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SPEAKMAN, JAMES, agriculteur, fonctionnaire et président des Fermiers unis de l’Alberta, né le 20 août 1849 à Manchester, Angleterre, fils de Henry Speakman et d’une prénommée Caroline ; avant 1880, il épousa Mary Hannah Farrar, et ils eurent une fille et trois fils ; décédé le 21 décembre 1915 à Calgary.

James Speakman fit une partie de ses études à Kiel (Allemagne), où son père, ingénieur, travailla au canal de Kiel. Il parlait couramment six langues et, en voyageant dans une bonne partie de l’Europe centrale, il en apprit beaucoup sur les conditions qui régnaient là-bas. Après avoir exploité durant quelques années une usine de jute à Dundee, en Écosse, il vint au Canada avec sa femme et ses quatre enfants. En 1891, à l’exemple du frère de Mme Speakman, John, ils prirent une concession statutaire dans le district du lac Wavy, au sud-est de Penhold (Alberta).

Speakman était renommé pour sa forte personnalité, sa jovialité, sa vision de l’avenir et son éloquence persuasive. Très actif dans les affaires communautaires et publiques, il prêta sa maison pour la tenue du premier office méthodiste dans le district et prêcha à l’église Horn Hill. Il appartint à la Landmark Masonic Lodge ; quelque temps après, il fut président de la section de Penhold de la Bible Society et vice-président de la section provinciale de la Croix-Rouge.

Speakman était un fervent libéral. En 1898, il fut nommé juge de paix et chercha sans succès à se faire choisir comme candidat dans la circonscription de Red Deer en vue d’être élu à l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest. Par la suite, il appartint au Bureau provincial des permis d’alcool durant plusieurs années. Toutefois, il se distingua surtout dans le mouvement des agriculteurs.

Speakman s’inscrivit à l’Alberta Farmers’ Association et devint président de la section d’Innisfail à peu près au moment où cette association et la Canadian Society of Equity rivalisaient pour recruter des adeptes parmi le mouvement des agriculteurs, alors en plein essor. Convaincu que l’unification des deux organismes était une solution très populaire, Speakman y était très favorable. En 1909, au cours des négociations entre les deux organismes, il présenta la motion en faveur de l’union. Lorsque la fusion se réalisa, on le chargea d’inviter la Society of Equity à rejoindre l’Alberta Farmers’ Association au sein d’un nouveau regroupement, les Fermiers unis de l’Alberta. L’année suivante, il fut élu membre du conseil d’administration de cet organisme et fit partie du comité d’accréditation. En 1911, il fut réélu et passa au comité des transports. Au cours des mandats de Speakman, le conseil de direction s’occupa d’une foule de questions qui intéressaient les fermiers, notamment un collège d’agriculture qui compterait des représentants des agriculteurs parmi ses administrateurs, la responsabilité des chemins de fer en cas de pertes de bétail, la mise en place d’une industrie d’empaquetage du porc, l’amélioration des transports, les élévateurs terminaux et le caractère discriminatoire du fret. La priorité de Speakman était la réduction des tarifs.

Ces premières années furent décourageantes pour le mouvement des agriculteurs. Malgré les nombreuses promesses électorales du gouvernement libéral d’Ottawa, les griefs contre les tarifs protecteurs et contre l’insuffisance des moyens de transport et des installations d’entreposage n’étaient pas plus près d’être réglés qu’au siècle précédent. En août 1910, lorsque le premier ministre, sir Wilfrid Laurier, fit un voyage dans l’Ouest, Speakman était parmi les délégués des Fermiers unis de l’Alberta qui le rencontrèrent. Très dur envers le gouvernement, il fit valoir que les tarifs profitaient aux manufacturiers et lésaient les fermiers. La résolution officielle présentée par les Fermiers unis au premier ministre n’était pas moins véhémente : au moyen des tarifs, on maintenait les agriculteurs sous le joug afin de soutenir une classe privilégiée. La réponse de Laurier fut décevante. Tout en admettant que son gouvernement n’avait pas tenu ses promesses électorales, il nia privilégier une classe plutôt qu’une autre. Quant aux tarifs et aux autres questions, il promit simplement de les étudier davantage et, comme il l’avait fait ailleurs, il invita une délégation à aller le voir à Ottawa.

