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ANGUS, RICHARD BLADWORTH, banquier, administrateur de chemins de fer et homme d’affaires, né le 28 mai 1831 à Bathgate, Écosse, fils d’Alexander Angus, marchand, et de Margaret Forrest ; le 13 juin 1857, il épousa à Manchester, Angleterre, Mary Anne Daniels (décédée en 1913), et ils eurent six filles et trois fils ; décédé le 17 septembre 1922 à Senneville, Québec.

Huitième d’une famille de 12 enfants, Richard Bladworth Angus étudia à la Bathgate Academy, puis occupa un emploi de commis à la Manchester and Liverpool District Bank, à Manchester. Avec sa femme, dont le père était marchand de vins dans cette ville, il immigra à Montréal en 1857. À son arrivée, la Banque de Montréal l’engagea comme commis comptable à un salaire annuel de 600 $. Ardent au travail, fort en chiffres et en finance, Angus, qui en plus était bel homme, gravit rapidement les échelons. Dès 1861, il prenait la tête de l’agence de la banque à Chicago. Deux ans plus tard, il était promu agent en second à New York à un salaire annuel de 2 400 $. De retour à Montréal en 1864, il fut nommé directeur adjoint et devint l’année suivante directeur intérimaire du bureau montréalais. Le 2 novembre 1869, il succéda à Edwin Henry King* à la direction générale, ce qui porta son salaire à 8 000 $ par an. Ce fut un directeur général populaire. Il améliora les relations avec le gouvernement fédéral, dont la Banque de Montréal était dépositaire officiel. Malgré la récession des années 1870, la banque afficha des bénéfices respectables pendant la période où il fut en poste.

En ces temps où les règlements sur les conflits d’intérêts n’existaient à peu près pas, Angus avait, du fait de sa position, des possibilités d’investir à titre privé. En 1868, avec l’homme d’affaires montréalais George Stephen et le cousin de celui-ci, Donald Alexander Smith*, il avait placé de l’argent dans une usine de textile, la Compagnie manufacturière Paton de Sherbrooke [V. Andrew Paton*]. Dans les années 1870, Stephen et Smith commencèrent à s’intéresser à l’expansion du transport ferroviaire dans le Nord-Ouest canadien. Smith et un homme d’affaires du Minnesota, James Jerome Hill*, avaient décidé d’acheter un chemin de fer en faillite, le St Paul and Pacific Railroad, mais ils manquaient de capital. En août 1877, Angus alla voir le chemin de fer avec Stephen. Leur rencontre avec Hill jeta les bases d’un fructueux partenariat, la George Stephen and Associates. Sans faire partie des associés, Angus participa de près à bon nombre de leurs projets. En 1878, ils achetèrent la ligne de St Paul pour 5 500 000 $. Incapables de financer la transaction avec des banques de placement londoniennes, ils fournirent les liquidités et la garantie, et Stephen veilla à ce que la Banque de Montréal, dont il était alors président, assure un financement à court terme.

Cette transaction causa des remous dans le milieu financier de Montréal, en raison de son audace et de rumeurs selon lesquelles Stephen avait usé de son poste pour obtenir des emprunts à taux préférentiels et à garantie limitée. Angus échappa à la controverse jusqu’à l’annonce de sa démission de la direction générale, le 15 août 1879. La presse laissa entendre que son départ s’expliquait par les prêts excessifs consentis à Stephen et à ses associés. Les articles de journaux mirent Angus et la banque dans l’embarras. En outre, le départ d’Angus était considéré comme un signe de méfiance à l’endroit de l’industrie bancaire du Canada. Moins de deux mois plus tard, le motif de sa démission s’éclaircit. Stephen confirma qu’Angus était devenu vice-président du chemin de fer, qui avait été rebaptisé St Paul, Minneapolis and Manitoba Railroad.

Dans les derniers mois de 1879, Angus s’établit à St Paul, au Minnesota. De concert avec Hill, il y travailla à la construction et à l’amélioration de la ligne. Cependant, dès 1880, il passait autant de temps à accompagner Stephen, qui se rendait souvent à Ottawa, à New York et à Londres pour négocier la construction d’un transcontinental canadien. À la signature du contrat de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, en octobre, Angus figurait sur la liste des syndicataires. Il occupa la direction générale jusqu’à l’entrée en fonction de William Cornelius Van Horne* en 1882 et fit partie du comité directeur de la société ferroviaire. Il resterait au conseil d’administration et au comité durant plus de 40 ans. Pendant les négociations en vue d’obtenir d’autres concessions foncières et subventions pour la compagnie, il fut souvent aux côtés de Stephen. Les deux hommes formaient une équipe hors pair : Stephen était clairvoyant, Angus avait l’esprit d’analyse. En qualité de vice-président, Angus fut chargé de la création du réseau de l’Est, notamment du prolongement du chemin de fer d’Ontario et Québec et de l’achat du tronçon ouest du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental en 1882.

