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LEONARD, GEORGE, fonctionnaire, homme politique, officier de milice et agent de développement agricole, né en novembre 1742 à Plymouth, Massachusetts, fils du révérend Nathaniel Leonard et de Priscilla Rogers ; décédé le 1er avril 1826 à Sussex Vale (Sussex Corner, Nouveau-Brunswick).

Issu d’une famille qui vivait au Massachusetts depuis cinq générations, George Leonard mena une existence ordinaire jusqu’à la guerre d’Indépendance américaine. Il avait ouvert à Boston un commerce de « grains et farine » qui, avant la guerre, lui rapportait £800 par année ; le 14 octobre 1765, il avait épousé Sarah Thatcher, de Boston, et ils allaient avoir dix enfants ; enfin, il semble qu’il ait laissé l’Église congrégationaliste, dont son père était ministre, pour adopter la foi anglicane. Leonard devait affirmer qu’il s’était « opposé dès le début aux désordres survenus à Boston » et, avec son ami d’enfance et camarade loyaliste Edward Winslow*, il prit part à la bataille de Lexington, en avril 1775, sous les ordres de lord Hugh Percy. À partir de ce moment-là et jusqu’à la fin de la guerre, et même plus tard, le sort de Leonard fut intimement lié à la cause loyaliste.

Leonard participa au siège de Boston en servant dans la compagnie d’Abijah Willard* et, en mars 1776, il dut se retirer à Halifax avec les troupes britanniques. Cet été-là, il était présent à la prise de New York et, au printemps de 1778, il servit dans le Rhode Island en compagnie des troupes britanniques. Le fait le plus remarquable qu’ait accompli Leonard durant la guerre fut de commander une petite flotte de navires qui mena des raids sur les villes côtières, entre le sud-est du Massachusetts et le détroit de l’île Long, durant l’été de 1779. Il fut en mesure d’organiser lui-même la flotte, « ayant eu la chance d’emporter, lors de l’évacuation de Boston [...], la plus grande partie de sa fortune » qu’il « consacra allégrement, avec tout l’argent qu’il put emprunter », à l’entreprise. Winslow, Joshua Upham* et d’autres loyalistes américains déçus, qui se voyaient condamnés à être « des spectateurs impuissants du conflit », participèrent également aux activités qui se déroulèrent sur la côte. Les raids donnèrent des résultats satisfaisants : on captura bon nombre de petits navires, une grande quantité de bestiaux et plusieurs personnes ; à la mi-septembre, la vente des prises avait rapporté plus de £23 400. Toutefois, au moment de l’évacuation du Rhode Island à l’automne de 1779, Leonard vendit sa flotte à perte, « constatant que ces navires ne seraient plus d’aucune utilité pour le gouvernement ».

En 1780, Leonard se rendit en Angleterre dans l’espoir de toucher un dédommagement pour ses dépenses, ainsi qu’une pension, et d’obtenir une autre mission pour défendre la cause loyaliste. Il fit impression sur le secrétaire d’État aux Colonies américaines, lord George Germain, en proposant de former à New York une association de loyalistes qui pourrait organiser, sur une grande échelle, de nouvelles attaques. Le Board of Associated Loyalists fut constitué, et Leonard ainsi que d’autres loyalistes éminents furent parmi les administrateurs, mais les commandants britanniques ne prirent guère avantage de ce nouvel effectif. Puis, en 1782, la Grande-Bretagne renonça à lancer des attaques par suite de la défaite subie à Yorktown l’année précédente et, en septembre, le belliqueux Leonard marqua son dégoût en démissionnant de l’association. Le mois suivant, il obtint une pension annuelle de £200.

