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Titre original :  John Bracken, Premier of Manitoba, circa 1941.

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Provenance : Lien

BRACKEN, JOHN, agronome, fonctionnaire, professeur et administrateur d’université, homme politique et fermier, né le 22 juin 1883 près d’Ellisville, Ontario, fils aîné d’Ephraim Bracken et d’Alberta Gilbert ; le 22 juin 1909, il épousa à Guelph, Ontario, Alice Whylie Bruce (décédée en 1971), et ils eurent quatre fils ; décédé le 18 mars 1969 à Manotick (Ottawa) et inhumé au cimetière Rideauvale, à Kars (Ottawa).

Les Bracken étaient d’origines écossaise, irlandaise et anglaise. John reçut le prénom de son arrière-grand-père paternel, venu dans le Haut-Canada par la vallée de la Mohawk, dans le nord de l’État de New York, après la guerre de 1812. Il naquit dans une cabane de rondins à la ferme de ses grands-parents dans le comté de Leeds et, le printemps suivant, ses parents s’installèrent dans une maison plus confortable non loin de là. Son père continua de travailler dans la ferme familiale, épargnant pour s’acheter une propriété. En 1889, quand Alberta et Ephraim s’établirent dans une ferme laitière de 240 acres près de Seeleys Bay – que John considérerait toujours comme le foyer de son enfance –, ils avaient déjà trois autres enfants. Un cinquième naîtrait en 1898. Selon son biographe, John Edward Kendle, John grandit dans « une région magnifique du Canada, une plaine fertile entourée d’affleurements granitiques irréguliers, à 13 milles seulement au nord de Gananoque, où le Saint-Laurent s’élargit pour englober les Mille-Îles ».

John fréquenta d’abord la même école à une seule pièce que son père, puis, après le déménagement à Seeleys Bay, une école à deux pièces près de la ferme. Il était considéré comme un jeune homme énergique, déterminé, et un excellent cycliste et athlète. Mme Bracken s’évertuait à inculquer à ses enfants ses profondes convictions méthodistes. Elle allait régulièrement à l’église, et enseignait à John et à ses autres enfants à devenir des adultes responsables avec un fort sens de la loyauté et du devoir. Selon son biographe, John dirait plus tard que sa mère « avait été la femme la plus admirable qu’il ait connue ».

Malgré le peu d’information sur les études primaires de John, on sait qu’il se classa cinquième sur 40 à l’examen de fin d’études. Pour ses parents, l’instruction était importante et, reconnaissant son potentiel, ils l’envoyèrent au Brockville Collegiate Institute en septembre 1897, même si cela signifiait qu’il ne serait plus en mesure d’aider à la ferme. Pendant la première session, ses résultats laissèrent à désirer, mais il retourna en classe après les vacances de Noël bien décidé à s’améliorer. Durant l’été de 1898, il passa la première partie de l’examen exigé pour poursuivre ses études. Quand le Brockville Times publia les noms des élèves reçus, il constata à sa grande déception que le sien ne figurait pas sur la liste. Au lieu de demander une révision, il abandonna l’idée d’entreprendre une carrière juridique ou médicale. Résolu à faire de la ferme familiale la meilleure du comté de Leeds, il demanda à son père la permission de prendre la direction des opérations quotidiennes. En 1900, Ephraim fut élu président du conseil de comté ; comme ses obligations le retenaient souvent à Brockville, des responsabilités supplémentaires retombèrent en grande partie sur John. Même s’il avait acheté la première machine de traite de la région, le travail était éreintant et exigeait de longues heures, sept jours par semaine. Les Bracken étaient très unis et menaient une vie tranquille. Même si Ephraim était associé au Parti conservateur de sir John Alexander Macdonald*, les discussions politiques en famille étaient rares.

En 1902, John quitta la maison pour suivre un programme d’études agricoles de deux ans à l’Ontario Agricultural College (OAC) [V. James Mills*] de Guelph. Il s’efforça de concilier études et sport, et remporta des succès dans les deux domaines : il se distingua dans chaque matière et se tailla une réputation de brillant joueur de rugby. Au terme de sa deuxième année, il décida de rester au collège pour obtenir un baccalauréat en sciences de l’agriculture. Il retourna au Brockville Collegiate Institute pour se renseigner sur les examens qu’il devait passer. À sa grande surprise, il apprit qu’il avait réussi l’examen d’entrée, mais n’en avait jamais été informé en raison d’une erreur administrative. Libre de poursuivre ses études, il découvrit également qu’il avait remporté la médaille du gouverneur général pour sa deuxième année à l’OAC : il s’était classé au premier rang pour l’ensemble de ses résultats scolaires.

