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DE SOLA, ALEXANDER ABRAHAM, ministre du culte, professeur, auteur, rédacteur et éditeur, né le 18 septembre 1825 à Londres, sixième enfant de David Aaron De Sola et de Rébecca Meldola ; le 30 juin 1852, il épousa Esther, fille cadette de Henry Joseph* et de Rachel Solomons, et ils eurent au moins trois fils ; décédé le 5 juin 1882 à New York et inhumé à Montréal.

Alexander Abraham De Sola naquit dans une brillante famille juive d’origine espagnole et portugaise qui, après un séjour à Amsterdam, vint s’établir à Londres au début du xixe siècle. Son grand-père maternel, Raphaël Meldola, était grand rabbin de la congrégation des Sephardim de Londres ; quant à son père, en plus d’être écrivain, il était hazan (titre donné à un chef spirituel non ordonné, lecteur dans la tradition des Sephardim) de la même communauté. Partageant les intérêts intellectuels et l’universalité d’esprit de son père, Abraham fit ses premières études à la City of London Corporation School, puis les poursuivit sous la direction de son père et d’un orientaliste, Louis Loewe. Après avoir travaillé pendant un an comme précepteur, Abraham demanda et obtint le poste de hazan au sein de la congrégation juive montréalaise, Shearith Israel, en 1846. Il arriva à Montréal en janvier de l’année suivante et œuvra dans cette communauté jusqu’à sa mort.

Ancien membre actif des sociétés littéraires londoniennes, en tant que codirecteur de la Voice of Jacob et directeur de la Sussex Hall Literary Institution, De Sola joua bientôt un rôle de premier plan dans la communauté intellectuelle anglophone de Montréal. Conférencier éloquent, populaire et prolifique, homme aux intérêts variés, il prit souvent la parole devant l’Association de la bibliothèque de commerce de Montréal, le Club littéraire de Montréal, la Société de numismatique et d’archéologie de Montréal (dont il était membre honoraire), l’Institut des artisans de Montréal, la Société d’histoire naturelle de Montréal (qu’il dirigea comme président en 1867–1868), ainsi que devant plusieurs organismes affiliés au McGill College. Bon nombre de ses discours et de ses sermons prononcés en anglais parurent dans des périodiques et des journaux juifs de l’époque. Bien qu’il s’intéressât avant tout à réconcilier religion et science, la diversité des sujets abordés dans ses articles témoigne de la nature éclectique de ses préoccupations intellectuelles. Il écrivit sur l’histoire des Juifs en Angleterre, en Perse, en Pologne et en France, rédigea des comptes rendus sur la cosmographie et les inscriptions du Sinaï, étudia les références botaniques et zoologiques contenues dans les Écritures ; il s’attira en outre les éloges des savants européens pour ses articles consacrés à des Juifs éminents, comme sir Moses Montefiore, philanthrope de l’époque, et R. Abram Peritsol qui contribua au progrès des arts et des sciences. De Sola publia également des études médicales sur les règles alimentaires rabbiniques et l’utilisation des anesthésiques dans de prestigieuses revues médicales, études qui furent rééditées sous la forme d’opuscules. Citons parmi ses œuvres les plus importantes : Behemoth hatemeoth [...], brochure de 16 pages publiée par John Lovell* et contenant une liste annotée des animaux déclarés impurs par le livre du Lévitique telle qu’établie par les autorités juives et chrétiennes ; A Jewish calendar for fifty years [], ouvrage de 177 pages préparé en collaboration avec le rabbin new-yorkais Jacques Judah Lyons, publié également par Lovell et renfermant une introduction sur le calendrier juif ainsi que des notes historiques sur diverses congrégations juives d’Amérique du Nord et d’ailleurs ; Biography of David Aaron De Sola [...], courte esquisse de 61 pages sur son père ; The form of prayers according to the custom of the Spanish and Portuguese Jews [...], collection de cinq volumes reprenant des versions antérieures publiées par son père et Isaac Leeser, qu’il révisa, édita et réimprima. Il fit paraître également, en 1853, un opuscule intitulé The Jewish child’s first catechism of Bible history [...]. Parachevant sa carrière littéraire variée, De Sola devint distributeur de livres en 1873, après avoir acheté avec son beau-frère Jesse Joseph le droit d’auteur de la traduction de Leeser des 24 livres des Saintes Écritures ainsi que la distribution et les droits d’auteur de nombreux ouvrages publiés par la maison d’édition de Leeser à Philadelphie.

