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DAVID, DAVID, trafiquant de fourrures, homme d’affaires et officier de milice, né le 14 octobre 1764 à Montréal, fils aîné de Lazarus David et de Phebe Samuel ; décédé célibataire le 30 novembre 1824 dans la même ville.

Premier Juif né dans la province de Québec et fils de l’un des premiers marchands anglophones qui s’installèrent à Montréal après la Conquête, David David grandit dans la petite communauté juive de la colonie qui était très unie, notamment par le sang [V. Jacob Raphael Cohen*]. Son père, qui mourut en 1776, avait mis sur pied un commerce d’envergure et avait acquis des propriétés foncières considérables. En 1777, les membres de sa famille firent don du terrain sur lequel fut érigée la synagogue Shearith Israel, la première de la colonie ; l’année suivante, ils donnèrent une somme importante pour l’achat d’un cimetière. Il semble toutefois que la mère de David connut des temps difficiles et, en février 1780, elle s’efforçait, comme elle le décrivit dans une requête au gouverneur Frederick Haldimand*, de faire vivre cinq enfants « avec les profits d’un petit magasin, sa seule source de revenus ». Mais, de toute évidence, elle ne se laissa pas abattre par ces difficultés. Lorsque Robert Hunter, le fils d’un des plus éminents marchands londoniens qui faisaient du commerce avec la colonie, prit le the avec elle en 1785, il la considéra comme « une vieille dame vraiment très sensée et intelligente, et d’une conversation très divertissante. Jamais de ma vie je n’avais ri autant, disait-il, qu’en écoutant ses histoires drôles [...] Son fils nous fit visiter la synagogue, qui est très belle pour une aussi petite congrégation. »

David fit ses études primaires dans la province et, comme ses frères Samuel et Moses, il se lança dans les affaires. Il est probable qu’il hiverna dans l’Ouest comme engagé ou comme trafiquant, et qu’il établit des liens avec les employés de la North West Company ; en 1817, il allait être accepté au sein du prestigieux Beaver Club, dont l’accès était réservé aux marchands éminents qui avaient passé au moins un hiver dans l’arrière-pays. En 1787, il résidait au 15 de la rue Notre-Dame, à Montréal, où il avait un magasin de gros et de détail ; il y vendait du thé, des épices, des articles d’épicerie, de quincaillerie et de mercerie, de la vaisselle et de la verrerie. Deux ans plus tard, il importait du blé du Vermont par l’intermédiaire d’un marchand de Québec, John Samuel de Montmollin. En 1793, il s’associa pour une courte période avec son beau-frère, le trafiquant de fourrures Myer Michaels. Au magasin de David, ils offraient « un grand et général assortiment de Marchandises » et envoyaient des articles à Moses, qui avait établi un comptoir de traite des fourrures à Detroit qu’il dirigea d’ailleurs par la suite depuis Sandwich (Windsor, Ontario). Lorsque l’association fut dissoute en 1795, David poursuivit ses activités dans le commerce du blé – l’un de ses fournisseurs était le marchand John Porteous – et dans celui de l’approvisionnement, pour lequel il acheta de la poudre et des balles de la James and Andrew McGill and Company [V. James McGill*] en 1797 et 1798. Il avait une grande variété de clients, dont les militaires de William Henry (Sorel, Québec), sir John Johnson, surintendant général des Affaires indiennes, à qui il fournit des marchandises jusqu’en 1817, et George Ermatinger, marchand d’Amherstburg, dans le Haut-Canada, qu’il approvisionnait conjointement avec Frederick William Ermatinger. Peut-être se lança-t-il également dans la brasserie, car il importa 1 000 livres de houblon du New Hampshire en 1797. Décrit comme un homme qui, grâce à son honnêteté et à son assiduité, se taillait une place de plus en plus enviable dans le commerce de détail à Montréal, il avait atteint la prospérité en 1804 : il fut en mesure, cette année-là, de payer le prix élevé de £999 pour une maison en ville. En août 1806, il donnait en location deux maisons de pierre dans la rue Notre-Dame.

David appuya plusieurs demandes d’ordre économique qui émanaient du groupe des marchands de Montréal. Vers le début du siècle, son frère Samuel et lui-même signèrent une pétition dans laquelle ce groupe demandait au gouvernement de modifier les règlements de douane obligeant les navires en route pour Montréal à faire escale à Québec pour subir une inspection. Le 30 mars 1805, il assista à un dîner que les marchands donnèrent au Dillon’s Hotel en l’honneur des députés montréalais qui avaient voté contre l’imposition d’une taxe d’affaires destinée à financer la construction de nouvelles prisons. En avril 1822, il était l’un des membres fondateurs du Committee of Trade, qui devint ensuite le Bureau de commerce de Montréal et qui fut créé pour accroître l’influence des marchands sur les décisions gouvernementales en matière de commerce.

La participation de David aux affaires publiques dépassait le cadre du commerce, mais touchait toujours des domaines où le groupe des marchands jouait un rôle prépondérant. En 1784, il signa une pétition demandant l’abrogation de l’Acte de Québec et la création d’une Assemblée élue. Cinq ans plus tard, il était le seul Juif parmi les quelque 100 membres de la congrégation de la Christ Church qui demandèrent l’érection civile de leur paroisse ; en 1814, il donna une somme d’argent pour l’achèvement de l’église [ V. Jehosaphat Mountain*]. Lieutenant dans le 1er bataillon de milice de la ville de Montréal en 1804, il devint capitaine en 1812 et prit part, l’année suivante, à la bataille de Châteauguay sous les ordres du lieutenant-colonel Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry ; en 1821, il fut promu major. Il fut l’un des premiers membres à vie du conseil d’administration du Montreal General Hospital, fondé en 1819 [V. William Caldwell (1782–1833)] ; trois ans plus tard, il était le centre d’intérêt des membres de la profession médicale de Montréal qui se rassemblèrent à son domicile pour voir le jeune Robert Nelson* l’opérer. Selon Thomas Storrow Brown*, la grande générosité de David amenait les pauvres à l’appeler affectueusement « le gros Juif contre le pompe », tandis que « ses manières simples et conciliantes lui valaient le respect et l’amitié sincères de tous ses voisins et de toutes ses connaissances ».

