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ERMATINGER, FREDERICK WILLIAM, officier de milice, homme d’affaires et fonctionnaire, né vers 1769, fils de Lawrence Ermatinger*, marchand, et de Jemima Oakes ; décédé célibataire le 28 février 1827 à Montréal.

Frederick William Ermatinger et son frère aîné, Lawrence Edward, furent envoyés en Angleterre par leur père en 1778 pour y faire leurs études. À dix ans, Frederick William apprenait à effectuer les divers exercices et calculs mathématiques qui le préparaient à une carrière dans les affaires. Cependant, lorsque Ermatinger père éprouva de sérieuses difficultés financières durant les années 1780–1783, les deux fils revinrent à Montréal. En 1783, Frederick William se mit à accomplir un certain nombre de travaux pour son oncle, Edward William Gray*, shérif de Montréal. Nommé colonel et chargé du commandement de la British Militia of the Town and Banlieu of Montreal en 1787, Gray fit de Lawrence Edward son adjudant mais, lorsque celui-ci retourna en Angleterre vers 1795, il le remplaça par Frederick William, qui s’était joint au bataillon l’année précédente ; Frederick William demeura adjudant jusqu’à ce qu’il quitte la milice avec le grade d’adjudant-capitaine en 1811.

Gray était aussi marchand et, comme il n’avait pas d’enfants, il semble qu’il adopta presque Frederick William, se chargeant de l’initier aux affaires et de le mettre en contact avec le groupe des commerçants de Montréal. Le 15 septembre 1791, il annonça son intention de prendre Ermatinger comme associé dans son entreprise d’import-export. Il donna à son neveu une participation d’un tiers à compter du 1e mai 1792 ; la firme prit alors le nom de Gray and Ermatinger. De 1792 à 1794, Ermatinger se rendit chaque année en Angleterre pour y établir des relations d’affaires. Obligé de consacrer la plus grande partie de son temps et de son attention à sa tâche de shérif, Gray abandonna ses activités dans la compagnie en octobre 1795, et c’est Ermatinger qui continua d’importer des marchandises de la Grande-Bretagne. Ermatinger se lança à son compte dans d’autres domaines. En 1805, il était trésorier de la firme qui exploitait la route à péage de Lachine. Dès 1806, il avait acquis dans la seigneurie d’Ailleboust un terrain de 800 arpents qui donnait sur la rivière L’Assomption. En mars de cette année-là, le shérif Gray dut saisir les propriétés foncières de son neveu à la requête du seigneur Pierre-Louis Panet* mais, en octobre, ce dernier céda un terrain à Ermatinger dans la même seigneurie. Ermatinger possédait également une ferme à Saint-Constant. De 1808 à 1812, il fit le commerce de la potasse.

Dans les années 1790 et au début des années 1800, Ermatinger commença à faire partie de diverses sociétés montréalaises. II fut membre de la bibliothèque de Montréal dès sa fondation comme société par actions en mai 1796 et remplit les fonctions de trésorier cette année-là. En 1803, il fut nommé trésorier du comité chargé de la construction d’une nouvelle église pour la congrégation anglicane [V. Jehosaphat Mountain*] et, de 1803 à 1805, il occupa le poste de trésorier du Théâtre de société [V. Joseph Quesnel*]. Vers la fin de sa vie, il était membre de la Société d’horticulture et de la succursale montréalaise de la Société d’agriculture. Il fit partie du premier conseil d’administration du Montreal General Hospital et fut également un des administrateurs chargés de l’inspection de l’établissement. En plus d’être inspecteur de l’École nationale, qui accueillait gratuitement les enfants pauvres, il fut membre de son comité de direction de 1822 à 1826.

Dès le début des années 1800, Ermatinger se mit à obtenir des commissions du gouvernement. En mai 1802, on le nomma secrétaire du comité pour l’encouragement de la culture du chanvre et, en novembre 1807, il devint secrétaire-trésorier de la commission chargée de la construction des prisons et des palais de justice. Deux jours après la mort de Gray, survenue le 22 décembre 1810, Ermatinger remplaça son oncle au poste de shérif. Depuis sa résidence où il avait son bureau, rue Saint-Vincent, dans le faubourg Saint-Laurent, il s’acquittait des fonctions de sa charge, qui consistaient entre autres à administrer la prison municipale et à payer le bourreau. Il touchait des droits sur les causes portées devant les juges de paix.