Au cours des deux dernières années de son baccalauréat, Bracken s’illustra au rugby et ses exploits ornèrent les pages de l’O.A.C. Review, publiée à Guelph. Ses camarades le choisirent comme récipiendaire de la médaille du collège décernée à « l’étudiant par excellence ». Il obtint son diplôme au printemps de 1906 et accepta un poste à Winnipeg, au ministère fédéral de l’Agriculture, comme seul représentant du service des semences au Manitoba. Le service faisait appliquer l’Acte relatif aux graines de 1905, inspectait les semences et les récoltes de semences, testait les semences et distribuait des collections de semences de référence à des fins agricoles. Outre qu’il stimulait l’intérêt pour la production et l’usage de meilleures graines, l’organisme diffusait de l’information sur les mauvaises herbes et tenait des foires locales de semences, des expositions provinciales de semences, des concours de grandes cultures et des cours d’évaluation destinés aux juges de semences. Les tâches de Bracken l’obligeant à parcourir fréquemment les collectivités agricoles de l’Ouest, il acquit une connaissance approfondie de leurs besoins. Il aimait son travail. Il reçut les éloges de journaux ruraux et urbains, et gagna le respect des fermiers. Sa réputation se répandit jusqu’en Saskatchewan, où il fut invité à titre de juge à la foire annuelle des éleveurs à Regina. Ce fut là, en mars 1907, qu’il fit la connaissance de William Richard Motherwell*, commissaire provincial de l’Agriculture, qui lui offrit un cumul de deux postes : directeur des foires et des instituts agricoles, et secrétaire de la Saskatchewan Stock Breeders’ Association. Bracken accepta et s’installa à Regina au mois de mai.

Dans ce nouveau rôle, Bracken dut se plier à un emploi du temps exigeant, qui occasionnait beaucoup de déplacements. Il devait également donner des conférences et des démonstrations, organiser des instituts agricoles, publier des bulletins d’information, et juger des bovins de boucherie et des chevaux de trait. Il s’habitua à parler en public et prononça des discours intitulés, par exemple, « Features of successful grain growing » et « The work of the Agricultural Society ». Il devint très connu grâce à ses allocutions, mais ce furent ses interactions individuelles avec les fermiers qui rehaussèrent sa réputation.

En janvier 1909, le sous-commissaire de l’Agriculture, William John Rutherford*, demanda à Bracken de se joindre au corps professoral du collège d’agriculture qui avait été proposé pour la University of Saskatchewan récemment fondée [V. Walter Charles Murray*]. Il fut nommé officiellement en avril 1909 et amorça ses fonctions de professeur de l’éducation permanente l’année suivante. Pendant ses études à l’OAC, il avait rencontré et fréquenté Alice Whylie Bruce, dactylographe au collège. Le jour du vingt-sixième anniversaire de Bracken, le couple se maria au domicile de la mère d’Alice Whylie à Guelph. John retourna à Regina avec sa femme et on lui offrit peu après le poste de professeur d’agriculture au lieu de l’éducation permanente. Pendant l’hiver de 1909−1910, il visita des établissements aux États-Unis ; il passa plusieurs mois en 1910 à l’Agricultural College de la University of Illinois, et ses observations influenceraient son enseignement et ses recherches. Il s’installa avec sa femme à Saskatoon en mai de cette année-là. Au cours de la décennie suivante, le couple eut quatre garçons. Pendant cette période, Bracken s’habitua à un horaire chargé qui comprenait de l’enseignement, de l’administration, de l’éducation permanente, et des expériences en matière de cultures et de labours. Il écrivit des articles pour des journaux et périodiques agricoles sur des techniques améliorées, et fut souvent invité à parler de ses expériences.

En 1920, Bracken était déjà un expert de l’agriculture (techniques utilisées dans les régions recevant peu de précipitations, notamment au sud-est de l’Alberta et au sud-ouest de la Saskatchewan) et, grâce à sa renommée, on lui offrit, au début de l’année, le poste de directeur du Manitoba Agricultural College. Il l’accepta et, en juin, la famille partit s’établir à Winnipeg où, en plus de sa charge de travail habituelle, il entreprit une grande enquête sur l’agriculture de la province et publia deux livres : Crop production in western Canada, en 1920, et Dry farming in western Canada, en 1921.

