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Titre original :  Photograph Sir William Edmond Logan, geologist, Montreal, QC, 1865 William Notman (1826-1891) 1865, 19th century Silver salts on paper mounted on paper - Albumen process 8.5 x 5.6 cm Purchase from Associated Screen News Ltd. I-16536.1 © McCord Museum Keywords:  informal (1120) , Photograph (77678) , portrait (53878)

Provenance : Lien

LOGAN, sir WILLIAM EDMOND, géologue et cartographe spécialisé dans les cartes géologiques, fondateur et premier directeur de la Commission géologique du Canada, né le 20 avril 1798 à Montréal, troisième fils de William, boulanger et propriétaire de biens immobiliers, et de Janet Edmond, tous deux venus d’Écosse, décédé le 22 juin 1875 à Cilgerran, dans le Pembrokeshire, au pays de Galles.

William Logan commença ses études à l’école d’Alexander Skakel*, à Montréal, mais, à l’âge de 16 ans, on l’envoya les poursuivre, avec son frère aîné Hart, dans une école secondaire d’Édimbourg. En 1816, il s’inscrivit en médecine à Edinburgh University ; la logique, les mathématiques et la chimie étaient au nombre de ses sujets d’études. Bien que cela ne l’ait pas forcément frappé à l’époque, les cours de chimie qu’il suivit furent sans doute son premier contact avec les théories sur la formation des roches et des minéraux ; son professeur de chimie, le docteur Thomas Charles Hope, était un partisan enthousiaste du neptunisme, théorie qui veut que toutes les roches stratifiées se forment dans l’eau.

Logan abandonna l’université à la fin de sa première année d’études malgré de brillants résultats, et entra au service de son oncle, Hart Logan, homme d’affaires pour le compte duquel il allait travailler pendant 20 ans. Les méthodes systématiques de la comptabilité constituèrent un entraînement qui devait plus tard influencer ses méthodes de calcul sur le terrain. Ses cartes et ses coupes géologiques, par exemple, étaient dessinées avec une adresse et une précision qui dépassaient de beaucoup celles de ses contemporains. C’est sans doute parce que l’exploitation minière et les matériaux de construction tels que la pierre de taille semblent avoir fait l’objet principal des affaires de son oncle que Logan en vint à s’intéresser à la géologie. Après 1827, ces affaires lui ayant été confiées, il consacra ses journées et souvent ses soirées à son travail. Les relations sociales où « abondaient le monde, une nourriture riche et des vins généreux », ne lui plaisaient pas outre mesure ; il les considérait comme préjudiciables à sa santé. Durant cette période, il prit des leçons de dessin et de langues, et continua d’étudier les mathématiques. En 1829, il alla en Italie, en touriste peut-être, car son journal contient de nombreuses descriptions d’églises, de palais, de portails, de ponts et d’autres constructions. Il notait également avec grand soin les genres de pierres dont étaient faites les colonnes et autres parties des édifices.

En 1831, Logan alla s’établir à Swansea, au pays de Galles, où il fut nommé directeur de la Forest Copper Works, à Morriston, fonderie de cuivre et houillère dans laquelle son oncle avait placé des fonds importants. Sa tâche première fut d’y établir un système de comptabilité convenable, mais Logan se rendit vite compte qu’il fallait avant tout garantir aux fondeurs un approvisionnement régulier en charbon, et que cela ne pouvait se faire sans cartes précises des gisements houillers permettant de déterminer l’existence des réserves de charbon. Les cartes géologiques du pays de Galles qui existaient alors étaient trop générales et trop peu détaillées pour être utiles. Logan se mit donc en devoir de parcourir la région et de l’étudier, puis de reporter ses observations sur les cartes topographiques du sud du pays de Galles qu’il pouvait se procurer, en y indiquant la continuité des gisements et la façon dont les roches se succédaient. Il put arriver à un degré élevé de précision en se servant d’instruments de levés tels que la boussole, le théodolite et sans doute aussi le baromètre. Ses données comprenaient des renseignements sur le sous-sol, qu’il obtenait des mineurs et aussi par des prélèvements de carottes. De cette façon il dessina, pour la première fois, des sections transversales horizontales, à l’échelle, sur lesquelles il notait la formation souterraine des gisements de charbon. On put ainsi prédire la profondeur des mines et découvrir des gisements de charbon qui n’étaient pas apparents à la surface. En 1835, la Geological Survey of Great Britain fut fondée et son premier directeur, sir Henry Thomas de la Beche, adopta, en les voyant, les cartes du sud du pays de Galles établies par Logan parce que « le travail effectué pour cette région [était] vraiment supérieur à celui que produisaient ordinairement les géologues ». Aujourd’hui encore, on rend hommage à la contribution de Logan puisque son nom figure comme co-auteur sur les cartes géographiques, révisées et mises à jour, du sud du pays de Galles.

