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MOUSSEAU, JOSEPH-ALFRED, avocat, journaliste, écrivain, homme politique et juge, né à Berthier-en-Haut (Berthierville, Québec) le 18 juillet 1838, fils de Louis Mousseau et de Sophie Duteau, dit Grandpré ; le 20 août 1862, il épousa à Berthier-en-Haut Hersélie Desrosiers, et ils eurent 11 enfants ; décédé à Montréal le 30 mars 1886.

La famille de Joseph-Alfred Mousseau a immigré au Canada dès le xviie siècle puisque, le 16 septembre 1658, Jacques Mousseaux, dit Laviolette, dont les parents étaient natifs d’Azay-le-Rideau, près de Tours, France, épouse à Ville-Marie (Montréal) Marguerite Sauriot (ou Sauviot). Joseph-Alfred fréquente d’abord l’académie de Berthier puis, d’après des témoignages de contemporains, il se forme en grande partie par lui-même. Venu à Montréal pour y étudier le droit, il travaille auprès de Louis-Auguste Olivier, de Thomas Kennedy Ramsay, de Lewis Thomas Drummond et de Louis Bélanger. Il est admis au barreau en 1860 et sera créé conseiller de la reine en 1873. Durant 20 ans, il pratique dans l’étude Mousseau, Chapleau et Archambault, qui devient, après le départ de Joseph-Adolphe Chapleau*, Mousseau et Archambault. Il fait à la fois du droit civil et criminel. D’après son ami Laurent-Olivier David*, il est un bourreau de travail. « C’était une bonne tête munie d’un jugement sain, d’une grande mémoire et d’une vive imagination. C’était surtout un travailleur, un piocheur, passant des nuits entières à étudier, à consulter les auteurs, à préparer ses plaidoyers ou ses écrits. Souvent après avoir plaidé toute la journée, il se remettait au travail, à huit heures, le soir, pour continuer jusqu’à trois ou quatre heures du matin. Il se tenait éveillé en prenant une dizaine de tasses de café et souvent d’autres stimulants. Habitude funeste ! »

Tout en pratiquant sa profession, Mousseau se fait journaliste et écrivain. Le 2 janvier 1862, paraît à Montréal le premier numéro d’un nouveau journal, le Colonisateur, qui remplace la Guêpe fondée par Cyrille Boucher* et Adolphe Ouimet*. Le journal veut aider la colonisation dans la province. Mousseau est du groupe des cinq propriétaires, qui comprend aussi Ludger Labelle*, Chapleau, Louis-Wilfrid Sicotte et David. Dans ce groupe, il y a des partisans des deux partis politiques existants. Ces jeunes intellectuels prétendent briser les lignes des partis afin de faire ensemble œuvre nationale, en contribuant aux progrès de la colonisation dans la province. Ils veulent mettre à la portée de tous les citoyens les renseignements indispensables à l’avancement et au succès de la colonisation. L’agriculture étant intimement liée à la colonisation, ils s’attacheront aussi, d’après leur article-programme du 2 janvier 1862, au perfectionnement de « cet art » dont dépend « la prospérité d’un pays ». Pour survivre, le Colonisateur doit atteindre la clientèle la plus large possible. Il ouvre donc ses colonnes non seulement aux sujets connexes à la colonisation, économie politique, industrie et commerce, mais aussi à la littérature et aux sciences. La collaboration de Mousseau au Colonisateur est anonyme comme toutes les autres, le journal étant fait en comité. Mais on sait qu’elle est de courte durée puisque le journal publie son dernier numéro le 27 juin 1863 et que David et André-Napoléon Montpetit* en sont les seuls rédacteurs depuis quelques mois déjà. Il est facile de comprendre qu’un journal aussi spécialisé soit voué à une mort précoce. Quand il a exploité à fond le célèbre rapport de Narcisse-Fortunat Belleau* sur la colonisation paru à la fin de 1861, qu’il a prôné quelques mesures audacieuses comme la création d’un ministère de la colonisation et l’établissement d’une banque agricole basée sur le crédit foncier, qu’il a fait appel au public en faveur de la construction de chapelles dans les « colonies » parce que celles-ci ont toujours prospéré « quand elles ont eu des missionnaires à leur tête », qu’il a facilité la connaissance des lieux les plus « convenables à la colonisation », qu’il a fait connaître les politiques gouvernementales favorables à la colonisation et souligné les innovations en immigration, rapatriement et colonisation, le Colonisateur a presque épuisé le sujet. Il souffre déjà d’anémie sérieuse quand, en décembre 1862, survient un rival, le Défricheur, fondé à L’Avenir par Jean-Baptiste-Éric Dorion*, ancien directeur-gérant du journal l’Avenir, et il meurt d’inanition le 27 juin 1863.