Des agriculteurs de tout le pays répondirent à son invitation. Ils avaient déjà reconnu la nécessité d’unir leurs forces en formant en 1909 le Canadian Council of Agriculture. En décembre 1910, Speakman participa, en tant que délégué des Fermiers unis de l’Alberta, au « siège d’Ottawa ». Jamais encore, dit-on, une telle délégation ne s’était présentée devant un gouvernement canadien. Environ 800 fermiers en colère se rassemblèrent pour faire connaître les positions des agriculteurs sur diverses questions : les tarifs, les chemins de fer, les élévateurs terminaux, le pouvoir donné aux établissements bancaires par l’Acte concernant les banques et le commerce des banques, la nécessité de créer des installations publiques ou coopératives pour la salaison et la réfrigération de la viande. Déjà, à une assemblée du Canadian Council of Agriculture, Speakman avait exposé les vues des Fermiers unis de l’Alberta sur les tarifs en exhortant les associations membres à appuyer ensemble la réciprocité. Au début de 1911, en partie en réponse aux revendications des fermiers, le gouvernement Laurier négocia avec les États-Unis une entente de réciprocité qui réduisait de façon marquée les tarifs sur les instruments aratoires et autres biens agricoles de première nécessité. Cependant, les libéraux subirent la défaite aux élections de septembre 1911 et l’entente de réciprocité, à laquelle les conservateurs s’étaient vivement opposés, n’entra jamais en vigueur.

Après y avoir occupé deux ans un siège d’administrateur, Speakman fut absent du conseil d’administration des Fermiers unis durant deux ans. En 1914, il y retourna à titre de deuxième vice-président. Il présida le comité des transports et fit partie du comité des lois, du comité de la main-d’œuvre et du Canadian Council of Agriculture. La mort inopportune du président William John Tregillus à la fin de l’année donna lieu en 1915 à une lutte entre Speakman, Henry Wise Wood* et James Miner pour la présidence. Speakman gagna dès le premier tour.

Speakman devint président à un tournant décisif de l’histoire des Fermiers unis de l’Alberta. La question de savoir si les agriculteurs devaient former leur propre parti politique ou continuer plutôt de faire pression sur les partis traditionnels divisait les membres. Tregillus avait fait avancer l’idée de transformer l’association en parti. Speakman semble avoir envisagé cette solution avec moins d’enthousiasme, mais il ne s’y opposait pas, contrairement à Wood. Les congrès tenus sur la question dans les districts révélèrent une tiédeur générale, attribuable en partie au décès de Tregillus et à l’éclatement de la guerre en Europe. L’élection de Wood après la mort de Speakman entraînerait la suspension des projets d’action politique directe.

Depuis sa fondation, le mouvement des Fermiers unis de l’Alberta avait connu une croissance rapide. La création, sous ses auspices, de l’Alberta Farmers Co-operative Elevator Company et son entrée dans le secteur des ventes agricoles en 1913 [V. Edwin Carswell] obligeaient à quelques réaménagements administratifs. La présidence devint un poste à temps plein pendant que Speakman l’occupait. En mars 1915, on lui demanda de s’installer à Calgary, au nouveau siège social, et de se consacrer uniquement aux affaires du conseil d’administration. Lui-même et sa famille élurent donc domicile dans cette ville dans le courant de l’année. Speakman touchait une allocation mensuelle de 75 $ qui fut portée à 125 $ quand l’emplacement du siège social devint permanent. Les activités auxquelles il s’adonnait en tant que président étaient variées : travail d’organisation dans toute la province, rédaction pour le Grain Growers’ Guide de Winnipeg, participation aux congrès du Canadian Council of Agriculture et des associations de céréaliers du Manitoba et de la Saskatchewan [V. Frederick William Green], comparution devant le Conseil des commissaires des chemins de fer. Lorsque le gouvernement fédéral proposa de prendre en charge toute la récolte céréalière de 1915, Speakman préconisa plutôt un système qui financerait les fermiers afin qu’ils puissent garder le contrôle de leurs récoltes. Il prônait ardemment le crédit agricole coopératif et rédigea plusieurs circulaires éducatives à l’intention des membres des Fermiers unis de l’Alberta.

