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O’NEILL, JOHN, chef fénien, né le 8 mars 1834 à Drumgallon, comté de Monaghan, Irlande, décédé le 7 janvier 1878 à Omaha, Nebraska, É.-U.

John O’Neill s’installa dans le New Jersey en 1848 et, après une année d’études qui vint s’ajouter à celles qu’il avait déjà faites en Irlande, il occupa toute une série d’emplois jusqu’en 1857. Cette année-là il s’engagea dans le 2e régiment de dragons des États-Unis pour participer à la « guerre des Mormons ». Il semble qu’il ait déserté et qu’il soit parti en Californie où il se serait engagé dans le 1er régiment de cavalerie, unité dans laquelle il atteignit le grade de sergent. Il servit dans ce régiment pendant la guerre de Sécession jusqu’à ce qu’il reçût une commission dans le 5e régiment de cavalerie de l’Indiana en décembre 1862. Ce fut un officier intrépide, mais il eut le sentiment de n’avoir pas eu l’avancement qu’il méritait ; il fut muté dans le 17e régiment de la United States Colored Infantry avec le grade de capitaine et il quitta finalement l’armée avant la fin de la guerre. Ce fut à peu près l’époque de son mariage avec Mary Crow dont il eut plusieurs enfants.

Pendant qu’il travaillait dans le Tennessee, il devint membre de la Confrérie des Féniens, en adhérant au parti dirigé par William Randall Roberts* qui était en faveur d’une offensive contre le Canada. Colonel fénien en 1866, O’Neill partit de Nashville à la tête d’un groupe qui devait participer à la tentative d’invasion. L’officier qui devait prendre en main les opérations à la frontière sur la rivière Niagara ne vint pas et O’Neill prit sa place. Très tôt le 1er juin, il franchit la rivière avec un détachement qui comptait, selon ses dires, 600 hommes et occupa le village de Fort Erie. Le lendemain, au nord de Ridgeway, il rencontra l’avant-garde d’un détachement de volontaires canadiens commandé par le lieutenant-colonel Alfred Booker et composé en majorité de fantassins du Queen’s Own Rifles de Toronto et du 13e bataillon de Hamilton. Au cours de l’engagement qui fut bref mais acharné, les Féniens (dont plusieurs étaient, comme O’Neill, des vétérans de la guerre de Sécession) mirent en déroute les Canadiens peu aguerris, qui battirent en retraite jusqu’à Port Colborne. Fort Erie fut le théâtre d’une escarmouche sanglante entre O’Neill et ses troupes qui s’y étaient retirées et un détachement canadien, qui venait de débarquer d’un remorqueur, sous les ordres de John Stoughton Dennis*. Cette nuit-là voyant que des forces britanniques supérieures aux siennes les encerclaient, O’Neill parvint à quitter le Canada avec ses hommes. Ils furent arraisonnés par une canonnière américaine qui patrouillait sur la rivière Niagara, mais furent relâchés presque aussitôt. O’Neill fut accusé d’avoir violé les lois de neutralité des États-Unis, mais le chef d’accusation fut vite abandonné.

