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POND, PETER, officer, trafiquant de fourrures, explorateur, cartographe et auteur, né le 18 janvier 1739/1740 à Milford, Connecticut, fils aîné de Peter Pond et de Mary Hubbard ; en 1762 probablement, il épousa Susanna Newell, et ils eurent au moins deux enfants ; décédé en 1807 à Milford.

Homme remarquable, excentrique et violent, Peter Pond naquit, selon ses propres mots, dans une famille bien connue depuis cinq générations, dont les membres furent « tous guerriers sur mer et sur terre ». En avril 1756, il s’enrôla, malgré les objections de ses parents, comme simple soldat dans la 7e compagnie du 1 st Connecticut Regiment sous les ordres du capitaine David Baldwin. En juin, la compagnie se rendit par bateau de Milford au port de New York, puis remonta le fleuve Hudson vers la rivière Half Moon (au nord d’Albany), où le régiment se rassembla pour faire une descente sur les Français de fort Carillon (près de Ticonderoga, New York). Avec l’arrivée de l’hiver, le régiment se dispersa et Pond revint chez ses parents. En 1758, il fallut recruter une armée pour l’assaut de Carillon sous les ordres de James Abercromby* ; Pond rejoignit les troupes du Connecticut et prit part à cette opération. Le 17 avril 1759, il s’enrôla de nouveau, cette fois comme sergent, indiquant comme métier celui de cordonnier. Il se joignit au Suffolk County Regiment à l’île Long, dans la colonie de New York, régiment qui devait faire partie d’une armée levée pour « aller attaquer Niagaray [fort Niagara, près de Youngstown] » sous les ordres de John Prideaux. À Oswego, le colonel John Johnstone, du New York Regiment, choisit Pond pour l’accompagner lors de son voyage dans la région de Niagara. Après avoir servi jusqu’à épuisement comme sergent de jour auprès de Prideaux, Pond se trouvait avec sir William Johnson*, qui prit le commandement de l’armée après la mort de Prideaux, à la prise du fort. « Je ne reçus qu’une blessure légère au cours du siège », rappela-t-il.

Pond revint avec son régiment, de Niagara à Oswego, et participa à la construction d’un camp à cet endroit en vue d’une attaque sur Montréal. Après avoir passé l’hiver de 1759–1760 à Milford, où un certain nombre de prisonniers français étaient cantonnés, il reçut en 1760 une commission d’officier et, pour la quatrième fois, il entra dans l’armée. Il se rendit d’abord à Albany, puis à Oswego, afin de se joindre aux forces d’Amherst* réunies pour prendre Montréal, le dernier bastion français. Il assista à la capitulation de la ville le 8 septembre 1760.

Après la Conquête, Pond « pensai[t] qu’il n’y avait plus rien à faire pour [lui] » au Canada. En 1761, il se tourna donc vers la carrière de marin, avec l’intention d’en faire une profession. Il s’embarqua pour les Antilles, dans un port de la Nouvelle-Angleterre probablement. À son retour à Milford, il apprit que son père était parti à Detroit, au Michigan, pour un voyage de traite et que sa mère était morte de la fièvre. Pond abandonna la vie de marin et resta trois ans à Milford, où il prit soin de ses nombreux jeunes frères et sœurs. Ce fut, écrivit-il plus tard, la plus longue période où il resta au même endroit entre 16 et 60 ans.