Sept ans plus tard, Mousseau fait une autre expérience journalistique. En 1870, il fonde avec David et George-Édouard Desbarats* l’Opinion publique. Cet hebdomadaire est une innovation : on y utilise un nouveau procédé de gravure, la « leggotypie » (une variante de la lithographie), atteignant ainsi une qualité d’illustration sans précédent ; les articles sont écrits avec soin, voire avec une certaine prétention littéraire, et ils sont tous signés ; la publication est sans orientation politique définie, ce qui, d’après David, « en rend la rédaction piquante et plaît aux deux partis ». L’Opinion publique est une expérience heureuse et rentable pour un moment. Après deux ans, le journal atteint le tirage exceptionnel de 12 000 à 13 000 exemplaires. Mais, en 1873, à l’occasion du scandale du Pacifique, des divisions internes compromettent son succès. En parcourant le journal, on peut constater que Mousseau en a été un collaborateur assidu pendant trois ans, y signant la chronique sur la politique internationale. On peut également découvrir que Mousseau a des intérêts littéraires et scientifiques et que la politique l’attire de plus en plus, si bien qu’il aimait dire que l’Opinion publique ne l’avait pas enrichi, mais qu’elle lui avait ouvert la porte du comté de Bagot. Il faut noter que Mousseau se conforme bien à l’esprit du périodique et que, contrairement aux tendances journalistiques du xixe siècle, il n’a rien du polémiste qui joue de la plume comme de l’épée.

Mousseau est aussi l’auteur de deux œuvres littéraires. La première est une Lecture publique [...] sur Cardinal et Duquet, victimes de 1837–38, prononcée lors du 2e anniversaire de la fondation de l’Institut canadien-français, le 16 mai 1860. Mousseau y présente la vie et le caractère de Joseph-Narcisse Cardinal* et de Joseph Duquet* qui, après avoir refusé de joindre les insurgés de 1837, se sont engagés dans la rébellion de 1838 parce qu’ils comptaient alors sur le concours général de la population, l’action concertée des deux Canadas et le secours des Américains. Par delà ces deux « martyrs de la nationalité et de la liberté », Mousseau veut célébrer tous ceux « qui ont aimé leur patrie et leur nationalité ». L’énumération des hommes qui méritent l’admiration de Mousseau comprend entre autres Elzéar Bédard*, Louis Bourdages* et Joseph Papineau*, alors qu’elle exclut le chef de la rébellion, Louis-Joseph Papineau*.