La géologie était devenue une science populaire dans les premières décennies du xixe siècle : c’est l’époque où fut fondée la Geological Society of London en 1807, où l’on publia en 1815 une carte géologique de l’Angleterre et du pays de Galles dressée par William Smith, ainsi qu’un livre traitant de la géologie de l’Angleterre et du pays de Galles, dont les auteurs étaient William Daniel Conybeare et John Phillips et qui parut en 1822. En 1834, Logan, qui effectuait un voyage d’affaires en France et en Espagne, mentionne dans son journal les travaux de Charles Lyell qui était à l’époque l’un des principaux auteurs dans le domaine de la géologie. Lorsqu’il voyageait, Logan emportait toujours son matériel d’artiste et, aujourd’hui encore, l’Association des géologues du Canada conserve en fidéicommis quelques-unes de ses aquarelles et de ses dessins à la sépia. En 1835, Logan contribua à la création du Swansea Philosophical and Literary Institute, qui visait à encourager l’étude de l’histoire naturelle et la conservation des choses anciennes. De 1836 à 1842, en sa qualité de secrétaire honoraire de l’institut et de conservateur pour la section de géologie, il constitua une importante collection d’échantillons, bien étiquetés et bien exposés, et entre autres deux troncs d’arbres fossiles qui sont aujourd’hui encore dans le jardin de l’institut à Swansea. Il fut élu à la Geological Society of London en 1837 et, en 1840, il y soumit un essai dans lequel il exposait sa conception des origines du charbon. Selon lui, la stratification des roches dans le sud du pays de Galles, y compris celles des gisements de charbon, indiquaient que le charbon s’était accumulé in situ. Il s’était aperçu qu’au-dessous de chaque gisement l’on trouvait toujours une couche inférieure d’argile avec de nombreux stigmaria, de souches fossiles. Plus tard, il trouva la même combinaison d’argile et de souches fossiles sous les gisements de charbon en Pennsylvanie, en Nouvelle-Écosse et en Écosse, ce qui le renforça dans sa conviction. La théorie de Logan sur la formation in situ du charbon est encore, dans son ensemble, jugée valable de nos jours.

Le travail de Logan à Swansea se termina en 1838, à la mort de son oncle ; Logan resta à Swansea et fit des cartes géologiques du sud du pays de Galles. En juin 1841, la Société d’histoire naturelle de Montréal et la Société littéraire et historique de Québec firent une demande au premier parlement du Canada-Uni pour qu’il alloue à l’étude géologique du Canada une somme qui ne devrait pas dépasser £1 500. Logan fut immédiatement attiré par le poste de géologue de la province du Canada et demanda à plusieurs éminents géologues britanniques d’appuyer sa candidature. Ses amis canadiens, en particulier ceux qui appartenaient aux deux sociétés de Montréal et de Québec, soumirent également son nom au gouverneur de la province. La réputation que Logan avait acquise grâce à ses excellentes cartes géologiques du sud du pays de Galles et le fait qu’il était né au Canada lui valurent sa nomination, au printemps de 1842, avec un traitement annuel de £500, tout juste la moitié de ce qu’il gagnait au pays de Galles.

La tâche de la nouvelle Commission géologique était de donner « une description complète et scientifique des roches, des sols et des minéraux du pays, d’établir des cartes et des diagrammes, de faire des dessins et de recueillir des échantillons pour illustrer les venues ». Logan s’attacha à poursuivre ces buts essentiels d’une manière telle que la commission, aujourd’hui encore, poursuit ses travaux dans les mêmes cadres et selon le même plan.

