fit entrer les Voltigeurs canadiens en action. Le 27 du même mois, Salaberry fut loué pour sa conduite dans la direction de l’avant-garde. Mais, en juillet 1813, il apprit que Prévost avait envoyé une dépêche à ce sujet au gouvernement britannique, dans laquelle il ne mentionnait pas son nom ; il félicitait plutôt l’adjudant général Edward Baynes et le major général Rottenburg, qui n’avaient aucunement parti-cipé à ce fait d’armes.

Au début d’août 1813, les Voltigeurs canadiens couvrirent la retraite de la flotte britannique qui était allée brûler les casernes de Swanton, au Vermont, deux blockhaus à Champlain, dans l’état de New York, les casernes et l’arsenal au nord de Plattsburgh. En octobre, Salaberry fut envoyé à Four Corners, près de Châteauguay, avec quelques soldats et des Amérindiens pour reconnaître les forces ennemies et effectuer une attaque. Les effectifs insuffisants firent toutefois échouer ce projet.

Déçu des missions qu’on lui faisait exécuter, Salaberry désirait quitter l’armée. De Châteauguay, où il était avec ses troupes, il fut demandé d’urgence sur la rivière Châteauguay. Les Américains s’apprêtaient à attaquer Montréal afin de couper le ravitaillement de l’armée britannique dans le Haut-Canada et l’obliger ainsi à se replier au Bas-Canada. Le 21 octobre, le major général Wade Hampton, à la tête de quelque 3 000 hommes, traversa la frontière et avança sur la Châteauguay en direction de Montréal, qu’il devait attaquer avec le major général James Wilkinson, lequel venait de Sackets Harbor, dans l’état de New York, via le Saint-Laurent.

Ayant prévu que l’ennemi passerait à Allan’s Corner, sur la rive est de la Châteauguay, Salaberry y fit construire un abattis le 26 octobre. Il y disposa environ 250 hommes, membres des Voltigeurs canadiens, de la milice sédentaire, des Canadian Fencibles, ainsi que des Amérindiens. De l’autre côté de la rivière, il envoya 50 soldats de la milice sédentaire et du 1er bataillon de la milice d’élite incorporée. Un mille derrière l’abattis, environ 1 400 miliciens, commandés par le lieutenant-colonel George Richard John Macdonell*, étaient répartis sur quatre retranchements successifs.

Parvenu à Ormstown, à quelques milles devant l’abattis, Hampton divisa ses troupes ; il envoya un millier d’hommes de l’autre côté de la Châteauguay, continua avec environ 1 000 soldats et en laissa le même nombre en réserve au campement. Les troupes américaines ne parvinrent pas à surprendre les miliciens de Salaberry. Par une tactique perspicace, ce dernier avait réussi à créer l’illusion d’une force beaucoup plus nombreuse, ce qui découragea l’ennemi. Après un combat qui dura environ quatre heures, Hampton commanda la retraite. Les Canadiens restèrent à l’abattis, prêts à reprendre les armes le lendemain. Mais Hampton, qui avait reçu l’ordre d’éta-blir le camp d’hiver aux États-Unis, crut que son supérieur, le major général Wilkinson, avait contre-mandé l’offensive sur Montréal et il dirigea ses troupes vers les États-Unis. Il s’agissait d’un malentendu, et Wilkinson, en apprenant la défaite et la retraite de Hampton, ne voulut pas attaquer Montréal. La bataille de Châteauguay sauva donc la ville de Montréal d’une importante attaque [V. Joseph Wanton Morrison].

Prévost et le supérieur de Salaberry, le major général Abraham Ludwig Karl von Wattenwyl*, arrivèrent en même temps pour assister à la retraite de l’ennemi. Au lendemain de la bataille, les Canadiens, qui se fiaient au dire des prisonniers, crurent avoir affronté de 6 000 à 7 000 Américains. En réalité, il y avait quelque 3 000 Américains contre approximativement 00 Canadiens. Selon le rapport que Prévost rédigea le même jour, environ 300 Canadiens s’étaient opposés à 7 500 Américains. Dès lors, la bataille de Châteauguay prit l’aspect d’un mythe et fit la fierté de la population. Les Canadiens, commandés par un des leurs, avaient démontré leur bravoure, leur valeur guerrière et leur loyauté en repoussant les Américains.