En tant que ministre de la congrégation Shearith Israel, De Sola s’efforça d’organiser la vie scolaire et sociale et l’activité philanthropique au sein de sa communauté religieuse. En 1849, il fonda une école du dimanche qui reçut quelque 35 étudiants l’année suivante ; il ouvrit en 1854 une école privée pour filles et garçons juifs qui accueillait des externes et des pensionnaires. Lorsque le Bureau des commissaires des écoles protestantes de la cité de Montréal fut réorganisé en 1875, l’école revendiqua et obtint des subventions gouvernementales pour l’emploi d’un professeur ; ce précédent contribua à établir le bien-fondé des revendications de la communauté juive de Montréal en faveur des écoles « séparées » financées par l’État. Peu après son arrivée à Montréal, De Sola avait participé de façon décisive avec Moses Judah Hayes* à la fondation de la Hebrew Philanthropic Society, chargée de venir en aide aux « Israélites de Montréal » pauvres, malades et dans le besoin, parmi lesquels un nombre croissant d’immigrants. De Sola contribua par la suite à la fondation de la Young Men’s Hebrew Benevolent Society (1863), la Yod Beyod ou Jewish Mutual Aid Society (1872) et la Ladies’ Hebrew Benevolent Society (1877). Membre de l’Ancient Jewish Order of Kesher Shel Barzel, il avait donné son nom en 1872 à la première loge canadienne de cet ordre, connue sous le nom de la De Sola Lodge no 89 en l’honneur de son chef distingué. Il fut nommé deux ans plus tard grand saar (chef) de district pour le Canada, poste qui le mit en contact étroit avec les communautés juives de Toronto, de Hamilton et de London. Bien que de doctrine orthodoxe et de la stricte tradition des Sephardim, De Sola déploya tous ses efforts pour collaborer avec la communauté juive des Ashkenazim, appuyant ses écoles et ses organismes communautaires ; en 1878, il envisagea même d’élaborer des rites communs afin de permettre la fusion des deux congrégations et par là l’union des deux riches traditions juives de Montréal. En contact avec la communauté juive internationale et avec ses principaux bienfaiteurs, tel Montefiore, De Sola plaida publiquement en faveur de ses coreligionnaires de Perse, du Maroc, de Palestine et de Russie ; il organisa des souscriptions pour leur venir en aide qui furent appuyées par la communauté des gentils. Il essaya également de convaincre les ouvriers juifs portugais résidant à Londres d’émigrer au Canada.

De Sola était très connu en dehors de sa communauté religieuse comme érudit, professeur et homme public. D’esprit large et libéral, il était non seulement membre des sociétés littéraires de la ville mais venait également en aide à ses maisons d’enseignement et à ses œuvres de bienfaisance. En juillet 1848, un an après son arrivée au Canada, le McGill College l’engagea pour donner des cours de littérature hébraïque et rabbinique et, en novembre 1853, comme professeur de littérature hébraïque et orientale, poste qu’il conserva jusqu’à sa mort. Il enseigna également la philologie, les langues et les littératures espagnole et chaldéenne à McGill College, ainsi que l’hébreu au Presbyterian College de Montréal. En reconnaissance de ses services et de sa réputation internationale grandissante, particulièrement après la publication de son importante étude sur les « sanatory institutions », le McGill College lui décerna en 1858 un doctorat honorifique en droit : c’était la première fois, tant en Angleterre qu’en Amérique du Nord, qu’un tel honneur était accordé à un ministre juif. Alors qu’il enseignait à McGill, De Sola travailla étroitement avec deux éminents hommes de science : John William Dawson* et sir William Edmond Logan*. Homme tolérant et plein de civisme, il collabora avec plusieurs organismes et leur vint en aide. Il envoya ses fils au lycée (High School) de Montréal et à l’académie commerciale catholique, il soutint la Montreal Eye and Ear Institution et entra en 1850 au conseil de direction du dispensaire de Montréal. Il joua un rôle de premier plan en 1869 en s’efforçant d’amener le gouvernement canadien à modifier ses lois sur les droits d’auteur afin de mieux protéger les écrivains canadiens. Quoiqu’il ait reçu bien des témoignages de considération tout au long de sa vie, l’un de ses plus grands honneurs fut d’ouvrir par la prière la séance de la chambre des Représentants des États-Unis le 9 janvier 1872, devenant ainsi le premier sujet britannique à le faire. Cette marque d’honneur qu’on lui accorda tout de suite après la signature du traité de Washington reçut beaucoup de publicité, et bien des lettres de félicitation lui parvinrent de divers hommes publics, dont William Ewart Gladstone, premier ministre britannique, et sir Edward Thornton, ministre britannique à Washington.

