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HOLLAND, SAMUEL JOHANNES, officier, ingénieur militaire, arpenteur et hydrographe, fonctionnaire, homme politique et propriétaire foncier, né en 1728 à Nimègue, Pays-Bas ; décédé le 28 décembre 1801 à Québec.

Samuel Johannes Holland entra dans l’artillerie hollandaise en 1745 et servit pendant la guerre de la Succession d’Autriche. Il fut promu lieutenant en 1747, à la suite du siège de Bergen op Zoom, dans les Pays-Bas. À Nimègue, le 31 août 1749, il épousa Gertrude Hasse ; l’année suivante, ils eurent une fille qui mourut peut-être en bas âge. Holland, qui était probablement entré en contact avec le duc de Richmond, émigra en Angleterre en 1754, pour chercher de l’avancement sous le drapeau britannique, laissant sa femme aux Pays-Bas. Appuyé par le duc, il fut promu lieutenant dans les Royal Americans (60e d’infanterie) en mars 1756 (cette nomination était datée du 29 décembre 1755). Le comte de Loudoun était colonel en chef de ce régiment et Haldimand, un des lieutenants-colonels. Holland vint en Amérique du Nord avec Loudoun au début de 1756. Il dressa avec d’autres une carte de la province de New York dont on se servirait beaucoup pendant 20 ans. Nommé lieutenant-capitaine en 1757, il reçut la mission de reconnaître le fort Carillon (près de Ticonderoga, New York), mais, au début de 1758, on le muta comme sous-ingénieur au sein de l’expédition contre Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton). Sous le commandement du général de brigade James Wolfe*, il fit le levé du terrain attenant à la forteresse, effectua des levés hydrographiques, dessina des plans et donna des conseils en génie pendant les opérations que Wolfe dirigeait contre la ville avant que celle-ci capitule, le 27 juillet. Ayant été constamment sous le feu de l’ennemi, il fut chaudement recommandé par Wolfe à Richmond pour son courage et sa compétence. Par la suite, Holland fit le levé des fortifications, comme aussi celui de la ville et du territoire environnant. Cet hiver-là, lui et son nouvel élève en hydrographie, James Cook*, dressèrent une carte du golfe et du fleuve Saint-Laurent en vue de l’attaque contre Québec. De plus, Holland traça des levés et dessina-des plans à Halifax et dirigea la construction du fort Frederick (Saint-Jean, Nouveau-Brunswick). Promu capitaine le 24 août 1759, il prit une part active, cet été-là, au siège de Québec, et il échappa de justesse à la mort quand un schooner heurta ses bateaux. Le 13 septembre, pendant la bataille des plaines d’Abraham, il fut blessé au cours de dangereuses opérations de génie et revint au côté de Wolfe, tout juste pour le trouver mourant. À la bataille de Sainte-Foy, au printemps suivant, Holland remplaça temporairement l’ingénieur en chef Patrick Mackellar*, qui était blessé. Après la levée du siège par les Français, on lui fit arpenter des régions colonisées de la vallée du Saint-Laurent [V. John Montresor*] et établir les plans d’une nouvelle citadelle à Québec.

En 1762, Holland se rendit à Londres avec ses cartes et suggéra au Board of Trade que l’on fasse un levé de toutes les possessions britanniques en Amérique du Nord pour en faciliter la colonisation. Cette proposition, finalement acceptée en février 1764, ajoutée à ses levés et à une excellente recommandation du gouverneur Murray*, lui mérita, le 6 mars, le poste d’arpenteur général de la province de Québec, au salaire de £365 par année. Lorsqu’il offrit de remplir la charge d’arpenteur général du district nord de l’Amérique du Nord sans augmentation de salaire, les autorités acceptèrent aussitôt. Le 23 mars, il reçut pour mission de faire le levé de toutes les possessions britanniques au nord de la rivière Potomac, en commençant par l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard), les îles de la Madeleine et l’île du Cap-Breton, à cause de l’importance qu’elles avaient pour les pêcheries.