Si la population trouva des sources de fierté dans l’ordre général de Prévost, Salaberry y vit plutôt une intention de lui usurper le crédit de la victoire. En effet, Prévost se disait présent au combat et attribuait les mérites de la stratégie à Wattenwyl. Humilié et frustré de ses droits, Salaberry fit d’interminables démarches afin d’obtenir la reconnaissance des autorités et une promotion dans l’armée. Mais devant l’attitude de Prévost et du Parlement du Bas-Canada, qui n’osait émettre les remerciements usuels sans l’assentiment du gouverneur, Salaberry, fatigué et malade, se renseigna sur les conditions de retraite de l’armée, à la fin de 1813. Il pria son père de diminuer ses ambitions à son sujet : il ne pourrait jamais devenir officier général, puisqu’il était catholique et que cela exigeait de 10 à 12 années d’expérience supplémentaires. En janvier 1814, il offrit sa commission à Frederick George Heriot*, moyennant £900. Après avoir finalement reçu les remerciements de la chambre d’Assemblée le 30 janvier, et ceux du Conseil législatif le 25 février suivant, il songeait toujours à la retraite lorsqu’il apprit, le 3 mars, que Prévost devait le recommander au poste d’officier supérieur de visite. Cette promotion lui offrait des avantages monétaires et des conditions de travail intéressantes. Il quitta les Voltigeurs canadiens avec quelques regrets, et Heriot le remplaça à son poste.

Dans une lettre en date du 15 mars, Prévost recommanda Salaberry au poste d’officier supérieur de visite mais, dans un rapport confidentiel daté du 13 mai, il le dénigra, l’accusa de négligence et affirma qu’il n’avait fait qu’exécuter les ordres de Wattenwyl ; il lui enlevait ainsi tout crédit dans la victoire de Châteauguay. Salaberry se méfiait donc avec raison de la duplicité de Prévost et, bien entendu, le poste lui fut refusé. Aussi, après avoir été en fonction pendant plusieurs mois, il envoya sa démission. Cette dernière fut interceptée par le duc de Kent, au grand avantage de Salaberry qui continua à retirer la solde de lieutenant-colonel de l’armée. Il garda son poste d’officier supérieur de visite tout en demeurant lieutenant-colonel des Voltigeurs canadiens, charge qui fut entrecoupée par 42 jours passés comme juré au procès de Henry Procter. La guerre prit fin le 24 décembre 1814, mais la nouvelle ne parvint dans la colonie qu’au printemps. La milice fut démobilisée en mars 1815. Une fois les troupes renvoyées, Salaberry fit pendant plusieurs mois des démarches afin d’être payé ; il adressa également des demandes pour les miliciens qui avaient droit à des récompenses et pour les blessés qui devaient être dédommagés.

En 1816, Salaberry fut décoré de la médaille commémorative de la bataille de Châteauguay. Puis, à la suite de la recommandation de sir Gordon Drummond*, et des démarches amicales de Macdonell, il apprit, le 5 juin 1817, qu’il était reçu compagnon de l’ordre du Bain. En décembre, le gouverneur sir John Coape Sherbrooke le recommanda pour remplacer Jean-Baptiste-Melchior Hertel de Rouville, son beau-père, au Conseil législatif. Nommé en décembre 1818, il y fut accueilli le 19 février 1819. Son père y était déjà ; c’était donc la première fois que père et fils siégeaient en même temps au sein de cet organisme.

Salaberry s’était installé à Chambly en 1814. En juillet, les Hertel de Rouville donnèrent aux époux Salaberry un terrain près de la réserve militaire. Puis le père de Salaberry lui remit 2 000# que lui avait léguées son parrain, le vicaire général Charles-Régis Des Bergères de Rigauville. Salaberry se retrouva donc avec une propriété considérable qu’il géra consciencieusement ; il réclama ainsi des dédommagements pour les déprédations commises sur ses terrains durant la guerre et entama plusieurs poursuites contre ses voisins et censitaires pour obtenir les délimitations et la pleine propriété de ses terres.

