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DESJARDINS, PHILIPPE-JEAN-LOUIS, prêtre catholique et vicaire général, né le 6 juin 1753 à Messas, France, fils de Jacques Desjardins de Lapérière, marchand, et de Marie-Anne Baudet ; décédé le 21 octobre 1833 à Paris.

Philippe-Jean-Louis Desjardins fit ses études classiques au petit séminaire de Meung-sur-Loire et montra vite des aptitudes intellectuelles remarquables. Tonsuré à Orléans en 1772, il passa avec succès les examens d’entrée au séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Durant cinq ans, il se livra avec ardeur au travail et aux exercices de piété. Après avoir obtenu le baccalauréat en philosophie en 1777, il termina sa théologie au séminaire Saint-Irénée à Lyon, où il fut ordonné prêtre le 20 décembre de la même année. Il devint aussitôt chanoine à Bayeux. Quatre ans plus tard, il retourna à Paris afin de poursuivre des études de licence et de doctorat, qu’il acheva en 1783. Desjardins consacrait déjà une partie de ses revenus pour faire instruire à Paris son frère cadet, Louis-Joseph Desjardins*. En 1788, Philippe-Jean-Louis fut nommé doyen du chapitre de Meung-sur-Loire et vicaire général d’Orléans. La révolution éclata et la Constitution civile du clergé supprima les titres et bénéfices ecclésiastiques. Desjardins se retira d’abord chez ses parents à Messas, puis à Bayeux, avec son frère Louis-Joseph, devenu prêtre. Lors des événements d’août 1792, les frères Desjardins ne voulurent pas attirer d’ennuis à leurs hôtes et décidèrent d’émigrer. À Londres, Philippe-Jean-Louis rencontra Mgr Jean-François de La Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon, qui s’occupait justement de recruter des prêtres pour le Canada.

Depuis la Conquête, l’Église canadienne n’avait pu faire appel au clergé français. L’Angleterre ayant reçu environ 8 000 prêtres émigrés, la situation se trouvait changée et la porte du Canada ouverte [V. Jean-François Hubert*]. Mgr de La Marche nomma Desjardins chef de la mission chargée d’étudier les conditions de l’établissement dans le Haut et le Bas-Canada de prêtres français et, éventuellement, d’émigrés. Avec François-Josué de La Corne, les abbés Pierre Gazel et Jean-André Raimbault, Desjardins arriva à Québec, via New York, le 2 mars 1793. Afin de préparer la voie à quelques centaines de compatriotes qui s’établiraient dans le Haut-Canada, il entra en communication avec le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe* qu’il rencontra en juillet. Toutefois, ce projet n’eut guère de succès.

Plus de 50 prêtres vinrent s’établir au Bas-Canada, augmentant ainsi les effectifs du clergé canadien d’un tiers. Ils exercèrent leur ministère à titre de vicaires ou de curés dans 50 paroisses, comme fondateurs ou professeurs dans 3 collèges, comme aumôniers dans les communautés de femmes ainsi que dans les missions de l’est et de l’ouest du diocèse de Québec. D’une instruction supérieure et d’une qualité intellectuelle et morale exceptionnelle, ces prêtres ont été l’un des plus importants supports de la culture française chez les Canadiens durant 60 ans. Ces « confesseurs de la foi », comme on les appelait alors, ont en quelque sorte rétabli l’Église catholique canadienne, et c’est la France révolutionnaire qui lui a donné ce second souffle !

Mgr Hubert eut l’heureuse idée de garder Desjardins auprès de lui comme conseiller ; il le nomma vicaire général en septembre 1794, en même temps qu’aumônier des religieuses de l’Hôtel-Dieu de Québec et, plus tard, des ursulines. Il logeait au séminaire de Québec et, de temps à autre, il enseignait la théologie au grand séminaire. Il avait aussi la charge des congréganistes de la paroisse Notre-Dame. Il était souvent invité à prêcher retraites et sermons. Il accompagna l’évêque de Québec au cours de sa visite pastorale en Acadie en 1795. Sa vaste culture, l’aisance de sa conversation et la chaleur de son accueil lui attiraient la sympathie. Chacun voulait l’avoir à sa table et la bonne société recherchait sa compagnie. Comme il l’écrivait à un ami resté en Angleterre : « tout ce qu’il y a ici de personnages distingués nous prévient, nous rend des hommages, nous traite en homme public ». Il fut reçu à dîner chez le prince Edward* Augustus, chez la vieille noblesse canadienne de la rue des Remparts et chez les familles de la bonne bourgeoisie marchande des rues Buade et de la Fabrique. Apparemment à cause de graves ennuis de santé, il dut se résoudre à rentrer en France à l’occasion de la paix d’Amiens en 1802. Sir Robert Shore Milnes*, qui craignait les Français comme la peste, ne lui pardonna pas son départ et ne voulut plus accepter d’autres prêtres français. Partout ailleurs, cet homme d’une rare distinction de manières et d’esprit ne laissa que des regrets.

