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HYMAN, Marcus, avocat, éducateur, homme politique et leader d’une communauté juive, né le 13 juillet 1883 près de Vilna (Vilnius, Lituanie), fils d’Aaron Hyman, rabbin et auteur, et de Rachel Abrahamson ; le 18 août 1914, il épousa à Winnipeg Erna Ziembiska (von Ziembinska), de Berlin, et ils eurent un fils ; décédé le 31 décembre 1938 à Winnipeg.

Marcus Hyman et sa famille immigrèrent en Angleterre en 1885 ; ils furent plus tard naturalisés sujets britanniques. Membre d’une fratrie de dix, Marcus fut élevé à Londres. Son père, rabbin érudit de réputation internationale, refusait de le laisser jouer avec d’autres garçons. Marcus, qui, durant sa tendre enfance, ne parlait que l’hébreu, passait plutôt son temps dans la bibliothèque de son père. Il fit ses études primaires et secondaires à Londres. Il se distingua en tant qu’élève brillant et fut récipiendaire de bourses. En 1902, il fut l’un des six étudiants londoniens à recevoir une bourse du London County Council pour s’inscrire à la University of Oxford.

Pendant ses années d’études au Worcester College d’Oxford, de 1902 à 1906, Hyman remporta cinq bourses, et obtint une maîtrise ès arts et une licence en droit avec distinction. En 1907, il se rendit en Inde pour occuper les postes de précepteur du prince Shivajirao Gaekwad (Gaekwar) et de secrétaire particulier de son père, Sayajirao Gaekwad (Gaekwar) III, maharajah de Baroda (Vadodara), après avoir été informé de ces possibilités d’emploi par le doyen du collège. Il retourna à Londres en 1910 et fut reçu au barreau par la Gray’s Inn. En 1912, il fut nommé conseiller financier de l’Investment Registry Limited à Londres.

Hyman immigra au Canada à l’automne de 1913. Il est possible qu’il ait choisi de s’installer à Winnipeg parce qu’un oncle y vivait. Moses Abrahamson était président de l’entreprise qui publiait le journal yiddish Yid (Israélite) et ancien interprète du gouvernement fédéral. Hyman fut reçu au Barreau du Manitoba plus tard cette année-là et amorça une brillante carrière d’avocat de la défense en matière criminelle. Il travaillerait seul ou en partenariat ; sa plus longue association serait celle qu’il formerait avec Joseph Hestrin de 1924 à 1933. De 1915 jusqu’à sa mort, son bureau se trouvait dans le McIntyre Block, au centre-ville de Winnipeg. Outre qu’il exerçait la profession d’avocat, il donna des cours de droit international, d’histoire du droit anglais et de jurisprudence à la Manitoba Law School de 1915 à 1921. Il serait nommé conseiller du roi le 1er janvier 1937.

Peu après son arrivée à Winnipeg, Hyman avait commencé à participer aux activités de la communauté juive de la ville, qui comptait 9 023 membres en 1911, dont près de 90 % habitaient l’extrémité nord de Winnipeg. De 1916 à 1922, il présida la section ouest du Canadian Jewish Committee for the Relief of War Sufferers, qui recueillerait 500 000 $ pour aider les Juifs d’Europe déplacés par la Première Guerre mondiale, la guerre civile russe et les pogroms. Le 11 mai 1919, il envoya au premier ministre sir Robert Laird Borden, au nom de la section, un télégramme pour exiger que la conférence de paix de Paris obtienne la cessation des pogroms en Pologne. Le 9 décembre, il coprésida une assemblée réunissant des milliers de Juifs de Winnipeg qui protestaient contre les massacres perpétrés en Ukraine et en Pologne, et demandaient l’intervention du gouvernement canadien. Pendant la guerre, il avait dirigé le comité de Winnipeg de la British and Canadian Recruiting Mission, qui forma plusieurs unités composées de Juifs canadiens pour servir en Égypte et en Palestine. En 1917, il était déjà l’un des chefs du mouvement Poale Zion (sionisme travailliste) de Winnipeg, qui appuyait la création d’une patrie juive démocratique et socialiste en Palestine. Le 2 mars 1919, il fut choisi comme délégué au Congrès juif canadien tenu à Montréal du 16 au 19 mars. Il y présida le comité général des résolutions.