Logan se rendit compte que, pour, effectuer une étude géologique convenable des immenses régions inhabitées du Canada, il faudrait un organisme permanent. Il comprit aussi que les hommes politiques de qui dépendraient les subventions nécessaires à son organisme ne se laisseraient convaincre que si l’on pouvait leur montrer des résultats concrets et leur indiquer des gisements, réels ou potentiels, de minerais dont l’économie nationale pourrait bénéficier. La tâche allait être ardue et il lui faudrait des assistants compétents. La cartographie géologique était d’autant plus difficile que l’on manquait de cartes topographiques essentielles. Alexander Murray*, officier de marine en retraite, sans expérience aucune en géologie, se montra toutefois un excellent cartographe sur le terrain. Les spécimens de roches et de sols devraient faire l’objet d’analyses chimiques. Le premier chimiste qu’engagea Logan, Édouard-Sylvestre, comte de Rottermond*, se montra incompétent (et par la suite fort encombrant) ; mais, à partir de 1847, un chimiste et minéralogiste autodidacte, Thomas Sterry Hunt*, poursuivit des recherches en chimie qui lui valurent une réputation mondiale et accrurent le renom de la Commission géologique. Tant qu’il fut directeur, Logan sut s’assurer les services d’assistants compétents, que ce fût pour les laboratoires ou pour les expéditions : James Richardson*, Robert Bell*, Edward Hartley, Thomas Macfarlane*, Charles Robb et Henry George Vennor*. Il estima que James Hall, attaché à la New York Geological Survey, à Albany, paléontologue renommé, pourrait donner de précieux conseils à propos de la géologie du Canada. Ce dernier refusa toutefois l’offre qu’on lui fit de travailler pour le compte de la commission en 1854. Elkanah Billings, homme de loi et journaliste, devint donc la paléontologue de la Commission géologique du Canada. L’un des hommes avec qui Logan travailla en étroite collaboration à Montréal et qui était une autorité dans le domaine de la géologie du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, fut John William Dawson*, homme influent et président de McGill University.

Le premier « bureau » de la commission s’installa à l’automne de 1843 dans un entrepôt fourni par le frère de Logan. À la fin de l’année, Logan chercha à obtenir que l’on prolongeât les travaux et insista auprès du gouvernement pour qu’on établît un programme financier plus stable et plus satisfaisant. Il était convaincu que si le résultat de ses travaux était connu, cela pourrait influer sur la décision des hommes politiques et sur l’opinion publique. Par conséquent, au printemps de 1844, il loua, une maison rue Saint-Jacques, à Montréal, pour y exposer ses collections ; cette maison lui servait de bureau et de laboratoire. En avril 1844, son « Report of progress for the year 1843 », le premier d’une série annuelle, fut déposé devant l’Assemblée législative. Il eut aussi grand soin de parler et d’écrire aux législateurs et de leur rendre de petits services. En 1845, Logan put montrer des résultats importants qui justifiaient la subvention de £1 500 qu’il avait reçue, mais à laquelle il avait dû ajouter £800 de sa poche. Le parlement, cette année-là, adopta sans tarder une loi que Logan avait rédigée lui-même, et on lui accorda £2 000 par an pour une période de cinq ans.

Le projet de 1850 se heurta à une certaine opposition et, afin de s’assurer qu’on l’adopterait, Logan dut à contre-cœur séjourner à Toronto, où se trouvait alors le siège du gouvernement, au lieu de travailler sur le terrain. Après quelque retard, on lui accorda la même somme pour cinq autres années. En 1854, toutefois, le gouvernement institua une commission d’enquête sur la Commission géologique. Elle entendit les témoignages de Logan et de Hunt ainsi que ceux de nombreuses personnalités comme James Hall, d’Albany, le professeur Edward John Chapman*, de Toronto, Alexander Jamieson Russell*, de Québec, et le révérend Andrew Bell, de L’Orignal. La commission d’enquête fut suffisamment impressionnée pour recommander l’augmentation des subsides accordés à la Commission géologique, la réimpression de tous ses rapports et l’établissement d’une carte en couleurs du Canada. En 1855, le parlement accorda à Logan la somme de $20 000 par an pour une période de cinq ans, en plus d’une subvention annuelle dé $8 000 pour les rapports et pour les cartes. Chaque année, de 1861 à 1863, on lui vota des crédits. En date de janvier 1864, il avait avancé $10 000 de sa poche pour payer les salaires et les frais de publication. Au printemps, le gouvernement changea et un parlement plus favorable à son œuvre lui accorda une subvention annuelle pour une autre période de cinq ans.