En 1876, la santé de De Sola commença de décliner et il passa une année en Europe pour essayer de se rétablir. À son retour, il reprit son travail, mais la tension s’avéra trop forte ; il mourut le 5 juin 1882, lors d’une visite chez sa sœur à New York. La classe à laquelle appartenait De Sola, ses relations avec les milieux protestants et anglophiles, et ses préoccupations intellectuelles pour les sciences et la religion lui gagnèrent l’estime et lui permirent d’exercer une grande influence. À sa mort, il jouissait d’une excellente réputation à titre de traducteur, d’auteur, de rédacteur, d’éditeur, de professeur, de leader religieux et de chef de file, non seulement parmi ses coreligionnaires et la communauté montréalaise mais également parmi les érudits et les hommes publics canadiens et étrangers. Deux de ses fils, Clarence I. et Meldola, suivirent ses traces : le premier devint l’un des chefs de file canadiens du mouvement sioniste et le second, ministre du culte et l’un des plus grands érudits et interprètes du judaïsme orthodoxe d’Amérique du Nord.

Carman Miller

Alexander Abraham De Sola est l’auteur de : Behemoth hatemeoth : the nomenclature of the prohibited animals of Leviticus, as determined by the must eminent authorities, both Jewish and Christian [...] (Montréal, 1853) ; Biography of David Aaron De Sola, late senior minister of the Portuguese Jewish community in London (Philadelphie, [1864]) ; « Critical examination of Genesis III.16 ; having reference to the employment of anæsthetics in cases of labour », British American Journal of Medical and Physical Science (Montréal), 5 (1849–1850) : 227–229, 259–262, 290–293 ; « The Day of Atonement : a sermon delivered in the synagogue Shearith Yisrael, Montreal », Occident, and American Jewish Advocate (Philadelphie), 6 (1848–1849) : 322–333 ; « A few points of interest in the study of natural history », Canadian Naturalist and Geologist, nouv. sér., 3 (1868) : 445–453 ; « God’s judgments on earth : a sermon delivered in the synagogue « Shearith Yisrael » Montreal, during the prevalence of Asiatic cholera », Occident, and American Jewish Advocate, 7 (1849–1850) : 348–362 ; « Hebrew authors and their opponents », Jewish Chronicle (Londres), 13, 27 juill., 10 août, 2 nov., 7 déc. 1849 ; « History of the Jews of France, after Bégin and Carmoly », Jewish Messenger (New York), 27 janv.–17 mars 1871 ; « History of the Jews of Poland », Jewish Messenger, 14 janv.–4 mars 1870 ; « An inquiry into the first settlement of Jews in England », Occident, and American Jewish Advocate, 6 : 208–211, 247–251, 294–298, 349–355 ; « Life and writings of Saadia Gaon », Hebrew Rev. (Cincinnati, Ohio), 2 (1881–1882) : 208–239 ; « The Mosaic cosmogony », Jewish Messenger, 11, 18, 25 mars 1870 ; « Notes on the Jews of Persia under Mohammed Shah, obtained from one of themselves », Occident, and American Jewish Advocate, 7 : 504–507, 549–554, 596–601 ; 8 (1850–1851) : 43–48, 141–145 ; « Observations on the sanatory institutions of the Hebrews as bearing upon modern sanatory regulations », Canada Medical Journal and Monthly Record of Medical and Surgical Science (Montréal), 1 (1852–1853) : 135–141, 203–211, 325–340, 464–468, 529–532, 589–599, 654–666, 728–741 ; également publiées en partie sous le titre de The sanatory institutions of the Hebrews [...] (Montréal, 