Après la grève générale de Winnipeg [V. Mike Sokolowiski*], Hyman, brillant avocat solidaire des syndicats et des immigrants, fut nommé par le Trades and Labor Council pour conseiller les chefs des grévistes à leurs audiences préliminaires. Il représenta également cinq « étrangers hostiles », dont trois étaient des Juifs qui avaient été arrêtés en même temps que les meneurs de grève et qui comparurent devant une commission d’enquête sur l’immigration. Hyman croyait qu’« il n’y avait jamais eu dans le passé » un quelconque rapport entre ces étrangers et la grève, et prétendait que leur arrestation était une tentative délibérée de « ternir le nom des chefs des grévistes ». Sa défense de l’un de ces hommes, Moses (Solomon) Almazoff (Almazov), étudiant de l’université de Manitoba, journaliste et militant de gauche, contribua à le faire connaître dans la communauté juive de Winnipeg.

En 1919, avec son associé Joseph Alter Cherniack, Hyman présenta sans succès une requête pour que le censeur en chef de la presse du Canada, Ernest John Chambers*, lève l’interdiction de publication du Volkstimme (la Voix du peuple), journal yiddish de gauche de Winnipeg, et qu’il permette sa parution sous un nouveau nom. Hyman, que Chambers décrivit à Angus Alexander McLean, contrôleur de la Gendarmerie royale à cheval du Nord-Ouest, comme « l’avocat-conseil des agitateurs socialistes […] poursuivis devant les tribunaux », représenta aussi les éditeurs du Neue Zeit (Temps nouveaux), autre journal de Winnipeg rédigé en yiddish ; Chambers en autorisa la publication à contrecœur.

Même si Hyman s’était intéressé à la politique municipale et provinciale depuis 1914, il s’y engagea seulement après avoir adhéré au Parti ouvrier indépendant, d’obédience sociale-démocrate, créé à Winnipeg en 1920. Trois ans plus tard, pendant qu’il faisait campagne comme candidat de ce parti, il fut élu dans le quartier no 3 commissaire au conseil scolaire de Winnipeg ; il occupa ce poste de 1924 à 1929 et fut membre de plusieurs comités permanents, dont ceux des finances et de la construction. En 1929, il se présenta sans succès à la mairie en se classant deuxième dans une lutte à trois ; il perdit au profit de Ralph Humphreys Webb par près de 9 000 voix. En 1930, il perdit de nouveau contre Webb par plus de 10 000 voix, cette fois-là, dans un duel. À ces deux occasions, il gagna dans le quartier no 3, à l’extrémité nord de la ville, mais ne réussit pas à l’emporter dans les quartiers sud et centre. L’antisémitisme latent fut peut-être un facteur, mais la division découlant de la grève générale et l’association de Hyman avec les grévistes et les syndicats contribuèrent peut-être davantage à sa défaite.

Hyman avait échoué dans sa tentative d’obtenir un siège à l’Assemblée législative aux élections provinciales de 1927 dans la circonscription de Saint-Boniface, mais il fut victorieux en 1932 et devint l’un des dix représentants de la circonscription plurinominale de Winnipeg. Il fut réélu en 1936, arrivant neuvième dans une lutte à 21 candidats (dixième après le compte final), à titre de représentant de la Fédération du Commonwealth coopératif. La grande majorité de ses électeurs se trouvait dans l’extrémité nord de la ville. Lloyd Cleworth Stinson, membre de la Fédération du Commonwealth coopératif à la même époque que Hyman, décrirait ce dernier comme « l’un des députés les plus respectés de la chambre d’Assemblée […] [qui] abordait une variété de sujets, dont l’éducation, les libertés civiles et l’amélioration des lois sur le travail. En avance sur son temps de 20 ans en matière d’éducation, il soutenait activement la création de plus grandes unités scolaires, question qui faisait encore l’objet de débats dans les années 1950. » Hyman soulevait aussi des points tels que la réticence devant les élus du gouvernement du premier ministre John Bracken* à continuer de payer les frais d’entretien de la résidence officielle du lieutenant-gouverneur ; ses commentaires le placèrent parmi les plus ardents défenseurs de cette fonction de représentant de la couronne.

En janvier 1934 à Toronto, au deuxième Congrès juif canadien, Hyman prononça une conférence intitulée « A survey of the Jewish world situation ». Sa présentation fit bonne impression et fut abondamment citée dans la presse. Il exprimait ses inquiétudes à propos de l’antisémitisme virulent du parti nazi en Allemagne et de sa manifestation au Manitoba, le Canadian Nationalist Party, fondé à Winnipeg par William Whittaker au mois de septembre précédent. Le groupe manitobain publia à Winnipeg une feuille antisémite polycopiée intitulée Canadian Nationalist. Le 20 mars 1934, faisant remarquer devant l’Assemblée législative qu’il devenait de plus en plus difficile « d’empêcher certains jeunes hommes [juifs] de montrer leur ressentiment furieux à l’égard de ces diffamations odieuses propagées contre [son] peuple », Hyman présenta des mesures législatives pour mettre un frein à « la publication dégoûtante et calomnieuse de ces escrocs ».