La cartographie géologique du Canada, à laquelle Logan lui-même prit une part active, exigeait, vers le milieu du xixe siècle, des hommes doués d’une force physique et d’une résistance remarquables, d’une persévérance, d’une ingéniosité et d’un enthousiasme peu communs. (Il fallait d’ailleurs les mêmes qualités pour obtenir des fonds des gouvernements successifs, qui demeuraient peu convaincus de la valeur de la commission.) Parcourir les provinces était difficile ; il y avait bien des bateaux à vapeur sur les Grands Lacs, on avait percé le canal de Rideau entre Bytown (Ottawa) et Kingston mais, pendant les premières années d’existence de la commission, il fallait, pour se rendre de Montréal au Canada-Ouest, voyager en diligence via les États-Unis. Le calcul des levés géologiques par intersection se faisait avec les pieds ; il fallait déterminer les distances en comptant les pas pour établir des lignes calculées à la boussole. Sur le terrain, guidé par un Indien, John Basque, Logan avait pour tente une couverture retenue par deux piquets. Il parle de sa « vie de sauvage, dormant sur la plage dans un sac de couvertures, les pieds auprès du feu, [se] déshabillant rarement, [se] nourrissant de lard salé et de biscuits de mer, parfois harcelé par les moustiques ». Plus d’une fois les habitants de l’endroit se demandèrent si cet individu à la barbe rousse, vêtu d’une jaquette tachée et rayée et d’un pantalon gris rapiécé entré dans de larges bottes, déchirées et grossières, les cheveux poisseux de résine, les lunettes fendues, avait bien toute sa raison. L’impression qu’il produisait était d’autant plus étrange qu’il ne cessait de marmonner, qu’il errait en zigzagant ici et là, martelant les roches afin de faire voler des éclats qu’il enveloppait précieusement dans du papier. Sur le terrain, Logan commençait sa journée à l’aube et continuait son travail toute la journée, jusqu’à ce que la nuit tombante l’empêchât de poursuivre ses recherches. À la lueur du feu de camp, il travaillait alors jusqu’à une heure tardive, repassant à l’encre les notes et les croquis tracés plus tôt au crayon, et reportant sur des cartes toutes les mesures et les dimensions relevées pendant la journée. Ses observations géologiques étaient illustrées de dessins à la plume qui révèlent des dons artistiques. Ses carnets, conservés par la Commission géologique, sont des modèles de relevés de notes et d’observations faits sur le terrain.

À la fin de la saison d’expéditions de 1843, Logan et Murray avaient établi que la province du Canada pouvait se diviser en trois aires géologiques bien distinctes. Une section de plissements rocheux traversait les Cantons de l’Est et la péninsule de la Gaspésie. De Montréal à la rivière Detroit, on trouvait des roches paléozoïques plates, mais divisées en deux par une bande de gneiss et de schistes métamorphiques qui s’étend sur plusieurs milles à l’est du lac Ontario. La section nord, composée de roches métamorphiques complexes, paraissait extrêmement difficile à expliquer.

Afin de justifier la continuation des travaux de la commission, Logan se mit immédiatement à la recherche de cette ressource minérale précieuse qu’était le charbon. Au cours de l’été de 1843, il étudia de façon détaillée, de façon à pouvoir faire des comparaisons, une section des couches carbonifères situées près de Joggins, en Nouvelle-Écosse. Par la suite, il fit le levé du nord et du sud de la baie des Chaleurs, mais s’aperçut bientôt que les strates visibles étaient, géologiquement parlant, plus anciennes que les strates carbonifères qu’il avait remarquées dans la région de Joggins, par exemple, où l’on trouve des gisements de charbon. Au cours de l’été de 1844, Logan et Murray firent le levé de la côte nord de la Gaspésie puis remontèrent la rivière du Cap Chat jusqu’à sa source, descendant ensuite la Cascapédia jusqu’à la baie des Chaleurs. Le sommet le plus élevé qu’ils rencontrèrent lors de cette expédition fut nommé mont Logan, bien contre son gré d’ailleurs ! L’expédition, qui fournit des données topographiques aussi bien que géologiques, permit de se rendre compte qu’on ne trouverait pas de charbon dans la région.