La mort du juge Pierre-Amable De Bonne* en 1816 permit à Salaberry d’augmenter sa fortune. En effet, sa belle-mère, Marie-Anne Hervieux, était parente du défunt. Après avoir constitué son fils et son gendre procureurs pour obtenir l’héritage de De Bonne, elle le remit à ses derniers et à sa fille en mars 1817. Ce don précédait de peu le décès de Jean-Baptiste-Melchior Hertel de Rouville le 30 novembre 1817, suivi de celui de sa femme le 25 janvier 1819. L’administration de la succession fut confiée à Salaberry. À côté du fief de Saint-Mathias, dont hérita l’épouse de Salaberry, se trouvait le fief de Beaulac que ce dernier acheta de William Yule le 5 novembre 1819. Son beau-frère, qui connaissait des difficultés financières, vendit à Salaberry et à sa femme une partie de son héritage, dont le moulin à farine situé à Saint-Mathias. En janvier 1818, Salaberry avait acquis de Samuel Jacobs, seigneur d’une partie de Chambly, les droits sur le domaine du roi sis dans la seigneurie. Enfin, lorsque son voisin à Chambly fit faillite en 1825, Salaberry acheta son terrain et put ainsi agrandir sa propriété. Outre les revenus tirés de ses propriétés, Salaberry réalisa des profits en prêtant de l’argent.

Salaberry s’intéressa aussi au transport. Avec son voisin et ami Samuel Hatt, et plusieurs commerçants et particuliers de la région du Richelieu, il forma en octobre 1820 une société en vue de construire le vapeur De Salaberry. Lancé le 3 août 1821, ce dernier faisait la navette entre Québec, Montréal et Chambly. Le navire brûla à la hauteur de Cap-Rouge le 12 juin 1823 ; six ou sept personnes moururent alors et l’on perdit une cargaison de grande valeur.

Salaberry avait été nommé juge de paix du district de Québec en 1815. Il obtint semblable commission pour les districts de Montréal, de Trois-Rivières et de Saint-François en 1821, puis pour celui de Gaspé en 1824. Le 14 mai 1817, il était devenu commissaire des communications intérieures du comté de Devon. Illustre membre du Conseil législatif, il se fit toutefois plus souvent remarquer par son absence que par ses interventions. Il appuya la pétition contre le projet d’union de 1822, mais il écrivit à Viger en 1824 qu’il s’attendait à ce que l’union du Haut et du Bas-Canada se fasse.

La même année, Viger, qui s’était lié d’amitié avec son ancien commandant, entreprit de lever une souscription pour faire exécuter une gravure de Salaberry, « dont le nom appart[enait] déjà à l’Histoire ». Le graveur Asher Brown Durand, de New York, fit le portrait à partir d’une miniature réalisée par l’artiste new-yorkais Anson Dickinson. Salaberry était un homme au tempérament fougueux, et c’est pourquoi Rottenburg le surnommait « My dear Gunpowder ». Il était aussi aimable, franc et chaleureux. Il fut terrassé par une attaque d’apoplexie au cours d’un souper chez son ami Hatt et il mourut le 27 février 1829.

Le nom de Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry ne devait toutefois pas tomber dans l’oubli. Son rôle lors de la bataille de Châteauguay, déjà controversé de son vivant, allait connaître des interprétations multiples à la faveur de l’évolution de la société bas-canadienne. Au milieu du xixe siècle, il était perçu comme un homme expérimenté, courageux et intrépide, qui possédait la confiance de ses soldats. Au tournant du xxe siècle, les anglophones insistaient davantage sur le rôle de Macdonell ou de Wattenwyl, tandis que les francophones se portaient à la défense de Salaberry, en soulignant sa vaillance et son intrépidité et en montrant qu’il avait dû se débrouiller avec des moyens restreints fournis par des supérieurs pusillanimes. Au début des années 1950, Salaberry incarnait le Canadien français qui, parmi les siens, démontrait la valeur de la race. Au cours de la décennie suivante, le portrait du héros était oblitéré par l’image d’un corps de milice national composé d’anglophones et de francophones qui défendaient le pays côte à côte. Enfin, récemment, la victoire de Salaberry était attribuée à une collaboration fructueuse de divers groupes contre un ennemi commun.

Michelle Guitard

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Bibliographie générale

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Michelle Guitard, « IRUMBERRY DE SALABERRY, CHARLES-MICHEL D’ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/irumberry_de_salaberry_charles_michel_d_6F.html.

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Auteur de l'article:   Michelle Guitard
Titre de l'article:   IRUMBERRY DE SALABERRY, CHARLES-MICHEL D’
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   20 septembre 2014