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McNIFF, PATRICK, arpenteur, né en Irlande ; il épousa Elizabeth McDonnell, puis le 1er novembre 1775, Catherine McDavitt, et ils eurent un fils et trois filles ; décédé en mai 1803 à Detroit.

Ayant quitté l’Irlande en 1764, Patrick McNiff s’établit comme marchand à Saratoga (Schuylerville, New York). À l’époque de la Révolution américaine, il « vivait à l’aise, dans l’abondance [... possédant] des bien pour plus de £3 000 ». Bien qu’il fût signataire d’« une seule association de rebelles », il ne servit pas dans la milice. En juillet 1776, puis de nouveau l’été suivant, des rebelles pillèrent son magasin. « Chassé de Saratoga [...] par ordre d’un comité », McNiff se fixa à Albany jusqu’au printemps de 1779, moment où des rebelles de l’endroit entendirent parler de « quelque renseignement [qu’ Jil avait communiqué au Canada ». McNiff s’enfuit et alla se réfugier derrière les lignes britanniques, à New York. L’année suivante, il construisit une maison et un magasin dans l’île Staten, mais, en janvier 1782, les rebelles le dépouillèrent de marchandises pour une valeur de près de £300, puis l’emprisonnèrent. Relâché peu après, il rebâtit sa maison, pour l’abandonner en avril 1783, affirmant qu’il en avait été chassé.

Le 6 septembre 1783, McNiff était à New York, où, dans une pétition, il demandait de l’aide à sir Guy Carleton pour se rendre dans la province de Québec. « Peut-être l’un des hommes du monde les plus malheureux », il en avait été réduit à vivre de la charité d’amis. Son plaidoyer tomba apparemment dans les oreilles d’un sourd, car le 30 octobre il sollicitait de nouveau du secours. À Sorel (Québec), McNiff adressa une requête au gouverneur Haldimand, lui demandant de l’aider à faire venir sa famille dans la province. Ce mémoire était accompagné de témoignages de loyalistes aussi éminents que Stephen DeLancey, Peter Van Alstine et Abraham Cornelius Cuyler, attestant la valeur et l’honnêteté de McNiff. Ce dernier fit état de renseignements fournis par McNiff pendant la guerre, notant aussi qu’il avait « quelque connaissance de l’arpentage ». En dépit de si hautes appréciations, McNiff dut écrire à Haldimand le 8 janvier 1784, pour lui rappeler sa pétition. Ce geste obtint apparemment l’effet désiré : à l’été, McNiff travaillait comme arpenteur pour l’arpenteur général Samuel Johannes Holland, et peut-être aussi pour sir John Johnson* à New Johnstown (Cornwall, Ontario).

McNiff délimita les lots riverains de six cantons, et en acheva le plan le 1er novembre 1786. L’année suivante, il travaillait près de Cataraqui (Kingston) et, en avril, il dessinait un croquis de la rivière Gananoque. Il y travailla quelque peu pour un loyaliste éminent de l’endroit, Joel Stone*. À l’été de 1787, il était bien installé à New Johnstown, où il possédait une maison et une ferme, qu’il vendit quatre ans plus tard. Le 4 juin 1788, l’arpenteur général adjoint John Collins* donna l’ordre à McNiff de se rendre à la rivière des Outaouais, où il arpenta des sections de plusieurs cantons et produisit une carte à grande échelle de son travail. Le 24 juillet, Caneton, devenu lord Dorchester, créa quatre nouveaux districts administratifs dans la partie ouest de la province de Québec ; le printemps suivant, McNiff fut nommé arpenteur adjoint du district de Hesse et reçut l’ordre de se rendre à Detroit. En mai 1789, sa famille et lui quittèrent Lachine (Québec), où ils vivaient, et arrivèrent à Detroit trois mois plus tard.

Une dispute au sujet des revendications foncières des Indiens de l’endroit empêcha McNiff de procéder à ses arpentages jusqu’à ce que l’affaire fût réglée par le « traité McKee » de mai 1790 [V. Wasson**], que signa Alexander McKee*, agent adjoint du département des Affaires indiennes à Detroit. Le 2 juillet, le conseil des terres du district délivra son premier ordre d’arpentage à McNiff, qui s’en plaignit comme étant « si imparfait et si peu explicite que [...] il ne pouvait ni le comprendre ni l’exécuter ». Toutefois, dès la fin du mois, il avait fait suffisamment de travail pour rapporter à Collins que le plan général d’arpentage, qui prévoyait des lots découpés dans des cantons parfaitement rectangulaires, ne paumait être appliqué dans tous les cas sans mettre en péril les progrès déjà réalisés par les colons français et les squatters loyalistes, dont les lots étaient disposés au hasard. En outre, des bas-fonds et des marécages rendaient inhabitables d’immenses régions. En août et en septembre, après qu’on eut clarifié ses instructions, McNiff arpenta des sections de la rivière La Tranche (rivière Thames) et des cantons de Colchester (canton de Colchester South) et de Gosfield (canton de Gosfield South). Mais il tomba malade avant d’avoir pu terminer son travail.