Depuis quelque temps, Ermatinger s’occupait d’approvisionner en articles de traite les trafiquants de fourrures et de vendre les peaux. Lorsque son jeune frère Charles Oakes s’établit comme trafiquant indépendant à Sault-Sainte-Marie (Sault Ste Marie, Ontario) vers 1808–1810, Frederick William reporta de plus en plus ses efforts dans ce domaine sur l’entreprise de son frère. Il devint le banquier et le trésorier de Charles Oakes ; il engagea des voyageurs et se procura du matériel et des provisions, ainsi que des articles de traite qu’il importait d’Angleterre ou achetait parfois à Montréal. Ces articles étaient expédiés par les Grands Lacs ou encore, s’ils étaient destinés aux États-Unis, par une route qui, chaque fois que cela était possible, se trouvait entièrement en territoire américain. Frederick William eut également à assumer la tâche de tuteur de deux des fils de Charles Oakes lorsqu’ils vinrent dans l’Est pour y faire leurs études.

Tout en s’adonnant au commerce des fourrures, la plus traditionnelle des activités économiques à Montréal, Ermatinger explora de nouvelles voies. Le 7 août 1817, il fut choisi pour siéger au conseil d’administration du premier établissement bancaire au Canada, la Banque de Montréal, qui avait été fondée cette année-là. Il acquit des actions de la banque en son nom et au nom de tous les membres de sa famille. À titre d’administrateur, il fit partie d’un comité chargé de trouver un local pour les activités de la banque. Sur sa recommandation, le comité arrêta son choix sur un édifice de la rue Saint-Paul qui appartenait à Robert Armour*, mais qui était alors entre les mains de l’administration judiciaire. Ermatinger demeura membre du conseil d’administration et du comité sans se distinguer particulièrement jusqu’au moment où, en janvier 1826, un conflit éclata entre diverses factions du conseil au sujet de l’introduction de changements dans la gestion financière de la banque. Le conflit opposait la « vieille garde », dirigée par John Forsyth*, Peter McGill* et Samuel Gerrard*, aux « rebelles », menés par George Moffatt* et James Leslie*. L’égalité des forces en présence donna la prépondérance à un troisième groupe, les « neutres » ou « indépendants » , dont les membres les plus éminents étaient John Molson* fils et Ermatinger. Molson, Ermatinger et Horatio Gates proposèrent quelques compromis, mais Moffatt et Leslie parvinrent à rallier les neutres et l’emportèrent le 5 juin, au cours d’une assemblée des actionnaires où l’on adopta une nouvelle série de règlements touchant l’administration de la banque. Dans le but peut-être de guérir les blessures, Ermatinger démissionna du conseil d’administration quatre jours plus tard, cédant la place à John Molson* père, qui ne s’était pas mêlé à la lutte et qui, peu de temps après, fut élu président. Lorsque Molson fils résigna ses fonctions d’administrateur plus tard en juin, Ermatinger se laissa convaincre de reprendre son poste au conseil. Il faisait aussi partie du conseil d’administration de la Banque d’épargne de Montréal.

Ermatinger manifesta encore son intérêt pour l’expansion du commerce à Montréal en participant à des organisations commerciales créées depuis peu et en investissant dans plusieurs entreprises nouvelles, particulièrement dans le domaine du transport qui, avec celui des banques, devenait un des principaux champs d’activité. II souscrivit à la News Room and Exchange de Montréal, fondée en 1821, et il fut l’un des premiers membres du Committee of Trade l’année suivante. Après avoir acheté 20 actions de la Compagnie d’assurance de Montréal contre les accidents du feu en 1818, il en acquit 20, l’année suivante, de la Compagnie des propriétaires du canal Lachine. En 1823, il acheta 100 actions d’une compagnie qui fabriquait un remorqueur à vapeur et deux ans plus tard, 10 actions de la Welland Canal Company. En octobre 1823, il fut au nombre des 12 souscripteurs qui annoncèrent leur intention de demander à l’Assemblée du Bas-Canada l’autorisation d’établir une route à péage entre Montréal et Longue-Pointe (Montréal). Comme bien des investisseurs, il s’intéressa également aux biens fonciers. En juin 1825, il présida une réunion qui avait pour but de mettre sur pied la Lower Canada Land Company et d’obtenir pour cette société les mêmes droits et privilèges dont bénéficiait la Canada Company dans le Haut-Canada. Au total, 49 personnes s’engagèrent à payer £182 000 pour les 1 820 actions de la compagnie, mais le projet soumis au gouvernement britannique ne fut pas agréé. Les investissements d’Ermatinger lui causèrent toutefois des ennuis financiers. Ainsi en 1820 et 1821, un terrain et une maison situés sur les bords du Saint-Laurent furent saisis à la requête de Samuel Gerrard pour dette impayée ; comme le shérif était Ermatinger lui-même, la saisie fut exécutée par le juge de paix Jean-Marie Mondelet*.