Beaucoup mieux connue est la seconde œuvre de Mousseau, Contre poison : la Confédération c’est le salut du Bas-Canada ; il faut se défier des ennemis de la Confédération, publiée le 25 juillet 1867. Écrivant dans les intérêts du parti conservateur, l’auteur répond à la brochure dans laquelle Dorion se prononçait, au nom des « rouges », contre la Confédération. Plaidoyer en faveur de la « grande et belle » Confédération, « digne couronnement d’un si beau passé qui asseoit définitivement la nationalité canadienne-française, crée une grande nation et donne au pays une base solide et durable », la brochure est aussi la condamnation du parti « des impies, des annexionnistes et des ex-affidés aux sociétés secrètes » qui refusent d’accepter la Confédération. En trois phrases lapidaires, le Courrier de Saint-Hyacinthe résume ainsi la portée de l’œuvre : « Elle fourmille de renseignements ; le style en est d’une vigueur terrible. Tous les électeurs devraient la posséder. »

Le zèle que Mousseau a mis à la défense des intérêts conservateurs au moment de la Confédération et qui aura son écho lors du scandale du Pacifique, laisse entrevoir son entrée dans la politique active. Déjà, pendant la campagne électorale fédérale de 1872, il exerce avec entre autres Chapleau et Clément-Arthur Dansereau* un fort ascendant sur la jeunesse de Montréal, pour qui devenaient absolument nuls les moyens de cabale et d’influence auxquels s’accrochaient encore sir George-Étienne Cartier* et les anciens du parti, sans se rendre compte que le parti leur glissait ainsi entre les mains. La pensée conservatrice progressiste de ces jeunes avocats aurait pu faire échec au parti national naissant, regroupant à la fois des libéraux et des conservateurs. Mais Mousseau ne pourrait se satisfaire d’une influence idéologique. Il désirait visiblement faire le saut dans l’arène politique. En janvier 1874, l’abolition du double mandat ouvrant la porte à de nouveaux venus, il se présente aux élections fédérales dans le comté de Bagot, afin d’occuper le siège laissé vacant par Pierre-Samuel Gendron, qui avait opté pour le provincial. Le parti conservateur étant en mauvaise position à la suite du scandale du Pacifique, Mousseau tente de se gagner le vote de certains libéraux modérés. Il promet d’accorder franc jeu au nouveau gouvernement d’Alexander Mackenzie* en le jugeant sur ses seuls actes politiques. Grâce à cette tactique, sans doute, il est élu par une majorité de 43 voix sur son adversaire Jean-Baptiste Bourgeois, l’ancien « Danton » du parti national.

Pendant la première période de sa vie politique, Mousseau siège dans l’opposition. Il y fait bonne figure, bien que son rôle soit forcément réduit. En quittant le pouvoir, les conservateurs ont laissé pendantes les grandes questions de la création de la Cour suprême du Canada, de l’amnistie générale du Nord-Ouest et des écoles « séparées » du Nouveau-Brunswick, questions qui incitent les Canadiens français à des prises de position nationalistes. Et c’est là le premier caractère de l’action politique de Mousseau en chambre, caractère qui l’associe alors au groupe du parti national, dont font partie Louis-Amable Jetté*, Laurent-Olivier David et Honoré Mercier*.

L’une des premières manifestations de Mousseau au parlement, c’est un appui donné au député libéral Henri-Thomas Taschereau, qui voudrait limiter la juridiction de la Cour suprême du Canada aux causes tombant sous la loi fédérale, considérant qu’il serait injuste que des juges, en majorité étrangers à la province de Québec et à son code, puissent renverser des décisions des juges du Québec. L’amendement Taschereau est repoussé par 118 voix contre 40. Mousseau s’attendait à voir les libéraux du Québec se séparer du gouvernement sur cette question, mais la discipline de parti a eu raison du nationalisme de ses collègues.

Le 12 février 1875, Mousseau propose un amendement à la proposition de Mackenzie concernant l’amnistie générale aux personnes impliquées dans les troubles du Nord-Ouest en 1869–1870. Il fait alors un long discours de cinq heures sur la question et propose que soient supprimées les trois exceptions prévues et que l’amnistie soit vraiment complète, incluant Louis Riel, Ambroise-Dydime Lépine* et William Bernard O’Donoghue* pour qui la proposition Mackenzie prévoit un bannissement de cinq ans. L’amendement a l’appui de 23 conservateurs du Québec seulement, dont François-Louis-Georges Baby* et Louis-François-Roderick Masson*, alors que Mousseau s’attendait encore une fois à l’appui nationaliste d’une partie des libéraux.