Le Manitoba Agricultural College était un établissement prestigieux et Bracken devint rapidement une figure de premier plan dans le milieu agricole de la province. Son entrée en fonction survint à un moment crucial : il arriva pendant une période où les fermiers manitobains étaient de plus en plus mécontents du gouvernement libéral provincial de Tobias Crawford Norris*. L’agitation agricole avait été à la hausse au Canada, même avant le rejet de la réciprocité aux élections fédérales de 1911 [V. James Speakman*]. Des organisations de fermiers avaient surgi dans toutes les régions de l’Ouest et la Manitoba Grain Growers’ Association, sous la direction de James William Scallion*, discutait publiquement de la possibilité de faire son entrée sur la scène politique fédérale. La victoire des Fermiers unis de l’Ontario aux élections provinciales de 1919 (ils prendraient le pouvoir sous la direction d’Ernest Charles Drury) souleva un débat sur l’opportunité d’une action politique contre le gouvernement de Norris. Même si la Manitoba Grain Growers’ Association décida de n’entreprendre aucune mesure officielle, elle fut réorganisée sous le nom de Fermiers unis du Manitoba (FUM) et permit à ses responsables locaux de participer à la politique provinciale. Cette décision reflétait un militantisme grandissant parmi les fermiers et une insatisfaction générale quant au peu d’attention accordé à l’agriculture dans l’économie nationale. Le 29 juin 1920, le Manitoba élut un gouvernement libéral minoritaire et 12 nouveaux membres des FUM entrèrent à l’Assemblée législative. Ces derniers auraient pu former l’opposition officielle, mais ils refusèrent et ne se constituèrent pas en un parti politique. L’événement fut décrit par l’historien William Lewis Morton* comme « la dissolution du système partisan en politique provinciale » et, pendant les deux années suivantes, le gouvernement de Norris fut incapable de faire sanctionner toute loi importante.

L’année 1922 marqua un tournant dans la vie de Bracken. Les FUM avaient réussi à s’attirer le soutien des milieux d’affaires de Winnipeg, qui souhaitaient une administration responsable et financièrement austère. Aux élections provinciales du 18 juillet, 24 de leurs membres remportèrent la victoire, de même que 7 libéraux, 6 conservateurs, 6 travaillistes, 8 indépendants et un membre du Parti progressiste. Des élections différées dans trois circonscriptions auraient lieu à l’automne. Le lieutenant-gouverneur, sir James Albert Manning Aikins*, appela les FUM à former un gouvernement. Toujours sans chef, la formation dut alors assumer la responsabilité de trouver un homme capable d’en prendre la direction. Le 21 juillet, peu après minuit, Bracken fut réveillé par un appel téléphonique de William Reid Clubb, député des FUM. Très étonné, Bracken apprit qu’il était l’un des trois hommes pressentis comme chef. Clubb lui demanda, si la proposition l’intéressait, d’assister à une réunion des FUM ce matin-là, à Winnipeg. Le message surprit Bracken. Il ne s’était jamais engagé en politique ni montré intéressé par une telle carrière ; sa première réaction fut de refuser. Il discuta de la question avec sa femme et conclut qu’il devait au moins faire acte de présence. Les autres candidats, Thomas Alexander Crerar*, chef du Parti progressiste fédéral, et Robert Alexander Hoey, député progressiste du Manitoba, assistèrent à la réunion, mais refusèrent le poste. Après avoir entendu Bracken, le groupe de fermiers conclut, à l’unanimité, qu’il le choisissait. Bracken accepta et la décision fut annoncée publiquement ce soir-là. Il affirmerait ultérieurement qu’il était devenu premier ministre pour contribuer au succès des fermiers. Il croyait que son expérience bureaucratique lui permettrait d’instaurer une administration saine et il était attiré par la nature non partisane des FUM. Sa nomination fut bien reçue dans toute la province et recueillit l’approbation de la presse tant conservatrice que libérale, et notamment celle de John Wesley Dafoe*, puissant rédacteur en chef du Manitoba Free Press de Winnipeg.

Une fois au pouvoir, Bracken dut s’attaquer immédiatement à trois tâches : former un cabinet, trouver un siège à l’Assemblée législative et établir un programme. En peu de temps, il constitua un petit cabinet en choisissant cinq hommes qui possédaient un sens aigu de l’organisation administrative. Ils entrèrent tous en fonction le 8 août. Pour réduire les dépenses, Bracken se chargea lui-même du portefeuille de l’Éducation, et assuma également les fonctions de commissaire des chemins de fer et de commissaire des terres de la province. Il nomma Richard W. Craig procureur général, Francis Mollison Black trésorier de la province et ministre des Téléphones et Télégraphes, Neil Cameron ministre de l’Agriculture et de l’Immigration, Duncan Lloyd McLeod secrétaire de la province, et Clubb ministre des Travaux publics. Il posa ensuite sa candidature dans une circonscription du nord, The Pas, en vue de l’élection partielle du 5 octobre qu’il remporta aisément.