Comme tant de loyalistes installés à New York et dans les environs, Leonard résolut de gagner avec sa famille « l’asile tout indiqué pour les amis du roi » dans les colonies britanniques du Nord. Ils arrivèrent en 1783, avec la « flotte du printemps », à l’endroit qui allait devenir Parrtown (Saint-Jean). Leonard en fut bientôt nommé l’un des administrateurs et fut chargé de la répartition des lots de ville. Il prit sa tâche au sérieux ; il semble même qu’il se considérait comme le gardien du nouvel établissement et qu’il cherchait à faire prévaloir ses idées sur le développement de celui-ci. L’énergie et le talent de Leonard s’avérèrent des atouts précieux dans cette région éloignée, mais sa suffisance indisposa un grand nombre de personnes. Lorsque d’autres flottes arrivèrent par la suite et que les nouveaux venus demandèrent une redistribution des lots de grève que, selon eux, les administrateurs avaient injustement accaparés pour eux-mêmes et leurs amis, Leonard dénonça les « mécontents » et leur avocat, Elias Hardy*. Au printemps de 1784, le gouverneur de la Nouvelle-Écosse, John Parr*, envoya le juge en chef Bryan Finucane comme médiateur dans le conflit. Leonard accusa gratuitement Finucane d’ajouter foi à « toutes les nouvelles sans fondement des salons de barbiers et des cabarets ». Le juge en chef redistribua certains des lots convoités, mais l’audition de témoins devant le Conseil de la Nouvelle-Écosse montra que Leonard et ses collègues n’avaient commis aucune faute dans l’exercice de leurs fonctions. Au moment où l’enquête fut tenue, cependant, le Nouveau-Brunswick avait été constitué en une province distincte et il se peut que le jugement de Parr et de ses conseillers ait été influencé par des considérations diplomatiques. Très désireux d’établir l’autorité des « gentlemen » dans les nouveaux établissements situés au nord de la baie de Fundy, Leonard avait été amené à travailler en étroite collaboration avec Winslow et d’autres officiers loyalistes pour réaliser la séparation de la Nouvelle-Écosse.

Avec la création du Nouveau-Brunswick en 1784, Leonard investit toute son imagination et sa loyauté dans la nouvelle colonie. Il passa les 25 dernières années de sa vie active à essayer de bâtir de solides institutions sociales et de mettre le commerce provincial à l’abri de la concurrence américaine. En 1786, il remplaça Jonathan Binney* au poste de surintendant du commerce et de la pêche à Canso, en Nouvelle-Écosse ; à ce titre, il était chargé de faire respecter le code maritime qui prévoyait des sanctions contre les contrebandiers américains. Cette nomination apparut comme une décision très pertinente, puisque Leonard était un marchand loyaliste. Il se trouva cependant devant une tâche impossible : ses efforts ne furent soutenus ni par les agents des douanes ni par les chambres d’Assemblée de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Des voyages en Angleterre et un flot continu de lettres à des fonctionnaires britanniques et à son représentant à Londres, William Knox, montrèrent que Leonard était fermement résolu à supprimer ce « commerce illicite » et à faire des colonies une « pépinière de marins » pour l’Empire. En 1797, il fit élargir sa juridiction de manière à inclure toutes les provinces Maritimes et obtint l’autorisation d’utiliser des navires armés ; par contre, il ne réussit pas à se faire nommer lieutenant-gouverneur, bien qu’il ait proposé que, pour des raisons d’économie, le poste de surintendant soit combiné avec celui de lieutenant-gouverneur du Cap-Breton ou de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard).

L’ardeur avec laquelle Leonard appliquait le code maritime donna lieu à l’un des épisodes les plus cocasses de la courte histoire du Nouveau-Brunswick. Au tournant du siècle, la Grande-Bretagne était engagée dans un vaste conflit avec Napoléon Ier et, par conséquent, elle désirait vivement maintenir des relations amicales avec les États-Unis. Ne tenant pas compte de l’intérêt général, Leonard continua d’appliquer le code d’une manière intransigeante et, en 1805, il fit saisir le navire américain Falmouth parce qu’il avait fait du commerce illégal dans les eaux britanniques. Au cours du singulier procès qui s’ensuivit, les deux agents britanniques des douanes prirent la défense du Falmouth en soutenant que les activités du navire avaient été approuvées officieusement. Cherchant à jouer un rôle de médiateur, le juge William Botsford* ordonna qu’on saisisse la cargaison du Falmouth, mais il refusa d’infliger une amende aux propriétaires du navire et adressa un blâme à Leonard. Nullement découragé, Leonard annonça dans la presse qu’il était déterminé à poursuivre les contrebandiers « des colonies rebelles ». Il fallut que l’ambassadeur britannique à Washington crie à l’indignation pour que Leonard arrête son action obstinée. Il refusa néanmoins de reconnaître ses torts. Son seul crime, déclara-t-il à Winslow, était d’avoir montré « trop de zèle ».

