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THOMPSON, SAMUEL, imprimeur, directeur de journaux, homme politique et homme d’affaires, né le 27 août 1810 à Londres, cadet des 11 enfants de William Thompson et d’Anna Hawkins ; en 1863, il épousa Elizabeth Cooper (décédée en 1868) puis, en 1871, Mary S. Thomson, et de ce mariage naquit un fils ; décédé le 8 juillet 1886 à Toronto.

Le père de Samuel Thompson mourut l’année de la naissance de celui-ci et sa mère utilisa une partie de l’héritage considérable pour faire donner à son fils une bonne éducation, d’abord dans un externat, puis dans une école commerciale. Cependant, lorsqu’il eut 13 ans, elle perdit la plus grande partie de l’argent dans des placements malheureux et Samuel fut placé en apprentissage chez un imprimeur. Après avoir terminé sa formation, il entra dans le commerce de bois dirigé par un frère plus âgé mais, quand deux de ses frères décidèrent d’immigrer au Canada, dans l’espoir de faire rapidement fortune dans l’exploitation d’une ferme, Samuel les accompagna.

Les trois frères arrivèrent à York (Toronto) en septembre 1833 et, demeurant toujours au Haut-Canada, ils vécurent successivement dans les cantons de St Vincent, où ils achetèrent du terrain, puis de Sunnidale et de Nottawasaga où ils travaillèrent à l’agriculture et, sous contrat, à la construction de routes. Lorsque les frères s’établirent finalement près de Bradford en 1837, après l’arrivée de deux de leurs sœurs, Samuel quitta la ferme et chercha du travail à Toronto. Depuis l’époque de son apprentissage, Thompson avait des affinités avec les réformistes ; de plus, bon nombre de ses connaissances à Toronto étaient des réformistes. Cependant, quand la rébellion éclata peu de temps après son arrivée à Toronto, il se porta à la défense de son souverain parce que, pour lui, il s’agissait de l’opposition du républicanisme à la monarchie.

Après la répression du soulèvement, Thompson s’enrôla pour quatre mois dans la garde de la ville, puis il entreprit une longue carrière dans le journalisme et l’imprimerie. En 1838, pendant quelques mois, il fut l’administrateur du Palladium of British America and Upper Canada Mercantile Advertiser pour le compte de Charles Fothergill*. Lorsque cette publication cessa de paraître en 1839, il acheta une action dans le Commercial Herald de Toronto, mais la vendit bientôt, probablement en raison du fort parti pris orangiste du journal. Simultanément, il s’associa avec les libraires William et Henry Rowsell en vue d’administrer leur entreprise d’imprimerie, ce qui comprenait l’impression de la Church et aussi de la Maple-Leaf ; or Canadian Annual, a Literary Souvenir dans laquelle Thompson publia de la prose et de la poésie. Henry Rowsell et lui demeureront associés jusqu’en 1859.

En 1848, Thompson devint rédacteur en chef du Toronto Patriot appartenant à Edward George O’Brien*. En 1849, Ogle Robert Gowan* et Thompson prirent la suite du journal et ils ajoutèrent en 1852 le bihebdomadaire United Empire avant de dissoudre l’association en 1853 par arbitrage judiciaire. Avec deux associés, Thompson acheta ensuite le British Colonist à la veuve de Hugh Scobie* et en devint rédacteur en chef. Grâce à la liste d’abonnés du Patriot et aux $5 000 donnés chaque année par John Hillyard Cameron* pour préserver l’indépendance du journal, le British Colonist prospéra ; en 1857, il publiait quatre éditions, y compris les News of the Week, or Weekly Colonist, et avait un tirage hebdomadaire de 30 000 exemplaires. Cependant, la panique financière cette année-là causa un tort considérable à Cameron qui cessa de verser sa subvention. Ayant conservé une position modérée et indépendante en tant que rédacteur en chef, Thompson se vit offrir l’appui des deux groupes politiques. George Brown* et les Grits proposèrent des fonds pour que le British Colonist demeurât indépendant, mais, conservateur modéré depuis la rébellion, Thompson s’adressa à John Alexander Macdonald*. Il refusa cependant avec gratitude l’argent offert par Macdonald lorsque George William Allan* offrit son appui en précisant seulement que le journal devait être un organe conservateur sans être nécessairement celui du ministère.

Bien que rien ne l’y obligeât, Thompson appuya effectivement le gouvernement de Macdonald et de George-Étienne Cartier* ; cette démarche lui coûta des abonnés. Au début de 1858, il vendit le British Colonist à Daniel Morrison* et à George Sheppard* et, en juillet, il participa à la fondation de l’Atlas de Toronto, destiné à entrer en concurrence avec le British Colonist. Plus tard cette année-là, il racheta ce dernier et fusionna les deux journaux. Toujours en 1858, il obtint le contrat d’imprimerie du gouvernement et suivit celui-ci à Québec l’année suivante. En 1859–1860, Thompson publia un journal bon marché, le Quebec Weekly Advertiser, et exploita sa firme d’impression de travaux de ville à Toronto et à Québec. En 1860, il publia aussi le Thompson’s Mirror of Parliament, un des précurseurs du Hansard. Malgré cette grande activité, les années passées à Québec furent difficiles. Le gouvernement diminua le nombre de ses publications et la rude concurrence nuisit à son autre entreprise. Ses créanciers lui permirent de demeurer en affaires pendant un an mais, à la fin, il fit faillite et sa firme sombra.

