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Titre original :  Charles Fox Bennett

Provenance : Lien

BENNETT, CHARLES JAMES FOX, marchand et homme politique, né le 11 juin 1793 à Shaftesbury, comté de Dorset, Angleterre, fils de Thomas et Leah Bennett ; en 1829, il épousa Isabella Sheppard, de Clifton, (maintenant partie de Bristol, Angleterre) ; décédé le 5 décembre 1883 à St John’s.

Il est probable que la famille de Charles James Fox Bennett avait des relations à l’intérieur du réseau commercial reliant la région du sud-ouest de l’Angleterre et Terre-Neuve, car il fut envoyé à St John’s en 1808, peut-être en qualité de commis. Peu après la fin des guerres napoléoniennes, il était établi à son compte dans cette ville, et, au début des années 1820, il s’associa avec son frère aîné, Thomas*. La firme C. F. Bennett and Company faisait, dans la colonie, des affaires en tous genres ; elle vendait des fournitures aux patrons de pêche (planters), en particulier dans les baies St Mary, de Plaisance et de Fortune, importait des marchandises européennes et exportait du poisson, généralement à la commission. Contrairement à la plupart des sociétés commerciales de Terre-Neuve, elle ne s’intéressait guère à la chasse au phoque et ne possédait pas beaucoup de navires. L’entreprise prospéra. Au milieu des années 1820, les Bennett étaient propriétaires d’un quai et d’un immeuble sur la rue Water, et ils devenaient des citoyens en vue à St John’s. Thomas représentait la compagnie à la St John’s Chamber of Commerce, mais c’est Charles James Fox qui en fut élu président en 1836. Ce dernier avait épousé une personne de la haute société de Bristol, où l’entreprise avait une filiale, et il semble qu’il passait une partie de l’année en Angleterre.

Les deux frères participèrent à Terre-Neuve, dans les années 1820, au mouvement en faveur de l’obtention d’une constitution représentative, traduisant en cela l’opinion de la majorité des marchands de St John’s. Charles James Fox devint aide de camp du gouverneur Thomas John Cochrane* en janvier 1833, juge de paix en juin 1834 et, la même année, commissaire à la voirie. Au cours des années 1830, les frères Bennett diversifièrent leurs intérêts commerciaux en ajoutant à leur entreprise une brasserie, une distillerie et une scierie, se distinguant en cela de la plupart des marchands terre-neuviens de l’époque. En 1847, ils établirent une fonderie à Riverhead, près du port de St John’s. Ils construisirent également des navires sur leur terrain au bord de la mer. Charles James Fox prit l’initiative de faire exécuter de vastes travaux d’exploration minière le long de la côte de l’île, et, dans les années 1840, il ouvrit une carrière d’ardoise à la baie de Roberts ; il amena du pays de Galles un groupe de 12 à 14 mineurs qui travaillèrent à cet endroit et un maître mineur chargé d’explorer les baies de Placentia, de Fortune et de Conception à la recherche de nouveaux gisements. En outre, il s’intéressa à la culture du sol et fut l’un des membres fondateurs de la société d’agriculture de St John’s en 1841. Il acheta une terre d’au moins 160 acres au sud de St John’s, sur laquelle il implanta une sorte de ferme modèle comprenant un riche troupeau de chevaux et de bovins importés. Ces nombreuses activités de Charles James Fox Bennett reflètent la conviction qu’il entretint durant toute sa vie que Terre-Neuve avait un assez grand potentiel économique en plus de ses pêcheries, conception qui passait pour extravagante pendant la première moitié du xixe siècle. Ses capitaux, toutefois, provinrent du commerce terre-neuvien traditionnel, et la diversification de ses activités coïncida avec une période de prospérité que l’entreprise connut dans les années 1840 et 1850, au cours desquelles elle s’engagea à fond dans un commerce lucratif avec l’Espagne et exporta du poisson sous pavillon espagnol. La prospérité permit aux Bennett de faire l’expérience de la chasse à la baleine et de survivre aux lourdes pertes financières subies lorsque leurs immeubles de St John’s et de l’île Valen (dans la baie de Placentia) brûlèrent en 1846. Thomas Bennett cessa de jouer un rôle actif dans la firme en 1848.

