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BOULTON, WILLIAM HENRY, avocat, homme politique et orangiste, né le 19 avril 1812 à York (Toronto), Haut-Canada, fils aîné de D’Arcy Boulton fils et de Sarah Ann Robinson ; épousa Harriette Elizabeth Dixon, laquelle se remariera, en 1875, avec le professeur Goldwin Smith* ; décédé à Toronto, Ont., le 15 février 1874.

William Henry Boulton était le petit-fils du juge en chef D’Arcy Boulton*, cousin de D’Arcy Boulton et le neveu de sir John Beverley Robinson*, de George Strange Boulton* et d’Henry John Boulton*. Il appartenait ainsi à la troisième génération du groupe connu sous le nom de « Family Compact ». Il fut reçu avocat à l’âge de 23 ans et commença d’exercer le droit dans le cabinet Gamble and Boulton. Matthew Crooks Cameron* fit son apprentissage dans cette firme et, par la suite, Boulton devint son associé. Boulton fut trésorier, en 1840, des courses annuelles de Toronto, l’un des événements sportifs les plus importants. Dans les années qui suivirent, il se révéla un personnage politique de premier plan, mettant à profit l’influence considérable qu’avait sa famille et obtenant l’appui populaire par son affiliation au mouvement orangiste, dont la puissance allait croissant.

En 1838, Boulton entra pour la première fois au conseil municipal de Toronto en se faisant élire comme échevin du quartier St Patrick. Il conserva son siège jusqu’en 1843, fut réélu en 1844 et en 1852 et, en 1858, siégea de nouveau au conseil municipal comme échevin du quartier St Andrew. De 1845 à 1847 et de nouveau en 1858, il fut choisi par le conseil pour être maire de Toronto. Il résigna ses fonctions de maire le 8 novembre 1858, après s’être disputé avec le chef de police. Boulton se présenta à l’élection de janvier 1859, la première au cours de laquelle les électeurs avaient à voter directement pour le maire, mais fut battu par l’avocat réformiste Adam Wilson*, qui était appuyé par la Municipal Reform Association, dirigée par George Brown.

Quand il fut maire, Boulton rehaussa le prestige de cette fonction, grâce à la considération dont jouissait sa famille et grâce aussi à sa demeure impressionnante, The Grange, où il reçut le gouverneur général, lord Elgin [Bruce*], au cours de la tournée que ce dernier fit dans le Canada-Ouest en 1847. Il fut un maire pittoresque, qui s’intéressait aux sujets les plus variés. Un jour, alors que les conseillers discutaient pour savoir si le salaire du maire devait être de £400 ou de £450, on informa Boulton qu’il existait en ville des petites rues que l’on ne pouvait paver à cause du manque d’argent. Faisant alors allusion à son traitement, il dit au conseil de « remettre l’argent dans les mains du trésorier au profit de la ville ». C’était peut-être cette indifférence évidente pour l’argent qui étonnait ses électeurs et qui leur plaisait. C’est peut-être aussi ce qui explique les difficultés financières qu’il connut en 1851, lorsqu’on se demanda s’il satisfaisait vraiment au cens d’éligibilité. Durant le temps qu’il fut maire, la Provincial Agricultural Association fut une des principales préoccupations de Boulton. C’est lui qui poussa le conseil municipal à accorder une subvention de $20 000 pour la construction d’un bâtiment permanent, destiné à abriter l’exposition de l’agriculture et de l’industrie. L’édifice, appelé Crystal Palace, fut ouvert en 1858 et des expositions annuelles s’y tinrent jusqu’en 1866.

C’est en 1844 que Boulton commença sa carrière de député de Toronto à l’Assemblée législative. Les tories insistèrent pour qu’il soit candidat aux côtés de Henry Sherwood*. À cette occasion, le journal tory, le British Canadian, déclara : « M. Boulton [...] est exactement l’homme ferme et résolu dont notre époque a besoin, car [...] c’est un homme clairvoyant, persévérant et prompt à l’action. » Aux élections pour les deux sièges de Toronto se présentaient un réformiste, John Henry Dunn*, et deux autres tories. Boulton était largement appuyé par la classe ouvrière, qui d’ailleurs le soutint pendant toute sa carrière parlementaire, ce qui faisait dire à George Brown, dans le Globe, que « les travailleurs subissaient l’influence du gouvernement municipal et du Family Compact ».

