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MONTGENET (Mongenet, Montgenêt), THÉRÈSE-BERNARDINE, comtesse de Montgenet, dite Mme de Saint-Laurent, née le 30 septembre 1760 à Besançon, France, fille de Jean-Claude Mongenet, ingénieur civil, et de Jeanne-Claude (Claudine) Pussot ; décédée célibataire et sans enfants le 8 août 1830 à Paris.

En novembre 1790, Thérèse-Bernardine Montgenet, alors Mlle de Saint-Laurent, accepta d’aller rejoindre le prince Edward* Augustus, quatrième fils de George III, qui était en service à Gibraltar. Celui-ci avait envoyé un émissaire en France chargé de trouver « une jeune demoisselle pour etre [sa] compagne et maîtresse de [sa] maison ». Elle interrompit une liaison avec « un de ses compatriotes qui se fai[sait] appeler marquis de Permangle » et devint Mme de Saint-Laurent « avec une centaine de noms et titres », dont celui de baronne de Fortisson qu’elle tenait apparemment d’un ancien amant. Elle sut conquérir le prince, refusa de se laisser acheter par une proposition qui visait à l’éloigner de lui et, à l’été de 1791, l’accompagna à Québec où ses troupes furent envoyées ; ainsi s’amorça une liaison très heureuse qui devait durer 27 ans.

En janvier 1794, le prince quitta Québec pour rejoindre les troupes britanniques à la Martinique, et Mme de Saint-Laurent le suivit jusqu’à Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu). Il partit ensuite pour Boston où il s’embarqua, tandis qu’elle poursuivit sa route jusqu’à New York (la presse américaine l’escorta de commentaires calomnieux), puis jusqu’à Halifax et Londres. Edward, qui arriva à Halifax en mai, vécut dans l’inquiétude jusqu’à l’arrivée de sa maîtresse en août. Au cours des quatre années qui suivirent, le prince étant alors commandant des forces armées des Maritimes, Mme de Saint-Laurent reçut à Halifax le même accueil qu’à Québec, sauf de la part des « femmes comme il faut [... qui] ne [faisaient] pas société avec elle », comme le fit remarquer un Français en visite dans la capitale du Bas-Canada. Selon John Wentworth*, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, c’était « une femme intelligente, élégante, bien élevée, aimable et nettement supérieure à la moyenne » ; il n’avait jamais connu « une femme d’une telle force d’âme et d’une telle intrépidité, qui avait en même temps un caractère des plus agréables et des manières raffinées ». À Québec, Mme de Saint-Laurent avait noué une amitié durable avec Ignace-Michel-Louis-Antoine d’Irumberry de Salaberry et sa famille, et les lettres qu’elle leur écrivait reflètent bien sa nature gaie et chaleureuse.

En octobre 1798, Mme de Saint-Laurent partit pour Londres avec le prince, qui devait se faire soigner pour une blessure à la jambe. Il lui acheta une maison à Knightsbridge et, afin d’assurer son avenir, il lui constitua une rente qu’elle plaça de façon judicieuse. En septembre 1799, il retourna à Halifax, après avoir été fait duc de Kent et commandant en chef des forces armées de l’Amérique du Nord britannique. Il partagea avec elle la résidence Prince’s Lodge, située en banlieue d’Halifax, que lui avait prêtée Wentworth. Elle accompagna le duc dans ses tournées provinciales et se lia d’une amitié inébranlable avec le duc d’Orléans, alors en exil, lors de sa visite à Halifax.

Mme de Saint-Laurent traversa l’Atlantique pour la sixième et dernière fois en août 1800, car le duc devait quitter définitivement l’Amérique du Nord et son rigoureux climat. Pendant les 16 années qui suivirent, y compris une période de dix mois durant laquelle le duc fut gouverneur et commandant des forces armées à Gibraltar, elle put lui offrir la « maison calme et sereine » dont il rêvait. À Castle Mill Lodge, son domaine situé à Ealing (Londres), ou dans ses appartements du Kensington Palace, la « compagne bien-aimée » du duc organisait des dîners intimes, recevait des amis, lisait les œuvres que contenait l’abondante bibliothèque du duc, cousait (« elle fabriqu[ait] l’ensemble de ses vêtements elle-même ») ou écrivait dans son recueil personnel. Parmi les habitués de la maison, on compte les quatre frères Salaberry, que la gentillesse et le charme de Mme de Saint-Laurent avaient conquis. Avec le duc, elle s’occupa du cadet, Édouard-Alphonse*, dont ils étaient parrain et marraine ; ils lui firent faire des études et pleurèrent sa mort qui survint en avril 1812 à Badajoz, en Espagne. Deux des frères de leur filleul étaient morts avant lui. À Ealing, Mme de Saint-Laurent suivit de près l’éducation de Charles-Jean Mongenet, le fils aîné de son frère Jean-Claude ; le duc était le parrain d’Édouard, frère cadet de Charles-Jean.