Sur la question des écoles séparées du Nouveau-Brunswick, Mousseau suit Masson de très près. Déjà, dans l’Opinion publique, en 1873, il a soutenu avec vigueur la cause des catholiques du Nouveau-Brunswick. Il maintient sa position, plus nationaliste que politique, quand John Costigan* ramène la question au parlement dans l’espoir d’obtenir un amendement à l’Acte de l’Amérique du Nord britannique afin de doter les catholiques du Nouveau-Brunswick des mêmes droits que la minorité catholique d’Ontario et la minorité protestante du Québec. Cette motion est rejetée au nom de l’autonomie des provinces. Une fois de plus, Mousseau est déçu dans ses ambitions nationalistes, ce qui l’amène à déplorer les divisions politiques qui paralysent la vie nationale des Canadiens français. Comme Masson, Chapleau, Mercier, et même Joseph-Édouard Cauchon, il se met à souhaiter l’union des conservateurs avec « les libéraux de la province qui, à 90%, partagent leurs principes conservateurs et leur idéal national ». Mais l’allié le plus naturel serait sans doute le groupe des libéraux ontariens. Pour survivre, Mackenzie et les siens ont dû s’unir aux partisans d’Antoine-Aimé Dorion* et de Luther Hamilton Holton*. Graduellement, cependant, ils perdent leur caractère réformiste et leur allure progressiste, et affichent des tendances conservatrices. Ils renieraient donc volontiers leur alliance avec les « vieux rouges » de la province de Québec pour une alliance mieux assortie avec les promoteurs du parti de l’union. Dans ce cas, ce serait la fin du parti de sir John Alexander Macdonald* et de Cartier, et les vieux conservateurs ne peuvent accepter une telle éventualité.

Pendant que certains Canadiens français rêvent d’alliance, le gouvernement Mackenzie est aux prises avec la crise économique qui sévit au Canada comme dans tout le monde occidental depuis la fin de 1873. La politique officielle du parti libéral, c’est le libre-échange, et Mackenzie n’adopte que très timidement certaines mesures protectionnistes, ce qui donne l’occasion d’un large débat en chambre sur la politique économique. Au cours de ce débat, le 10 mars 1876, Mousseau prononce un discours bien documenté qui paraîtra in extenso dans la Minerve des 20 et 21 mars et sera publié sous le titre le Tarif, protection et libre échange [...]. La doctrine de Mousseau, c’est celle de la Politique nationale de Macdonald, qui sera à l’honneur pendant la campagne électorale de 1878.

Ayant été très actif dans l’opposition, Mousseau remporte facilement son comté de Bagot aux élections générales du 17 septembre 1878. Au lendemain, son nom est mis de l’avant comme ministre du nouveau gouvernement. Mais Mousseau n’est pas aussi ambitieux. Dans une lettre à Macdonald, il badine sur la formation du ministère : « Je suppose qu’en ce moment « chacun offre son ours », c’est-à-dire que tout le monde veut être ministre. » Quant à lui et ses amis, ils seraient heureux si l’un des trois portefeuilles destinés à la province était attribué à Chapleau. Mousseau est alors très occupé par l’affaire Letellier, à la suite du coup d’État du 2 mars précédent [V. Luc Letellier de Saint-Just]. Dans le 38me Fauteuil [...], Joseph Tassé* explique bien le rôle joué par Mousseau dans ce que les conservateurs du temps ont appelé « la déchéance de Monsieur Letellier ». Mousseau agit alors sous la pression des conservateurs québécois, qui ont été trompés par tous les moyens auxquels ils ont eu recours depuis le coup d’État : pétition à l’administrateur du Canada, pétition au ministère fédéral, action collective, pressions individuelles, polémique dans les journaux, et autres. Le 11 mars 1879, Mousseau présente en chambre une motion de censure contre Letellier de Saint-Just, pressant ainsi le gouvernement d’agir. Après un long et orageux débat, le parlement adopte la motion Mousseau, premier d’une longue série d’actes devant aboutir à la destitution du lieutenant-gouverneur du Québec. Mais, dans cette affaire Letellier, Mousseau est sous l’emprise de Chapleau, alors premier ministre de la province de Québec. Dès lors, sa vie politique sera fortement marquée et orientée par les ambitions, voire les caprices de Chapleau, qui apparaît comme la personnalité politique québécoise la plus exigeante et la plus forte de son temps.

