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LE MOINE, sir JAMES MacPHERSON, avocat, fonctionnaire et auteur, né le 21 janvier 1825 à Québec et baptisé le 20 février en la cathédrale catholique Notre-Dame, fils de Benjamin Le Moine (Lemoine) et de Julia Ann McPherson ; le 5 juin 1856, il épousa en l’église presbytérienne St Andrew de Québec Harriet Mary Atkinson, et ils eurent deux filles ; décédé le 5 février 1912 à Sillery, Québec, il fut inhumé le 7 au cimetière protestant Mount Hermon après des funérailles célébrées en l’église catholique Saint-Michel.

La mère de James MacPherson Le Moine appartient à une famille de loyalistes américains qui s’est fixée en Gaspésie avant de faire l’acquisition de la seigneurie de l’Île-aux-Grues. Le père, qui est issu d’une famille seigneuriale et bourgeoise alliée aux Dunière, aux Trefflé, dit Rottot, et aux Woolsey, a servi comme officier de milice au moment de l’invasion de 1812. Ensuite, il s’est adonné aux affaires avant de devenir fonctionnaire. Il ne s’engagera pas en politique comme le fera son fils Benjamin-Henri, mais dès avant 1837 il se liera d’amitié avec Louis-Joseph Papineau*, puis, à l’époque de l’Union, avec William Lyon Mackenzie*. Passionné d’histoire, il fera partie, avec François-Xavier Garneau*, Georges-Barthélemi Faribault*, Philippe-Joseph Aubert* de Gaspé et quelques autres, de ce cercle de vieux Québécois qui se réunissaient au magasin de Charles Hamel, rue Saint-Jean [V. Philippe-Joseph Aubert de Gaspé]. Le mariage Le Moine-McPherson, qui a été célébré au manoir de l’Île-aux-Grues, est consigné dans les registres de la cathédrale anglicane Holy Trinity de Québec.

James passe les toutes premières années de sa vie rue Saint-Georges (rue Hébert) à Québec, et, à la mort de sa mère en 1828, il est confié à ses grands parents maternels. Il vit sous leur toit au manoir de l’Île-aux-Grues, puis à Montmagny. À l’âge de 13 ans, il rentre chez son père afin de compléter sa formation. C’est à compter de ce moment qu’il ajoute le patronyme MacPherson à son nom, en témoignage de reconnaissance envers son grand-père. Durant les six années qui suivent, il étudie au petit séminaire de Québec. Admis au Barreau du Bas-Canada en mars 1850, après avoir fait son stage de clerc chez Joseph-Noël Bossé, il pratique le droit à Québec jusqu’en 1858. À partir de cette année-là, il se consacre entièrement à ses fonctions de receveur des contributions indirectes qu’il occupe depuis 1847, puis à celles d’inspecteur, du 12 octobre 1869 au 31 décembre 1899. Il emménage en 1860 à Spencer Grange, villa construite au cœur d’un domaine d’une quarantaine d’acres à Sillery. Le Moine y mène une vie sociale brillante, recevant souvent des personnalités du monde des lettres, de la politique, des sciences tant canadiennes qu’européennes et américaines. À la façon de bien des victoriens qui avaient renoué avec les ambitions des humanistes, il acquiert des connaissances sur le passé et sur la nature qu’il livrera dans ses écrits.

On ne saurait aborder l’œuvre historique de Le Moine sans se souvenir qu’il appartient à un milieu pluraliste et que son père a adopté, sur le plan religieux, une attitude de tolérance sinon d’indifférence. Cette situation marque sa démarche intellectuelle car, si elle l’incite à ne pas tenir compte de la question des croyances, elle le détourne surtout de tout engagement politique fondé sur l’antagonisme des races. Face à l’histoire, Le Moine ne peut se sentir ni vainqueur ni vaincu. Il est à la fois l’un et l’autre. En diminuant les Français ou les Anglais, il se serait diminué lui-même. C’est pourquoi il choisit d’adopter une attitude simplement humaine, puisque ceux qui participent aux événements du passé et du présent sont le plus souvent les victimes de décisions politiques prises par d’autres. Ainsi tente-t-il d’abolir la notion de culpabilité. De toute manière, les disputes idéologiques ne l’intéressent pas. À la façon des érudits, Le Moine préfère fonder sa démarche sur l’accumulation des faits. Plus ceux-ci seront nombreux, plus ils permettront, croit-il, d’élaborer une œuvre exhaustive.

Chercheur infatigable, Le Moine emprunte sa documentation aux archives publiques et privées. Il interroge les aînés. Il recourt aux bons offices d’historiens amis comme les abbés Louis-Édouard Bois* et Jean-Baptiste-Antoine Ferland*. De plus, à la façon des archéologues, des anthropologues et des ethnologues d’aujourd’hui, il mène des enquêtes sur le terrain. Cette diversité des sources devait déboucher sur une œuvre considérable et multiple.

Même si Le Moine s’intéresse à toute cette période de l’histoire qui s’étend de l’époque des découvertes à la Confédération et même s’il s’attache aux institutions politiques qui ont successivement régi le pays, il fait surtout porter ses recherches sur la ville et la banlieue de Québec. Ses connaissances sont si vastes qu’il peut traiter des événements grands ou petits dont ces lieux ont été le théâtre, évoquer nombre de personnages qui y ont joué un rôle, même secondaire, et décrire les rues, les immeubles et les monuments, et cela, au fil de toutes les transformations imposées par les siècles.