Charles James Fox Bennett entreprit sa carrière politique en 1842, année où il annonça son intention de briguer un des sièges de St John’s aux élections prévues pour décembre et destinées à former l’Assemblée résultant de la fusion du Conseil législatif et de la chambre d’Assemblée. Mais le gouverneur, sir John Harvey*, estimait que Thomas, plus modéré, avait de meilleures chances de se faire élire dans une circonscription catholique. Promettant à Charles James Fox un siège au Conseil législatif, il pria donc Thomas de se porter candidat à la place de son frère. Charles James Fox entra au conseil en janvier 1843. La même année, il devint administrateur de la Savings Bank, et, en 1844, vérificateur des comptes au gouvernement. Il ne joua pas un rôle de premier plan au conseil. Membre du groupe conservateur, il appuya cette formation lorsqu’elle vota contre les résolutions présentées par John Kent* en 1846 dans le but d’obtenir un gouvernement responsable. Lors du rétablissement du système des deux chambres en 1848, Bennett perdit le siège qu’il occupait au Conseil législatif, mais il le réintégra en 1850, année au cours de laquelle il entra également au Conseil exécutif.

Au milieu des tensions qui marquèrent la vie politique des années 1850 à 1854, Bennett devint parmi les conservateurs un personnage important et loquace qui s’opposa à l’instauration du gouvernement responsable avec une vigueur qui, d’après une notice nécrologique, fut jugée déraisonnable, même dans le climat passionné de ce temps. Il se montra l’un des conseillers les plus opiniâtres dans les débats sur la redistribution des sièges devant accompagner l’établissement du gouvernement responsable. Les discussions aboutirent à une impasse entre le Conseil législatif et l’Assemblée : solidement appuyée par les catholiques, la majorité libérale à l’Assemblée désirait que l’on doublât le nombre de sièges dans cette chambre ; les conservateurs estimaient qu’une telle augmentation donnerait automatiquement la majorité aux catholiques et ils cherchaient un mode de redistribution capable d’assurer l’avantage numérique aux protestants ou d’écarter au moins la possibilité d’une prédominance des catholiques. Bennett soutenait que le gouvernement responsable ne convenait pas à Terre-Neuve, non seulement parce que la colonie était petite et insuffisamment développée, mais aussi parce qu’il allait affermir l’influence catholique au sein du gouvernement. En février 1852, Bennett déclara devant la Commercial Society de St John’s qu’une modification de la constitution ferait passer le pouvoir aux mains de l’évêque catholique, mettant ainsi en péril les droits des protestants et, en particulier, ceux des anglicans.

Durant la plus grande partie de sa vie, Bennett s’occupa activement des affaires de l’Église d’Angleterre à Terre-Neuve et il seconda ardemment les efforts de l’évêque Edward Feild* en vue d’inculquer à l’Église locale les principes tractariens. Il appuya l’évêque lorsque, dans les années 1850, celui-ci affirma le droit des anglicans à des écoles séparées, et il mena une campagne au Conseil législatif, avec Bryan Robinson et Hugh William Hoyles, pour obtenir la répartition de la subvention aux écoles protestantes entre les différentes dénominations ; cette question souleva autant de passions que celle du gouvernement responsable, car elle sépara les méthodistes des anglicans et éloigna davantage de leur évêque les adhérents de la Low Church anglicane. Sur le plan politique, il en résulta que les protestants non anglicans et les catholiques conclurent une alliance tactique en faveur du gouvernement responsable ; dès lors, le parti libéral, dirigé par Philip Francis Little*, put se présenter comme étant non confessionnel. Ces événements influencèrent la décision prise par le ministère des Colonies en 1854 d’accorder le gouvernement responsable à Terre-Neuve.

