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GURNETT, GEORGE, journaliste, homme politique et magistrat, né à Horsham ou à Lewes, Sussex, Angleterre, vers 1792, fils de George et d’Anne Gurnett, décédé à Toronto, Haut-Canada, le 17 novembre 1861.

On ne connaît rien des débuts de la vie de George Gurnett mais on sait qu’il émigra, vers le milieu des années 20, d’Angleterre en Virginie où il fut chef d’atelier dans une tannerie et un tant soit peu radical en politique. Il vint ensuite à Ancaster, Haut-Canada, où certains membres de sa famille étaient peut-être déjà établis. Après s’être procuré une presse et des caractères d’imprimerie à Albany, New York, Gurnett entreprit de publier la Gore Gazette, dont le premier numéro sortit le 3 mars 1827 portant la devise « Tous les Extrêmes sont des Erreurs ». Au début, il correspondit avec William Lyon Mackenzie mais ils se brouillèrent assez vite. À la fin de l’année 1827, Gurnett appuya le tory Allan Napier MacNab accusé de désobéissance par l’Assemblée lors de l’enquête qu’elle mena sur le « Hamilton Outrage » au cours duquel sir John Colborne avait été pendu en effigie. En 1829, Gurnett alla s’installer à York (Toronto) et rebaptisa son journal Courier of Upper Canada. Le premier numéro sortit en février 1830 et son journal devint vite l’un des principaux organes tories à York.

Quand Toronto fut érigé en ville, en 1834, Gurnett fut élu conseiller pour le quartier St George, accédant l’année suivante à l’un des deux postes d’échevin. Il remplit cette fonction sans interruption jusqu’en 1850. Dès le début, il joua un rôle important dans les comités du conseil et fut l’un des juges dans les causes mineures entendues à la cour municipale. Il fut presque continuellement président du comité des finances et de l’impôt foncier, et du bureau des travaux publics. Gurnett faisait partie du groupe de fervents tories comprenant George Taylor Denison*, Thomas Carfrae* et John Craig, qui s’opposa avec vigueur aux réformistes quand ceux-ci obtinrent la majorité en 1834 et 1836. Gurnett aida le chef orangiste Ogle Robert Gowan * à battre Mackenzie dans le comté d’York lors des élections provinciales de 1836 où la principale question enjeu était celle de la loyauté.

En janvier 1837, le conseil municipal dominé par les tories élut Gurnett maire de Toronto, le quatrième, par 18 voix contre 1. Jubilant, le journal tory Royal Standard affirma que « le triomphe du conservatisme [était] désormais complet ». La période pendant laquelle Gurnett fut maire, quoique marquée par de nombreuses querelles entre les conseillers tories, vit le premier amendement à la loi de la constitution de Toronto en ville, amendement qui améliorait l’assiette d’imposition et fixait à deux ans le mandat du conseil. Cependant, la ville, aux prises avec la dépression de 1837, fut forcée d’émettre sa propre monnaie faute de pouvoir emprunter suffisamment d’argent. En dépit de ces problèmes, la municipalité améliora le système d’égouts, macadamisa des routes et construisit un second marché, celui de St Patrick, avec l’aide de citoyens animés de sens civique, tel D’Arcy Boulton*, fils, qui fit don du terrain. Des améliorations furent également apportées au port par une commission dont faisaient partie Gurnett et Hugh Richardson. En septembre 1837, Gurnett fut nommé magistrat du district de Home et, peu après, greffier de la paix, fonction qu’il remplit jusqu’en 1861. Il vendit le Courier à Charles Fothergill* en 1837.

Comme le lieutenant-gouverneur sir Francis Bond Head*, Gurnett et le conseil municipal étaient mal préparés à faire face à la rébellion qui éclata en décembre 1837. À la fin d’octobre, ils avaient accepté la garde de quelque 6 000 fusils, lesquels, avec les munitions, étaient entreposés sans surveillance à l’hôtel de ville. Quoiqu’il coopérât avec James FitzGibbon aux préparatifs de défense de la ville, Gurnett ne put s’attribuer le crédit de la victoire loyaliste. John Powell, qui avait joué un rôle dramatique dans la rébellion, le battit aux élections à la mairie entre 1838 et 1840.

La campagne qui précéda les élections municipales de 1841 fut particulièrement violente. Les réformistes et les modérés de la politique provinciale, dont Robert Baldwin*, James Edward Small et Francis Hincks*, firent leur possible pour se débarrasser de Gurnett et de la vieille garde qu’ils considéraient comme un ramassis de tories incompétents du « Family Compact ». Robert Stanton, un modéré par rapport à Gurnett, se présenta contre lui dans le quartier St George, mais fut battu. Comme le dit le Mirror réformiste : « Nous voilà encore pour un an avec l’odieux, le détestable corps municipal. » On présumait, en général, que Gurnett serait de nouveau choisi comme maire ; cependant, l’échevin William Henry Boulton* l’accusa de louer un immeuble au tenancier d’une maison de prostitution, ce qui le rendait moralement inacceptable. George Monro* fut élu maire parle conseil, remportant la victoire sur Gurnett et Powell.