Peut-être David connaissait-il déjà des difficultés financières en 1806, lorsqu’il fit saisir les biens de deux de ses débiteurs et devint l’un des syndics de la faillite de la firme montréalaise Cuvillier, Aylwin, and Harkness. En 1809, un terrain comportant deux maisons de pierre et d’autres édifices appartenant à David, à Thomas Blackwood* et à James Dow fut saisi à la requête de James Finlay. Huit ans plus tard, Thomas Andrew Turner fit saisir par le shérif la résidence de David, rue Saint-Paul ; c’était une luxueuse maison de pierre à deux étages, qu’il avait acquise de James Dunlop* ou de ses héritiers et pour laquelle il était encore redevable de £2 675. David parvint à garder la maison mais, en 1820, Turner obtint la saisie d’un terrain et d’une maison de pierre lui appartenant dans le faubourg Sainte-Marie. Malgré cela, les apparences extérieures persuadèrent Thomas Storrow Brown en 1818 que David était l’un des citoyens les plus riches et les plus respectés de Montréal.

Par ses investissements, David était à la tête de la jeune communauté d’hommes d’affaires de Montréal qui exploraient de nouvelles stratégies : ils cherchaient en effet à entreprendre des projets de plus en plus ambitieux et exigeant des capitaux énormes, ainsi qu’à réaligner l’économie de la ville sur celle qui se développait dans le Haut-Canada. Ainsi, en 1818, il devint membre du conseil d’administration de la Banque de Montréal, fondée l’année précédente, et exerça cette fonction jusqu’en 1824. À la fin de 1818, il faisait partie d’un groupe de 14 associés qui adressèrent une pétition à l’Assemblée afin d’obtenir l’autorisation de construire un canal sur le Saint-Laurent, qui contournerait le courant Sainte-Marie et les rapides de Lachine afin de faciliter les communications fluviales avec le Haut-Canada [V. François Desrivières]. L’année suivante, lorsqu’on fixa le capital-actions de la Compagnie des propriétaires du canal de Lachine à £150 000, David fut l’un des sept associés autorisés à vendre les 3 000 actions à £50 chacune. Ensemble, ils ne réussirent toutefois à vendre que la moitié des actions et, en 1821, malgré le renflouement substantiel du gouvernement, la compagnie fit faillite et fut prise en charge par une commission publique. David possédait alors 25 actions dans l’entreprise.

Depuis au moins 1802, comme bon nombre de ses confrères du monde des affaires, David s’adonnait à la spéculation immobilière. De fait, entre 1814 et 1823, il semble que ses activités commerciales se limitèrent pour ainsi dire à des transactions, des investissements et des prêts dans le domaine foncier. À sa mort, qui survint en 1824, sa succession comprenait quatre vastes propriétés à Montréal, qui furent vendues au prix de £8 807, et des terrains dans les faubourgs Saint-Laurent et Saint-Antoine. Ailleurs au Bas-Canada, il possédait une maison à Trois-Rivières ainsi que des terrains dans la région de Yamaska et dans les cantons d’Aston, de Sutton et de Ditton. Dans le Haut-Canada, il était propriétaire de lots dans les cantons de Charlotteville et de Walsingham. Dans la plupart des cas, ses biens avaient été achetés à une vente judiciaire ou reçus en paiement d’une dette. David laissa une succession dont les créances s’élevaient à plus de £67 000 et qui comprenait une somme de £3 378 placée à la Bank of England et près de £7 000 en valeurs de la Banque de Montréal. La firme Inglis and Company de Londres et Samuel Gerrard* lui devaient au delà de £10 000 et chacune des compagnies suivantes lui devait plus de £2 000 : la Gillespie, Moffatt, and Finlay de Londres, la Moffatt and Company, la McGillivrays, Thain and Company, et la Desrivières, Blackwood and Company [V. François Desrivières ; William Finlay ; William McGillivray] ; même la fabrique de Notre-Dame lui devait £1 000. En 1825, les exécuteurs testamentaires de David essayaient encore de recouvrer quelque £52 000 dues par la North West Company, qui avait été forcée de fusionner avec la Hudson’s Bay Company en 1821.

David David vécut manifestement sur un grand pied et mena une vie sociale active. Sa maison était garnie de meubles en cerisier et en acajou, décorée de tableaux et de gravures, et on y trouvait la vaisselle, la verrerie et les couverts nécessaires pour faire de grandes réceptions ; l’argenterie à elle seule valait £65. Ses biens personnels furent évalués à près de £400, mais sa modeste bibliothèque de 135 volumes, qui ne mérita même pas un inventaire détaillé, fut estimée à £7 seulement. Il semble que David tira bien son épingle du jeu durant une période délicate au cours de laquelle Montréal, en diversifiant son économie, prenait les mesures nécessaires pour se relever des ruines de la North West Company.

Elinor Kyte Senior en collaboration avec James H. Lambert

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Bibliographie générale

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Elinor Kyte Senior en collaboration avec James H. Lambert, « DAVID, DAVID », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/david_david_6F.html.

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Auteur de l'article:   Elinor Kyte Senior en collaboration avec James H. Lambert
Titre de l'article:   DAVID, DAVID
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
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