La loi intitulée Act to amend « The Libel Act », aussi connue sous le nom de Manitoba Defamation Act ou de Hyman Act, fut la première et, jusqu’en 1970, la seule loi au Canada contre la diffamation à l’égard d’un groupe. En vertu de ses dispositions, il serait possible d’obtenir une injonction pour faire cesser la publication par un auteur ou un éditeur de tout document qui diffamait un groupe racial ou religieux ou ses membres, en invoquant non pas l’atteinte personnelle, mais l’incitation « à la haine, au mépris ou à la raillerie » contre un groupe dans son ensemble. S’ils étaient reconnus coupables, les défendeurs recevraient l’ordre d’arrêter la diffusion des libelles. Simultanément, Hyman parraina une modification à apporter au Newspapers Act, qui obligeait à indiquer le nom de l’éditeur sur tous les prospectus et brochures, afin d’empêcher les éditeurs et les imprimeurs de répéter l’infraction sous un nom différent. Dans un geste que l’historienne Lita-Rose Betcherman qualifierait d’« intérêt personnel éclairé », le gouvernement de Bracken appuya ces mesures législatives. Son autorité était ébranlée par les nationalistes, qui demandaient l’abolition des gouvernements provinciaux et remettaient en question la capacité du procureur général à restreindre leurs activités. Les projets de loi furent adoptés à l’unanimité. Un article dans lequel on accusait les Juifs de pratiquer le meurtre rituel, paru dans la feuille de Whittaker, fut à l’origine d’une poursuite intentée presque immédiatement par William Verner Tobias, ancien combattant juif et ex-député conservateur à l’Assemblée législative. Tobias gagna sa cause en février 1935 ; Whittaker et son imprimeur durent cesser la publication de telles diffamations et Tobias reçut la somme de 300 $ en dédommagement.

Marcus Hyman, décrit par le rédacteur en chef du Winnipeg Tribune comme « le plus heureux des hommes dans le royaume de l’esprit », jouait du violon à une certaine époque et aimait les enregistrements musicaux ; il possédait ce que l’on considérait comme l’une des plus importantes collections privées de l’Ouest canadien. Il s’intéressait aussi vivement à l’art, en particulier aux impressions en noir et blanc et aux estampes de l’artiste anglais George Baxter. Il mourut d’une pneumonie à l’Hôpital Général de Winnipeg après avoir subi une opération pour enlever une tumeur. Ses funérailles eurent lieu à la synagogue Shaarey Zedek de Winnipeg. Parmi les porteurs honoraires se trouvaient le premier ministre Bracken et le maire de Winnipeg, John Queen*. Le rabbin Solomon Frank déclara que Hyman avait été un exemple de mise en pratique de la religion par sa défense des idéaux de justice sociale et d’amélioration de la condition humaine. Il avait été un fervent partisan de l’Empire britannique, doté d’une profonde compréhension des principes sur lesquels il avait été fondé, soit la tolérance, la démocratie et l’égalité. Le Winnipeg Tribune indiqua que « le discours cultivé [de Hyman] faisait de lui l’un des hommes les plus remarquables de l’Assemblée législative du Manitoba ». Sa mort enlevait à Winnipeg « l’une de ses figures les plus originales, hautes en couleur et estimées ». Il fut inhumé au cimetière de la synagogue.

Henry Trachtenberg

Manitoba, Ministère du Tourisme, de la Culture, du Patrimoine, du Sport et de la Protection du consommateur, Bureau de l’état civil (Winnipeg), nos 1914-120210, 1938-051008.— Jewish Post (Winnipeg), 5 janv. 1939.— Winnipeg Free Press, 31 déc. 1938 ; 3–4 janv. 1939.— Winnipeg Tribune, 31 déc. 1938.— L.-R. Betcherman, The swastika and the maple leaf : fascist movements in Canada in the thirties (Toronto, 1975).— Canadian Jewish yearbook (Montréal), 1939–1940.— The Jew in Canada : a complete record of Canadian Jewry from the days of the French régime to the present time, A. D. Hart, compil. (Toronto et Montréal, 1926).— L. [C.] Stinson, Political warriors : recollections of a social democrat (Winnipeg, 1975).— H. M. Trachtenberg, « “The old clo’ move” : anti-semitism, politics and the Jews of Winnipeg, 1882–1921 » (thèse de ph.d., York Univ., North York [Toronto], 1984).

Bibliographie générale

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Henry Trachtenberg, « HYMAN, MARCUS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/hyman_marcus_16F.html.

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Auteur de l'article:   Henry Trachtenberg
Titre de l'article:   HYMAN, MARCUS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2016
Année de la révision:   2016
Date de consultation:   24 juillet 2017