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FOURNIER, CHARLES-VINCENT, prêtre catholique, né le 28 janvier 1771 à Orléans, France, fils de Pierre-Laurent Fournier, fabricant d’amidon, et de Marie-Anne Péguy ; décédé le 26 mai 1839 à Baie-du-Febvre (Baieville, Québec).

Charles-Vincent Fournier fait ses études classiques au petit séminaire de Meung-sur-Loire, en France. En 1789, il opte pour la prêtrise et entreprend sa théologie chez les sulpiciens de sa ville natale. Il se lie d’amitié avec un jeune postulant, Jean Raimbault. Intransigeants et passionnés, tous deux brûlent de servir l’Église, s’enflamment pour la cause de la monarchie et s’opposent d’une façon virulente à la crise révolutionnaire de 1789. En 1790, Fournier doit prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé mais, à l’instar de ses supérieurs et de ses collègues, il refuse de faire un tel geste et préfère abandonner la soutane. Il revient alors dans sa famille et s’adonne à différents travaux dans la boutique de son père.

Trois ans plus tard, l’Assemblée nationale constituante décrète la conscription de tous les célibataires âgés de 18 à 25 ans. Fournier et Raimbault sont ainsi forcés de s’enrôler dans une unité militaire de leur ville. À la fin de 1793, ils rejoignent leur régiment à Paris. Malgré une surveillance étroite, ils parviennent à s’enfuir et ce n’est qu’après de multiples aventures en Belgique et en Allemagne qu’ils se retrouvent en Angleterre au début de 1795. Horrifiés par les conséquences de la révolution et dans la crainte d’être persécutés dans leur pays, ils décident de se rendre au Bas-Canada.

Fournier arrive à Québec le 24 octobre 1796 ; il s’installe au collège Saint-Raphaël à Montréal où les sulpiciens l’accueillent chaleureusement et l’invitent à parfaire ses études théologiques. Le 23 septembre 1797, Mgr Pierre Denaut*, évêque de Québec, lui confère le sacerdoce. Pour Fournier, qui réalise le rêve de sa jeunesse, la satisfaction est d’autant plus vive qu’il se retrouve dans une colonie britannique où règnent la paix, l’ordre et le respect des autorités religieuses et civiles.

À la fin de 1797, Fournier est nommé vicaire dans la paroisse Saint-Michel, à Vaudreuil, puis un an plus tard dans celle de Saint-Joseph, à Chambly. En 1800, Mgr Denaut lui confie la cure de Saint-François-d’Assise (à Montréal). Dans cette paroisse, l’église est à peine décorée, le presbytère et le cimetière sont mal entretenus. De plus, Fournier se heurte à un affaiblissement du sentiment religieux chez plusieurs de ses paroissiens. Cependant, en quelques années, il parvient à redresser la situation : il encourage la réfection de l’église et du presbytère, s’efforce de donner de l’éclat aux cérémonies religieuses, met sur pied une nouvelle école et se dévoue auprès des plus démunis de sa paroisse.

Fort satisfait du travail de Fournier, Mgr Joseph-Octave Plessis*, évêque de Québec, le nomme à la cure de Saint-Antoine-de-Padoue, à Baie-du-Febvre, en 1810. Dès son arrivée, il doit affronter une épidémie de fièvre. Il s’acquitte dignement de sa tâche en encourageant les familles éprouvées et en administrant avec empressement les derniers sacrements. Il manifeste alors un tel zèle et une telle générosité que ses paroissiens le félicitent. Par la suite, ils n’oseront remettre en cause son autorité dans la paroisse. Fournier met l’accent sur l’embellissement de l’église, signe tangible à ses yeux de la vitalité religieuse de la paroisse. En 1811, il fait restaurer la corniche du sanctuaire. Deux ans plus tard, il achète des ornements de velours et complète la collection des vases sacrés. À partir de 1815, il engage la fabrique dans des dépenses encore plus considérables, qui totalisent plus de 20 000 ll : aménagement des chapelles, réfection du retable et du grand autel, achat d’un tabernacle et embellissement du sanctuaire. En 1818, il acquiert dix tableaux que Philippe-Jean-Louis Desjardins* expédie en France. Déjà en 1825, son église est l’une des plus spacieuses et des mieux décorées de la région de Trois-Rivières.