Le déficit budgétaire du Manitoba coûtant à la province 3 500 $ par jour en intérêts, Bracken fit du remboursement de la dette une priorité. Dans son premier discours du trône, il signala qu’une nouvelle ère non partisane avait commencé dans la politique manitobaine et affirma sa volonté de collaborer avec les membres de l’opposition. Il évita la politique de classe et d’intérêts personnels, et adopta une conception du gouvernement et du pouvoir qui caractériserait sa carrière politique. Le type particulier de gouvernement de coalition non partisan qu’il instaurerait au Manitoba, qu’on appellerait brackenisme, modifierait la structure politique de la province.

Même si le public soutenait l’insistance du nouveau gouvernement sur la neutralité, le travail de Bracken fut entravé par l’inexpérience des membres de son cabinet. L’opposition était remplie de vétérans redoutables, prêts à s’attaquer à ces nouveaux venus inexpérimentés. Bracken s’avéra tout de même un bon apprenti, comme en témoigna, en 1923, sa manière de gérer le débat sur la commission du blé. En 1922, le gouvernement fédéral de William Lyon Mackenzie King*, à la requête des fermiers de l’Ouest, avait remis sur pied une commission du blé relevant du fédéral, en précisant que la loi ne deviendrait en vigueur que lorsqu’une loi d’habilitation serait sanctionnée dans au moins deux des trois provinces des Prairies. L’Alberta et la Saskatchewan se conformèrent rapidement à cette exigence et présumèrent que le Manitoba la respecterait également. Or Bracken était devant un dilemme : une minorité importante de son cabinet de fermiers s’opposait à la création d’une commission du blé. Pour éviter une division au sein de son gouvernement, il permit un vote libre qui mena au rejet de la loi. La commission fédérale du blé demeura finalement lettre morte, mais le gouvernement du premier ministre en sortit indemne et ce dernier garda la mainmise sur l’Assemblée.

Bracken trouva une autre solution non partisane à un deuxième problème. Pour s’attaquer à la hausse croissante des coûts de l’éducation, il créa la commission royale sur l’éducation en 1923 et nomma à sa tête Walter Charles Murray, recteur de la University of Saskatchewan. Même s’il ne put mettre en œuvre nombre des recommandations de la commission pour des raisons financières, il fit approuver une loi pour empêcher la fermeture d’écoles rurales par manque de fonds.

La force de l’administration Bracken amena certains libéraux provinciaux à discuter de la possibilité d’une coalition avec les FUM. L’idée n’était pas populaire à la direction du Parti libéral ni auprès de la faction partisane radicale qui s’était opposée au soutien de Norris pour le gouvernement fédéral d’union de sir Robert Laird Borden*. Bracken voyait la proposition d’un œil favorable et savourait la perspective d’un front commun contre les conservateurs, dont il était en train de perdre l’appui. La coalition ne se concrétisa cependant pas à temps pour les élections du 28 juin 1927. Les partisans de Bracken, qui avaient adopté la bannière progressiste peu après leur élection en 1922, remportèrent 29 sièges, mais la reprise économique apporta également un regain de faveur à l’endroit des partis traditionnels. Avec 15 membres élus, les conservateurs en furent les principaux bénéficiaires. Les libéraux gardèrent 7 sièges, la représentation travailliste chuta à 3 et un seul candidat indépendant réussit à se faire élire.

Malgré l’importance qu’il accordait à une gestion honnête et responsable, Bracken essuya un scandale politique qui menaça tant la survie de son gouvernement que sa propre réputation. En 1928, le gouvernement projeta la construction d’une nouvelle centrale hydroélectrique à Seven Sisters Falls, sur la rivière Winnipeg, pour distribuer de l’électricité à la province. Devant l’Assemblée législative, le gouvernement Bracken avait exprimé son engagement à poursuivre le développement de ce type de ressources. Lorsqu’un avis d’expert conclut que la propriété publique était irréalisable, le premier ministre changea de stratégie et négocia avec la Winnipeg Electric Company en vue d’obtenir des tarifs modiques pour les consommateurs. En réaction, le chef conservateur, Fawcett Gowler Taylor, déclara que Bracken avait contourné la résolution de l’Assemblée sur la propriété publique et bénéficié personnellement des négociations en acceptant des pots-de-vin. En 1929, la commission royale concernant l’accord de Seven Sisters Falls disculpa Bracken et son gouvernement, mais le scandale ébranla la santé du premier ministre.