Dès 1883, la tension montait au sein du syndicat du chemin de fer canadien du Pacifique. En mai, Hill démissionna du conseil d’administration de la compagnie, car il jugeait impossible de faire progresser en même temps le chemin de fer canadien du Pacifique et la ligne de St Paul. En mai 1884, Duncan McIntyre*, membre du conseil d’administration depuis la fondation, démissionna à son tour. L’auteur Pierre Berton* laisse entendre qu’Angus eut lui aussi la tentation d’abandonner le syndicat, ce qui lui aurait fait perdre la confiance de Stephen. Rien ne suggère un fossé de cette ampleur, mais il est vrai que la précarité des finances de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique mettait à rude épreuve le sang-froid d’Angus. Vu que Stephen, Smith et Angus avaient des intérêts dans le chemin de fer de St Paul, obtenir un supplément d’aide financière pour le chemin de fer canadien du Pacifique était devenu de plus en plus difficile. En fin de compte, Angus avait démissionné du chemin de fer de St Paul en février 1884. On ignore à combien s’élevait son avoir personnel dans cette compagnie, mais ce dernier explique au moins en partie sa fortune grandissante. Il demeura vice-président de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique après que Stephen y eut abandonné tout rôle actif en 1888. Apparemment, il n’aspira jamais au fauteuil de président. Il appuya le candidat à la présidence choisi par Stephen, c’est-à-dire Van Horne. Onze ans plus tard, il soutiendrait le successeur désigné par Van Horne, soit Thomas George Shaughnessy.

De plus en plus riche, Angus avait pu investir dans l’empire d’entreprises associées à la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique ou à ses administrateurs, par exemple la Canada North-West Land Company, la Royal Trust Company et la Dominion Bridge Company Limited. Tout comme Van Horne et deux ex-entrepreneurs de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, James Ross* et William Mackenzie, il fit des placements dans des tramways à Winnipeg, à Montréal et à Toronto. Avant sa mort, il serait le principal actionnaire d’une société de Mackenzie, la Toronto Power Company Limited. Il investit avec Van Horne dans la Laurentide Paper Company Limited, figura parmi les financiers fondateurs d’une entreprise de Benjamin Tingley Rogers*, la British Columbia Sugar Refinery Limited, et fut l’un des principaux bailleurs de fonds de la Federal Telephone Company.

En outre, Angus contribua à maintenir des relations étroites entre la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique et la Banque de Montréal, dont l’expansion dans l’ouest du pays reflétait celle du chemin de fer. Le 12 mai 1891, il avait réintégré le conseil d’administration de la banque. En juillet 1910, après le décès de sir George Alexander Drummond*, il fut élu président. Deux ans plus tard, il était l’un des plus gros actionnaires de la banque. Travailler dans l’ombre semblait lui suffire : les avantages normalement associés à la présidence ne l’intéressaient pas. On disait qu’il avait refusé un titre de chevalier en 1910. Il demeura président jusqu’en 1913 et appartiendrait au conseil d’administration jusqu’à sa mort.

En 1885, Angus et sa nombreuse famille habitaient, rue Drummond, une résidence somptueuse qui mettrait en valeur sa collection d’œuvres d’art. Il avait commencé à faire des achats intensifs chez des marchands de Montréal et de Londres à la fin des années 1870. Sa collection, qui contenait de beaux tableaux de maîtres européens, témoigne de son discernement. En 1888–1889, Angus fut président de l’Association des arts de Montréal, à qui il donna six tableaux en 1889. C’était le don le plus généreux reçu par l’association depuis sa fondation et le premier don important qui se composait d’œuvres contemporaines. En 1886, Angus s’était fait construire une maison dans l’enclave de domaines champêtres de Senneville. Appelée Pine Bluff, elle avait été bâtie d’après des plans de John William Hopkins et de son fils Edward C. En 1898, Angus engagea l’architecte Edward Maxwell pour qu’il la transforme en une maison de style néo-Tudor. Après qu’elle eut été incendiée en 1899, Angus la fit rebâtir selon des plans de Maxwell et de son frère William Sutherland.