Speakman fut président pendant une année marquante dans l’histoire de la réforme sociale en Alberta. Depuis 1913, on admettait les femmes dans les Fermiers unis comme membres à part entière ; deux ans après, au congrès où fut élu Speakman, ces dernières formèrent une section auxiliaire sous la présidence de Mary Irene Parlby [Marryat*]. L’association avait déjà fait connaître son appui au suffrage féminin, et Speakman mena une campagne énergique avec Nellie Letitia McClung [Mooney*]. Dans une lettre adressée à Speakman et parue dans le Grain Growers’ Guide de septembre 1915, le premier ministre Arthur Lewis Sifton* se dit prêt à présenter un projet de loi sur le suffrage à la session suivante de l’Assemblée législative. La prohibition faisait également partie des revendications des Fermiers unis, où l’on avait adopté des propositions en faveur de cette mesure en 1913 et en 1914. Pendant le référendum sur la prohibition en Alberta, Speakman prit vigoureusement parti pour le régime sec, qui l’emporta en juillet 1915. Des projets de loi sur la tempérance et le suffrage féminin seraient adoptés l’année suivante.

James Speakman continua de militer au sein des Fermiers unis de l’Alberta jusqu’à ce qu’une pneumonie l’en empêche. Il mourut peu de temps après, le 21 décembre 1915, et fut inhumé au cimetière Horn Hill à Penhold. Comme lui, son fils Alfred œuvrerait pour les agriculteurs albertains : fermier de Red Deer, il serait élu pour la première fois à la Chambre des communes sous la bannière des Fermiers unis de l’Alberta en 1921.

Cecilia Danysk

Au cours de 1915, James Speakman a écrit régulièrement des articles pour la « page de l’Alberta » du Grain Growers’ Guide (Winnipeg). Il a aussi rédigé un certain nombre de circulaires pour les Fermiers unis de l’Alberta.

GA, BR, minutes of executive and board meetings, 1913–1915 (mfm) ; M 1745, minutes of conventions and directors’ meetings, 1906–1907 ; M1749, files 3, 13, 47.— Red Deer and District Arch. (Red Deer, Alberta), S-II-3-5 (E. L. Meeres fonds), « Pioneers of central Alberta » (1991), 24.9.— Edmonton Bulletin, 1906–1916.— Grain Growers’ Guide, juin 1908–mars 1916.— G. C. Carlson, Farm voices : a brief history and reference guide of prairie farm organizations and their leaders, 1870 to 1980 (Regina, 1981).— D. G. Embree, « The rise of the United Farmers of Alberta » (mémoire de m.a., Univ. of Alberta, Edmonton, 1956).— W. A. McIntosh, « The United Farmers of Alberta, 1909–1920 » (mémoire de m.a., Univ. of Calgary, 1971).— W. A. Mackintosh, Agricultural cooperation in western Canada (Kingston, Ontario, 1924).— Hopkins Moorhouse [A. H. J. Moorhouse], Deep furrows, which tells of pioneer trails along which the farmers of western Canada fought their way to great achievements in co-operation (Toronto et Winnipeg, [1918]).— L. D. Nesbitt, Tides in the west (Saskatoon, [1962]).— N. F. Priestley et E. B. Swindlehurst, Furrows, faith and fellowship (Edmonton, 1967).— The siege of Ottawa ; being the story of 800 farmers [...] who met the government and members of parliament in the House of Commons chamber in Ottawa on December 16, 1910, and demanded more equitable legislation, G. F. Chipman, édit. (Winnipeg, [1910]).— United Farmers of Alberta, Official minutes of the annual convention (v.p.), 19101914, 1916 (with reports, 1909–1913, 1915) (exemplaires conservés aux PAA, 74.1/221) ; les Official minutes pour l’année 1915 sont conservés sur microfilm aux GA, BR.— United Grain Growers Limited, The Grain Growers record, 1906 to 1943 ; an abridged history of Grain Growers’ Grain Company, 1906 to 1917, Alberta Co-operative Elevator Company, 1913 to 1917 [and] United Grain Growers Limited, 1917 to 1943 ([Winnipeg, 1944]).— L. A. Wood, A history of farmers’ movements in Canada (Toronto, 1924 ; réimpr., introd. de F. J. K. Griezic, Toronto et Buffalo, N.Y., 1975).

Bibliographie générale

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Cecilia Danysk, « SPEAKMAN, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/speakman_james_14F.html.

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Auteur de l'article:   Cecilia Danysk
Titre de l'article:   SPEAKMAN, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   1 septembre 2014