Ayant décidé de se lancer dans la traite des fourrures dans la région de Detroit, Pond quitta Milford, vraisemblablement en 1765, et durant six ans fit affaire dans l’Ouest. Au cours de cette période, ayant été insulté et menacé par un autre trafiquant, il le tua au cours d’un duel, revint de Detroit et raconta cet événement aux autorités, mais il ne fut pas poursuivi en justice. On apprend par certains documents qu’en 1771 il se trouvait associé avec Felix Graham, marchand faisant la traite de New York à Michillimakinac (Mackinaw City, Michigan). Il fit un autre voyage aux Antilles, apparemment en 1772. À son retour, il accepta l’invitation de renouveler son association avec Graham. En 1773, ce dernier transporta un gros chargement de New York à Michillimakinac par les Grands Lacs. Pond, qui « voulai[t] quelques petits articles à la mode indienne pour compléter [son] assortiment », se rendit à Montréal. Il s’entendit avec Isaac Todd et James McGill pour que ces articles soient transportés dans leurs canots et partit avec eux pour Michillimakinac par la rivière des Outaouais. À ce poste, il acheta des canots et des provisions, engagea des hommes et chargea des ballots. En tout, il avait une petite flotte de 12 canots et 4 600 livres de marchandises évaluées à plus de £1 200. En septembre 1773, il traversa le lac Michigan et se rendit à la baie des Puants (Wisconsin). Il alla chez les Folles-Avoines sur le côté nord de la baie, chez les Puants, au bord du « lac des Peuans [lac Winnebago] », et il se peut qu’il ait trafiqué avec les Renards. Il remonta la rivière aux Renards jusqu’à l’endroit où cette tribu enterrait ses morts, puis fit du portage jusqu’à la rivière Wisconsin, « une douce rivière au cours lent » faisant partie du bassin du Mississippi. Vers la fin de septembre, il arriva au village des Sauks, sur la rive nord de la Wisconsin. Dans son récit, il rapporte des traits culturels de cette tribu : « Ils sont [...] moins enclins aux ruses et aux mauvaises manières que leurs voisins [...] Certaines de leurs cabanes mesurent 60 pieds de long et abritent plusieurs familles [...] les femmes cultivent de grands champs de maïs, de haricots, de citrouilles, de pommes de terre, de melons [...] Ils ne sont pas très jaloux de leurs femmes. » Puis Pond descendit la rivière sur une distance de quelque 50 milles pour se rendre à un village de Renards. Il décrivit ces Indiens comme « une autre sorte de gens élevés à Detroit sous le gouvernement français et le clergé, jusqu’à ce qu’ils deviennent si mauvais à cause de la christianisation que [les Français] furent obligés de leur faire la guerre », et il constata qu’ils vivaient dans de « tristes conditions ». Ils venaient d’être frappés par une épidémie, et Pond ne resta qu’une seule journée parmi eux, s’arrangeant pour faire un peu de traite avant de continuer en aval vers le Mississippi. Là, à Prairie du Chien, il retrouva de nombreux trafiquants français et des Indiens qui achetaient des provisions pour la chasse de l’hiver. Il y resta dix jours pendant qu’il envoyait neuf commis vers les différents affluents de la Wisconsin et du Mississippi pour faire la traite. En octobre 1773, il partit pour la rivière St Peters (rivière Minnesota, Minnesota) avec deux autres trafiquants. Au bord de cette rivière, à environ 14 milles de son embouchure, il trouva une maison en bois rond, qu’il supposa être celle de Jonathan Carver, où l’explorateur avait passé l’hiver de 1766–1767. Pond écrivit par la suite qu’il avait une piètre opinion de Carver et qu’il aurait pu accomplir son voyage en six semaines.

Pond passa l’hiver de 1773–1774 sur les hautes berges de la St Peters et fit du commerce avec les Indiens, en concurrence polie avec un trafiquant français. Avec la débâcle et la baisse du niveau de l’eau, le groupe de Pond descendit la rivière jusqu’à Prairie du Chien. Il recueillit des fourrures auprès des différentes tribus qui y étaient rassemblées, malgré la traite acharnée des trafiquants de La Nouvelle-Orléans, du pays des Illinois et de Michillimakinac. Pond écrivit : « Toutes mes entreprises ont bien travaillé ; quant à moi, j’ai obtenu une grande part, étant donné que j’ai fourni de loin le plus gros chargement sur la rivière. » Cette phrase laisse supposer que Pond comptait beaucoup sur des importations en masse et qu’il avait une bonne source d’approvisionnement.

En juillet 1774, Pond était de retour à Michillimakinac, où il retrouva son associé Graham avec un gros chargement. Il avait si bien réussi qu’il proposa à ce dernier de le désintéresser. Il le paya pour le chargement de 1773 « et largement pour celui qu’il [lui] avait apporté ». La première entreprise de Pond venait de prendre fin. Il avait appris la traite, avait maîtrisé l’art de bien s’entendre avec les autres trafiquants, de les devancer quand cela était nécessaire, et avait appris à voyager et à survivre dans les régions sauvages. Il se révéla aussi un capitaliste prospère. Il conclut avec un autre marchand, Thomas Williams, une association qui allait durer jusqu’en 1777.