Le 8 novembre 1880, Mousseau est appelé au ministère comme président du Conseil exécutif. Le 20 mai suivant, il devient secrétaire d’État, promettant cependant à sir John d’accepter une place dans la magistrature aussitôt que Chapleau sera prêt à quitter le parlement québécois pour Ottawa, où tout homme politique aime bien terminer sa carrière au xixe siècle. Mais, à la suggestion de Chapleau, c’est une permutation que fait sir John en juillet 1882 : Chapleau devient ministre du gouvernement fédéral et Mousseau devient premier ministre de la province de Québec.

Faute d’agressivité, de combativité, d’ambitions fortes et stimulantes, Mousseau n’est pas destiné à un rôle politique de premier plan. Il a fallu un concours particulièrement favorable pour qu’il devienne ministre fédéral et il a la réputation de ne pas être « à la hauteur » de la situation au ministère et d’avoir « l’air de plus en plus déclassé au milieu des autres ministres ». En fait, son éternelle bonne humeur, sa cordialité, son humour, sa joie de vivre en font plutôt un médiateur, voire un bouc émissaire idéal. On comprend que les politiciens nés ne manquent pas d’en faire leur profit. De tous les conservateurs « orthodoxes », dont la bienveillance égalerait l’envergure, Mousseau est peut-être celui qui est le mieux accepté des deux factions du parti, ainsi que le prétend Chapleau, mais c’est certainement celui qui permettrait le mieux à Macdonald et à Chapleau de gouverner la province de Québec par personne interposée.

Il est évident que, dans cet événement politique, la province est sacrifiée à Ottawa, tout comme Mousseau est sacrifié à Chapleau, à l’unité du parti et aux intérêts de Montréal qui joue sa prospérité sur le plan fédéral, une fois vendu le chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental. Élu dans le comté de Jacques-Cartier, Mousseau est condamné à devenir un premier ministre de second ordre, d’autant plus que la province dont il hérite le 31 juillet 1882 est fort divisée. Le dernier geste politique de Chapleau a été la vente du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental : le tronçon ouest à bas prix au gouvernement fédéral et le tronçon est à un syndicat formé et dirigé par Louis-Adélard Senécal, soutien financier du parti conservateur du Québec. Cette vente a suscité la critique parce qu’elle a dépouillé la province de sa plus importante propriété au profit d’Ottawa, de Montréal, qui deviendra un terminus important, et de Senécal. Ainsi est né, au sein du parti conservateur du Québec, le clan des « castors » qui s’oppose au clan des « senécalistes » [V. François-Xavier-Anselme Trudel]. Une fois Chapleau à Ottawa, c’est Mousseau qui subit les coups des castors et sa situation devient vite intenable. À l’automne de 1883, il essaie de se concilier les castors en négociant l’entrée de John Jones Ross* et de Louis-Olivier Taillon* dans son ministère. Il se gagne aussi la collaboration de quelques conservateurs anglophones. Mais les ultramontains, disciples de François-Xavier-Anselme Trudel, refusent toute réconciliation avec celui qu’ils appellent « l’ombre de Chapleau ». Une élection partielle montre alors l’inutilité des efforts de Mousseau. Le 16 novembre 1883, François-Xavier Lemieux*, un libéral de l’école des rouges, est élu dans Lévis grâce à l’appui des castors. Au dire d’Hector-Louis Langevin*, lieutenant de sir John à Ottawa, l’élection de Lemieux « a été faite évidemment en haine de Sénécal, Mousseau, Chapleau & Cie ». Après cette défaite, l’union des deux factions du parti conservateur s’avère nécessaire. Mais Mousseau ne peut la réaliser. Il n’a ni le prestige ni la main pour y arriver. À la demande des chefs fédéraux, il démissionne donc, en janvier 1884, laissant à Ross, castor modéré, la tâche de faire l’union de tous les conservateurs et de tenter de remettre sur pied l’administration de la province.