Durant les années 40, Gurnett travailla activement au sein de comités, dont ceux s’occupant des affaires du port et des quais, du gaz et de l’aqueduc ainsi que de l’éducation. En 1847, en qualité de président du Bureau de santé, il combattit l’épidémie de typhus avec son énergie habituelle. Au cours de cette période, il adopta une attitude plus modérée, en accord avec les temps nouveaux. Ayant rompu avec ses anciennes relations orangistes, il fut l’objet d’un assaut quand il tenta d’arrêter le défilé orangiste en 1844. Lorsque le conseil le réélut maire en 1848, son principal adversaire était le chef orangiste George Duggan*, qui se présenta de nouveau sans succès contre lui en 1849 et 1850. Gurnett s’acquit aussi l’appui des réformistes en refusant de signer une pétition de protestation contre le projet de loi pour l’indemnisation des pertes subies durant la rébellion présenté en 1849.

Au cours de son second mandat comme maire, Gurnett continua de porter la même attention méticuleuse aux travaux de l’administration municipale et de ses comités. Il fut nommé à la commission permanente du port, établie en 1850, comme un des représentants de la ville. Après l’incendie dévastateur du 7 avril 1849, il présida le comité chargé de la reconstruction du marché St Lawrence, qui choisit William Thomas* pour architecte.

Gurnett siégea régulièrement comme juge à la cour municipale et quand le gouvernement provincial décida, en 1850, de constituer une Cour de magistrats de police et une Cour de recorder à Toronto, il était tout désigné pour le premier poste. La candidature de George Duggan aux deux fonctions fut appuyée par le conseil municipal, mais Robert Baldwin nomma Gurnett au poste de premier magistrat de police. Signe de l’évolution à la fois des temps et de l’image de Gurnett, la presse radicale et la presse libérale approuvèrent sa nomination. Il entra en fonction en janvier 1851 et, durant une décennie, donna entière satisfaction. Il fut également membre de la commission de police créée en 1858.

Gurnett n’avait guère d’activités en dehors du conseil. À Ancaster, il s’était engagé dans la milice de Gore et il avait fait du service comme major durant la rébellion. Il était lieutenant-colonel de la milice sédentaire à sa mort. Membre actif de la paroisse St James, Gurnett fut aussi au nombre des associés qui, en 1836, constituèrent la City of Toronto Gas Light Company, laquelle se solda par un échec.

La première femme de Gurnett mourut en 1835 et il se remaria en 1841 avec Catherine Darby, de Trafalgar. Au moins six enfants moururent en bas âge ; sa seconde femme ainsi que deux filles vivaient encore lorsqu’il décéda subitement d’une congestion cérébrale. Quoique John Ross Robertson* considérât Gurnett comme un « tory parmi les tories, dédié à l’Église et au roi d’abord et toujours », son cheminement en politique fut en quelque sorte circulaire : son engagement dès les débuts pour la réforme s’était affadi à la fin des années 20, pour atteindre à une prise de position hautement tory au cours des années 30 et finalement à l’acceptation de la responsabilité ministérielle dans les années 40. Cette évolution était peut-être de l’opportunisme ou encore le reflet d’une conversion progressive à une attitude plus démocratique. Administrateur compétent et consciencieux, Gurnett contribua à doter Toronto d’un gouvernement municipal efficace.

Frederick H. Armstrong

APC, RG 68, 1, General index, 1651–1841, p.304 ; 1841–1867, pp.287, 311, 315.— City of Toronto Archives, Toronto City Council, Minutes, 1834–1850.— PAO, Mackenzie-Lindsey papers, M. Crooks to W. L. Mackenzie, 30 janv. 1827 ; William Wallace to Mackenzie, 6 mai 1839 ; Toronto City Council papers, 1834–1850.— Arthur papers (Sanderson).— Globe, 18–20 nov. 1861.— Mirror (Toronto), 15 janv. 1841.— F. H. Armstrong, Toronto in transition : the emergence of a city, 1828–1838 (thèse de ph.d., University of Toronto, 1965).— B. D. Dyster, Toronto, 1840–1860 : making it in a British Protestant town (thèse de {{ph.d}}., University of Toronto, 1970).— M. A. FitzGibbon, A veteran of 1812 ; the life of James FitzGibbon (Toronto, 1894 ; réimpr., 1972), 197–209.— Johnston, Head of the lake (1967), 77s., 95, 154.— Middleton, Municipality of Toronto, I : 169, 195–204, 211, 227, 247, 417s., 444 ; II : 742, 791–796.— Robertson’s landmarks of Toronto, VI : 190.

Bibliographie générale

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Frederick H. Armstrong, « GURNETT, GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gurnett_george_9F.html.

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Auteur de l'article:   Frederick H. Armstrong
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   1 août 2014