En 1930, le Manitoba obtint le pouvoir de statuer sur ses ressources naturelles, ce qui résolvait un problème remontant à l’entrée de la province dans la Confédération en 1870. Ottawa avait gardé la haute main sur les ressources des provinces des Prairies afin d’encourager une politique de colonisation, mais, ce faisant, avait créé un problème régional. Des négociations, amorcées avec les provinces en 1911, furent entravées par la question de la compensation à accorder pour les ressources utilisées. Le 15 juillet 1930, le transfert fut concrétisé lors d’une cérémonie tenue à Winnipeg. Le premier ministre King émit un chèque de règlement de 4,7 millions de dollars. Bracken fit observer que le paiement marquait le « point culminant d’une controverse longue et fastidieuse découlant d’un fâcheux malentendu du temps de la Confédération ».

Malgré ce succès, Bracken dut relever de sérieux défis pendant son deuxième mandat. Outre le scandale de l’hydroélectricité, il y eut la grande dépression. La récession économique éclipsa rapidement la compensation fédérale pour le transfert des ressources quand les provinces des Prairies connurent une crise agricole sans précédent. Les fermiers subirent une grave sécheresse, pendant que le prix du blé dégringolait à son plus bas niveau. Bracken parcourut la province, conseillant à ses auditoires de fermiers de travailler fort, d’être patients et de rester optimistes. Il affirmait que l’agriculture canadienne avait besoin de marchés internationaux et critiquait la politique des tarifs élevés du premier ministre conservateur, Richard Bedford Bennett*, car il croyait qu’Ottawa continuait de favoriser les manufacturiers de l’Est au détriment des fermiers de l’Ouest. Bracken se mobilisa pour soutenir la mise en commun du blé qui battait de l’aile dans la province et, en février 1931, son gouvernement sanctionna le Wheat Pool Guarantee Act, qui accordait aux fermiers la même somme de 1 $ le boisseau que la Manitoba Wheat Pool leur avait promise. Quand les prix s’effondrèrent davantage, la province perdit plus de 3 millions de dollars.

Pendant la crise, le Manitoba connut le taux de chômage le plus élevé de son histoire. La province dut composer avec une baisse des recettes fiscales, une hausse historique des taux de chômage et des municipalités mal outillées pour satisfaire aux demandes croissantes d’assistance. Même s’il était disposé à coopérer avec les programmes du gouvernement fédéral, Bracken croyait qu’Ottawa se délestait d’un fardeau en exigeant que la province égale sa contribution pour chaque dollar versé dans la plupart des plans d’aide. Au cours d’une conférence fédérale-provinciale, en 1931, Bracken fit remarquer que l’agriculture de l’Ouest était frappée plus durement que les autres secteurs de l’économie. Le Manitoba et ses municipalités ne pouvaient absorber le coût de l’aide sociale.

En janvier 1932, Bracken finit par former la coalition souhaitée avec les libéraux provinciaux, alors sous la direction de Murdoch Mackay. Le nouveau chef entretenait moins de scrupules que son prédécesseur au sujet de cet arrangement. Le 27 mai, trois libéraux intégrèrent le cabinet. Les forces combinées remportèrent les élections du 16 juin avec une forte majorité, en obtenant 38 des 55 sièges et un nouveau mandat pour lutter contre la dépression.

Au cours des quatre années suivantes, Bracken réduisit les dépenses, mais le tableau financier ne s’améliora point et les mauvaises récoltes persistèrent d’année en année, tout comme le chômage chronique. En 1933, les relations de Bracken avec Ottawa se dégradèrent davantage quand, dans une lettre datée du 9 mars, Bennett le menaça de nommer un vérificateur pour gérer les finances du Manitoba s’il n’arrivait pas à équilibrer le budget. Alarmé, Bracken réunit les conservateurs provinciaux pour élaborer un ensemble de compressions supplémentaires et approuver une hausse d’impôt. Dans la province, l’agitation augmentait à mesure que la dépression s’aggravait, mais Bracken gardait une foi indéfectible envers l’économie de marché. Il n’était pas favorable au radicalisme, comme le montra son attitude inflexible, en 1934, envers des mineurs en grève à Flin Flon qu’il croyait menés par des agitateurs communistes. Même si la hausse d’impôt et les mesures d’austérité permirent au Manitoba de maintenir une position fiscale relativement ferme, elles coûtèrent à Bracken l’appui de la population. Aux élections du 27 juillet 1936, il perdit sa majorité ; les progressistes ne conservèrent que 22 sièges. Les conservateurs en détenaient désormais 16, la Fédération du Commonwealth coopératif et les travaillistes, 7, et le Crédit social, 5 ; un communiste et 2 indépendants remportèrent également la victoire dans leur circonscription. Des élections différées dans deux circonscriptions du nord reportèrent au pouvoir Bracken et un indépendant. Son offre de coalition avec les conservateurs ayant été rejetée, le premier ministre fut forcé de conclure une entente avec le Crédit social pour demeurer au pouvoir.

