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PROULX, JEAN-BAPTISTE, cultivateur, officier de milice, propriétaire foncier et homme politique, né le 13 juillet 1793 à Nicolet, Bas-Canada, fils de Joseph Proulx, cultivateur, et de Geneviève Crevier Descheneaux ; décédé le 17 juillet 1856 dans le même village.

Jean-Baptiste Proulx appartient à une vieille famille de cultivateurs qui s’est établie à Nicolet à l’époque de la colonisation française. C’est donc dans ce milieu d’agriculteurs que se façonnent les premiers traits de sa personnalité. Proulx est marqué non seulement par les valeurs rurales, mais aussi par une société où les réseaux d’entraide fondés sur les liens de parenté et les alliances de famille occupent une place primordiale. Attaché au monde agricole par son éducation, défenseur des valeurs familiales qui lui ont été inculquées, soucieux d’agrandir et d’améliorer le patrimoine ancestral, Proulx, comme ses proches, se fera cultivateur.

Mais avant, Proulx commence son cours classique au séminaire de Nicolet en 1803. Que peut-on alors savoir de la formation intellectuelle qu’il y reçoit et de l’influence que ses professeurs exercent sur lui ? Il est difficile de répondre à cette question, puisque Proulx ne laissera aucune confidence sur ce point. De toute façon, c’est en 1811 qu’il termine ses études et, contrairement à ses confrères de classe qui optent pour la prêtrise ou pour les professions libérales, il choisit de s’installer sur la terre paternelle. Lors de la guerre de. 1812, il s’engage dans la milice comme volontaire, puis il se rend près de la frontière combattre les Américains.

Lorsque Proulx revient à Nicolet en 1814, son père lui octroie un tiers de sa terre, soit plus de 150 arpents de superficie. Il y ajoute des bestiaux, des grains de semence et un paquet de vieilles hardes. Aussitôt installé, Jean-Baptiste Proulx se met à la tâche et ne tarde pas à s’affirmer comme producteur agricole dynamique et efficace. Ce qui fait sa force et sa richesse, ce n’est pas tant l’étendue de sa terre que la surface qu’il parvient à mettre en culture. Dès cette époque, les rendements qu’il obtient sont parmi les plus élevés de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, à Nicolet, et Proulx fait déjà partie de cette minorité de cultivateurs qui réussit à écouler ses surplus dans le voisinage. Dans ces conditions, il devient l’un des chefs de file de Nicolet, intervenant même dans la plupart des domaines de la vie collective. Le dépouillement des registres de la paroisse Saint-Jean-Baptiste indique qu’il est souvent choisi comme parrain, ce qui constitue encore à cette époque un signe de prestige social. Il figure aussi parmi les membres les plus en vue des organisations de son village. En 1817, il participe, entre autres, à la mise sur pied d’un marché à Nicolet. Il s’intéresse également à la milice et déjà comme lieutenant dans le 2e bataillon de milice du comté de Buckingham son influence est considérable dans la région de Trois-Rivières.

Fort connu dans son milieu et ardent défenseur des institutions canadiennes-françaises, Proulx réussit en 1820 à se faire élire député de la circonscription de Buckingham à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada avec son colistier Louis Bourdages*. En chambre, il n’attire pas spécialement l’attention et se montre surtout préoccupé des problèmes de sa région et peu intéressé encore par les grands débats politiques et les luttes parlementaires. Cela ne l’empêche pas cependant d’obtenir le respect de ses collègues qui apprécient son assiduité au travail et sa participation constante à plusieurs comités chargés d’étudier le développement de l’agriculture et de la colonisation. En 1824, il se fait réélire facilement dans la circonscription de Buckingham et il est en voie de devenir le porte-parole en chambre des cultivateurs de la région de Trois-Rivières. Réélu en 1827, il est cependant destitué de son poste de lieutenant de milice pour s’en être pris lors des élections de cette année-là à la politique du gouverneur en chef, lord Dalhousie [Ramsay*], et pour avoir tenu des propos irrespectueux envers le lieutenant-colonel Kenelm Conor Chandler*, commandant du 2e bataillon de milice du comté de Buckingham et seigneur de Nicolet.