En 1845, Logan entreprit la première d’une série d’expéditions à travers les anciennes roches du nord de Montréal. Il découvrit des preuves de glaciation dans les surfaces polies, striées et couvertes d’éraflures des rochers. Il mentionna de nombreux filons et veines et, surtout, des venues de minerais métalliques qui pourraient encourager le développement d’une exploitation minière. Son rapport contenait des remarques sur le fer, le plomb, le cuivre et sur des pierres pouvant servir à la construction, comme le marbre et l’ardoise. L’année suivante, il chercha du cuivre sur la rive nord du lac Supérieur, à l’intérieur d’une série rocheuse qu’il baptisa du nom d’Upper Copper-Bearing, après qu’on eût découvert un gisement important sur la rive sud. En 1847 et en 1848, on se mit à chercher le long de la rive nord du lac Huron des gisements de cuivre du genre de ceux exploités aux mines Bruce. Dans chaque cas, Logan rédigea, en des termes choisis avec soin, des rapports, appuyés sur des observations méthodiques. Il fit remarquer que, en raison des frais élevés que représentaient le transport, l’équipement et la main-d’œuvre, il ne fallait exploiter que les gisements vraiment très riches. Ses rapports objectifs ne furent évidemment pas toujours du goût des prospecteurs miniers. (A plusieurs reprises, pendant qu’il occupait les fonctions de directeur de la Commission géologique, on le pria d’évaluer des venues de minerai. Chaque fois qu’il s’apercevait que l’on avait tenté de frauder, il renvoyait promptement les coupables de son bureau sans mâcher ses mots.) Apparemment, Logan ne remarqua pas la présence de gisements d’argent dans la région de Cobalt, de nickel à Sudbury, ni d’uranium au nord de Blind River.

De 1847 à 1851, Logan se consacra à l’étude des formations rocheuses complexes des Cantons de l’Est, en établissant la géologie depuis l’état de New York jusqu’à l’extrémité, ou presque, de la péninsule gaspésienne. Il étudia de très près les venues de cuivre de la région de Sherbrooke et les dépôts d’or découverts dans les alluvions de la rivière Chaudière. L’ophite que l’on découvrit dans la région aurait pu avoir une valeur commerciale comme pierre d’ornement, mais la présence d’amiante, que l’on considérait alors purement comme une curiosité d’ordre minéralogique, le rendait inutilisable. En 1860, il découvrit près de Québec, un phénomène géologique d’importance en constatant, d’après des fossiles identifiés par Billings, que les plissements rocheux avaient été disloqués et que d’énormes masses avaient été projetées vers le nord par-dessus des formations plus récentes. Cette coupure qui sépare les plissements rocheux du sud des roches plates du nord porte aujourd’hui encore le nom de faille Logan.

En 1851 et au cours des années qui suivirent, Logan s’attacha surtout à étudier les roches du nord du Saint-Laurent, surtout celles de la région de Grenville, dans le Québec. En 1863, il définit la série du Grenville comme une succession de gneiss et de calcaires cristallins dans lesquels on trouvait des injections de dykes et de granit. Les calcaires étaient stratifiés de façon particulière et contenaient des structures tubulaires internes qui, selon lui, étaient des vestiges de fossiles ; son ami, J. W. Dawson, les baptisa Eozoon Canadense. Ces structures fournissaient à Logan un argument de poids pour affirmer que la vie avait été présente autrefois dans ces roches très anciennes. Les études subséquentes ont démontré que des caractéristiques similaires peuvent provenir de processus inorganiques, mais d’autres preuves de la présence de la vie dans les roches de l’ère précambrienne sont maintenant bien établies.

Logan donna, en 1855, le nom de Huronniennes aux roches généralement plates que l’on trouve au nord du lac Huron et qui reposent sur les séries de Grenville. En 1863, il nomma Laurentiennes les roches, apparemment plus anciennes, qui étaient situées au nord de l’Outaouais et dans les Adirondacks de l’état de New York. Il estimait que c’était là les roches les plus anciennes de l’Amérique du Nord, peut-être influencé en cela par la théorie du temps qui voulait que le granit ait formé la première écorce terrestre. Les méthodes scientifiques modernes ont démontré que sa théorie était fausse mais on a toujours recours aux noms choisis par Logan en leur donnant un autre sens.