En réalité, le zèle de Leonard lui valut du mérite, mais il causa aussi sa perte. Sa contribution à l’établissement de la province du Nouveau-Brunswick fut remarquable. Pendant qu’il vivait à Saint-Jean, il exerça les fonctions de trésorier de la ville. Il siégea au Conseil du Nouveau-Brunswick de 1790 jusqu’à sa mort et fit partie du conseil d’administration du collège de Fredericton et de la grammar school de Saint-Jean. Il fut également cofondateur de la loge maçonnique de Saint-Jean, lieutenant-colonel de la milice du comté de Kings et quartier-maître de la milice provinciale. De plus, il appuya résolument les efforts accomplis par la New England Company pour ouvrir des écoles indiennes dans la province [V. Oliver Arnold] et fut l’un des bienfaiteurs de l’Église d’Angleterre. Il essaya d’obtenir un évêché pour le Nouveau-Brunswick et chercha, par l’intermédiaire de ses amis en Angleterre, à recueillir des fonds pour constituer une bibliothèque d’auteurs classiques. Mais un grand nombre de ses projets échouèrent à cause de son mépris pour la politique démocratique et pour « la paysannerie ». Un jour, l’imprimeur Christopher Sower* déclencha une bataille avec Leonard, qui était beaucoup plus fort que lui, croyant que se battre contre un homme aussi peu populaire allait faire progresser ses chances de remporter la victoire aux élections. En outre, l’incapacité de Leonard à tolérer les critiques au sujet de l’administration de l’école indienne de Sussex Vale fit perdre à l’établissement l’appui du juge en chef George Duncan Ludlow* et de certains autres fonctionnaires importants. Les quelques papiers de Leonard qui ont été conservés montrent un homme dont les amitiés étaient chaleureuses et les enthousiasmes généreux. Dans le groupe restreint de loyalistes qui dirigèrent le Nouveau-Brunswick à ses débuts, Leonard fut apparemment le plus attaché aux souvenirs de sa jeunesse dans le Massachusetts et aux victoires qu’il avait remportées pendant la guerre. Il chercha à reproduire au Nouveau-Brunswick cette ancienne société coloniale et à faire disparaître les effets de la Révolution américaine.

Leonard connut une plus grande réussite dans ses occupations privées que dans sa vie publique. Il possédait une grande maison à Saint-Jean, mais sa résidence principale, que l’évêque Charles Inglis* comparait à une « villa européenne », se trouvait à Sussex Vale, village agricole situé à 70 milles à l’ouest de la ville, sur les rives de la Kennebecasis. Cette « agréable vallée » avait auparavant été désignée par les Français comme emplacement pour y établir des domaines seigneuriaux ; durant la période des loyalistes, elle fut constamment louée par les voyageurs pour sa beauté, pour sa fertilité et pour l’abondance de ses poissons, de son gibier et de ses fruits sauvages. Non seulement Leonard fit-il de grands efforts pour y installer des familles et améliorer les routes de la région, mais encore devint-il un bienfaiteur paternaliste pour ses voisins, surtout grâce aux capitaux qu’il avait accumulés comme marchand à Boston, à l’indemnité de près de £5 000 qu’il avait reçue pour les pertes subies pendant la guerre et au revenu de £200 qu’il touchait en tant que surintendant du commerce et de la pêche. Selon le colonel Joseph Gubbins, tout cet argent permit à Leonard d’investir l’importante somme de £8 000 dans le défrichement et la mise en valeur de ses terres à Sussex Vale.