En devenant juge puîné de la Cour supérieure pour le district de Rimouski le 22 janvier 1884, Mousseau fait ses adieux à la vie publique. Ruiné sur tous les plans, il meurt à la suite d’un refroidissement, à Montréal, le 30 mars 1886. S’il n’a que 47 ans, alors qu’on le disait constitué pour en vivre 80, c’est peut-être que la politique l’a moins bien servi qu’il ne l’a servie.

Andrée Désilets

On ne peut étudier la carrière de Joseph-Alfred Mousseau sans consulter la plupart des grandes séries de documents des hommes politiques de son temps ainsi que les publications officielles des gouvernements fédéral et provincial. Outre son œuvre écrite, certains journaux et ouvrages, plus riches en renseignements, méritent, toutefois, d’être mentionnés.  [a. d.]

J.-A. Mousseau est l’auteur de : Contre poison : la Confédération c’est le salut du Bas-Canada ; il faut se défier des ennemis de la Confédération (Montréal, 1867) ; Lecture publique [...] sur Cardinal et Duquet, victimes de 1837–38, prononcée lors du 2e anniversaire de la fondation de l’Institut canadien-français, le 16 mai 1860 (Montréal, 1860) ; le Tarif, protection et libre échange ; discours prononcé [...] le 10 mars 1876 (Montréal, 1876).

Charles Langelier, Souvenirs politiques [de 1878 à 1896] (2 vol., Québec, 1909–1912).— Joseph Tassé, Le 38me fauteuil ou souvenirs parlementaires (Montréal, 1891).— Le Canadien, 1862–1886, particulièrement 27 juin 1882, 31 mars, 1er avril 1886.— Le Colonisateur (Montréal), 2 janv. 1862–27 juin 1863.— Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 1862–1886, particulièrement 1er août 1867, janv.–févr. 1874, 30 mai 1882.— Le Journal de Québec, 1862–1886, particulièrement 31 mars, 2 avril 1886.— La Minerve, 1862–1886, particulièrement janv.–févr. 1874, sept. 1878, 9 nov. 1880, 17, 19, 23 mai 1881, mai–juin, 26, 28, 29 juill. 1882, 31 mars–2 avril 1886.— L’Opinion publique, 1870–1874.— Borthwick, Hist. and biog. gazetteer.— Canadian biog. dict., II : 290s.— CPC, 1874–1884.— Dominion annual register, 1886.— Le Jeune, Dictionnaire.— P.-G. Roy, Les juges de la prov. de Québec.— P.-B. Casgrain, Étude historique : Letellier de Saint-Just et son temps (Québec, 1885).— L.-O. David, Histoire du Canada depuis la Confédération (Montréal, 1909) ; Mélanges historiques et littéraires (Montréal, 1917) ; Souvenirs et biographies, 1870–1910 (Montréal, 1911).— Désilets, Hector-Louis Langevin.— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, I–IV.

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Andrée Désilets, « MOUSSEAU, JOSEPH-ALFRED », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mousseau_joseph_alfred_11F.html.

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Auteur de l'article:   Andrée Désilets
Titre de l'article:   MOUSSEAU, JOSEPH-ALFRED
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   16 septembre 2014