En 1841, Logan fut le premier à reconnaître en Amérique du Nord des traces de vertébrés carbonifères dans des roches de Horton Bluff, en Nouvelle-Écosse. Il découvrit, en 1851, des vestiges distinctifs d’invertébrés dans les roches cambriennes situées près de Beauharnois, dans le Québec. La description qu’il fit en 1846 des embâcles du Saint-Laurent et des dégâts qu’ils causaient aux bâtiments situés le long du fleuve servit par la suite quand on projeta la construction du pont Victoria [V. Hodges]. Il fut également le premier à donner une explication scientifique des glissements de terrains argileux le long du Saint-Laurent, glissements qui se produisent encore de nos jours d’ailleurs.

On invita le gouvernement du Canada à participer à l’exposition industrielle internationale qui devait avoir lieu à Londres en 1851 et Logan prépara une collection complète des minéraux canadiens ainsi qu’une carte géologique. On trouva son travail « supérieur [...] à tous les exhibits que les autres pays avaient envoyés à l’exposition ». Si Logan ne reçut aucune médaille, ce fut surtout parce qu’il faisait partie du jury pour la minéralogie et pour la métallurgie, ce qui lui valut du reste une médaille du prince consort. À l’exposition de Paris de 1855, la collection de minéraux de Logan reçut la grande médaille d’honneur et Napoléon III le fit chevalier de la Légion d’honneur. En 1862, on demanda une fois encore à Logan d’exposer des minéraux canadiens à l’exposition internationale de Londres. Bien que la collection fût de grande qualité, Logan, absorbé par les problèmes d’administration et d’édition qui surgissaient à la Commission géologique, fit preuve de moins d’enthousiasme qu’à l’accoutumée. Il avait maintenant 64 ans.

En dépit de la diligence avec laquelle il recueillait toutes les données possibles, Logan publia peu d’articles et de volumes sur la géologie. Le sommet de sa carrière comme directeur de la Commission géologique du Canada n’en fut pas moins la publication, en 1863, de Geology of Canada, ouvrage de 983 pages auquel Murray, Hunt et Billings avaient collaboré et qui, aujourd’hui encore, est un livre de référence essentiel pour les géologues. Ce livre fut suivi, en 1865, d’un atlas de cartes géologiques en couleurs, couvrant la région qui va de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse jusqu’au centre des États-Unis et du Canada. La publication d’une plus grande carte géologique du Canada, en 1869, exigea de Logan un travail tellement minutieux qu’on dit que sa vue en souffrit beaucoup.

Le premier honneur important que l’on décerna à Logan fut, en 1851, son élection comme membre de la Royal Society ; il fut le premier Canadien à avoir ce titre pour un travail accompli au Canada. Lorsque la reine Victoria le fit chevalier, en 1856, deux Canadiens seulement avaient été avant lui l’objet de pareille distinction. En même temps, la Geological Society of London lui décernait une récompense de choix, la médaille Wollaston. À son retour au Canada, après avoir reçu ces marques d’honneur, Logan se vit conférer un doctorat en droit de McGill University. Le Canadian Institute, fondé en 1850 et dont Logan avait été le premier président, donna à Toronto une réception publique en son honneur et décida de faire exécuter son portrait à l’huile. La Société d’histoire naturelle de Montréal donna une soirée en son honneur ; s’attendant à devoir prononcer une allocution à. cette occasion, il écrivit : « Si les honneurs me forcent à écrire des discours, je m’en vais bientôt souhaiter ne plus jamais les connaître. » On devait toutefois rendre une fois encore hommage à la contribution qu’il avait faite à la géologie : la Royal Society of London lui décerna, en 1867, la médaille d’or royale, qu’elle lui attribuait plus particulièrement pour sa carte géologique du Canada.

Sir William Edmond Logan fut vraiment un homme remarquable. Une carrière importante débuta pour lui alors qu’il avait 44 ans ; il organisa et dirigea la Commission géologique du Canada à laquelle il ne cessa de contribuer pour une part importante pendant plus d’un quart de siècle. Logan déclara : « Le but de la commission est de découvrir les ressources minéralogiques de ce pays » et c’est encore aujourd’hui le principe directeur qui inspire les travaux de cet organisme. À partir de 1855, il put voir se développer la production du cuivre dans les Cantons de l’Est et l’on disait que la mine d’Acton était à l’époque la plus importante mine de cuivre au monde. La plus grande contribution de la commission, sous le mandat de Logan, fut l’établissement de cartes et la rédaction de rapports, travaux sur lesquels reposent les bases de la géologie canadienne. Les cartes et les rapports sur les rives nord des lacs Huron et Supérieur, où l’on trouve de riches gisements de cuivre, de nickel, d’uranium, de fer, de platine et d’autres métaux dans les anciennes roches précambriennes, sont particulièrement importants.