Fournier porte une attention particulière à l’évolution de la pratique religieuse. Par exemple, en 1812, il répand la dévotion du chemin de la croix et fait ériger un calvaire qui deviendra un lieu de dévotions populaires. Il prêche habituellement le dimanche et les jours de fête, mais il lui arrive de le faire aussi dans les temps forts de l’avent et du carême. Ses sermons se distinguent surtout par une grande intransigeance et portent sur des thèmes comme la mort, la douleur, l’enfer, le péché, le jugement final, le salut éternel et le petit nombre des élus. Il s’impose aussi comme un confesseur tenace et exigeant : il veut purifier ses paroissiens du péché et les conduire à la communion fréquente.

En 1816, Fournier chasse un enseignant libéral qui voulait mettre sur pied une école s’inspirant des méthodes pédagogiques de Joseph Lancaster. À partir de ce moment, l’éducation devient l’une de ses principales préoccupations. En moins de 15 ans, il se construit sous sa direction quatre écoles sur lesquelles il a la haute main. Au même titre, il ne tolère pas que les notables de sa paroisse s’immiscent dans les affaires de la fabrique et va même jusqu’à leur refuser l’accès aux assemblées de la fabrique. Après 1820, il lutte contre la danse et interdit dans la mesure du possible la fréquentation des auberges. En chaire, la luxure et les toilettes féminines deviennent même ses principaux sujets de prédication. Cette pastorale très stricte vise à éliminer toute mauvaise influence susceptible de contaminer la paroisse. Un tel encadrement religieux produit un impact considérable sur les paroissiens. Après 25 ans de ministère, Fournier ne peut qu’être satisfait : sa paroisse constitue un îlot important de chrétienté.

Fournier fait valoir son bien, dirige l’entretien de son jardin et la rentrée de la dîme. Dans cette paroisse opulente, il peut compter sur une dîme de 700 minots de blé et de 400 minots d’avoine, ce qui le place nettement au-dessus de la plupart de ses paroissiens. Il possède une ferme et des animaux. Son presbytère, vaste bâtiment en pierre, revêt l’allure d’un manoir. Son mobilier est luxueux et sa bibliothèque abondamment pourvue de livres religieux et d’ouvrages sur la Révolution de 1789. Des produits alimentaires de luxe et des viandes variées garnissent sa table. Il achète en grande quantité du vin d’Espagne et du rhum des Antilles. Par ses revenus et son mode de vie, il s’identifie très peu à la majorité de ses paroissiens. Il en impose aussi par ses bonnes manières, son savoir et sa culture.

Le pouvoir et le prestige de Fournier ne se limitent pas qu’à sa paroisse. Ses collègues français viennent souvent le visiter. Ces rencontres empreintes de cordialité et de bonne entente sont souvent l’occasion de nombreuses discussions à propos des fonctions sacerdotales. Discipliné et exigeant, Fournier s’impose auprès de ses collègues qui apprécient son bon jugement et ses conseils judicieux. Il entretient de bonnes relations avec les prêtres du séminaire de Nicolet qui l’invitent souvent à venir prêcher dans leur établissement. De même, ses nombreuses rencontres avec son ami Jean Raimbault, curé de Nicolet, supérieur du séminaire et archiprêtre, lui permettent de faire valoir son point de vue sur l’éducation et l’administration paroissiale. Il s’occupe également des missions mises en place dans les Cantons-de-l’Est. À cet effet, il se rend souvent dans celle de Drummondville et, sous son influence et celle de Raimbault, on y érige une première chapelle. Assurés de son dévouement et de sa loyauté, Mgr Plessis et plus tard Mgr Bernard-Claude Panet* lui confient plusieurs missions administratives dans la région de Trois-Rivières et lui demandent à l’occasion de les accompagner dans leur visite pastorale.

Par sa supériorité intellectuelle et morale et la confiance dont il jouit de la part de ses supérieurs, Fournier s’est gagné le respect de ses paroissiens et du milieu ecclésiastique de sa région. Après avoir exercé ses fonctions sacerdotales pendant près de 40 ans, il songe à réorienter son existence, du moins à se créer un nouveau cadre de vie. Il prend sa retraite en 1836 à la suite d’une attaque de paralysie. Le 8 octobre de la même année, il cède sa cure à Michel Carrier* à la condition que ce dernier lui remette le tiers de tous les grains perçus dans les paroisses de Baie-du-Febvre et de Saint-Zéphirin-de-Courval. Propriétaire d’une maison cossue située près de l’église, il s’enferme dans le silence et tente de profiter des quelques moments qui lui restent à vivre. Il consacre alors ses loisirs à la lecture, sa grande passion. Incapable de marcher et ne pouvant plus dire sa messe, il porte un intérêt plus marqué à la prière. Il s’éteint doucement le 26 mai 1839 sur la véranda de sa splendide demeure. Deux jours plus tard, un nombre considérable de prêtres et de laïques de la région de Trois-Rivières assistent à ses obsèques, signe évident de sa notabilité et de sa grande popularité.

