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MONK, FREDERICK DEBARTZCH, avocat, professeur et homme politique, né le 6 avril 1856 à Montréal, fils de Samuel Cornwallis Monk, avocat et plus tard juge, et de Caroline Debartzch, fille de Pierre-Dominique Debartzch* ; décédé le 15 mai 1914 au même endroit.

Bien que baptisé dans la cathédrale anglicane Christ Church, Frederick Debartzch Monk est élevé dans la religion catholique. Il fait d’abord ses études en français au petit séminaire de Montréal, puis en anglais au McGill College où, poursuivant une tradition remontant à au moins quatre générations du côté paternel, il étudie le droit et, en 1877, obtient sa licence. L’année suivante, il est admis au Barreau de la province de Québec, puis, le 7 janvier 1880, il épouse en l’église Saint-Jacques de Montréal Marie-Louise Senécal, fille unique de l’avocat Denis-Henri Senécal et petite-fille de Côme-Séraphin Cherrier*, cousin germain de Louis-Joseph Papineau* et de Denis-Benjamin Viger*. Par ce mariage, Monk s’allie à de grandes familles canadiennes-françaises et se voit attribuer le titre de seigneur de l’Île-Bizard. Bien qu’il ne touche jamais les rentes seigneuriales, puisque ce privilège est conservé par les dames Cherrier, qui lui survivront, Monk peut cependant habiter le manoir seigneurial pendant l’été, en plus de sa résidence principale de la rue de La Gauchetière à Montréal. Des six enfants qu’aura le couple, deux mourront en bas âge.

Monk pratique le droit seul ou occasionnellement avec un associé à Montréal. De plus, il est professeur agrégé à la faculté de droit de l’université Laval à Montréal à compter de 1888, puis il y enseigne en qualité de professeur titulaire le droit constitutionnel et administratif de 1890 à 1903, et, à partir de cette année-là jusqu’en 1914, le droit constitutionnel seulement. En 1890, il a reçu un doctorat en droit de cet établissement et, en 1893, il a été fait conseiller de la reine. Parallèlement à la pratique et à l’enseignement du droit, Monk œuvre pendant toute sa vie au sein de maints organismes publics, sociaux, sportifs et charitables ; de plus, il occupe de 1883 à 1891 et de 1892 à 1895 l’un des postes de commissaires d’écoles catholiques romains de la cité de Montréal.

Ses proches décrivent Monk comme un homme d’une grande dignité, d’une grande culture et d’une grande érudition, mais d’un tempérament plutôt rêveur, sensible et porté à la mélancolie. Sa forte stature ne s’accompagne cependant pas d’un charisme et d’un magnétisme qui sont pourtant souvent le lot des grands hommes publics. Ses contemporains ont longuement considéré que son ascendance familiale, sa formation et ses talents de juriste auraient dû le conduire naturellement vers la magistrature. Monk lui-même aurait avoué à Robert Laird Borden, chef du Parti conservateur fédéral à compter de 1901, qu’il caressait pareille ambition mais seulement après avoir emprunté le chemin de la politique.

La carrière politique de Monk s’étend de 1896 à 1914. Élu député conservateur de la circonscription de Jacques-Cartier aux élections fédérales de 1896, il parvient à s’y faire réélire aux scrutins de 1900, 1904, 1908 et 1911. Il est de ce fait le seul député conservateur dans la province de Québec à avoir résisté aux 15 années du régime de Wilfrid Laurier.

Tout au long de sa carrière politique, Monk cherche à réformer le Parti conservateur fédéral à partir des principes du nationalisme que la majorité des Canadiens français appuie, et travaille à en faire une force crédible et de tout premier plan au Québec. Il obtient d’ailleurs tôt l’occasion d’exprimer sa pensée politique : le tumulte entourant la question des écoles du Manitoba [V. Thomas Greenway*] l’amène dès la fin de 1896 à réclamer l’égalité du fait français et du fait anglais dans toute l’étendue du territoire canadien, et l’épisode de la guerre des Boers de 1899 à 1902 [V. sir Frederick William Borden] le conduit à exiger l’autonomie progressive du Canada dans l’ensemble de ses relations politiques, militaires et commerciales avec l’Angleterre, la mère patrie.

Considéré et respecté, Monk connaît une ascension rapide dans son parti. Le 6 février 1901, Borden le désigne comme leader de l’aile québécoise du Parti conservateur fédéral, nomination qui offre au député de Jacques-Cartier l’occasion de faire connaître au sein de son parti sa vision de la nation canadienne. C’est ainsi que, le 18 novembre de la même année, Monk expose un programme politique qui a pour titre « Le Canada pour les Canadiens » et qui reprend les thèses qu’il soutient depuis son entrée dans la vie publique : un pays fondé sur le respect des deux « races » fondatrices à qui appartient de plein droit ce même pays, autonome dans ses rapports avec l’Empire et capable de fixer lui-même les règles et les lignes de son développement économique. Malheureusement pour lui, le programme n’apporte pas les résultats escomptés : d’abord, les succès électoraux se font attendre en raison de la très forte popularité de Laurier et plusieurs conservateurs influents sont virtuellement opposés à ce programme nationaliste. Les tensions à l’intérieur du parti et les attaques à son endroit deviennent à ce point insoutenables que Monk se voit contraint, le 17 janvier 1904, de remettre sa démission comme leader de l’aile québécoise du Parti conservateur.