Vers le milieu du xixe siècle, les rigueurs des explorations sur le terrain dans les régions désertes du Canada exigeaient une endurance et une vigueur physique toute spéciale ; les problèmes administratifs que soulevait un organisme gouvernemental ainsi que la participation à des expositions internationales requéraient de la diplomatie et un dévouement total à la profession et au pays. Logan était si désireux de voir la commission poursuivre ses travaux qu’il était prêt à en assumer lui-même les frais quand le gouvernement ne pouvait y subvenir immédiatement. Il devint le bienfaiteur tant de la géologie que de McGill University en assumant la plus grande partie des frais d’une subvention de $20 000 pour la fondation d’une chaire de géologie et la création d’une médaille d’or devant être décernée à l’étudiant le plus méritant. En dépit de tout cela il semble avoir été timide, replié sur lui-même et fort mal à l’aise en société. Les efforts persévérants et acharnés qu’il fit à titre de directeur de la Commission géologique du Canada firent de lui une personnalité très connue, mais il était prêt à supporter les désagréments que cela lui causait parce qu’il était heureux de faire connaître le Canada aux Canadiens et à d’autres nations.

Sir William se retira officiellement de la commission le 30 novembre 1869 et céda ses fonctions de directeur à Alfred Richard Cecil Selwyn*, qui avait auparavant dirigé la Geological Survey of Australia. Sir William alla demeurer avec sa sœur, Elizabeth Gower, à Castle Malgwyn, à Llechryd, au pays de Galles. Il revint cependant plusieurs fois au Canada et assuma même pendant quelques mois, en 1871, la direction de la commission pendant que Selwyn faisait des recherches en Colombie-Britannique. Au cours de l’été de 1874, Logan passa plusieurs semaines dans les Cantons de l’Est et forma le projet de faire de nouveaux forages, afin de prouver l’exactitude de sa théorie sur cette structure complexe. Mais, au printemps de 1875, sa santé déclina visiblement. Il mourut le 22 juin 1875 au pays de Galles et fut inhumé dans le cimetière de l’église de St Llawddog à Cilgerran, dans le Pembrokeshire. Sir William Logan ne s’était jamais marié et il avait consacré de longues années à des expéditions géologiques et à la direction du premier organisme scientifique du gouvernement canadien. Et c’est dans ce cimetière situé si loin du pays pour lequel il avait tant travaillé qu’il allait reposer désormais, après une vie de solitude, qu’il avait sans doute voulue ainsi.

C. Gordon Winder

Journals of the Legislative Assembly of the Province of Canada, 1844–1845, app. W, Geological Survey, Report of progress for the year 1843.— [Logan, Murray, Hunt et Billings], Geology of Canada.— F. J. Alcock, A century in the history of the Geological Survey of Canada (Ottawa, 1947), 11–25.— Robert Bell, Sir William E. Logan and the Geological Survey of Canada (Ottawa et Montréal, [1907]).— B. J. Harrington, Life of Sir William E. Logan, Kt., first director of the Geological Survey of Canada (Montréal, 1883) ; Sir William Edmond Logan, American Journal of Science (New Haven), 3e sér., XI (1876), no 61 : 81–93.— J. M. Harrison et E. Hall, William Edmond Logan, Proceedings of the Geological Association of Canada (Toronto), XV (1963) : 33–42.— A. H. Lang, Sir William Logan and the economic development of Canada, Administration publique du Canada (Toronto), XII (1969) : 551–565.— C. G. Winder, Logan and South Wales, Proceedings of the Geological Association of Canada, XVI (1965) : 103–124 ; Where is Logan’s silver fountain ?, Proceedings of the Geological Association of Canada, XVIII (1967) : 115–118.

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C. Gordon Winder, « LOGAN, sir WILLIAM EDMOND », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 3 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/logan_william_edmond_10F.html.

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Auteur de l'article:   C. Gordon Winder
Titre de l'article:   LOGAN, sir WILLIAM EDMOND
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   3 septembre 2014