La guerre qui éclata de nouveau entre les Sauteux et les Sioux fit peser une lourde menace sur la traite pratiquée de Michillimakinac jusqu’au Mississippi. Vers le 1er août 1774, un trafiquant du lac Supérieur annonça au fort la nouvelle des combats. Le commandant Arent Schuyler DePeyster* réunit Pond et les autres trafiquants, fit faire six grands wampums, trois pour chaque nation, et envoya Pond chez les Sioux et d’autres représentants chez les Sauteux. Les chefs des camps opposés devaient se réunir à Michillimakinac au printemps de 1775 pour tenir un conseil. Pond se rendit à Prairie du Chien et découvrit que les Sioux qui s’y trouvaient ne participaient pas aux combats. Il profita de l’occasion pour remonter la rivière St Peters afin de pratiquer la traite avec une bande de Sioux-Yanktons qui n’avaient jamais rencontré de Blancs. Il laissa de leurs coutumes un compte rendu ethnologique important. Après avoir passé l’hiver à son poste de la St Peters, il rassembla les 11 chefs sioux et leur expliqua le pourquoi des wampums, puis partit pour Michillimakinac avec eux. Le groupe fut rejoint à Prairie du Chien par des Indiens de différentes tribus qui attendaient à cet endroit. À Michillimakinac, DePeyster présida un grand conseil, qui fut suivi par dix ans de paix entre les parties combattantes [V. Joseph-Louis Ainsse].

Après cette aventure, Pond ne revint jamais dans le Haut-Mississippi, décidant plutôt de continuer à faire la traite dans le Nord-Ouest, via Grand Portage (près de Grand Portage, Minnesota). À cette époque, il était un associé de la firme Pond and Graves, qui semble avoir été une filiale de la Pond and Williams. Les trafiquants de Montréal et de la Hudson’s Bay Company avaient depuis peu commencé à pénétrer dans la vallée de la Saskatchewan à la recherche de fourrures de meilleure qualité. Fort probablement au courant de ces projets, Pond rejoignit Alexander Henry**, le 18 août 1775, près du village cri situé à l’embouchure de la rivière Winnipeg. Trois semaines plus tard, Joseph et Thomas Frobisher ainsi que Charles Paterson les rattrapèrent ; le groupe au complet, qui se composait de 130 hommes munis de 30 canots, atteignit l’embouchure de la Saskatchewan le 1er octobre. Ils remontèrent la rivière jusqu’à Cumberland House (Saskatchewan), poste de la Hudson’s Bay Company, où Matthew Cocking* les accueillit avec politesse mais comme des hôtes indésirables. Les canots se séparèrent, et Pond continua vers le sud par le Petit Lac Winnipeg (lac Winnipegosis, Manitoba) et remonta la rivière Mossy afin d’hiverner à son fort Dauphin, qu’il situe à l’angle nord-ouest du lac Dauphin lui-même. Pond a dû conclure un accord de coopération, sinon il se serait trouvé en opposition avec John Cole* qui était au fort Dauphin, propriété de Peter Pangman. (Pond ne pratiquait pas la traite avec l’« entreprise commune » de Henry, de Pangman, de Paterson, de Jean-Baptiste Cadot et de James Finlay.) Au lac Dauphin, on pouvait se procurer facilement de la viande de bison, et Pond se trouvait bien placé pour intercepter les Indiens qui se rendaient à Cumberland House.

En 1776, Pond se rendit à Michillimakinac et s’arrangea pour que les marchandises de la saison suivante lui soient apportées à Grand Portage. Il avait pris conscience de la nécessité de garder sa base d’approvisionnement le plus en avant possible. En agissant ainsi, il contribua au processus par lequel Grand Portage puis, plus tard, fort William (Thunder Bay, Ontario) supplantèrent Michillimakinac comme dépôt d’approvisionnement de l’Ouest pour la traite des fourrures dans le Nord-Ouest. Les deux années suivantes (1776–1777 et 1777–1778), il hiverna de toute évidence au confluent de la rivière Sturgeon (Saskatchewan) et de la Saskatchewan-du-Nord, à une petite distance en aval de l’endroit où l’employé de la Hudson’s Bay Company Robert Longmoor allait bientôt défier la domination des trafiquants indépendants sur la traite. Le 17 avril 1777 apparemment, Pond s’était associé au trafiquant George McBeath, lui-même associé à Simon McTavish. C’était McBeath qui s’occupait du secteur de l’entreprise entre Montréal et Grand Portage.

