DCB/DBC Mobile beta
+

ALMON, MATHER BYLES, banquier, homme politique et philanthrope, né à Halifax en 1796, fils de William James Almon* et de Rebecca Byles, décédé dans la même ville le 30 juillet 1871.

Mather Byles Almon appartenait à une éminente famille de Halifax : son père était un loyaliste tout comme son grand-père maternel, Mather Byles fils. Almon eut peut-être des précepteurs car aucun document n’indique qu’il ait étudié à l’University of King’s College, Windsor, N.-É., ou en Europe. Le 31 janvier 1825, il épousa Sophia Pryor, quatrième fille du loyaliste John Pryor, commerçant et membre de l’Assemblée de la Nouvelle-Écosse. Le couple eut 14 enfants dont 5 moururent relativement jeunes.

Les nombreuses relations qu’entretenait la famille Almon avec la haute société, le monde politique et le clergé ont sûrement profité à Mather Byles Almon tout au long de sa carrière. Le jeune homme ouvrit un commerce de gros à Halifax vers 1820 avec des fonds qui provenaient peut-être de sa famille ou de sa femme, et continua à gérer cette entreprise jusqu’au moment où il participa à la fondation de la Bank of Nova Scotia. À titre d’agent, il entra par la suite au service de la Halifax Fire Insurance Company et de la Halifax Marine Insurance Association. En 1838, il avait contribué à la fondation de cette dernière société. Il représentait aussi plusieurs compagnies anglaises dont la Colonial Life Assurance Company, la Pelican Life Insurance Company et la Phœnix Fire Insurance Company. En outre, il avait des intérêts dans la Halifax Water Company et, après 1836, il s’occupa activement de la Halifax Steamboat Company.

En 1832, Almon s’associa à William Lawson*, William Blowers Bliss, Andrew Belcher, James William Johnston, James Boyle Uniacke* et à d’autres personnes pour fonder la Bank of Nova Scotia. Il fit partie du premier conseil d’administration de cette banque et en devint le président en 1837. La banque ouvrit une succursale à Windsor en 1832 puis d’autres à Pictou, Yarmouth, Annapolis et Liverpool en 1839. À la même époque, elle conclut des accords financiers avec la Baring Brothers de Londres et la Merchant’s Bank de Boston, de même qu’avec des banques de New York, de Portland (Maine), de Saint-Jean (N.-B.) et de Montréal. Mais la Bank of Nova Scotia avait alors atteint les limites de son expansion et, durant la crise économique de 1850 à 1852, elle ferma ses succursales de Windsor, d’Annapolis et de Liverpool. Le 28 juillet 1870, Almon révéla une des causes de la stagnation de l’entreprise : James Forman, caissier à la banque depuis 1832, avait détourné une somme de $315 000 au cours d’une période de temps assez longue. D’après les preuves produites lors d’un procès intenté par la banque contre les garants de Forman, celui-ci se livrait à des défalcations depuis 1844. Malade et presque aveugle, Almon n’était sans doute plus en mesure de diriger l’entreprise avec la fermeté voulue depuis quelque temps déjà. D’ailleurs, en septembre 1870, il résigna ses fonctions invoquant qu’il ne pouvait plus signer le papier-monnaie de la banque tel que l’exigeait la loi. Mais, il semble bien évident qu’il n’avait plus la force de faire face aux problèmes suscités par les pertes de fonds et le discrédit qui s’ensuivit dans le public. Il aurait peut-être mieux servi les intérêts de la banque s’il s’était démis de ses fonctions avant 1870.

Au cours de sa vie, Almon acquit une fortune qu’on a évaluée à $616 000 à sa mort. De cette somme $152 735 étaient placés aux États-Unis, en grande partie sous forme de rentes sur l’état et de valeurs dans des banques et des compagnies d’assurance. Il possédait aussi des fonds dans plusieurs banques et entreprises de services publics à Terre-Neuve, à Ille-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick et au Québec. Sur l’ensemble des fonds qu’il avait placés dans sa province, il y avait pour $261 000 d’hypothèques et de reconnaissances de dette. Les fonds investis dans une compagnie américaine exploitant une mine de charbon dans le comté de Pictou ainsi que dans la compagnie britannique Acadia Iron Company constituaient ses principaux intérêts dans l’industrie de sa province. La diversité de ses placements prouve qu’il désirait un revenu sûr, à l’abri des fluctuations de l’économie provinciale. Sa réticence à investir directement dans les compagnies de la province aide sans doute à expliquer que la Bank of Nova Scotia n’a pas participé à l’expansion économique que connut la Nouvelle-Écosse de 1853 à 1857.