Angus appartint au conseil d’administration de la McGill University et fut président du conseil d’administration de l’hôpital Royal Victoria. Cofondateur de l’hôpital Alexandra, qui ouvrit ses portes en 1906, il fit partie du conseil d’administration du Montreal General Hospital et fut vice-président du Victorian Order of Nurses. Actif au sein de sa collectivité, il était franc-maçon et fut membre du conseil d’administration de la Société de numismatique et d’archéologie de Montréal ainsi que président de la bibliothèque gratuite de l’Institut Fraser et de la Société Saint-André. Il appartint à plus d’une douzaine de clubs situés dans des villes de tout le Canada, notamment le Club Mont-Royal, à la fondation duquel il participa en 1889. Actif jusqu’à la fin de sa vie, il s’embarqua pour un voyage en Europe en 1921, à l’âge de 90 ans.

Grand personnage du secteur bancaire et du secteur ferroviaire, Richard Bladworth Angus atteignit dès l’âge de 38 ans l’une des fonctions les plus élevées dans le milieu canadien des banques. Le fait qu’il abandonna cette place en or pour une entreprise ferroviaire à haut risque illustre bien l’attrait des chemins de fer et des richesses qu’ils offraient. À sa mort en 1922, il laissait une succession digne du magnat des chemins de fer qu’il était devenu. En général, on a attribué à Stephen le génie qui donna naissance à l’empire ferroviaire, mais Angus fut son indispensable lieutenant. Grâce à son expérience de banquier, il fut un précieux administrateur pour le syndicat. En 1904, la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique l’avait honoré en donnant le nom d’Ateliers Angus à son nouveau complexe de réparations. Le 19 septembre 1922, jour des funérailles d’Angus, elle rendit un dernier hommage à celui qui avait été l’un de ses fondateurs en interrompant pendant deux minutes le mouvement de tous ses trains.

Alexander Reford

BAC, MG 29, A28.-- James Jerome Hill Reference Library (St Paul, Minn.), J. J. Hill papers (mfm aux AN).-- Gazette (Montréal), 16, 19–20 août 1879, 18 sept. 1922.-- Globe, 3 mai 1922.-- Montreal Daily Star, 18 sept. 1922.-- Christopher Armstrong et H. V. Nelles, Monopoly’s moment : the organization and regulation of Canadian utilities, 1830–1930 (Philadelphie, 1986).-- Banque de Montréal, Annual general meeting (Montréal), 1869–1870, 1872, 1875, 1891–1900 ; List of stockholders of the Bank of Montreal [...] (Montréal), 1912.-- Pierre Berton, The last spike : the great railway, 1881–1885 (Toronto et Montréal, 1971).-- Michael Bliss, Northern enterprise : five centuries of Canadian business (Toronto, 1987).-- J. M. Brooke, le Goût de l’art : les collectionneurs montréalais, 1880–1920, André Bernier, trad. (catalogue d’exposition, Musée des beaux-arts de Montréal, 1989).-- Le Canada collectionne : peinture européenne, 1860–1960 (catalogue d’exposition, Musée des beaux-arts de Montréal, 1960).-- Canadian Railway and Marine World (Toronto), oct. 1922.-- Merrill Denison, la Première Banque au Canada ; histoire de la Banque de Montréal, P.-A. Horguelin et J.-P. Vinay, trad. (2 vol., Toronto et Montréal, 1966–1967), 2.-- European paintings in Canadian collections, essai et éd. par R. H. Hubbard (2 vol., Toronto, 1956–1962), 1 (Earlier schools).-- R. B. Fleming, The railway king of Canada : Sir William Mackenzie, 1849–1923 (Vancouver, 1991).-- France Gagnon-Pratte, Maisons de campagne des Montréalais, 1892–1924 : l’architecture des frères Maxwell (Montréal, 1987).-- Heather Gilbert, The life of Lord Mount Stephen [...] (2 vol., Aberdeen, Écosse, 1965–1977).-- Land to energy, 1882–1982, C. S. Lee, édit. ([Calgary, 1982]).-- Gloria Lesser, « les Demeures, les Mobiliers et les Collections de R. B. Angus (1831–1922) », dans Un art de vivre : le meuble de goût à l’époque victorienne au Québec, sous la dir. de J. R. Porter (catalogue d’exposition, Musée des beaux-arts de Montréal, 1993).-- Albro Martin, James J. Hill and the opening of the northwest (New York, 1976 ; réimpr., introd. par W. T. White, St Paul, 1991).-- Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell).-- B. J. Young, Promoters and politicians : the north-shore railways in the history of Quebec, 1854–85 (Toronto, 1978).

Bibliographie générale

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Alexander Reford, « ANGUS, RICHARD BLADWORTH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/angus_richard_bladworth_15F.html.

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Auteur de l'article:   Alexander Reford
Titre de l'article:   ANGUS, RICHARD BLADWORTH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   21 août 2014