1861) ; « The Passover : a sermon delivered in the synagogue Shearith Israel, Montreal, on Passover, 5608 », Occident, and American Jewish Advocate, 7 : 72–86 ; « The Pentecost : a sermon, delivered at the synagogue Shearith Israel, Montreal, on Pentecost, 5607 », 5 (1847–1848) : 229–240 ; « The revelation at Sinai ; its possibility and necessity : a sermon delivered in the synagogue, Shearith Yisrael, Montreal, on Pentecost 5608 », 6 : 226–236 ; The righteous man : a sermon commemorating the bestowal of public honors on Sir Moses Montefiore, by the city of London ; preached in Montreal, on Sabbath Noah 5625 ([Montréal, 1865]) ; The study of natural science : an address [...] at the conversazzione held in the hall of the Natural History Society of Montreal, on Wednesday, 9th March, 1870 [...] (Montréal, 1870) ; Valedictory address to the graduates in arts of the University of McGill College, Montreal, delivered at the annual convocation, Tuesday, 3rd May, 1864 (Montréal, 1864) ; et « Yehuda Alcharizi and the book Tachkemoni », Jewish Record (Philadelphie), 7 nov.–5 déc. 1879. De plus, il édita The form of prayers according to the custom of the Spanish and Portuguese Jews [...] (nouv. éd., 5 vol., Philadelphie, [1878]) et Voice of Jacob (Londres), 1841–1848 ; et il compila seul The Jewish child’s first catechism of Bible history : adapted [from Pinnock] to the capacity of young minds (Montréal, 1853 ; réimpr., 1866 ; réimpr., Philadelphie, 1877) et avec Jacques Judah Lyons, A Jewish calendar for fifty years [...] from A.M. 5614 till A.M. 5664 [...] (Montréal, 1854). Il a traduit « Life of Shabethai Tsevi, the pseudo-Messiah [...] », Jewish Messenger, 26 mars–6 août 1869. D’autres ouvrages de De Sola sont répertoriés dans Morgan, Bibliotheca Canadensis, et dans Printed Jewish Canadiana, 1685–1900 [...], R. A. Davies, compil. (Montréal, 1955).

AC, Montréal, État civil, Juifs, Shearith Israel Congregation (Montréal), 8 juin 1882.— Bibliothèque Atwater (Montréal), Mechanics’ Institute of Montreal, Minute books, 1847–1882.— McGill Univ. Arch., Abraham de Sola papers (pour une description de ces papiers, V. Abraham de Sola papers : a guide to the microfilm, Evelyn Miller, compil. (Montréal, 1970).— Gazette, 3 juin 1882.— Borthwick, Hist. and biog. gazetteer.— Canada, an encyclopædia (Hopkins).— Canada directory, 1851 ; 1857–1858.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose), II.— Encyclopædia Judaica (16 vol., Jérusalem, 1971–1972), V.— Montreal directory, 1851–1859.— Quebec directory, 1847.— Atherton, Montreal.— The Jew in Canada : a complete record of Canadian Jewry from the days of the French régime to the present time, A. D. Hart, édit. (Toronto et Montréal, 1926).— Sack, Hist. of the Jews in Canada (1945).— Evelyn Miller, « The « learned Hazan » of Montreal : Reverend Abraham de Sola, LL.D., 1825–1882 », American Sephardi [...] (New York), 7–8 (1975) : 23–43.

Bibliographie générale

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Carman Miller, « DE SOLA, ALEXANDER ABRAHAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/de_sola_alexander_abraham_11F.html.

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Auteur de l'article:   Carman Miller
Titre de l'article:   DE SOLA, ALEXANDER ABRAHAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   25 octobre 2014