Le succès de Thomas Frobisher en 1777 au lac de l’Île-à-la-Crosse, situé en bordure du bassin hydrographique de l’Athabasca, incita d’autres trafiquants à aller dans cette direction. Au printemps de 1778, plusieurs trafiquants, représentant surtout les deux maisons Benjamin and Joseph Frobisher et McTavish and Company, mirent en commun leurs marchandises de réserve, au lac Pine Island (lac Cumberland, Saskatchewan). Ils donnèrent la gestion de l’entreprise à Pond, qui avait quatre canots pour l’expédition. On lui donna instructions d’emprunter la rivière aux Anglais (section du fleuve Churchill), de prendre la route de Thomas Frobisher et de se rendre, si possible, dans la région de l’Athabasca, peu connue des trafiquants indépendants excepté par les récits des Indiens. Selon Harold Adams Innis*, cette entreprise conjointe « fut probablement l’ancêtre direct de la North West Company ».

En 1778–1779, Pond hiverna à la rivière Athabasca, à environ 40 milles du lac. À cet endroit, il vit un « vaste rassemblement » de Cris et de Chipewyans qui descendaient chaque année au fort Prince of Wales (Churchill, Manitoba) par des routes longues et difficiles. Selon Alexander Mackenzie, qui se rendit lui-même dans la région de l’Athabasca dix ans plus tard, ces tribus étaient heureuses de voir des trafiquants « les débarrasser de ces longs voyages pénibles et dangereux ; elles acceptèrent immédiatement de donner un prix plus haut pour les articles nécessaires à leur confort et leur commodité ». Pond put alors obtenir plus de fourrures que ses canots pouvaient en porter. C’est pourquoi il entreposa le reste dans des cabanes d’hiver.

Au printemps de 1779, Pond, lourdement chargé, quitta la région de l’Athabasca, à la fin d’une expédition de traite qui avait en fait duré deux étés. Le 2 juillet, il arriva à Cumberland House « venant du nord, avec trois canots, très épuisé par le manque de nourriture, ayant joué de malchance au retour, ses canots s’étant brisés dans les chutes ». Le chef de poste William Walker*, qui le traita avec politesse, car Pond lui avait déjà rendu des services, lui fournit du tabac, de la poudre et de la viande. Pond dit à Walker qu’il était allé assez loin au nord pour pratiquer la traite avec les « Indiens du Nord », chez qui Samuel Hearne* était allé avec Matonabbee*. Il raconta que durant la traite il avait confectionné 140 ballots de 90 livres chacun, mais qu’il avait dû laisser la plupart d’entre eux derrière lui. Comme un ballot contenait environ 60 peaux, le tout aurait constitué un lot de fourrures équivalant à 8 400 peaux de castor. L’historien Edwin Ernest Rich affirme qu’en 1779 Pond rapporta plus de 80 000 peaux de castor de première qualité. Cela aurait représenté environ 60 tonnes de fourrures – un chargement extraordinaire pour trois canots, étant donné que le canot du Nord ne pouvait transporter en moyenne qu’une tonne et demie de marchandises. Pond parla volontiers de ses découvertes à Walker et le renseigna sur le portage La Loche. Mesurant environ 12 milles de long et si raide qu’il avait fallu au groupe huit jours pour le franchir, ce portage se situait entre le lac La Loche, dans le bassin hydrographique de la baie d’Hudson, et la rivière Pelican (rivière Clearwater), dans celui de l’Athabasca.

Pond continua vers l’est jusqu’à Grand Portage, puis revint dans la région de l’Athabasca pour chercher les fourrures qu’il avait laissées derrière lui. Le permis qu’on lui délivra à Montréal en 1780 pour quatre canots devant être envoyés à Grand Portage doit donc avoir été accordé en son absence. Pond passa l’hiver de 1780–1781 à Michillimakinac ; il y arriva le 26 novembre avec sept engagés dans un bateau venant du lac Supérieur et y resta au moins jusqu’au 10 mai. Il s’associa avec McBeath et Booty Graves et, en 1781–1782, il retourna dans l’Ouest pour hiverner avec Jean-Étienne Waddens* au lac La Ronge (Saskatchewan). Les deux hommes représentaient des intérêts de traite différents et pourtant étroitement liés. Ceux de Pond étaient les plus importants et se basaient sur des firmes montréalaises plus grandes, comme celles des Frobisher et de Simon McTavish ; Waddens représentait une association de maisons plus petites, comme celles de Forrest Oakes* et de John Ross. Les deux groupes étaient d’une certaine manière affiliés et, en 1779, on avait projeté de remplacer Pond par Waddens dans la traite avec les Indiens de l’Athabasca. Cependant, la rivalité entre ces deux groupes n’avait pas disparu et, selon un compromis, les deux hommes devaient pratiquer la traite côte à côte au lac La Ronge en 1781–1782. On dit qu’ils avaient des caractères très différents, et chacun manifesta de la malveillance à l’égard de l’autre, sans aucun doute aussi à cause de la concurrence commerciale. En février, ils se battirent, mais on ne connaît pas les détails de cette querelle. Au début de mars, Waddens fut atteint d’un coup de fusil et mortellement blessé, peut-être par Pond ou son commis. La veuve de Waddens porta plainte, mais les historiens ne s’entendent pas sur la question de savoir si Pond fut jugé ou non. S’appuyant sans aucun doute sur une remarque d’Alexander Mackenzie, Innis affirme « que l’on peut présumer » que Pond fut jugé et acquitté à Montréal au cours de l’hiver de 1784–1785. Le seul document qu’on ait retrouvé, cependant, est une déposition du commis de Waddens, et, selon Arthur Silver Morton*, l’absence de toute trace de procès indique que Pond fut simplement interrogé. Il suggère que l’affaire ne fut pas portée devant les tribunaux, parce que le meurtre avait eu lieu dans une région qui ne relevait pas de la juridiction des tribunaux de la province de Québec.