L’établissement de cette forme de gouvernement en 1855 constitua une victoire pour les libéraux, et Bennett supporta les conséquences de son attitude nettement conservatrice. Il perdit son siège au Conseil législatif, en dépit de la lutte qu’il livra pour le conserver. Il contesta au gouverneur Charles Henry Darling* le droit de l’exclure du conseil, se déclarant autorisé à occuper un siège sous le nouveau régime ; cette prétention fut, toutefois, rejetée par Darling et le ministère des Colonies. Lorsqu’un incendie – peut-être bien d’origine criminelle – rasa sa fonderie et son moulin en 1856, une bande de voyous tentèrent d’empêcher les pompiers de se rendre au brasier et réussirent à perforer les boyaux d’incendie. En 1858, les libéraux attirèrent l’attention de la chambre sur les activités auxquelles Bennett se livrait dans le domaine de la prospection et,. notamment, sur le fait qu’entre 1851 et 1854 il avait obtenu, sous réserve d’obligations minimes, des droits miniers sur des terrains de plus d’un million d’acres situés sur les rives des baies d’Espoir et de Fortune et dans la presqu’île de Burin. Le bail fut soumis aux légistes de la couronne qui le déclarèrent ultra vires. En 1860, Bennett accepta d’y renoncer, dans un délai de deux ans, à la condition de choisir dix terrains miniers faisant partie de la concession initiale. Ce n’est qu’en 1904, toutefois, qu’un acte du parlement de Terre-Neuve ratifia cette entente.

Bennett affirma être victime d’un « système de persécution mis en place par les hommes politiques et les partis », qui l’empêchait de constituer une compagnie soutenue par des capitaux anglais en vue d’exploiter les gisements découverts dans les secteurs visés par le bail. Comme il avait déjà dépensé £20 000, au début des années 1840, pour effectuer des levés de terrain et amorcer le creusage des puits d’essai, il gardait rancune à ceux qui avaient contrecarré ses plans. Il eut l’occasion de se rattraper avec un riche gisement de cuivre découvert en 1857 par Smith McKay, un prospecteur de la Nouvelle-Écosse, à Tilt Cove, dans la baie de Notre-Dame. McKay et Bennett s’associèrent et, avec les fonds de celui-ci, ouvrirent l’Union Copper Mine dont l’exploitation commença en 1864. Cette entreprise minière, la première d’importance dans la colonie, emploiera de 700 à 800 personnes en 1868.

La scène politique de Terre-Neuve, dans les années 1860, fut dominée par la question de l’union avec les autres colonies de l’Amérique du Nord britannique. Lors de la publication des Résolutions de Québec à St John’s en décembre 1864, Bennett s’affirma comme l’un des principaux opposants au projet. Dans une série de lettres envoyées aux journaux en 1864 et 1865, il exprima l’opinion que la colonie n’avait rien à gagner et pouvait perdre beaucoup en cédant la maîtrise de ses ressources naturelles aux Canadiens, lesquels hausseraient inévitablement les taxes et démoliraient, de ce fait, la structure traditionnelle du commerce de Terre-Neuve ; il exhortait les adversaires de la confédération à s’organiser et il évoquait une perspective terrifiante : sous un régime fédéral, les Terre-Neuviens allaient être enrôlés de force dans l’armée canadienne et allaient « laisser leurs os blanchir sur un sol étranger, pour défendre la frontière du Canada ». Dans son opposition à la confédération, Bennett ralliait un grand nombre de marchands terre-neuviens, mais il était celui qui s’exprimait le plus franchement et l’un des rares qui fussent préparés à mener une lutte active contre le projet d’union. Cependant, il ne joua pas immédiatement un rôle prépondérant au sein d’un parti, car ses intérêts miniers et commerciaux le tenaient très occupé ; il passait toujours l’hiver et le printemps en Angleterre, où sa femme demeurait. À l’automne de 1867, et de nouveau en 1868, il reprit sa campagne de presse contre la Confédération, soutenant que les partisans de celle-ci ne devaient pas profiter de la situation économique lamentable de la colonie pour la précipiter dans le régime de l’union. Il affirmait que Terre-Neuve souffrait d’une « maladie temporaire mais douloureuse » et devait attendre la guérison que des temps meilleurs allaient apporter. Le point de vue des partisans de la Confédération, suivant lequel l’union constituait le seul remède possible, lui paraissait inacceptable. Il déclarait que la colonie, avec ses pêcheries, ses mines et ses terres, possédait assez de ressources pour faire vivre ses habitants, à condition d’être administrée d’une manière prudente et économique. Estimant toujours que le gouvernement responsable ne constituait pas une forme de gouvernement appropriée à Terre-Neuve, il alla jusqu’à prétendre qu’un retour au statut de colonie de la couronne était préférable à la Confédération.