En 1828, Joseph Proulx octroie à son fils un arrière-fief de 45 arpents de superficie exempt à toutes fins utiles de redevance seigneuriale. Son domaine foncier garantit alors à Jean-Baptiste Proulx une supériorité sur la masse des autres exploitants de la région. Cette suprématie se retrouve aussi dans divers autres éléments de son exploitation agricole., dont le plus significatif est sans conteste la dimension de son cheptel. À la fin des années 1820, Proulx possède 40 bêtes à corne, 7 chevaux, 60 moutons et 14 cochons. Il compte parmi les gros fournisseurs de viande de boucherie de Nicolet et il vend même du foin sur le marché de Trois-Rivières. Dans les circonstances, il peut songer à se trouver une épouse. Le 5 juillet 1830, il se marie avec une jeune veuve, Flore Lemire, de Baie-du-Febvre (Baieville), qui vient d’un milieu de marchands et de cultivateurs aisés. Ce beau mariage « arrangé », comme le dit si bien la tradition locale, lui permet de consolider encore davantage sa situation sociale et économique avec l’apport d’une dot de plus de 500 et d’une riche terre en prairie située dans le village de Baie-du-Febvre.

La même année, Proulx est élu député de la nouvelle circonscription de Nicolet. Dès son retour en chambre, il est invité à prendre des positions de plus en plus fermes contre le gouvernement britannique. C’est que le parti patriote dirigé par Louis-Joseph Papineau* ne se contente plus de réclamer des réformes administratives et judiciaires, mais exige à présent le contrôle entier du budget par la chambre d’Assemblée et l’élection des membres du Conseil législatif. En même temps, les malaises agricoles, le problème de la rareté des terres sur le territoire seigneurial et la spéculation foncière dans les cantons en faveur de certains grands marchands britanniques accentuent les tensions sociales et rendent impossible toute réconciliation entre Canadiens français et Canadiens anglais. C’est à cette époque que Proulx adhère ouvertement au parti patriote et qu’il épouse les idées de Papineau. En 1834, il défend ardemment au cours de la campagne électorale les Quatre-vingt-douze Résolutions et, à mesure que les positions se durcissent, il en vient à réclamer l’indépendance du Bas-Canada. Lors des élections qui ont lieu la même année, il remporte une victoire éclatante grâce au haut degré de participation des agriculteurs et des journaliers de sa localité. Son beau-frère, Jean-Baptiste Hébert, cultivateur, se fait élire lui aussi sans difficulté, devenant ainsi le deuxième représentant de la circonscription de Nicolet. À travers ces deux hommes, déjà unis par des liens familiaux, s’érige de plus en plus une véritable structure de pouvoir local. En 1835, Proulx acquiert un quart de l’île Bougainville, près de Nicolet, souhaitant avec cet achat augmenter la superficie de ses terres en prairie et intensifier son élevage. Malgré ses lourdes tâches de cultivateur, il n’en continue pas moins de mener une dure lutte au gouvernement dans sa région.

À la veille de la rébellion, Proulx figure au nombre des membres les plus actifs de l’organisation révolutionnaire de son comté, mettant sur pied des associations locales, multipliant les assemblées sur les perrons des églises après la messe du dimanche et réclamant ouvertement l’appui de ses compatriotes à la révolte armée. Mais son action connaît peu de succès. Les interventions répétées de Jean Raimbault*, curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, contre toute révolte portent fruit et ont un grand retentissement dans tout le comté. De même, l’appui inconditionnel de plusieurs membres des professions libérales et de petits marchands à la classe seigneuriale de la région de Trois-Rivières a pour effet de démobiliser les masses rurales, accablées par les redevances seigneuriales. Dénoncé par plusieurs des siens, Proulx est conduit à la prison de Montréal à la fin de 1838. L’année suivante, il est libéré faute de preuves.