En 1782–1783, Pond hiverna au lac de l’Île-à-la-Crosse, puis se rendit dans la région de l’Athabasca, probablement au printemps. De 1776 à 1783, la tendance au fusionnement des entreprises de traite de fourrures s’était affirmée et une série d’accords, habituellement annuels, aboutirent par la suite à la création de la première North West Company déclarée, formée en 1783–1784 et projetée pour durer cinq ans. Pond semble avoir eu en sa possession l’une des 16 actions de la compagnie de 1779 et, en son absence, on lui attribua une action dans l’organisation créée en 1783–1784.

Pond explora probablement les cours d’eau situés en aval du lac Athabasca, mais on ne sait pas sur quelle distance. Des Indiens lui indiquèrent l’emplacement approximatif du Grand Lac des Esclaves et du Grand Lac de l’Ours et peut-être celui de la rivière de la Paix et du fleuve Mackenzie. Particulièrement en 1783–1784, il entra en contact avec de nombreux Indiens de la région située au nord du lac Athabasca et il assura aux Nor’Westers un approvisionnement en fourrures que la Hudson’s Bay Company ne put détourner. En 1784, Pond se rendit à Grand Portage et à Montréal où, en février 1785, il devint membre fondateur du Beaver Club.

Durant l’hiver de 1784–1785, Pond traça sa célèbre carte, sur laquelle figuraient les rivières et les lacs situés à l’ouest des Grands Lacs et de la baie d’Hudson jusqu’aux montagnes Rocheuses, et au nord jusqu’à l’Arctique. Sur celle-ci figure une grande rivière qui va du lac Athabasca au lac des Esclaves (Grand Lac des Esclaves), puis continue vers l’océan Arctique appelé par Pond « la supposée mer de glace ». On fit une copie de cette carte afin de la soumettre au Congrès des États-Unis. En avril 1785, on en remit une autre copie au lieutenant-gouverneur de Québec, Henry Hamilton*, ainsi qu’un mémoire, signé par Pond et probablement écrit par les Frobisher, dans lequel ils demandaient à Hamilton d’appuyer un projet d’exploration des confins du nord-ouest de l’Amérique du Nord sous la direction de Pond. Désireux d’assister Pond et de l’empêcher d’aider les États-Unis ou un autre pays, Hamilton pressa le gouvernement britannique d’aider le trafiquant de fourrures ainsi que les Nor’Westers, mais sans succès.

Sentant qu’il méritait plus que l’unique action qu’on lui avait attribuée, selon l’accord de la North West Company conclu en 1783–1784, Pond refusa d’abord et envisagea de se joindre à John Ross et à Peter Pangman. Cependant, il accepta finalement l’action et, en 1785, il retourna dans la région de l’Athabasca via Grand Portage. John Ross se rendit lui aussi dans cette région pour lui faire concurrence. Au cours des étés de 1786 et de 1787, Pond partit en expédition depuis son poste ; il étendit la traite des fourrures vers la rivière de la Paix et s’occupa de l’organisation de sa base et de son approvisionnement. Durant l’hiver de 1786–1787, la concurrence devint très vive et Ross « fut atteint d’une balle au cours d’une rixe avec les hommes de M. Pond », selon un compte rendu. La nouvelle de la mort de Ross amena les dirigeants des entreprises rivales à s’unir et à mettre fin à cette concurrence meurtrière. Deux des hommes de Pond furent arrêtés et emmenés à Québec pour être jugés, mais on les acquitta. Des témoignages laissent supposer que le meurtrier était un dénommé Péché (Peshe), qui par la suite pratiqua la traite chez les Chipewyans à partir de la rivière des Esclaves. L’arpenteur de la Hudson’s Bay Company, Peter Fidler*, écrivit dans son journal de 1791 : « M. Ross fut tué par un certain Peshe, un Canadien, sur ordre de Pond. »