Lorsque Boulton entra à l’Assemblée en 1844, il se joignit aux conservateurs dirigés par William Henry Draper, dont il devait dire plus tard, en parlant de son gouvernement, qu’il s’agissait « du ministère le plus faible qui ait jamais été au pouvoir ». Le projet de loi des réformistes prévoyant la sécularisation de King’s College était alors la principale question sur laquelle l’Assemblée devait se prononcer. Dans cette affaire, Boulton se montra ferme. Issu lui-même d’une famille fortement attachée à l’Église d’Angleterre, il essaya constamment de protéger ce qu’il considérait comme les droits et privilèges de l’Église. En 1845, Draper tenta de régler la question de l’université et Boulton, qui était à l’Assemblée l’un des porte-parole de l’évêque John Strachan*, s’opposa au projet de loi et proposa une période de réflexion de six mois, proposition qui fut finalement adoptée. De nouveau, en 1849, on examina le projet de loi concernant l’université, présenté par Robert Baldwin*, qui supprimait toutes les distinctions confessionnelles. Ce fut Boulton qui prit la tête de l’opposition. La loi fut cependant adoptée et King’s College fut entièrement sécularisé, mais Queen’s College et Victoria College, tous deux des établissements confessionnels, refusèrent d’y être rattachés. En 1851, Boulton proposa vainement un projet d’université de son cru. L’idée ressemblait beaucoup à celle qu’avait proposée Sherwood et que Strachan avait approuvée. L’University of Toronto aurait adopté le système de l’University of London, c’est-à-dire qu’elle aurait été l’organisme examinant les candidatures des établissements confessionnels. Une nouvelle institution qui se serait appelée University College aurait conservé la dotation de King’s College et aurait joué le rôle d’institution enseignante.

L’un des premiers actes de Boulton à l’Assemblée fut de demander que la portion des « réserves » du clergé affectée à l’Église d’Angleterre soit abandonnée à celle-ci. En 1845, il fit un discours contre un amendement présenté par Baldwin qui aurait empêché les membres du clergé de l’Église d’Angleterre de voter, car une clause prévoyait que les membres du clergé devaient prouver qu’ils avaient au moins 40 shillings de biens fonciers. À cette occasion, Boulton déclara que c’était là « un coup de poignard dans le dos de l’Église et qu’il était surpris de voir que M. Baldwin, l’un de ses fidèles, se trouvait parmi ses ennemis les plus acharnés ».

Son action en faveur de l’Église était chez Boulton une question de principe ou, du moins, suivait-il une tradition familiale. Mais dans les autres questions, il semble que dans son désir d’obtenir l’appui populaire, il n’ait pas hésité à jouer au démagogue. Lors de la débacle des conservateurs en 1847–1848, Boulton parvint à conserver son siège, ayant prévenu ses électeurs que s’ils ne votaient pas pour lui leurs intérêts seraient sacrifiés au profit des « Français, fumeurs, buveurs et mangeurs d’ail ». C’est pourquoi, il surprit ses collègues conservateurs lorsqu’en 1850 il proposa des amendements à la constitution, en vue de perfectionner le « système électif », et demanda en particulier que les conseillers législatifs ne soient plus nommés mais élus. Aux personnes qui objectaient que ses propositions étaient « révolutionnaires et républicaines », Boulton répondait : « Nos institutions sont républicaines [...] tout comme celles de la Grande-Bretagne. » Son collègue de Toronto, Henry Sherwood, condamna fermement les propositions de Boulton, en disant qu’elles ne réflétaient pas les sentiments de ses électeurs de Toronto. Mais, aux élections de 1851, Boulton fit sa campagne sur le thème d’un besoin « de changements radicaux dans le fonctionnement du gouvernement » et fut élu, bien qu’à une moins forte majorité.