Au lendemain de la rébellion, Proulx entre dans une période de retrait par suite des déceptions qu’il éprouve et qui engendrent chez lui une profonde amertume. À l’avenir, il ne se consacrera plus qu’à l’exploitation de ses terres et tentera de sauvegarder une indépendance économique qui lui a toujours été chère. Dans un premier temps, il arrondit son domaine foncier, ajoutant par-ci par-là de petites portions à ses terres. Ainsi, de 1844 à 1850, il achète pas moins d’une dizaine de morceaux de terre, s’assurant un patrimoine foncier de près de 500 arpents de superficie. Son emprise foncière s’exerce donc sur une grande partie de la seigneurie de Nicolet. Dans un second temps, conscient du développement du marché urbain et des possibilités qui lui sont offertes, il oriente définitivement sa production vers l’élevage, comme l’indique la conversion de plusieurs de ses terres en prairie. L’importance de plus en plus grande de son cheptel se traduit aussi par la présence d’un abattoir et de deux laiteries dans sa ferme.

À la fin de sa vie, Proulx se préoccupe de placer ses six enfants. Il achète une terre pour son fils aîné dans le canton de Durham en 1854 et la lui cède la même année. Dans son dernier testament, il institue sa femme légataire universelle à condition qu’elle lègue l’héritage familial aux enfants et qu’elle tienne compte d’un certain partage entre eux. Jusque sur son lit de mort, Proulx se comporte comme un chef de famille tout-puissant. Il meurt le 17 juillet 1856 à Nicolet et est inhumé le même jour dans l’église de son village, signe évident de sa notabilité. Quelques années plus tard, sa femme, qui lui a toujours été soumise, répond en grande partie à ses vœux : les deux derniers garçons héritent du domaine paternel, tandis que les trois jeunes filles reçoivent des dots généreuses lors de leur mariage.

Destin bien banal que celui de Jean-Baptiste Proulx. Il n’en est pas moins représentatif de celui d’une minorité de cultivateurs attentive au marché, préoccupée de préserver l’héritage ancestral et détentrice d’un pouvoir local important dans la première moitié du xixe siècle au Bas-Canada.

Richard Chabot

ANQ-M, CE3-2, 5 juill. 1830 ; CN3-81, 1er juill. 1830.— ANQ-MBF, CE1-13, 13 juin. 1793, 17 juill. 1856 ; CN1-23, 28 févr. 1860 ; CN1-35, 18 juill. 1814 ; CN1-47, 20 mars 1852, 28 déc. 1854 ; CN1-52, 30 mars 1835 ; CN1-56, 6 juill. 1828.— ANQ-Q, E17/8, nos 232–251.— APC, MG 30, D1, 25 : 441–448 ; RG 31, A1, 1831, Nicolet.— ASN, AO, Polygraphie, IV, no 19 ; Séminaire, Cahier de cens et rentes de la seigneurie de Nicolet, 11 : 15 ; 13 : 15 ; Cahier de dîme du curé Jean Raimbault, 1809–1840, paiement de la dîme de J.-B. Proulx écuyer ; Censier de la seigneurie de Nicolet, 5, nos 28, 30–31, 35–38, 52 ; Lettres des directeurs et autres à l’évêque de Québec, 2, 23 juill. 1839 ; Terrier de la seigneurie de Nicolet, 2 : 23.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1823–1824, app. R ; 1828–1829, app. II.— La Minerve, 14 juill. 1856.— F.-J. Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— Desjardins, Guide parl.— Fauteux, Patriotes, 358.— J.-E. Bellemare, Histoire de Nicolet, 1669–1924 (Arthabaska, Québec, 1924).— Douville, Hist. du collège-séminaire de Nicolet.— Maurice Grenier, « la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada, 1815–1837 » (thèse de m.a., univ. de Montréal, 1966).— Laurin, Girouard & les Patriotes, 101.— L.-O. David, « les Hommes de 37–38 : Jean-Baptiste Proulx », l’Opinion publique, 13 sept. 1877 : 433.

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Richard Chabot, « PROULX, JEAN-BAPTISTE (1793-1856) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/proulx_jean_baptiste_1793_1856_8F.html.

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Auteur de l'article:   Richard Chabot
Titre de l'article:   PROULX, JEAN-BAPTISTE (1793-1856)
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
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