Les relations fédérales-provinciales se tendirent pendant que la dette acculait les provinces de l’Ouest à la faillite. Le refus d’Ottawa de contribuer aux obligations d’aide avait expulsé du pouvoir un gouvernement provincial conservateur après l’autre. Pendant l’été de 1935, le dernier des gouvernements tories tomba. La frustration de Bracken envers Bennett l’incita à se joindre à ses collègues pour s’opposer aux conservateurs aux élections fédérales du 14 octobre 1935. Il était convaincu que les politiques économiques de Bennett étaient erronées et avaient empêché la reprise dans l’Ouest. La défaite de Bennett redonna de l’espoir à Bracken, car King, qui entra en fonction le 5 novembre, s’était prononcé en faveur de la baisse des tarifs pendant la campagne électorale. King s’empressa d’augmenter l’allocation de secours pour le Manitoba, permettant à Bracken d’alléger le fardeau municipal, mais ce dernier sentait toujours que les municipalités et les provinces étaient aux prises avec un problème structurel plus sérieux. En 1936, Winnipeg avait déjà emprunté 3,5 millions de dollars à la province pour s’occuper de l’aide financière. Le 9 décembre, Bracken prononça un discours devant le comité national des finances dans lequel il exigeait que le dominion et les provinces apportent un nouvel ajustement aux taux d’intérêt pour les émissions d’obligations provinciales et municipales. King répondit en ordonnant une évaluation des finances du Manitoba et de la Saskatchewan par la Banque du Canada. Le rapport, signé par le président de la banque, Graham Ford Towers*, plut à Bracken, car on y louangeait sa gestion fiscale et indiquait que la province n’était plus en mesure de recueillir des recettes fiscales suffisantes pour satisfaire aux besoins d’aide croissants. Le rapport signalait également que les deux provinces manquaient des ressources nécessaires pour assurer des services gouvernementaux de base et que les propositions existantes de remboursement de la dette étaient irréalistes. Ottawa réagit en offrant une aide temporaire aux deux provinces et, devant le mécontentement d’autres provinces découlant de problèmes semblables, créa la commission royale des relations entre le fédéral et les provinces, connue également sous le nom de commission Rowell-Sirois [V. Newton Wesley Rowell* ; Joseph Sirois*].

Bracken attendait avec impatience une révision des relations entre le dominion et les provinces, et prépara le témoignage du Manitoba, livré aux audiences inaugurales à Winnipeg le 29 novembre 1937. Selon le biographe de Bracken, le mémoire de ce dernier était « le plus complet et le mieux étayé de tous [les mémoires] soumis ». En 1938, il parcourut l’Ouest, récoltant des appuis pour la commission et alléguant que le Canada avait besoin d’un « new deal » qui inclurait un ensemble de compensations pour les provinces de l’Ouest. La commission Rowell-Sirois se heurta toutefois à la résistance de plusieurs premiers ministres. William Aberhart*, de l’Alberta, s’y opposa, Mitchell Frederick Hepburn*, de l’Ontario, soutint que les problèmes financiers de l’Ouest n’étaient pas un problème national et Maurice Le Noblet Duplessis*, de la province de Québec, tout en contestant la légitimité de la commission, adopta la position de Hepburn sur l’autonomie provinciale. Bracken répondit à Hepburn aux dernières audiences de l’automne de 1938 en déposant un témoignage sur l’économie préparé avec l’aide du trésorier de la province, Stuart Sinclair Garson*, et de conseillers tel Jacob Viner, économiste de la University of Chicago. Le mémoire réfutait directement la position de Hepburn et constituait un autre exposé convaincant des revendications de l’Ouest.

Le rapport Rowell-Sirois, déposé aux Communes le 15 mai 1940, se montra compréhensif à l’égard de la situation du Manitoba. Même si les audiences avaient fait de Bracken une figure nationale, son espoir de changement constitutionnel s’évanouit. Une conférence fédérale-provinciale fut convoquée les 14 et 15 janvier 1941 pour discuter des conclusions de la commission. Dans un discours aux délégués, Bracken résuma sa position : « L’unité nationale doit être basée sur l’autonomie provinciale, et l’autonomie provinciale ne peut être garantie sans l’existence d’un profond sentiment d’unité nationale dans tout le Canada. » Son appel ne persuada pas tous ses collègues premiers ministres et la conférence échoua quand Hepburn, Aberhart et Thomas Dufferin Pattullo* de la Colombie-Britannique refusèrent de participer aux travaux des comités auxquels ils avaient été affectés. La conférence ne dura qu’une seule journée ; bon nombre des recommandations de la commission ne seraient jamais mises en œuvre, tandis que d’autres le seraient au coup par coup.