Au printemps de 1788, Pond quitta le Nord-Ouest pour ne plus y revenir. Depuis le meurtre de Waddens en 1782, c’était un homme marqué, et ses jours dans l’Ouest étaient comptés. Le meurtre de Ross, cinq ans plus tard, remit cette situation en lumière, en dépit de son apparente absence de participation à cet événement. Ce second meurtre entraîna sa démission ou sa retraite forcée de la traite des fourrures. Alexander Mackenzie profita de l’œuvre de pionnier accomplie par Pond et de ses idées sur la géographie, et se bâtit une carrière et une réputation grâce à des activités commerciales influencées par les théories et les actions de Pond.

Pond continua à dessiner des cartes du Nord-Ouest. Il en remit une datée du 6 décembre 1787 à lord Dorchester [Guy Carleton] à Québec. En novembre 1790, Dorchester envoya celle-ci à Londres, mais le Gentleman’s Magazine de mars de cette année-là en avait déjà publié une copie simplifiée. Pond fit pourtant une autre version de sa carte destinée à l’impératrice de Russie. Ces cartes démontrent qu’il était au courant des découvertes du capitaine Cook*. Ce dernier croyait que ce qu’on appelle aujourd’hui l’inlet de Cook, en Alaska, était une rivière coulant de l’est, et les cartes dessinées par Pond en 1787 laissent fortement supposer qu’elle venait d’un immense Grand Lac des Esclaves. En 1789, Alexander Mackenzie explora la rivière dans laquelle se déversait ce lac et découvrit qu’elle se jetait dans l’Arctique, comme les premières cartes de Pond l’avaient indiqué. L’empressement de Pond à faire des changements sur la foi de la découverte non confirmée de Cook nuisit sérieusement à sa crédibilité de cartographe, mais il ne fut pas le seul à commettre cette erreur.

Pond ne fit pas partie de la réorganisation de la North West Company qui eut lieu en 1790 car, cette année-là, il avait vendu pour £800 son action à William McGillivray*. Dorchester apprit que Pond quittait la province de Québec en raison de son mécontentement envers la North West Company. Selon Dorchester, il avait l’intention de chercher un emploi dans son pays natal, les États-Unis. La même année, Pond rendit visite au président du Yale Collège, Ezra Stiles, qui fit une copie de sa carte. En novembre 1791, John Howard, Jacob Jordan* et Samuel Birnie lui offrirent une action dont la valeur n’était pas précisée dans un projet de « compagnie pour le N[ord]-O[uest] » qui ferait concurrence à la North West Company. Ce projet devait être appuyé par le bailleur de fonds de Jordan, la Brickwood, Pattle and Company de Londres. On ne connaît pas la réponse de Pond à cette proposition. Le 9 janvier 1792, le secrétaire d’État américain à la Guerre donna l’ordre au « capitaine » Pond et à William Steedman de se rendre à Niagara et à Detroit afin d’obtenir des Indiens en guerre une demande de paix [V. Michikinakoua]. On ne sait pas si Pond s’y rendit ou non. Il passa les dernières années de sa vie aux États-Unis, fort probablement à Milford, et occupa son temps à lire les récits de voyage du baron de Lahontan [Louis-Armand de Loin* d’Arce] et ceux de Jonathan Carver. Il mourut dans la pauvreté en 1807. Une plaque commémorative rappelle le souvenir de Peter Pond, au confluent de la rivière Sturgeon et de la Saskatchewan-du-Nord, et le lac Peter Pond (Saskatchewan) a été nommé ainsi en son honneur.