À la suite de ce revers de fortune, les employés de Thompson lui demeurèrent fidèles et plusieurs d’entre eux achetèrent presque tout l’actif de la compagnie. Thompson reprit bientôt les affaires à Québec avec quatre nouveaux associés, dont Robert Hunter et George MacLean Rose* qui allaient plus tard fonder la Hunter, Rose and Company. Toutefois, ce répit fut de courte durée : des députés francophones à l’Assemblée législative, au nombre desquels était Cartier, accusèrent Thompson d’avoir diffamé des Canadiens français dans son journal. Il perdit l’appui du gouvernement et fit volte-face pour donner son adhésion à l’alliance politique qui se formait entre John Sandfield Macdonald* et Louis-Victor Sicotte. Toutefois, on le menaça bientôt d’incendier sa propriété et il vendit son entreprise de Québec. Il refusa un emploi au gouvernement et retourna plutôt à Toronto en 1860.

Puisque d’autres domaines du monde des affaires ne lui étaient pas étrangers (il avait rempli les fonctions de secrétaire-trésorier de la Toronto and Guelph Railway de 1852 à 1855), Thompson devint, à son arrivée, administrateur délégué de la Beaver Mutual Fire Insurance Association. Fondée une année ou deux auparavant, la compagnie n’était pas florissante, mais son vieil ami et ancien associé Henry Rowsell persuada Thompson de prendre le poste. En 1876, une loi par laquelle le gouvernement obligeait les compagnies d’assurances à lui remettre en dépôt une somme considérable d’argent comme garantie força la compagnie (devenue en 1869 la Beaver and Toronto Mutual Fire Insurance Company) à fermer ses portes. Jusqu’à cette date, sous la direction de Thompson, le nombre de polices était passé de 200 à 74 000. Thompson devait avoir placé une bonne partie de son argent dans la compagnie, car la fermeture le contraignit à vendre ses meubles.

Peu de possibilités s’offraient à Thompson à 66 ans. Le domaine de la publication lui était fermé bien qu’il écrivît un peu et que son autobiographie fût en partie publiée en feuilleton dans la Rose-Belford’s Canadian Monthly and National Review de Toronto en 1881. Son ancienne carrière de fonctionnaire était chose du passé ; il avait d’abord rempli les fonctions de conseiller, puis celles d’échevin du quartier St George de 1849 à 1854. Il participa à divers comités permanents du conseil municipal, y compris l’important comité des finances et de la taxation à une époque de croissance intense de la ville. Dans les années 1850, il avait été vice-président tant du Board of Trade que de la St George’s Society.

Pendant un certain temps, Thompson songea à retourner à une de ses toutes premières occupations. En effet, lorsqu’il eut atteint l’âge de 71 ans, sa deuxième femme, qui était issue d’une famille loyaliste jouissant de bons liens de parenté, acheta un terrain près de Saskatoon (Saskatchewan) à une compagnie de colonisation pour que son mari puisse s’adonner à l’agriculture. La compagnie fit cependant faillite, et Thompson entreprit une autre étape de sa longue carrière : transmettre des connaissances aux gens de Toronto. En 1847, en qualité de secrétaire de la Commercial News Room, il avait pris des dispositions pour que celle-ci s’unisse à une nouvelle société littéraire, la Toronto Athenaeum, afin de fonder une bibliothèque pour les citoyens. En 1855, l’Athenaeum s’était joint au Canadian Institute, dont Thompson était membre, et avait offert une bibliothèque publique. Lorsqu’on fonda en 1883 la Toronto Public Library, Thompson, qui avait récemment perdu l’occasion de devenir bibliothécaire à l’University of Toronto en raison du changement de directeurs, sollicita le poste de bibliothécaire en chef intérimaire. Dans sa demande d’emploi, il signala son rôle dans la création de la première bibliothèque publique de Toronto et proposa que les bibliothèques du Canadian Institute et de l’institut des artisans soient réunies à la nouvelle. Bien qu’il eût un pressant besoin de salaire, Thompson se vit refuser le poste en raison de son âge ; on lui accorda plutôt la direction d’une des succursales de la bibliothèque.

Avec le revenu provenant de cette position, Thompson, sa femme et son jeune fils vécurent dans la gêne, mais il avait surmonté plusieurs malheurs dans sa vie et il ne se désespéra pas. Il écrivit dans les journaux sur des questions politiques et nationales, fut membre actif de la York Pioneer Society, écrivit de la poésie et s’acquitta de ses fonctions à la bibliothèque. L’accueil chaleureux fait à ses mémoires intitulés Reminiscences of a Canadian pioneer for the last fifty years [...J, qui parurent en 1884, confirma sans doute son opinion que les nombreuses vicissitudes de sa vie ne furent pas sans valeur.

Ronald J. Stagg

Samuel Thompson est l’auteur de Reminiscences of a Canadian pioneer for the last fifty years : an autobiography (Toronto, 1884 ; nouv. éd., Toronto et Montréal, 1968) ; il édita le Thompson’s Mirror of Parliament (Québec), 1860, et collabora à la Maple Leaf ; or Canadian Annual, a Literary Souvenir (Toronto), 1847–1849, et à la Rose-Belford’s Canadian Monthly and National Rev. (Toronto), 7 (juill.–déc. 1881).

APC, MG 24, I140.— Mackenzie’s Weekly Message (Toronto), 1er déc. 1853, 28 déc. 1855.— Dominion annual register, 1886.— Early Toronto newspapers (Firth).

Bibliographie générale

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Ronald J. Stagg, « THOMPSON, SAMUEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/thompson_samuel_11F.html.

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Auteur de l'article:   Ronald J. Stagg
Titre de l'article:   THOMPSON, SAMUEL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   23 octobre 2014