En 1792, Patrick Campbell parlait des entreprises de Leonard avec enthousiasme : « M. Lenard m’a dit qu’il avait un champ naturel de foin sauvage d’une vaste étendue, environ deux milles, et qu’il permettait aux habitants du voisinage d’emporter la quantité [de foin] qu’ils désiraient ; qu’il avait assez de pâturage dans ses forêts pour plusieurs centaines de têtes de bétail et qu’il ne s’en servait aucunement ; qu’il avait 200 moutons, vingt vaches laitières avec leurs petits, un certain nombre de juments, de bœufs et de chevaux. » Campbell était encore plus impressionné par le fait que Leonard acceptait de céder des terres aussi bien pourvues à des locataires, sous réserve d’un partage égal des bénéfices après trois ans. Aux yeux de Campbell, cette façon de procéder semblait être une excellente occasion pour un fermier immigrant qui souhaitait « améliorer son sort ». Vingt ans plus tard, Gubbins soulignait la clairvoyance qu’avait manifestée Leonard en s’intéressant aux progrès de l’agriculture, notamment à l’élevage du bétail. Gubbins nota également que l’effondrement des valeurs foncières au Nouveau-Brunswick avait réduit de plus de la moitié la valeur marchande des terrains de Leonard, mais personne ne mit en doute la perspicacité de celui-ci ni l’importance du rôle qu’il jouait dans la région de Sussex. Ses actions portaient la marque d’une générosité rappelant celle des squires anglais – il fit de nombreux dons à des organisations scolaires et religieuses de l’endroit –, et il leur conférait un style personnel à la fois « distingué et accueillant ».

George Leonard se retira peu à peu de la vie publique après 1809. La fin de sa vie fut marquée par une pénible maladie. À la mort du lieutenant-gouverneur George Stracey Smyth en 1823, son ancienneté le rendit éligible à la présidence du Conseil du Nouveau-Brunswick, mais il refusa le poste en raison de « [son] âge et de [ses] infirmités ». Il mourut en 1826, deux mois après le décès de celle qui avait été sa femme pendant 60 ans. Son fils George s’était noyé au cours d’une expédition de chasse en 1818. Il avait eu trois autres fils et six filles.

Ann Gorman Condon

APC, MG 23, D1, sér. 1, 21 : 43–112.— PANS, MG 1, 480, 9–11 août 1792 (transcriptions).— PRO, CO 188/9, Leonard à John King, 10 sept. 1798 ; 188/10, Leonard au duc de Portland, 1er nov. 1800 ; 188/16, « Reports of officers of governments on duties and emoluments », 1810 ; PRO 30/55, no 5577.— P. Campbell, Travels in North America (Langton et Ganong).— G.-B., Commission Appointed to Enquire into the Losses of American Loyalists, American loyalists ; transcript of the manuscript books and papers of the commission of enquiry into the losses and services of the American loyalists [...] preserved amongst the Audit Office records in the Public Record Office of England, 1783–1790 [...] (60 vol., [Londres], 1898–1903), 14 : 117–118, 136, 175 ; 28 : 283.— Gubbins, N.B. journals (Temperley).— Winslow papers (Raymond).— DAB.— G.-B., Hist. mss Commission, Report on American manuscripts in the Royal Institution of Great Britain (4 vol., Londres, 1904–1909).— Esther Clark Wright, The loyalists of New Brunswick (Fredericton, [1955] ; réimpr., Moncton, N.-B., [1972], et Hantsport, N.-É., 1981).— Gorman Condon, « Envy of American states ».— MacNutt, New Brunswick.— Judith Fingard, « The New England Company and the New Brunswick Indians, 1786–1826 : a comment on the colonial perversion of British benevolence », Acadiensis (Fredericton), 1 (1971–1972), no 2 : 29–42.

Bibliographie générale

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Ann Gorman Condon, « LEONARD, GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/leonard_george_6F.html.

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Auteur de l'article:   Ann Gorman Condon
Titre de l'article:   LEONARD, GEORGE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   18 décembre 2014