Les contemporains de Pond le considéraient en général avec un mélange d’admiration et de suspicion : admiration pour ses actions énergiques et suspicion pour sa connivence dans des meurtres et pour son passé américain. L’hydrographe de l’East India Company, Alexander Dalrymple, doutait de sa loyauté envers la couronne. Alexander Henry, qui utilisa les découvertes de Pond pour son propre bénéfice et sans mentionner sa source, disait qu’il était un « trafiquant renommé » . Le docteur John Mervin Nooth*, qui le rencontra à Québec, le croyait « une personne fort singulière » . Le juge Isaac Ogden* le qualifia élogieusement de « gentilhomme [doué du sens] de l’observation et de science ». Le trafiquant Roderick McKenzie* disait que Pond « se considérait comme un philosophe et avait des manières singulières ». Alexander Mackenzie était de toute évidence jaloux de la prééminence de Pond, de ses découvertes réelles et de celles qu’il entrevit. L’explorateur David Thompson* écrivit de Pond « C’était un homme travailleur, qui avait reçu une bonne éducation de base, mais il était doté d’un tempérament violent et d’un caractère sans scrupules. » On retrouve cette attitude défavorable dans les œuvres d’écrivains ultérieurs, notamment Charles Lindsey* et Edwin Ernest Rich. Même Innis, son biographe, qualifia ses réalisations de « remarquables par beaucoup de côtés mais [...] n’ayant rien de sensationnel ».

Pond était un homme qui sortait de l’ordinaire, plus énergique, plus agressif et plus capable d’organisation que la plupart des trafiquants. Séduit par les profits tirés des fourrures du Nord, il alla plus loin au nord et à l’ouest qu’aucun autre trafiquant des décennies 1770 et 1780. Il fut le premier Blanc à traverser le portage La Loche (connu aussi sous le nom de portage Methye) pour atteindre la rivière Athabasca et le lac du même nom. Cette découverte reliait le bassin hydrographique du Mackenzie avec les rivières se jetant dans la baie d’Hudson. Grâce à cette réalisation, Pond réussit là où d’autres, en particulier Thomas Frobisher, avaient échoué. Premier trafiquant blanc à pénétrer dans la région de l’Athabasca, il amena ses rivaux à entrer en concurrence avec son commerce lucratif, et ses actions entraînèrent la formation de la première organisation appelée North West Company. Celles-ci ouvrirent aussi ce que Mackenzie appela le « nouvel Eldorado » de la North West Company, autour duquel pivotaient les projets de la compagnie pour les années 1790 et les suivantes. L’utilisation que Pond faisait des provisions, dont le pemmican, et sa bonne organisation constituaient les clés de son succès : elles lui permirent de voyager plus loin et de pratiquer une meilleure traite que ses prédécesseurs. Cela fournit à la North West Company un modèle pour l’exploitation de la région de l’Athabasca. Cependant, sa réputation d’homme violent invitait les autres trafiquants, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise, à la suspicion, et le força par la suite à se retirer de la compagnie.

Peter Pond fut le premier à tracer les traits généraux du bassin du Mackenzie. Ses découvertes enflammèrent l’imagination de Mackenzie en lui montrant les possibilités d’exploration dans le Nord et l’amenèrent à suivre en 1789 le cours du grand fleuve jusqu’à son embouchure gelée. Les cartes que Pond dressa et le cours supposé des eaux de la région de l’Athabasca qu’il établit constituent un témoignage durable de son activité de pionnier dans la dernière grande région de fourrures en Amérique du Nord.

Barry Morton Gough

Le récit de Peter Pond a probablement été écrit quelque temps après qu’il eut 60 ans. Plusieurs années plus tard, Sophia M. Mooney, l’épouse de Nathan Gillette Pond, découvrit ce manuscrit dans la maison de l’ancien gouverneur du Connecticut, Charles Hobby Pond. Le récit s’arrête en 1775, et elle rapporte que quelques pages de la fin ont été déchirées. Qu’une grande ou faible partie ait ainsi disparu demeure une source de débat. Le manuscrit se trouve maintenant à la Yale Univ. Library, Beinecke Rare Book and ms Library (New Haven, Conn.) ; deux photocopies sont conservées dans la collection de manuscrits de la UTL-TF. Une transcription de Mme Pond a d’abord été publiée dans Conn. Magazine (New Haven), 10 (1906) : 239–259, puis dans Wis., State Hist. Soc., Coll., 18 (1908) : 314–354, et dans la première édition de Five fur traders of the northwest [...], Charles Marvin Gates, édit. ([Minneapolis, Minn.], 1933). Une petite partie du journal a paru dans le Journal of American Hist. (New Haven), 1 (1907) : 357–365. Présentement, le meilleur texte disponible est la nouvelle transcription préparée à partir de l’original de Yale par June D. Holmquis et al. pour la seconde édition de Five fur traders of the northwest (St Paul, Minn., 1965).

Des copies des cartes de Pond se trouvent à la BL, Add mss 15332 : c, d, e ; au PRO, CO 700, America North and South no 49 ; au ministère de la Défense (Marine), Service hist. de la marine (Vincennes, France), Recueil 67, pièce no 30 (anciennement 208 (4044 b) ; et aux APC, MG 55/23, no 47.  [b. m. g.]