Frederick William Ermatinger mourut à 58 ans d’un « asthme doublé d’hydropisie ». Malgré une longue maladie, il avait continué à exercer les fonctions de shérif jusqu’à la fin. Dans les notices nécrologiques de la Montreal Gazette et de la Minerve, on affirma qu’il avait mené une vie régulière et active, qu’il était estimé comme homme public et comme individu, et qu’il avait accompli sa tâche de shérif d’une manière efficace et consciencieuse. On le remplaça à ce poste par Louis Gugy*. Comme il n’était pas marié, Ermatinger laissait à ses frères et sœurs, ainsi qu’à certains de ses neveux et nièces, des biens qui comprenaient sa maison et son bureau de la rue Saint-Vincent, une ferme de 100 arpents à Longue-Pointe, d’autres propriétés dans la région montréalaise, 138 actions de la Banque de Montréal et des actions d’autres compagnies. Au cours de sa carrière dans les affaires, Ermatinger avait contribué à la mise sur pied ou avait été membre des nombreuses associations et entreprises qui avaient rassemblé l’élite commerçante de Montréal au début du xixe siècle. Il avait ainsi participé activement à l’avancement des intérêts d’une communauté de plus en plus grande de commerçants anglophones qui allaient jouer un rôle de premier plan dans la vie économique du Canada.

Myron Momryk

ANQ-M, CE1-63, 3 mars 1827 ; CL1 ; CN1-185, 25 août 1809.— APC, MG 19, A2, sér. 1, 1 : 370 ; sér. 3, 28 ; 31 ; 35–38 ; 40–41 ; 186 ; 188, 208 ; sér. 4, 1 ; MG 23, GII, 3, vol. 3 ; 5–6 ; MG 28, III44, 1 ; MG 30, D 1, 12 ; RG 1, L3L : 62162 ; RG 68, General index, 1651–1841.— UWOL, Regional Coll., Ermatinger family papers, Edward Ermatinger papers.— Canadian Courant and Montreal Advertiser, 6 juill. 1822.— La Gazette de Québec, 25 juill. 1799, 20 mai 1802, 3 avril 1806, 10 déc. 1807, 10, 17 janv., 16 mai, 26 déc. 1811, 23 juill., 10 sept. 1812, 21 janv. 1813, 13 avril, 17 août 1815, 16 févr., ler août 1816, 2 janv. 1817, 12 févr. 1818, 4 févr., 27 mai, 2 sept. 1819, 12 oct., 30 nov. 1820, 21 janv., 8, 15 févr., 24 mai, 22 oct. 1821, 17 avril, 13 oct., 8 déc. 1823, 19 févr., 22 mars 1824.— La Minerve, 1er mars 1827.— Montréal Gazette, 1er mars 1827.— Almanach de Québec, 1795–1811.— Boulianne, « Royal Instit. for the Advancement of Learning », 400.— Denison, Canada’s first bank, 1 : 100, 236–237.— Hochelaga depicta [...], Newton Bosworth, édit. (Montréal, 1839 ; réimpr., Toronto, 1974), 103, 128, 152.— M. S. MacSporran, « James McGill : a critical biographical study » (thèse de m.a., McGill Univ., Montréal, [1930]).— R. A. Pendergast, « The XY Company, 1798 to 1804 » (thèse de ph.d., univ. d’Ottawa, 1957), 142.

Bibliographie générale

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Myron Momryk, « ERMATINGER, FREDERICK WILLIAM (mort en 1827) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ermatinger_frederick_william_1827_6F.html.

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Auteur de l'article:   Myron Momryk
Titre de l'article:   ERMATINGER, FREDERICK WILLIAM (mort en 1827)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   21 octobre 2014