De l’avis général, les électeurs devaient régler la question. À mesure qu’approchait la date du scrutin, prévu pour 1869, le sentiment se répandait parmi les habitants que le projet d’union allait inévitablement être accepté aux conditions déjà débattues. Bennett ne se laissa pas gagner par cette apathie. Après avoir pressé les adversaires de la Confédération, en novembre 1868, de se regrouper, et, semble-t-il, après avoir arraché au premier ministre conservateur, Frederic Bowker Terrington Carter*, la promesse que les élections ne seraient pas tenues avant l’automne de 1869, Bennett partit pour l’Angleterre au début de cette année-là avec la certitude que la campagne électorale comme telle ne débuterait qu’à l’été. Il était évident, à cette époque, qu’il assumait de plus en plus le rôle de chef d’un parti opposé à la Confédération. Prospère, respecté et encore vigoureux en dépit de ses 76 ans, Bennett renonça à prendre sa retraite en Angleterre et se prépara à combattre le projet qui, selon lui, allait provoquer à coup sûr la ruine de la colonie (et la ruine de ses entreprises industrielles et minières, ajoutaient ses adversaires). À la fin de juillet, il revint à Terre-Neuve avec Walter Grieve – lui aussi un riche marchand opposé à la Confédération – sur un steamer de 140 tonnes, ce qui devait permettre de solliciter les votes dans les petits villages de pêcheurs. II acquit une part prépondérante dans le Morning Chronicle de St John’s et entreprit une campagne qu’il mena rondement et énergiquement à la faveur du climat de confiance suscité par le fait que la saison de la pêche était la meilleure depuis dix ans.

Bennett dirigeait un parti fait d’un curieux mélange d’anciens ennemis. En compagnie d’une minorité de marchands et d’autres protestants de professions libérales ayant auparavant donné leur appui aux conservateurs, il se trouvait allié aux libéraux catholiques qui s’opposaient à la disparition du gouvernement responsable pour lequel ils avaient lutté et qui craignaient que Terre-Neuve, sous la domination canadienne, ne subisse le sort que l’Irlande avait connu sous celle de l’Angleterre. La campagne contre le parti de Carter et son programme prônant la Confédération donna une apparente unité au parti de Bennett qui remporta une victoire écrasante. Misant sur l’ignorance et le patriotisme des électeurs ruraux, les adversaires de la Confédération obtinrent 21 des 30 sièges. Élu dans la circonscription catholique de Placentia-St Mary’s où sa firme avait effectué jadis des opérations, Bennett devint premier ministre de Terre-Neuve le 14 février 1870. Il n’eut pas de portefeuille et, par principe, il ne toucha pas son traitement de membre de l’Assemblée.

Si l’on en croit Patrick Kevin Devine, le gouvernement de Bennett, opposé à la Confédération, fut longtemps considéré comme « le meilleur que [Terre-Neuve ait] jamais eu ». Ce succès vint probablement de la prospérité économique relative qui, ces années-là, permit de réduire légèrement les impôts, d’éviter les emprunts et d’accroître les dépenses, exploit unique pour un gouvernement terre-neuvien. En conformité avec les intérêts personnels de Bennett, les redevances de mines furent abolies et les subventions aux recherches géologiques, augmentées. On affecta plus d’argent aux routes et aux travaux publics. Le service de navigation côtière à vapeur fut amélioré et une ligne maritime directe avec l’Angleterre, instaurée. Lorsque la garnison impériale se retira en 1870, on mit sur pied un corps de police, en prenant pour modèle le Royal Irish Constabulary. Dans le domaine des relations extérieures, le gouvernement de Bennett collabora avec les autorités britanniques. Il accepta le traité de Washington en 1871 et adopta une attitude assez constructive au sujet de la difficile question des droits de pêche sur la côte française. Mais lorsque Bennett ouvrit une mine de plomb à Port-au-Port, sur la côte ouest, dans un secteur auquel il s’intéressait depuis longtemps, les inévitables protestations de la France, qui voyait dans ce geste une violation du traité, eurent pour effet de gâter les relations entre Terre-Neuve et la Grande-Bretagne. Le ministère des Colonies estima que Bennett agissait ainsi dans le but de lui forcer la main et il l’obligea finalement à fermer la mine.