Cette année-là, Boulton put se vanter qu’il « devait son élection aux forces vives de la nation, aux ouvriers, aux artisans, aux travailleurs », et à l’association orangiste. De fait, une grande partie du soutien populaire de Boulton venait des orangistes de Toronto qui lui savaient gré des efforts qu’il avait déployés en vue de faire annuler la loi de 1843 interdisant les processions. Ils voulaient que Boulton et Henry Sherwood fussent leurs candidats aux élections de 1851, dans lesquelles deux autres candidats conservateurs et deux réformistes entrèrent en lice. Selon le Globe, à la réunion tumultueuse pour la présentation des candidatures, « un groupe de jeunes gens, parmi les plus grossiers et les plus bruyants de [la] population » huèrent non seulement les réformistes Frederick Chase Capreol* et Terence Joseph O’Neill, mais également l’orangiste Samuel Thompson*, qui persistait à vouloir se présenter, même après qu’une délégation d’orangistes lui eût demandé de se retirer de la lutte. Boulton fut élu ainsi que George Percival Ridout, mais son élection fut invalidée en mars 1853.

Dans l’association orangiste, Boulton qui, au début, était maître d’une loge de Toronto devint en 1854 grand maître adjoint pour l’Amérique du Nord britannique. Pendant la scission qui se produisit dans le mouvement orangiste entre 1853 et 1856, Boulton appuya l’aile la plus protestante et aussi la plus bruyante que dirigeait George Benjamin* et qui s’opposait à Ogle Robert Gowan.

Après son expulsion de l’Assemblée, Boulton quitta le Canada pour faire un voyage en Angleterre et sur le continent européen. Aux élections de 1857, il se présenta de nouveau dans son ancienne circonscription de Toronto, mais fut battu par George Brown. Ce revers, qui venait s’ajouter à sa démission comme maire en 1858, puis à sa défaite aux élections municipales de 1859, l’amena à se retirer de la politique. Il continua toutefois d’exercer le droit à Toronto.

Boulton, issu du « Family Compact » et attaché à la tradition, avait en même temps un instinct pour la politique populaire. Il comprit très tôt l’importance politique du mouvement orangiste, dont les opinions et les méthodes ne l’offensèrent jamais. Le fait qu’il défendit les réserves du clergé était conforme à son traditionalisme et le fait qu’il se fit l’avocat des institutions électives était dans la ligne de ce que l’on pourrait appeler son « popularisme ». Il est compréhensible qu’il ait été détesté et craint des réformistes du genre de Baldwin et de Brown, qui désapprouvaient sa vision de la politique, dénuée de tout intellectualisme et essentiellement populaire. C’était un personnage affable, qui, dans la même journée, pouvait apprécier un repas au mess des officiers de la garnison, après avoir assisté aux courses, à « Boulton’s Course », puis faire un discours électoral sur une estrade, flanqué des « Boulton’s Brigades », qui applaudissaient à ses promesses de défendre le protestantisme et de voter pour la « représentation basée sur la population ».

Hereward Senior

Annual report of the Grand Lodge of the Loyal Orange Association of British North America, 1854, 5–7.— Evening Telegram (Toronto), 12 juill. 1910— Globe (Toronto), 8 oct., 15 oct., 10 déc. 1844, 14 janv., 11 févr., 11 mars 1845, 27 juin, 6 juill. 1850, 24 juin, 20 nov., 2 déc., 9 déc., 11 déc., 18 déc., 23 déc., 25 déc. 1851, 15 déc. 1857, 13 juill., 9 nov. 1858.— The handbook of Toronto ; containing its climate, geology, natural history, educational institutions, courts of law, municipal arrangements [...], [G. P. Ure, compil.] (Toronto, 1858), 175.— Mail and Empire (Toronto), 4 nov. 1936.— Montreal Gazette, 20 juin 1840.— J. R. Robertson, Old Toronto : a selection of excerpts from Landmarks of Toronto, E. C. Kyte, édit. (Toronto, 1954), 59s., 69.— Scadding, Toronto of old.— Chadwick, Ontarian families, I : 58 ; II : 57.— Dent, Canadian portrait gallery, III : 101.— Wallace, Macmillan dictionary, 73.— Careless, Brown, I : 245s., 291 ; Union of the Canadas, 118.— Creighton, Macdonald, young politician, 109s., 161s.— Landmarks of Toronto (Robertson), II : 630, 754s., 1 089 ; VI : 191s.— Moir, Church and state in Canada West, 96, 110, 113.

Bibliographie générale

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Hereward Senior, « BOULTON, WILLIAM HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/boulton_william_henry_10F.html.

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Auteur de l'article:   Hereward Senior
Titre de l'article:   BOULTON, WILLIAM HENRY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   29 juillet 2014