À cause de ses dettes, le duc alla s’établir à Bruxelles en 1816, où la vie était moins chère. Après des voyages en Allemagne et en France, il se rendit à Paris afin de passer 11 jours avec sa compagne, qui y séjournait 11 semaines avec sa sœur, Jeanne-Beatrix de Jansac, et deux de leurs trois frères. Elle s’installa ensuite à Bruxelles avec le duc en novembre et y accueillit avec joie un protégé en la personne du jeune fils de Frederick Augustus Wetherall*, conseiller financier et ami du duc. En retour, Wetherall veillait sur le neveu de Mme de Saint-Laurent en Angleterre.

Depuis quelque temps, le duc songeait avec embarras à un mariage qui pourrait régler ses problèmes financiers. En novembre 1817, le décès de la princesse Charlotte Augusta, qui tenait le deuxième rang dans la succession royale, fit redoubler les pressions des amis, de la famille du duc et des journaux londoniens qui le poussaient à se marier et à assurer sa descendance. Ses lettres à Wetherall révèlent la détresse que ressentait le duc à l’idée de perdre « cette excellente et bien-aimée personne », avec laquelle il connaissait un si grand bonheur : « Vous pouvez imaginer comment mon cœur est blessé au plus profond de mon être et saigne à chaque marque de tendresse et d’affection qu’elle me porte. »

Le couple se sépara à Bruxelles en mars 1818. Mme de Saint-Laurent retourna alors vivre à Paris. Ils firent tous deux preuve d’une parfaite dignité, et elle ne lui fit aucun reproche. Ils s’écrivirent ; il s’inquiétait d’elle, il lui constitua une seconde rente annuelle et il envoya des amis lui rendre visite. Louis XVIII lui accorda le titre de comtesse de Montgenet. La seule chose qu’elle demanda au duc fut de lui donner le portrait que sir William Beechey avait peint de lui, ce qu’il fit par l’intermédiaire du duc d’Orléans.

En juillet 1818, Mme de Saint-Laurent perdit subitement sa sœur avec qui elle partageait un luxueux appartement à Paris ; son ancien amant, le marquis de Permangle, l’aida à régler la succession. Puis suivit en janvier 1820 le décès du duc, ce qui fit cesser le versement de sa rente annuelle mais, heureusement, le duc l’avait gratifiée de sommes généreuses de son vivant. L’épouse du défunt, qui respectait l’amour que le duc avait porté à son ancienne compagne, lui fit aussitôt parvenir un message personnel qu’elle confia à son frère, le prince Léopold ; celui-ci le remit au duc d’Orléans, qui alla le porter à la comtesse et qui se chargea d’acheminer sa réponse.

Deux neveux de Mme de Saint-Laurent, Charles-Benjamin et Charles-Jean Mongenet, se trouvaient à son chevet lorsqu’elle mourut en 1830. Elle avait elle-même dicté son testament à son avocat ; ses biens passèrent à ses héritiers légaux, soit deux de ses frères survivants et un neveu. Elle avait légué le portrait du duc de Kent par Beechey au duc d’Orléans qui, le lendemain de la mort de la comtesse, accéda au trône de France sous le nom de Louis-Philippe. Comme Edward Augustus s’était engagé à verser une rente à vie à son ancienne compagne, Charles-Benjamin Mongenet exigea en 1837 de la fille du duc, la reine Victoria, qu’on lui verse le solde de la rente de sa tante, ce qui fut fait, croit-on.

Thérèse-Bernardine Montgenet avait accepté sa situation avec dignité et se conduisit toujours de façon irréprochable. Elle n’essaya jamais d’influencer le duc dans l’exercice de ses fonctions officielles. Ses funérailles eurent lieu à l’église de la Madeleine et elle fut inhumée au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, dans le même caveau que sa sœur. Elle avait demandé qu’on grave sur la pierre tombale l’inscription suivante : « Ici reposent deux sœurs unies pendant leur vie et que la mort n’a pu séparer ».

Mollie Gillen

En plus d’un grand nombre de titres, Mme de Saint-Laurent a également porté un grand nombre de prénoms. Alphonsine est celui qui apparaît sur l’acte de baptême de son filleul. Elle signe ses lettres J. de St Laurent, apparemment l’initiale vaut pour Julie, un prénom qui paraît aussi sur le même acte de baptême, même s’il semble avoir été ajouté ultérieurement et par quelqu’un d’autre que l’officiant. Cependant, son testament est signé T.-B. de Montgenet. Ses origines, les enfants qu’elle aurait eus avec Edward et sa vie après leur séparation ont donné naissance à plusieurs légendes. Mollie Gillen a détruit tous ces mythes dans un ouvrage intitulé The prince and his lady : the love story of the Duke of Kent and Madame de St Laurent qui parut à Londres en 1970 (réimpr., Halifax, 1985). Un codicille de Mme de Saint-Laurent, découvert trop tard pour qu’il en soit fait mention dans l’édition de 1970, confirme qu’elle a effectivement légué au duc d’Orléans le portrait du duc de Kent peint par Beechey (Arch. de Paris, DQ7 9162 : fo 103r, 5 mai 1825).  [m. g.]

Bibliographie générale

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Mollie Gillen, « MONTGENET, THÉRÈSE-BERNARDINE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/montgenet_therese_bernardine_6F.html.

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Auteur de l'article:   Mollie Gillen
Titre de l'article:   MONTGENET, THÉRÈSE-BERNARDINE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   29 juillet 2014