APC, MG 11, [CO 42] Q, 24-2 ; 36-1 : 280–310 ; MG 19, C1, 32A ; MG 23, GIII, 8, 7 janv. 1792 ; RG 4, B28, 115, 1780 : 1 ; 1783 : 1.— Buffalo and Erie County Hist. Soc. (Buffalo, N.Y.), C64-4 (Porteous papers), John Askin accounts, 1775.— DPL, Burton Hist. Coll., Thomas Williams papers, Felix Graham and Peter Pond accounts, 1773–1775.— PRO, CO 42/47 : 649–651.— UTL-TF, ms coll. 30.— Yale Univ. Library, Beinecke Rare Book and ms Library (New Haven), Ezra Stiles papers, itinerary, 6 : 406s.— [Joseph Banks], « Peter Pond and the overland route to Cook’s Inlet », R. H. Dillon, édit., Pacific Northwest Quarterly (Seattle, Wash.), 42 (1951) : 324–329.— Les bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest (Masson).— Cumberland House journals and inland journal, 1775–82, E. E. Rich et A. M. Johnson, édit. (2 vol., Londres, 1951–1952).— Henry, Travels and adventures (Bain).— Journals of Hearne and Turnor (Tyrrell).— The journals of Jonathan Carver and related documents, 1766–1770, John Parker, édit. ([St Paul], 1976).— Mackenzie, Journals and letters (Lamb).— « North-western explorations » , APC Report, 1889 : 29–38 ; 1890 : 48–66.— [Ezra Stiles], The literary diary of Ezra Stiles, D.D., LL.D, president of Yale College, F. B. Dexter, édit. (3 vol., New York, 1901), 3, 383, 385s., 388, 402.— David Thompson, David Thompson’s narrative of his explorations in western America, J. B. Tyrrell, édit. (Toronto, 1916 ; réimpr., New York, 1968).— DAB.— D. A. Armour et K. R. Widder, At the crossroads : Michilimackinac during the American revolution (Mackinac Island, Mich., 1978).— L. J. Burpee, The search for the western sea : the story of the exploration of north-western America (nouv. éd., 2 vol., Toronto, 1935), 2 : 325–353.— Roy Daniells, Alexander Mackenzie and the north west (Londres, 1969).— Davidson, NWC.— HT. Fry, Alexander Dalrymple (1738–1808) and the expansion of British trade (Buffalo et Toronto, 1970).— B. M. Gough, Distant dominion : Britain and the northwest coast of North America, 1597–1809 (Vancouver, 1980).— Innis, Fur trade in Canada (1930) ; Peter Pond, fur trader and adventurer (Toronto, 1930).— E. E. Rich, Montreal and the fur trade (Montréal, 1966).— H. R. Wagner, Peter Pond, fur trader and explorer ([New Haven], 1955).— W. S. Wallace, The pedlars from Quebec and other papers on the Nor’Westers (Toronto, 1954), 19–26.— Glyndwr Williams, The British search for the northwest passage in the eighteenth century (Londres et Toronto, 1962).— Douglas Brymner, « Report on Canadian archives », APC Report, 1889 : xxxvis.— CHR, 13 (1932) : 205–207.— H. A. Innis, « The North West Company », CHR, 8 (1927) : 308–321 ; « Peter Pond and the influence of Capt. James Cook on exploration in the interior of North America » , SRC Mémoires, 3e sér., 22 (1928), sect. ii : 131–141 ; « Peter Pond in 1780 », CHR, 9 (1928) : 333 ; « Some further material on Peter Pond », CHR, 16 (1935) : 61–64.— G. M. Lewis, « Changing national perspectives and the mapping of the Great Lakes between 1755 and 1795 », Cartographica ([Toronto]), 17 (1980), no 3 : 1–31.— [R. W.] McLachlan, «Connecticut adventurer was a founder of famous fur trust in 1783 » , Conn. Magazine, 10 (1906) : 236s.— Mme N. G. Pond [S. M. Mooney], « Journal of « Sir » Peter Pond [...] : introductory », Conn. Magazine, 10 (1906) : 235s.— G. A. Young, « The organization of the transfer of furs at Fort William : a study in historical geography » , Thunder Bay Hist. Museum Soc., Papers and Records (Thunder Bay, Ontario), 2 (1974) : 29–36.

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Barry Morton Gough, « POND, PETER », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/pond_peter_5F.html.

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