Avant de se rendre à l’île Saint-Jean, Holland remit à Murray, à Québec, les directives du gouvernement britannique visant à organiser le gouvernement civil de la colonie. Le 13 août 1764, Murray le choisit pour faire partie du Conseil de Québec qui venait d’être créé, et, le mois suivant, on le nomma juge de paix. Ayant désigné John Collins* pour diriger l’arpentage dans la province pendant son absence, Holland partit pour l’île Saint-Jean où il arriva au début d’octobre. Muni de toutes sortes d’instruments scientifiques et assisté de l’arpenteur adjoint, Thomas Wright, d’un bon nombre d’officiers du génie, d’apprentis volontaires, de sous-officiers et de simples soldats, Holland mena l’arpentage de l’île dans de rudes conditions climatiques. Il la divisa et la subdivisa en comtés d’environ 500 000 acres, en paroisses de quelque 100 000 acres et en cantons d’approximativement 20 000 acres ; le levé était exécuté avec précision en calculant la latitude et la longitude à l’aide d’observations astronomiques. Il fit aussi des levés hydrographiques minutieux des eaux côtières. Sur les cartes et dans les rapports qui y étaient joints, il nota les rivières et les havres principaux, et indiqua les emplacements des villages que l’on projetait d’établir, y compris la capitale qu’il baptisa Charlottetown. Il analysa les usages possibles des terres qui entouraient ces emplacements, donnant un compte rendu détaillé des ressources forestières, de la flore, de la qualité et de l’étendue des sols, de même qu’une évaluation du climat, en vue surtout de l’agriculture. En octobre 1765, il était à même d’envoyer en Angleterre les premières de ses cartes accompagnées de ses rapports, provoquant ainsi un regain d’intérêt pour la spéculation foncière, intérêt qui s’était déjà manifesté l’année précédente [V. Walter Patterson*]. En 1767, quand l’île fut lotie, on tira ses lots au sort, et Holland reçut le no 28. Cette année-là, il y envoya quelques cultivateurs et soldats licenciés pour le coloniser ; 11 ans plus tard, 136 colons y habitaient. En tant que propriétaire absentéiste, Holland toucha, au cours de sa vie, peu de redevances des fermiers à bail.

En 1765, Holland avait arpenté les îles de la Madeleine avec le lieutenant Peter Frederick Haldimand* ; ils étaient par la suite allés à l’île du Cap-Breton où Charles Morris* avait commencé les travaux en 1764. Cette dernière fut divisée de la même façon que l’île Saint-Jean. Dès juillet 1767, Holland avait adressé à Londres les cartes et les rapports complets, dans lesquels il signalait qu’en plus des pêcheries, l’île du Cap-Breton avait de la valeur, surtout à cause de son charbon, de sa pierre de construction et de son gypse, tout en étant propre aussi, dans certaines régions, à l’agriculture. Comme dans l’île Saint-Jean, le levé de Holland avait pour but de servir de base aux concessions, mais, longtemps après que son rapport fut approuvé, des colons continuèrent à recevoir de simples permis d’occupation plutôt que des titres de propriété en bonne et due forme. En 1768, Holland émit l’opinion que l’île du Cap-Breton ne pourrait pas exploiter efficacement ses ressources tant qu’elle demeurerait dépendante, du point de vue administratif, de la Nouvelle-Écosse ; elle fut séparée de cette colonie en 1784. Tandis que l’arpentage de l’île du Cap-Breton s’achevait, les équipes de Holland travaillaient, en 1767, dans la péninsule gaspésienne, du côté de la baie des Chaleurs, et dans l’île d’Anticosti. À la fin des années 1760, elles effectuèrent également des travaux sur les deux rives du bas Saint-Laurent. En 1767, Holland avait proposé que des explorateurs britanniques se mettent à la recherche d’un passage dans le nord-ouest, qui permettrait de relier l’océan Atlantique au Pacifique, mais son projet reçut peu d’appui.