Monk n’en demeure pas moins ferme dans ses convictions et il n’hésite pas à rompre avec son parti à la Chambre des communes chaque fois que les principes du nationalisme pancanadien sont mis en cause, en particulier en 1905 sur la question des écoles du Nord-Ouest [V. sir Wilfrid Laurier]. Une telle attitude l’amène même à se lier davantage à Henri Bourassa* et aux nationalistes canadiens-français qui véhiculent des idées semblables aux siennes. La question de la création de la marine de guerre du Canada, qui surgit en 1909, cristallise le tout. Monk, qui est redevenu officiellement le 28 janvier leader des forces conservatrices fédérales du Québec à la demande de Borden, dénonce vigoureusement cette mesure à l’occasion d’un important discours qu’il prononce à Lachine le 8 novembre 1909 et dans lequel il déclare qu’il se sépare des vues de son parti en la matière. Il n’en faut alors guère plus pour qu’une alliance entre Monk et Bourassa ne devienne imminente.

L’alliance entre les conservateurs du Québec dirigés par Monk et les nationalistes canadiens-français de Bourassa se concrétise au printemps de 1910. Le groupe des conservateurs-nationalistes qui en est le résultat part alors en croisade dans toute la province pour vilipender sous tous ses aspects le projet de loi sur la marine de guerre du Canada, présenté en janvier ; l’adoption de ce projet de loi, selon eux, entraînerait la participation obligatoire du Canada aux guerres de l’Empire ainsi que la conscription. Œuvrant en marge des deux partis politiques traditionnels, les conservateurs-nationalistes entendent, à l’occasion des élections fédérales de 1911, faire élire suffisamment de députés pour détenir la balance des pouvoirs et renverser tout gouvernement qui s’opposerait à leurs vues en matière navale. Dirigé par Monk, ce groupe n’en établit pas moins une alliance électorale avec le Parti conservateur de Borden, alliance qui n’a d’autre motif que celui de favoriser la défaite du gouvernement de Laurier. Malheureusement pour Monk, cette tentative échoue puisqu’un gouvernement conservateur majoritaire est élu à l’issue du scrutin.

Chef d’un groupe minoritaire à la Chambre des communes, Monk sent qu’il ne peut que composer davantage avec le gouvernement conservateur afin de sauver au moins le principe essentiel pour lequel il a combattu au cours des dernières années : l’autonomie du Canada dans l’Empire. Il accepte donc de prendre en charge le ministère des Travaux publics, une fonction accaparante qui l’amène rapidement à négliger le groupe de conservateurs-nationalistes dont il a la direction aux Communes. Même plus, la solidarité ministérielle à laquelle il est tenu l’oblige, sur la question des écoles du Keewatin en 1912 [V. sir Robert Laird Borden], à renoncer à un principe qu’il avait toujours défendu : l’égalité du fait français et du fait anglais. Le gouvernement conservateur refuse d’accéder aux demandes de Monk relativement à la question navale et ce dernier n’a d’autre choix que de démissionner comme ministre des Travaux publics le 18 octobre 1912. Complètement désabusé, il en vient même à renier définitivement son parti.

À la suite de sa démission, Frederick Debartzch Monk mène une vie plutôt calme. Il souffre d’artériosclérose et son état de santé demeure précaire. Bien qu’encore député de Jacques-Cartier, il ne retourne pas à la Chambre des communes et se contente de s’occuper de son bureau de comté, où il est sans cesse assailli par des demandes de faveurs. Cependant, il porte une attention particulière à certaines questions, dont celle d’un canal reliant la rivière des Outaouais à la baie Géorgienne, et croit toujours pouvoir reprendre son travail parlementaire à Ottawa. Il consacre en plus une partie de son temps à d’autres occupations : il fait, entre autres, partie de la Montreal Horse Show Association et du Verdun Cricket Club, et il est élu administrateur du Montreal Jockey Club. Toutefois, le député de Jacques-Cartier est rapidement contraint de mettre un terme précipité et définitif à toute activité. En effet, en janvier 1914, la maladie l’oblige à garder le lit. En mars, ses forces continuent à décliner et il doit remettre sa démission à titre de député. Monk s’éteint finalement à son domicile le 15 mai 1914, laissant derrière lui son grand rêve d’accéder à la magistrature et devant lui une formation conservatrice moribonde au Québec.

François Béland

On trouvera une étude plus détaillée de la carrière de Frederick Debartzch Monk et une liste complète des sources et des études qui le concernent dans notre mémoire intitulé « F. D. Monk, le Parti conservateur fédéral et l’idée d’un Canada pour les Canadiens (1896–1914) » (mémoire de {{m.a}}., univ. Laval, 1986).  [f. b.]

AC, Montréal, État civil, Catholiques, Cimetière Notre-Dame-des-Neiges (Montréal), 18 mai 1914.— ANQ-M, CE1-33, 7 janv. 1880 ; CE1-63, 17 avril 1856.— Arch. de la Commission des écoles catholiques de Montréal, Présidents et commissaires, liste, 1846–  .— Canadian directory of parl. (Johnson).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).

Bibliographie générale

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François Béland, « MONK, FREDERICK DEBARTZCH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/monk_frederick_debartzch_14F.html.

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Auteur de l'article:   François Béland
Titre de l'article:   MONK, FREDERICK DEBARTZCH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   1 août 2014