Le Moine ne fait pas toujours subir le même traitement à sa documentation. Parfois, comme dans Quebec past and present, il l’utilise à la façon de bien des historiens, c’est-à-dire dans une perspective chronologique. Parfois, il la dispose plutôt en fonction d’itinéraires et de parcours comme dans les guides de voyage. Ainsi en est-il dans Picturesque Quebec. Cette approche moins rigide convient parfaitement à l’érudit, car elle lui permet de n’écarter aucun détail. Il l’utilise également lorsqu’il relate ses voyages sur les rives du Saint-Laurent et dans la région du Lac-Saint-Jean, comme aussi ses excursions de chasse et de pêche dans les forêts plus lointaines. Par ailleurs, dans les sept volumes de Maple leaves, qui paraissent de 1863 à 1906, sont regroupés des textes courts qui témoignent de toutes ses préoccupations.

Si Le Moine s’intéresse au passé, il ne néglige pas pour autant la nature, qui constitue l’autre pôle de son œuvre. Dès son enfance, il a été attiré par la flore et la faune, et tout particulièrement par les oiseaux. Il observe, se documente et, en 1860 et 1861, publie les deux volumes de son Ornithologie du Canada. Dans cette nomenclature, la première du genre qui ait été publiée en français au Canada, il se fonde sur la classification de Spencer Fullerton Baird, de la Smithsonian Institution de Washington, qui reprend celle du baron Georges Cuvier. Mais s’il se conforme au modèle, il l’adapte en ajoutant à la description des espèces des observations qu’il a lui-même faites ou qui lui ont été communiquées par des amis. Il publie nombre d’autres études sur la faune et, comme il craint la disparition de certaines espèces, il formule des mises en garde en même temps qu’il suggère aux gouvernements l’adoption de mesures de protection.

Dans l’une ou l’autre des deux langues qu’il a pratiquées dès son enfance et qu’il maîtrisait, Le Moine a rédigé une œuvre qui est considérable par le nombre des sujets abordés et multiple par les disciplines auxquelles elle touche. Mais comme bien d’autres, il serait sans doute tombé dans l’oubli s’il n’avait été amené à privilégier les faits. D’où ces pages riches en renseignements et en témoignages de tous ordres qui, aujourd’hui encore, font le bonheur de ceux qui s’intéressent au passé de la ville et de la banlieue de Québec comme aussi à la chasse, à la pêche et à la grande nature du siècle dernier.

James MacPherson Le Moine a été l’objet de bien des marques de considération. Porté à la présidence de plusieurs associations, comme la Société littéraire et historique de Québec, il a été fait membre honoraire de très nombreuses sociétés canadiennes, américaines et européennes. En 1882, le marquis de Lorne [Campbell], gouverneur général du Canada, l’a invité à collaborer à la rédaction de la constitution de la Société royale du Canada et à suggérer une liste de candidats. Le Moine sera porté à la présidence de la section française, puis à celle des quatre sections de la société. En 1901, il s’est vu conférer un doctorat honoris causa en droit du Bishop’s College de Lennoxville. En outre, faveur insigne pour un écrivain, il avait été fait chevalier par la reine Victoria le 4 février 1897.

Roger Le Moine

Parmi les œuvres de sir James MacPherson Le Moine, les plus connues sont : Maple leaves : history, biography, legend, literature, memoirs, etc. (7 sér., Québec, 1863–1906) ; Ornithologie du Canada ; quelques groupes d’après la nomenclature du Smithsonian Institution de Washington (2 vol., Québec, 1860–1861) ; Picturesque Quebec ; a sequel to Quebec past and present (Montréal, 1882) ; et Quebec past and present, a history of Quebec, 1608–1876 (Québec, 1876). On trouvera une bibliographie complète de l’œuvre de sir James dans l’ouvrage de Roger Le Moine, Un Québécois bien tranquille (Sainte-Foy, Québec, 1985).

AC, Québec, État civil, Catholiques, Saint-Michel (Sillery) [et inhumation dans le cimetière protestant Mount Hermon, Sillery], 7 févr. 1912.— AN, MG 29, D61 : 4908–4916 ; D72.— ANQ-Q, CE1-1, 20 févr. 1825 ; CE1-61, 6 sept. 1810, 19 mai 1828 ; CE1-66, 5 juin 1856.— J. D. Blackwell, « Borrowed and stolen feathers » : a case of plagiarism in Victorian Quebec », Épilogue (Halifax), 8 (1993) : 33–56.— DOLQ, 1.— Hamel et al., DALFAN.— J.-M. Lebel, « le Chevalier de Spencer Grange : l’écrivain et historien James MacPherson Le Moine (1825–1912) », Cap-aux-Diamants (Québec), 1 (1985–1986), no 3 : 13–17.— Roger Le Moine, « la Mort de Winceslaus Dupont selon James MePherson Le Moine », Centre de recherche en civilisation canadienne-française, Bull. (Ottawa), 16 (avril 1978) : 5–11.— Edith Le Moyne-White, Le Moyne des Pins : genealogies from 1655 to 1930 [...] (Lévis, Québec, 1930).

Bibliographie générale

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Roger Le Moine, « LE MOINE, sir JAMES MacPHERSON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_moine_james_macpherson_14F.html.

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Auteur de l'article:   Roger Le Moine
Titre de l'article:   LE MOINE, sir JAMES MacPHERSON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   29 juillet 2014