De retour en France, Desjardins alla d’abord servir à titre de curé de Meung-sur-Loire, puis comme vicaire général d’Orléans, pour revenir assez vite à Paris en qualité de secrétaire auprès de la légation romaine, avec résidence au séminaire des Missions étrangères. Si par sa diplomatie souriante il savait maintenir l’harmonie dans son entourage, il ne savait non plus rien refuser. C’est ainsi qu’en 1810 il écrivit une lettre au prince Edward Augustus en faveur d’un aventurier, lettre que la police de l’empereur Napoléon 1er intercepta. Desjardins fut arrêté, jugé, condamné et emprisonné pour finir en résidence surveillée en Italie, exil qui dura près de cinq ans.

La Restauration ramena Desjardins à Paris, où il exerça de nombreux ministères et plusieurs fonctions. Curé de la paroisse des Missions étrangères jusqu’en 1819, il travailla en même temps au projet de concordat avec Rome. Ensuite, il s’occupa activement de la maison Saint-Michel, créée pour les anciennes prisonnières de droit commun qui voulaient entrer en religion. Le comte de Frayssinous lui confia le supériorat du couvent de la Société du Sacré-Cœur de Jésus à Paris.

Archidiacre de Sainte-Geneviève, vicaire général de Paris depuis 1819, Desjardins accompagna Mgr Hyacinthe-Louis de Quélen à Rome en 1825, le conseillant dans ses tâches d’administrateur et de pasteur. Monarchiste, il était lié avec l’abbé Charles-Dominique Nicolle, autre vicaire général. Comme il avait été directeur de conscience chez les ursulines de Québec, il joua le même rôle auprès de la duchesse de Berry après l’assassinat du duc, sans oublier ses fonctions dans les deux communautés de femmes qu’il dirigeait.

Desjardins n’oubliait pas pour autant sa famille ou ses amis canadiens. Sa correspondance avec Mgr Joseph-Octave Plessis, son frère Louis-Joseph, Jean Raimbault*, Antoine-Bernardin Robert et les ursulines de Québec en témoigne abondamment. Il accueillait chaleureusement les Canadiens qui se rendaient à Paris, évêques, prêtres, médecins et négociants, et il s’efforçait de leur rendre service. Ainsi il envoya à plusieurs reprises des livres, des gravures et même des minéraux pour le cabinet de physique de Jérôme Demers*. Il gardait la plus vive gratitude pour ceux qui l’avaient si bien reçu, lui et ses compatriotes émigrés. Afin de mieux le leur prouver, il acquit une collection de tableaux, qui depuis porte son nom, d’un banquier parisien ruiné qui avait lui-même acheté ces œuvres comme biens nationaux. Ces tableaux de maître venaient des églises de Paris pillées pendant la révolution. Desjardins voulait fournir des objets d’art qui faisaient tant défaut aux églises canadiennes. Près de 200 tableaux arrivèrent à Québec en 1817.

La révolution de 1830 obligea Philippe-Jean-Louis Desjardins à se cacher à la maison Saint-Michel et il perdit une bonne partie de ses biens personnels lors du sac de l’archevêché en 1831. La même année, il fut frappé de paralysie et, le 21 octobre 1833, une attaque d’apoplexie l’emporta. Un premier service funèbre eut lieu à la maison Saint-Michel et un second fut célébré à l’église Notre-Dame de Paris, en présence du chargé d’affaires du Saint-Siège, de nombreux évêques et de curés de Paris.

Claude Galarneau

AAQ, 1 CB, VI : 131–171.— AD, Loiret (Orléans), État civil, Messas, 9 juin 1753 ; Paris, État civil, Paris, 21 oct. 1833.— APC, MG 11, [CO 42] Q, 93 : 45 ; MG 23, GIV, 7.— Arch. du monastère des ursulines (Québec), Corr., 1815–1833.— Arch. du séminaire de Nicolet (Nicolet, Québec), AO, Polygraphie, II : 64, 80 ; III : 21, 36 ; Séminaire, III, nos 40, 43, 54, 56 ; IV, no 25.— ASQ, Lettres, T, 56, 56c.— La Minerve, 13 févr. 1834.— Allaire, Dictionnaire, 1 : 164165.— [Catherine Burke, dite de Saint-Thomas], les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu’à nos jours (4 vol., Québec, 18631866), 4.— Dionne, les Ecclésiastiques eues Royalistes français.— Galarneau, la France devant l’opinion canadienne (1760–1815).— Lambert, «Joseph-Octave Plessis ».— Jacqueline Lefebvre, l’Abbé Philippe Desjardins, un grand ami du Canada, 1753–1833 (Québec, 1982).— Jean Leflon, Monsieur Emery (2 vol., Paris, 19451946).— Gérard Morisset, la Peinture traditionnelle au Canada français (Ottawa, 1960).— J.-B.-A. Ferland, « l’Abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins », BRH, 5 (1899) : 344346.— M. G. Hutt, « Abbé P.-L.-Desjardins and the scheme for the settement of French priests in Canada, 17921802 », CHR, 39 (1958) : 93124.— «Les Tableaux de M. l’abbé Desjardins », BRH, 6 (1900) : 5657.

Bibliographie générale

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Claude Galarneau, « DESJARDINS, PHILIPPE-JEAN-LOUIS », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/desjardins_philippe_jean_louis_6F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
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