Comme homme politique Almon prit part, dans les années 30, à l’administration de Halifax mais se retira des affaires municipales après la constitution juridique de la ville en 1841. En octobre 1838, à titre de représentant des hommes d’affaires, Almon fit partie, avec James B. Uniacke, James W. Johnston et George Renny Young*, de la délégation de la Nouvelle-Écosse qui alla rencontrer lord Durham [Lambton*] à Québec. Selon Charles Buller* les hommes qui composaient cette délégation « en plus d’une habileté remarquable, possédaient une culture générale et un raffinement de manières tels qu’il ne s’en rencontre que rarement dans les colonies ». Almon devint l’objet d’une controverse politique en Nouvelle-Écosse, en 1843, quand le lieutenant-gouverneur Falkland [Lucius Bentinck Cary*] le nomma au Conseil législatif et au Conseil exécutif. Almon présenta le mandement qui le faisait membre du Conseil législatif le 19 février 1844. Lord Falkland informa le ministre des Colonies : « J’ai admis M. Mather B. Almon au Conseil [exécutif] où il occupera le siège laissé vacant par M. [Thomas Andrew Strange] DeWolf qui a pris sa retraite en février dernier [1843] » ; donc Almon était vraisemblablement membre par intérim du Conseil exécutif en 1843 mais il n’entra officiellement en fonction qu’après les élections de 1843. En décembre 1843, trois membres du Conseil exécutif, Joseph Howe et deux de ses partisans, remirent leur démission en accusant le gouverneur et le procureur général, J. W. Johnston, membre du parti tory et beaufrère d’Almon, de donner trop d’importance au parti tory au sein du conseil.

De même que plusieurs autres membres du conseil d’administration de la Bank of Nova Scotia, Almon joua un rôle important à l’intérieur du parti tory. Ce lien entre le parti politique et la banque favorisait la banque mais conférait au parti un esprit quelque peu mercantile. Almon, comme d’autres riches marchands de l’époque, a sans doute versé des fonds au parti. En 1864, il rompit cependant avec le parti conservateur et son nouveau chef, Charles Tupper*, au sujet du projet de confédération. Il devint alors un adversaire important du projet. Toutefois, durant l’année décisive de 1866, son état de santé l’empêcha d’assister aux réunions du Conseil législatif ; mais, jusqu’à sa mort, il appuya le gouvernement de la province dans sa lutte contre la Confédération.

Vivement intéressé à l’éducation, Almon fut membre du conseil d’administration de Dalhousie University de 1842 à 1848, et de King’s College de 1854 à 1868 et de 1869 à 1871. Il prêtait son concours à presque toutes les œuvres de charité protestantes de Halifax et se montrait très généreux à leur égard. Il était également membre à vie de plusieurs sociétés missionnaires de l’Église d’Angleterre dans les colonies. Cependant, il consacrait beaucoup de temps à la congrégation St Paul. Il faisait partie de la faction, appelée Low Church, qui s’opposait aux changements de doctrine proposés par l’évêque Hibbert Binney* qui avait subi l’influence du mouvement d’Oxford. La querelle dura plusieurs années. Puis en 1858, une partie de la congrégation se mit à fréquenter St Luke et l’évêque l’y suivit en 1864.

La congrégation St Paul, qui dans les années 30 avait été la plus éminente de la province, ne fut plus, sous la conduite d’hommes comme Almon, qu’une obscure et respectable congrégation, dominée par l’esprit de clocher. Les croyances religieuses d’Almon, de même que ses idées politiques, n’exercèrent donc pas d’influence marquante dans son milieu, qui était en pleine évolution à l’époque. Quoiqu’il ait contribué à adapter le parti tory à la société commerçante et victorienne, il dut assister malgré lui à la perte de prestige de l’église St Paul, des sociétés missionnaires et du Conseil législatif, qui cessèrent tous de jouer un rôle prépondérant dans les affaires provinciales.

K. G. Pryke

Bank of Nova Scotia Archives (Toronto), Letter book, 1832–1840 ; President’s memoranda and bank note issue book, 1856–1871 ; Mather Byles Almon letters.— PANS, Mather Byles Almon papers ; Senator William Johnson Almon and his descendants, C. S. Stayner, compil. ; The Almons, K. A. MacKenzie, compil.— Halifax County Court of Probate, testament de M. B. Almon.— Acadian Recorder (Halifax), 31 juill. 1871.— Morning Chronicle (Halifax), 31 juill. 1871.— Novascotian (Halifax), 1838, 1843–1844.— History of the Bank of Nova Scotia, 1832–1900 ; together with copies of annual statements [Toronto, 1900], 45–51.— Harris, Church of Saint Paul, 206–209.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

K. G. Pryke, « ALMON, MATHER BYLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/almon_mather_byles_10F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/almon_mather_byles_10F.html
Auteur de l'article:   K. G. Pryke
Titre de l'article:   ALMON, MATHER BYLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   23 septembre 2014