Le 31 janvier 1791, McNiff se plaignit à Collins que des spéculateurs fonciers – il donnait fortement à entendre que des membres du conseil des ternes, dont faisaient partie des hommes aussi connus que John Askin et Jean-Baptiste-Pierre Testard Louvigny de Montigny, étaient impliqués dans l’affaire – nuisaient au progrès de l’établissement. Le 3 mai, il répéta ces accusations à Hugh Finlay, président du comité des tomes du Conseil législatif. En avril, alors qu’il était à faire de l’arpentage à Detroit, McNiff avait été accusé par des colons français de déplacer leurs clôtures et leurs lignes, ce qu’il nia. En juin, le conseil des tomes se plaignit que son plan de la rivière La Tranche ne correspondait pas au plan général d’arpentage, mais il expliqua que les marécages et l’irrégularité des lots habités l’avaient obligé à s’écarter du plan. En septembre, il laissa entendre qu’il fallait modifier les règlements existants ; il se plaignait encore, sur ce point, en 1792. Finalement, en mars 1793, le conseil des terres consentit à l’autoriser à arpenter des lots qui n’avaient pas la superficie standard de 100 acres.

La province de Québec avait été divisée en 1791, et, l’année suivante, McNiff posa sa candidature auprès du lieutenant-gouverneur Simcoe au poste d’arpenteur général adjoint du Haut-Canada, se vantant d’être le « plus ancien arpenteur adjoint de la province de Québec [...], le plus expérimenté (sans comparaison) pour délimiter un nouveau pays ». Mais c’est David William Smith* qui obtint ce poste, et le 3 octobre 1792, celui-ci s’enquérait auprès de Richard G. England, président du conseil des terres du district, s’il était satisfait du travail de McNiff. La réponse d’England fut affirmative, mais pas pour longtemps, puisqu’en mai 1793 il se plaignit à Smith en ces termes : « L’ombre d’une difficulté suffit à retarder pour des années tout travail qu’on lui ordonne. » Simcoe était du même avis et, le 13 mai, il écrivait au gouverneur général intérimaire Alured Clarke* que McNiff n’était « pas compétent [...] anquant tout à fait de sens pratique ». Simcoe dut se sentir soulagé quand Francis Le Maistre, secrétaire militaire de Dorchester, l’informa, le 27 janvier 1794, que les services de McNiff ne seraient plus requis au bureau de l’ingénieur. On abolit les conseils des terres au mois de novembre de cette même année, et le sort de McNiff fut scellé. Il se trouva bientôt sans travail. Au printemps de 1795, England, exaspéré, refusait de l’employer à d’autres travaux d’arpentage ou de le recommander pour la concession d’un lot de terre cultivable. Il est clair qu’on ne voulait plus de McNiff ; en juin 1795, Abraham Iredell fut nommé arpenteur adjoint pour le district de l’Ouest. En juillet 1796, les Britanniques évacuèrent Detroit, conformément aux termes du traité Jay, mais McNiff resta, conservant plusieurs plans d’arpentage importants qu’il vendit pour 100 $ au major général américain Anthony Wayne. Le colonel John Francis Hamtramck, qui avait organisé la vente, affirma que « la privation de 15 shillings, cours de Halifax, par jour l’a[vait] incité à tourner casaque [...] : voilà à quoi s’élev[ait] le patriotisme de ce monsieur ». McNiff n’était peut-être pas le vil renégat que Hamtramck voyait en lui, mais il avait, cela ne fait pas de doute, une morale assez élastique. À l’époque où il était arpenteur, il s’était plaint fréquemment et amèrement de la spéculation foncière, mais lui-même spéculait quand une occasion se présentait. Il possédait environ 15 p. cent des actions dans une société dont faisaient partie John Askin, John Askin fils et Alexander Henry*, société qui avait obtenu les droits sur une immense étendue de terres indiennes, sur la rive sud du lac Érié. Ce projet de spéculation, connu sous le nom de Cuyahoga Purchase, échoua complètement en 1795, l’ancien secrétaire d’État américain aux Finances, Alexander Hamilton, ayant exprimé des doutes sur la légalité des titres concernant les terres des Indiens aux États-Unis. Henry écrivit à ses partenaires : « Nous avons perdu une fortune d’au moins un million de dollars. »

En 1796, McNiff fut nommé arpenteur du comté de Wayne (Michigan) et juge de la Cour des plaids communs ; peu après, il fut nommé directeur des magasins militaires et maître de caserne, au salaire de £40 par mois. Mais la tranquillité n’était pas fréquemment le lot de McNiff. Le 15 août 1798, le gouverneur du Michigan, Arthur St Clair, lui enleva sa commission d’arpenteur et en novembre ses collègues au tribunal refusèrent de siéger avec lui. Connu pour son caractère peu conciliant, McNiff accusa immédiatement ses collègues de tous les crimes. Des contre-accusations furent lancées, avec le résultat que McNiff fut inculpé et jugé, en même temps qu’un de ses collègues juges. Tous deux furent acquittés. De 1798 à 1802, des querelles entre les juges eurent pour effet de tenir à peu près la cour fermée. Apparemment, seule la mort de McNiff, en mai 1803, mit fin à ces dissensions.