En général, le gouvernement de Bennett se comporta d’une manière sensée et modérément progressiste. Néanmoins, son parti réunissait des éléments si disparates qu’il aurait été difficile à n’importe quel premier ministre de les fondre en un groupe homogène. Moins habile en politique qu’en matière de lutte électorale, Bennett échoua dans cette tâche. Il ne put exercer un ascendant personnel véritable sur le parti, de sorte que le groupe de ses fidèles demeura foncièrement instable et que le gouvernement fut incapable de résister efficacement aux manœuvres de ses adversaires visant à affaiblir sa solidarité. La lutte contre le projet de Confédération constituait le seul facteur d’unité au sein du parti de Bennett. Constatant cette faiblesse, les conservateurs cessèrent vers 1872 de défendre le projet et portèrent leur attention sur les questions confessionnelles qui allaient enlever au premier ministre l’appui des protestants. Ils dénoncèrent les relations étroites que Bennett entretenait avec l’évêque de St John’s, Thomas Joseph Power*, et ils soulignèrent le fait que Bennett représentait une circonscription catholique à l’Assemblée. Aux élections de 1873, Bennett ne trouva pas de meilleur cheval de bataille que la poursuite de la campagne contre la Confédération ; les conservateurs refusèrent de le suivre sur ce terrain, l’accusant plutôt de s’être vendu aux catholiques. Exaspéré, il lança contre l’ordre d’Orange une attaque violente qui eut pour résultat de fournir des armes à ses adversaires. Il remporta la victoire avec une représentation de 17 députés opposés à la Confédération contre 13 conservateurs, mais ceux-ci accueillirent, peu de temps après, des transfuges de son parti. Il démissionna le 30 janvier 1874. D’autres élections, tenues à l’automne de 1874, donnèrent une nette majorité aux conservateur, dirigés par Carter. Le parti de Bennett fut réduit à 13 députés, venant des circonscriptions catholiques, dans une chambre comptant 30 représentants. Pour le groupe opposé à la Confédération, c’était un retour à l’ancien parti libéral, avec un Bennett vieillissant dont la présence au poste de leader nominal semblait déplacée.

Bennett siégea à l’Assemblée jusqu’en 1878, mais le vide peu à peu se faisait autour de lui. Les libéraux en vinrent à compter sur Joseph Ignatius Little* pour diriger le parti, surtout lorsqu’il devint évident que Bennett était le seul membre de la chambre qui s’opposait à la construction d’un chemin de fer reliant St John’s à la baie de Halls. Son attitude dans cette affaire ne différa pas de celle adoptée à l’égard du gouvernement responsable : les chemins de fer, à son avis, étaient souhaitables en soi et il s’était montré favorable à la construction des lignes que les propriétaires de mines avaient établies dans les districts de Tilt Cove et de Betty Cove, mais la colonie de Terre-Neuve n’était pas prête à utiliser de grandes voies ferrées. Avec un bon sens auquel on ne fit pas attention, il affirmait que la colonie avait besoin de nouvelles routes au lieu d’un chemin de fer coûteux qui allait certainement provoquer sa ruine financière et occasionner de trop lourdes taxes pour les pêcheurs. Il considérait ce chemin de fer comme une étape vers la Confédération.