Avec la Deuxième Guerre mondiale, Bracken s’était remis à insister sur la formation d’un gouvernement non partisan. Pendant l’été de 1940, il contacta les chefs de partis de la province − Errick French Willis pour les conservateurs, Seymour James Farmer de la Fédération du Commonwealth coopératif et Sydney Ernest Rogers du Crédit social – dans le but de former une coalition pour la durée de la guerre. Ils acceptèrent et, le 4 novembre, le cabinet passa à 12 membres. La proposition de Bracken constituait une tactique rusée, car il s’assurait ainsi que le gouvernement n’aurait pas à affronter d’opposition partisane pendant le conflit. Forcé de déclencher des élections, il fut réélu le 22 avril 1941 et bénéficia du soutien de 50 des 55 candidats victorieux ; la poignée de députés qui s’opposerait à lui comprenait trois conservateurs anticoalition, un communiste et un indépendant anticoalition. Bracken se trouvait alors à plus de la moitié de sa dix-neuvième année de service, ce qui lui valut la distinction d’être le premier ministre le plus longtemps en poste au pays. Après son expérience démoralisante avec la commission Rowell-Sirois, il commença à envisager de passer à la politique fédérale. En novembre 1941, l’ancien premier ministre Arthur Meighen* lui proposa de se présenter à la direction du Parti conservateur fédéral. Meighen expliqua que, comme un vif mouvement de soutien pour la Fédération du Commonwealth coopératif émergeait dans les villes, les tories avaient besoin de Bracken pour s’assurer le vote rural. Même si Bracken ne refusa pas sur-le-champ, il n’était pas enthousiaste et prévint qu’il finirait par décevoir.

Bracken devrait attendre une autre année avant d’accéder à la direction. Meighen fut incapable de résister aux pressions du parti pour qu’il prenne la barre lui-même. Il connut un retour malheureux et fut défait dans une élection fédérale partielle en février 1942. Au mois d’août, Meighen tenta de nouveau de convaincre Bracken, qui restait réticent. Après que le Parti conservateur eut tenu en septembre un congrès politique plus ou moins officiel à Port Hope, en Ontario, Meighen estima que les résolutions progressistes qui y avaient été adoptées − préconisant entre autres une politique agricole éclairée, des négociations collectives, un meilleur régime d’assurance-chômage et des pensions de vieillesse − pouvaient s’avérer attirantes pour Bracken, qu’il continua de solliciter tout au long de l’automne de 1942. Le cours des événements changea en novembre quand Meighen écrivit à Bracken une lettre persuasive jouant sur le sens du devoir du premier ministre. Le mois suivant, Bracken fit savoir qu’il accepterait si le parti adoptait les propositions discutées à Port Hope et s’il prenait le nom de Parti progressiste-conservateur. Il voulait qu’on sache qu’il ne s’était pas converti au conservatisme, mais que c’était le parti qui avait modifié son programme. Le 10 décembre 1942, au congrès à la direction du parti à Winnipeg, Bracken fut élu au second tour, devant l’avocat Murdoch Alexander MacPherson et le député John George Diefenbaker*. Le nom du parti fut modifié après son élection et non pas avant, comme il l’avait souhaité. Le 8 janvier 1943, après avoir accumulé près de 22 années de service, Bracken démissionna de son poste de premier ministre du Manitoba.

Les tories nourrissaient de grandes attentes, mais ils en vinrent rapidement à la conclusion qu’ils avaient choisi la mauvaise personne. Ils furent consternés quand Bracken refusa au départ de siéger à la Chambre des communes. Il était réticent pour plusieurs raisons. Plusieurs personnes croyaient, y compris lui-même, qu’il devait faire le tour du pays afin de rencontrer les membres du parti, se familiariser avec les préoccupations régionales et s’adresser à des auditoires partisans, auprès desquels sa réputation d’orateur éloquent devant de petits groupes assurerait son succès. De plus, Bracken n’était pas certain d’obtenir la victoire s’il se présentait dans l’une des circonscriptions vacantes du Manitoba et sentait qu’il n’excellerait pas dans les débats parlementaires. Il entreprit donc de nombreux voyages, mais son absence à la Chambre jusqu’aux élections fédérales du 11 juin 1945 (où il remporta la victoire dans Neepawa) permit à l’opposition de le qualifier d’inefficace. Cette absence lui coûta également des appuis au sein de son parti. Ceux qui souhaitaient la mise en vigueur des réformes sociales du programme de Port Hope manquaient d’un chef efficace et le vide créé permit à la vieille garde torontoise de reprendre la mainmise sur le parti. Après l’élection de George Alexander Drew* comme premier ministre de l’Ontario en 1943, ce groupe se rassembla autour de ce dernier, minant l’autorité de Bracken.