La description que fit Simcoe de Patrick McNiff, le traitant d’incompétent et « manquant tout à fait de sens pratique », n’était vraie qu’à moitié. Même s’il fit de l’arpentage par tout le Haut-Canada, pendant une décennie, on ne trouva par la suite que peu d’erreurs dans ses travaux. Mais les exemples abondent de son « manque de sens pratique ». Pour reprendre les mots de l’historien Milo Milton Quaife, « le tempérament tranchant » de McNiff explique qu’il fut « mêlé à de nombreuses querelles ». McNiff avait trop confiance en lui, il était têtu et sans tact ; il aimait argumenter et il s’opiniâtrait. Il se plaignait de tout, depuis la pauvreté de son salaire jusqu’au manque d’articles de bureau, et il croisait le fer avec à peu près tous ceux qu’il rencontrait. Il illustre le fait que ce n’est pas toujours celui qui crie le plus fort qui est exaucé.

Ron Edwards

AO, Map coll., J. F. Holland, copiée de Patrick McNiff, « Hesse District, a map of Lake Erie, Lake St Clair, showing claims to lards in that district », [1790] ; Patrick McNiff, « Hawkesbury Township, Ont., survey », [1795] ; « Lake Superior, a sketch map of the north shore [...] collected from the journal of a coasting survey and remarks by Lieut. Bennet of the 8th Regiment », 1794 ; « Plan of part of the east [north] shore of Lake Erie [an part of the east shore of the Detroit River] in the District of Hesse [...] », 1790 ; « A plan of part of the new settlement on the north bank of the south west branch of the St Lawrence River [...] », 1786 ; « A plan of the new settlements on the north bank of the south west branch of the St Lawrence River [...] », 1786 ; RG 1, A-I-1, 1 : 201 ; 2 : 43, 71s., 78 ; 55 : 58, 74 ; A-I-6 : 90–93, 19287–19289, 23094–23096 ; A–II–1, 1 : 468 ; C-I–9, 2 : 24.— APC, Coll. nationale de cartes et plans, H2/400–1786 ; R/400–1786 ; H1/400-1790 ; H1/400-[1790] ; H1/400-[1790] (1924) ; H1/400-1790 (1905) ; V1/400–1791 (1909) : H3/409-Hesse-1790 ; V30/409-Hesse-1815 ; R/410-Erie-1789 ; R11/410-Erie-1791 : H12/410-Gananoque-1787 ; H3/410-Superior-1795 ; M/430-Camden-1794 ; M/430-Charlottenburgh-1796 ; M/430-Colchester-1794 ; M/430-Cornwall-1786 ; M/430-Cornwall-1792 ; H12/430-Lancaster-1802 ; H12/430-Sandwich-1798 ; V3/1000-1791 (1909) ; 1210-Detroit-1796 ; MG 23, HII, 1, vol. 1 : 309, 366, 368, 395–398, 426, 444 ; MG 30, D1, 21 : 245–247 ; RG 1, E14, 10 : 515–518 ; L4, 1–4.— BL, Add. {{mss }}21875 : 74–76 ; 21877 : 347–349 (copies aux APC).— MTL, D. W. Smith papers.— PRO, AO 12/27 : ff.295–301 (mfm aux APC) ; PRO 30/55, 8 : 263–265 (mfm aux APC).Corr. of Lieut. Governor Simcoe (Cruikshank).— « Documents relating to the proceedings of the district land boards », AO Report, 1905 : cxxxi–546.John Askin papers (Quaife).Windsor border region (Lajeunesse).— F. C. Bald, Detroit’s first American decade, 1796 to 1805 (Ann Arbor, Mich., et Londres, 1948).— F. C. Hamil, The valley of the lower Thames. 1640 to 1850 (Toronto, 1951 ; réimpr., Toronto et Buffalo, N.Y., 1973).–Friend Palmer, Early days in Detroit (Detroit, 1906).— A. P. Walker et R. W. Code, « Patrick McNiff », Assoc. of Ont. Land Surveyors, Annual report (Toronto), 1931 : 100–104.

Bibliographie générale

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Ron Edwards, « McNIFF, PATRICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcniff_patrick_5F.html.

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Auteur de l'article:   Ron Edwards
Titre de l'article:   McNIFF, PATRICK
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   24 octobre 2014