Ridgeway fit d’O’Neill un héros fénien. Il avait donné aux troupes féniennes la seule victoire qu’elles remportèrent jamais au cours de leurs nombreuses incursions au Canada. Il avait bien dirigé ses hommes, et il faut ajouter qu’il n’avait à aucun moment perdu le contrôle de ses troupes, et qu’il y eut un minimum de pillage et de confusion. Peu après cette aventure, le parti de la Confrérie des Féniens dirigé par Roberts le nomma « inspecteur général de l’Irish Republican Army ». À la fin de 1867, il remplaça Roberts comme président. Un échec solda des négociations en vue du rattachement de cette faction de la confrérie à celle dont John O’Mahony avait été président et que dirigeait maintenant John Savage. O’Neill commença à recueillir des fonds et à acheter des armes qu’il distribua en vue d’une nouvelle expédition au Canada. En 1868 et 1869, on s’alarma beaucoup au Canada de ces activités et on se tint constamment sur la défensive. Toutefois, des agents canadiens s’étaient infiltrés dans l’organisation d’O’Neill ; il y avait en particulier un de ses collaborateurs, Henri Le Caron [Thomas Beach*], qui était à la solde de Gilbert McMicken*, chef de la police secrète canadienne. Au début de 1870, O’Neill entra en conflit avec son « sénat » et perdit une grande partie de ses appuis. Le 25 mai, avec la fraction de la confrérie qui était toujours décidée à le suivre, il fit une tentative de raid sur Eccles Hill situé à la frontière, près de Frelighsburg au Québec. Suffisamment prévenues à l’avance, les autorités canadiennes avaient pu prendre toutes leurs précautions. L’avant-garde fénienne se fit tirer dessus dès qu’elle eut franchi la frontière et battit en retraite. O’Neill fut lui-même arrêté par un préfet américain et, vers la fin du mois de juillet, il fut condamné à deux ans de prison, mais fut gracié au mois d’octobre, en même temps que d’autres prisonniers féniens, par le président Ulysses Simpson Grant des États-Unis.

O’Neill renonça à l’idée de nouvelles expéditions contre le Canada, mais il fut relancé par William Bernard O’Donoghue, ancien membre du gouvernement provisoire de la Rivière-Rouge présidé par Louis Riel*. O’Neill se rallia au plan qu’O’Donoghue avait conçu pour attaquer le Manitoba. L’organisation officielle des Féniens rejeta le plan ; néanmoins, le 5 octobre 1871, accompagné d’un petit groupe de partisans, O’Neill s’empara du poste de la Hudson’s Bay Company à Pembina, situé sur des terres que se disputaient le Canada et les États-Unis. Il fut immédiatement arrêté par les troupes américaines, mais il fut acquitté par un tribunal américain parce que son délit avait été commis au Canada. Ce fut son dernier raid. Sept ans plus tard, il mourut d’une attaque de paralysie, à une époque où il travaillait dans une société de spéculation foncière dans le comté de Holt, dans le Nebraska.

On a du mal à croire qu’O’Neill était un homme doué d’une grande intelligence ; prétendre, en effet, réparer les torts causés aux Irlandais en s’attaquant au Canada, ce qu’il préconisait ardemment, était tout à fait stupide. Il était égoïste et crédule, cependant il semble qu’il fut un vaillant soldat et un patriote irlandais sincère. Contrairement à de nombreux autres chefs féniens, il était prêt à risquer sa vie et sa liberté pour la cause qu’il défendait.

C. P. Stacey

John O’Neill est l’auteur de Address of Gen. John O’Neill [...] to the officers and members of the Fenian brotherhood, on the state of the organization, and its attempted disruption (New York, 1868) ; Message of Gen’l John O’Neill, president, F.B., to the seventh national congress (Philadelphie, 1868) ; Official report of Gen. John O’Neill, president of the Fenian brotherhood ; on the attempt to invade Canada, May 25th, 1870 ; the preparations therefor, and the cause of its failure, with a sketch of his connection with the organization, and the motives which led him to join it : also a report of the battle of Ridgeway, Canada West, fought June 2d, 1866 [...] (New York, 1870) ; une lettre dans l’Irish American (New York), 28 sept. 1867.

APC, FM 26, A (Papiers Macdonald), 234–246.— G. T. Denison III, History of the Fenian raid on Fort Erie ; with an account of the battle of Ridgeway (Toronto, 1866).— Irish American (New York), 19 janv., 2 févr. 1878.— Henri Le Caron [T. M. Beach], Twenty-five years in the secret service (Londres, 1892).— Gilbert McMicken, The abortive Fenian raid on Manitoba, Papers of the HSSM, no 32 (1887–1888), 1–11.— John Savage, Fenian heroes and martyrs (Boston, 1868).— DAB.

Bibliographie générale

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C. P. Stacey, « O’NEILL, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/o_neill_john_10F.html.

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Auteur de l'article:   C. P. Stacey
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   2 octobre 2014