En 1945, les chances du parti s’améliorèrent quand des gains modestes dans la plupart des provinces et un gain substantiel de 23 circonscriptions en Ontario firent passer son nombre total de sièges de 40 à 67. Mais le premier ministre King tint bon avec une majorité réduite, car Bracken ne réalisa pas la percée attendue dans sa circonscription de fermiers de l’Ouest et son parti s’était aliéné des électeurs dans la province de Québec. Bracken s’était montré réticent à se lancer dans des attaques partisanes pendant la guerre et irrita de nombreux conservateurs en refusant de jouer un rôle de premier plan dans les travaux des Communes une fois entré à la Chambre. Les tories qui s’étaient attendus à ce qu’il batte en brèche le gouvernement furent déçus. Même s’il pouvait être efficace dans ses offensives contre les libéraux, il s’engageait rarement dans des polémiques. Ce fut une période difficile pour Bracken et sa santé s’en ressentit. Il avait beau travailler dur et consciencieusement, il n’avait ni le tempérament ni l’esprit partisan que nécessitait le poste.

Un groupe de conservateurs chevronnés allèrent voir Bracken pour lui suggérer de démissionner. Dans une lettre datée du 17 juillet 1948, il annonça son intention de quitter la direction au prochain congrès du parti. En réponse à une promesse qu’il avait faite à des partisans de Brandon, il brigua les suffrages à contrecœur dans cette circonscription aux élections fédérales du 27 juin 1949. Il ne fut pas surpris, et fut quelque peu soulagé, de perdre par plus de 4 000 voix. Sa femme et lui s’installèrent de façon définitive en Ontario, dans une ferme qu’ils avaient achetée au bord de la rivière Rideau, près d’Ottawa, en 1943. Les 20 dernières années de Bracken furent heureuses ; il éleva des chevaux palominos et des vaches jerseys, et cultiva de la luzerne primée. Le couple tenait des pique-niques annuels pour les diplômés de l’OAC et de la University of Saskatchewan, mais Bracken préférait rester le plus possible en dehors de la vie publique. Il accepta deux courts mandats pour servir les gens de l’Ouest canadien. À la demande du premier ministre du Manitoba, Douglas Lloyd Campbell*, il présida la commission d’enquête du Manitoba sur les boissons alcooliques d’avril 1954 à novembre 1955 et, en 1958, il fut nommé seul responsable d’une commission royale d’enquête sur la distribution de wagons couverts, instaurée par le gouvernement Diefenbaker. Le 18 mars 1969, il mourut à son domicile de Manotick à l’âge de 85 ans. Sa femme, Alice Whylie, lui survécut deux ans.

Ce fut quand il put exercer ses fonctions d’administrateur et éviter la scène politique que John Bracken connut le plus de succès. Comme il l’admettait lui-même, il n’était « pas un personnage coloré » et se trouvait le plus heureux quand il s’adonnait à des tâches de gouvernance. On se souviendra de lui davantage pour sa carrière de premier ministre du Manitoba que comme chef du Parti progressiste-conservateur fédéral. Il devrait être considéré non seulement comme un administrateur compétent, mais comme quelqu’un qui offrit un gouvernement stable et une continuité pendant les années extrêmement difficiles de la grande dépression. Son legs le plus durable, cependant, pourrait être son insistance à pratiquer une politique non partisane. Celle-ci, en effet, suscita une réflexion au sujet de la démocratie canadienne, peut-être mieux servie par un gouvernement technocrate détaché des luttes partisanes et une population peu engagée que par un gouvernement de parti reflétant les attitudes et opinions d’un ou de quelques groupes dans un pays dont les citoyens se prononcent sur les grandes questions socioéconomiques qui les divisent.

Robert Wardhaugh et Jeremy Nathan Marks

Arch. du Manitoba (Winnipeg), John Bracken fonds.— Arch. publiques de l’Ontario (Toronto), RG 80-2-0-198, no 17379 ; RG 80-5-0-404, no 21850.— Bibliothèque et Arch. Canada (Ottawa), R4417-0-6.— Gerald Friesen, The Canadian prairies : a history (Toronto, 1984).— J. [E.] Kendle, John Bracken : a political biography (Toronto, 1979).— W. L. Morton, Manitoba : a history (Toronto, 1957).— Robert Wardhaugh et Jason Thistlewaite, « John Bracken, 1922–1943 », dans Manitoba premiers of the 19th and 20th centuries, Robert Wardhaugh et B. [G.] Ferguson, édit. (Regina, 2010), 105–192.

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Robert Wardhaugh et Jeremy Nathan Marks, « BRACKEN, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 19, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 févr. 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/bracken_john_19F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
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