Homme du xviiie siècle, formé à l’époque de la philosophie des Lumières, marqué profondément par la Révolution de 1789, Charles-Vincent Fournier demeura toujours fidèle aux formules et aux solutions auxquelles l’Ancien Régime était attaché. Dans ce contexte, le développement du libéralisme dans le Bas-Canada au début du xixe siècle lui est apparu comme une séquelle de l’esprit révolutionnaire français et antireligieux. Non seulement a-t-il combattu cette idéologie de toutes ses forces mais encore veilla-t-il à ce que ses paroissiens n’en subissent pas les influences. Mieux préparé que ses confrères canadiens à sa tâche pastorale, y apportant plus de dévouement et de zèle, rejetant tout compromis idéologique et souhaitant toujours affermir les principes, il a fait de Baie-du-Febvre une véritable terre de chrétienté. Ses collègues français, établis dans la région de Trois-Rivières après les événements tragiques de la Révolution de 1789, ont servi l’Église canadienne avec le même empressement et la même détermination. Ces prêtres défendaient une société d’Ancien Régime, affirmaient leur hostilité farouche au libéralisme et tendaient à revendiquer l’union de l’Église et de l’État. Unis sur le plan idéologique, bien préparés à leurs fonctions curiales, ils prirent l’habitude de s’entraider, de coordonner leurs efforts, en se ralliant à l’opinion des plus sages. Ils s’appliquaient d’une façon particulière au bien spirituel de leurs ouailles et obtenaient un succès indéniable dans l’encadrement des masses rurales. Il n’est pas surprenant qu’une forte renaissance religieuse et une solide implantation chrétienne aient marqué cette région bien avant le « triomphalisme religieux » du milieu du xixe siècle.

Richard Chabot

ACAM, 355.107, 802-1.— AD, Loiret (Orléans), État civil, Orléans, 29 janv. 1771.— ANQ-M, CN3-2, 28 mai 1839.— ANQ-MBF, CN1-21, 6 mars 1835.— AP, Saint-Antoine-de-Padoue (Baieville), Livres de comptes, I ; Saint-François-d’Assise (Montréal), Livres de comptes, I.— Arch. de l’évêché de Nicolet (Nicolet, Québec), Cartable Baie-du-Febvre, I : 77–89.— ASN, AO, Polygraphie, III : 5–30 ; Séminaire, II : 82–101 ; AP-G, L.-É. Bois, G, 1 : 224.— Allaire, Dictionnaire.— Caron, « Inv. de la corr. de Mgr Denaut », ANQ Rapport, 1931–1932 : 134, 137–138, 152, 178 ; « Inv. de la corr. de Mgr Hubert et de Mgr Bailly de Messein », 1930–1931 : 334–335, 347 ; « Inv. de la corr. de Mgr Panet », 1933–1934 : 393 ; 1935–1936 : 184–185 ; « Inv. de la corr. de Mgr Plessis », 1927–1928 : 256, 275 ; 1928–1929 : 129 ; « Inv. de la corr. de Mgr Signay », 1936–1937 : 315 ; 1937–1938 : 113, 120, 128.— J.-E. Bellemare, Histoire de la Baie-Saint-Antoine, dite Baie-du-Febvre, 1683–1911 (Montréal, 1911).—Dionne, les Ecclésiastiques et les Royalistes français.— Louis Martin, « Jean Raimbault, curé à Nicolet de 1806 à 1841 » (thèse de m.a., univ. de Montréal, 1977).— « Les Morts de 1839 », BRH, 32 (1926) : 18.

Bibliographie générale

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Richard Chabot, « FOURNIER, CHARLES-VINCENT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/fournier_charles_vincent_7F.html.

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Auteur de l'article:   Richard Chabot
Titre de l'article:   FOURNIER, CHARLES-VINCENT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   24 octobre 2014