Après 1878, Bennett n’intervint plus sur la scène politique, sauf en 1881 pour manifester son opposition au contrat de construction du chemin de fer. Il se consacrait entièrement à ses affaires et à une poursuite judiciaire, qui traînait en longueur, contre Smith McKay, son associé dans l’entreprise minière. Il présenta une demande en vue d’obtenir la dissolution de l’association et la vente de la mine, déclarant que McKay lui devait £19 000. En fin de compte, ce dernier fit faillite, et Bennett assuma seul la direction de la mine de Tilt Cove en juillet 1880. À sa mort, en 1883, son associé Thomas Smith et les fils de son frère Thomas prirent la succession de la C. F. Bennett and Company.

Homme dynamique et franc, conservateur en politique mais progressiste dans le domaine économique, Bennett contribua largement à bâtir l’avenir de Terre-Neuve. Un des premiers hommes d’affaires à engager des fonds considérables dans les entreprises locales, il fut le pionnier de l’industrie minière de la colonie. C’est avant tout sa ténacité et sa détermination qui empêchèrent Terre-Neuve de se joindre au Canada en 1869. Sa victoire électorale décida, pour l’avenir immédiat, de l’indépendance terre-neuvienne.

James K. Hiller

PANL, GN 1/3A, 1850–1874 ; GN 1/3B, 1855–1858, 1868–1874 ; GN 2/1, 32–69 ; GN 3/2, 1831–1880.— PRO, CO 194/68 ;144 ;154 ;179–187.— Supreme Court of Nfld. (St John’s), Registry, testaments de C. J. F. Bennett, 1859, 1883.— Bennett v. McKay (1874–1884), 6 Nfld. R :178, 241, 462 ; (1884–1896), 7 Nfld. R : 36, 44.— Evening Telegram (St John’s), 18, 21–24 mars 1881, 6 déc. 1883, 6 mars 1900, 24 mai 1904.— Morning Chronicle (St John’s), oct.–déc. 1867, oct.–déc. 1868, 31 juill. 1869.— Newfoundlander, nov. 1827, 16 déc. 1841, 19 janv. 1843, 18 juin, 30 juill. 1846, 2 sept. 1847, 12 janv. 1865.— Public Ledger, déc. 1829, 4, 7 nov. 1856, 30 janv. 1857, 22 févr. 1878.— Royal Gazette (St John’s), 15 janv. 1833, juin 1834, juin 1835, juin 1841, 11 déc. 1883.— Times and General Commercial Gazette, oct.–déc. 1867, oct.–déc. 1868.— A. E. Chaulk, « The Chamber of Commerce [...] 1827–1837 » (travail présenté à l’école des gradués, Memorial Univ. of Newfoundland, St John’s, 1969).— Devine, Ye olde St. John’s.— Garfield Fizzard, « The Amalgamated Assembly of Newfoundland, 1841–1847 » (thèse de {{m.a}}., Memorial Univ. of Newfoundland, 1963).— J. P. Greene, « The influence of religion in the politics of Newfoundland, 1850–1861 » (thèse de {{m.a}}., Memorial Univ. of Newfoundland, 1970).— J. K. Hiller, « Confederation defeated : the Newfoundland election of 1869 » (communication, non publiée, présentée à la SHC, Québec, 1976).— Frederick Jones, « Bishop Feild, a study in politics and religion in nineteenth century Newfoundland » (thèse de {{ph.d.,}} Univ. of Cambridge, 1971).— W. D. MacWhirter, « A political history of Newfoundland, 1865–1874 » (thèse de m.a., Memorial Univ. of Newfoundland, 1963).— E. C. Moulton, « The political history of Newfoundland, 1861–1869 » (thèse de {{m.a}}., Memorial Univ. of Newfoundland, 1960).— Philip Tocque, Newfoundland : as it was, and as it is in 1877 (Toronto, 1878).— Wells, « Struggle for responsible government in Nfld. ».

Bibliographie générale

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James K. Hiller, « BENNETT, CHARLES JAMES FOX », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bennett_charles_james_fox_11F.html.

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Auteur de l'article:   James K. Hiller
Titre de l'article:   BENNETT, CHARLES JAMES FOX
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   20 août 2014