Holland élut domicile à Louisbourg pendant une grande partie des années 1765, 1766 et 1767. Il est possible que dès 1762 il se soit mis en ménage à Québec avec Marie-Joseph Rollet, qui avait alors 21 ans ; leur premier enfant, John Frederick*, naquit à l’île Saint-Jean. En janvier 1768, Holland écrivit à Haldimand : « Vous devez savoir, mon cher général, que j’ai poussé la chose trop loin avec ma petite compagne de lit, car j’ai maintenant, à part le petit Jack de l’île Saint-Jean et Henry de Louisbourg [...], une petite fille arrivée récemment comme cadeau de Noël, ce qui a vraiment gâté le plaisir. » En septembre 1769, était née une autre fille, et le couple souhaitait qu’il fût possible à Holland d’épouser Marie-Joseph « par égard pour les enfants ». Holland et Gertrude Hasse s’étaient séparés à l’amiable, et il avait reconnu un engagement envers elle en lui versant une allocation annuelle de 1756 à 1780, sauf pour les années 1763 et 1770. (La requête que Gertrude adressa en 1784 au gouvernement britannique pour qu’il fasse reprendre à Holland les versements fut infructueuse.) Au cours de 1772 cependant, il réussit à obtenir l’avis de juges et du procureur général du New Hampshire, en vertu duquel un mariage avec Marie-Joseph serait légal ; il est probable qu’il fut contracté peu après. En mai 1773, la nichée comptait trois garçons et quatre filles, et Holland parlait de leur mère comme de sa « petite femme ». Ils auraient en tout dix enfants.

À l’automne de 1767, Holland résidait à Québec où, en octobre 1766, on lui avait cédé un petit lot adjacent au château Saint-Louis. L’année suivante, il acquit des héritiers de Jacques de Lafontaine* de Belcour six lots et une résidence côte Saint-Jean pour environ £400 ; lorsqu’en mai 1769 il fit quatre emprunts d’un montant total d’environ £120, il habitait dans cette maison. Puis il acheta une terre près de la porte Saint-Jean en mars 1770 ; à peu près à cette date, il loua sa maison, nommée Holland House, à l’avocat général George Suckling*. Pendant son séjour à Québec, Holland prit part aux séances du conseil et fut désigné pour faire partie de comités s’occupant de terres, de routes et de travaux publics. Il fut également membre du comité des comptes publics, puis, en 1768, du conseil établi pour décider si l’on devait permettre à George Allsopp, suspendu de plusieurs fonctions qu’il avait achetées, d’y être réintégré.

Holland ne paraît pas avoir résidé longtemps à Québec. En 1770, il dirigeait des équipes d’arpentage qui avaient l’énorme tâche de dresser la carte des régions côtières de l’Atlantique, à partir de la rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) jusqu’à New York, dans le cadre d’un projet destiné à fournir au gouvernement britannique les meilleures cartes possibles du littoral atlantique, à un moment où ses colonies américaines étaient entraînées dans la révolution. En même temps, Joseph Frederick Wallet DesBarres* travaillait pour l’Amirauté, théoriquement en collaboration avec Holland, effectuant des levés hydrographiques excellents, quoique plus laborieux, autour de la Nouvelle-Écosse. Au début de 1775, le Board of Trade regrettait que Holland dépende des levés de DesBarres pour achever « la carte générale qu’[il] attend[ait] patiemment ». Le Board of Trade avait donc reçu de Holland, avant la déclaration de la guerre d’Indépendance américaine, de nombreuses cartes bien faites et détaillées, mais pas de levé d’ensemble. Au cours de leurs travaux dans les colonies atlantiques, Holland et ses collègues commencèrent à se servir d’instruments scientifiques nouvellement mis au point en Grande-Bretagne, comme l’horloge astronomique et la lunette d’approche. Holland présenta la première carte exacte du New Hampshire et préconisa que le Maine et le Massachusetts se séparent, tout en recommandant que la rivière Saint-Jean soit la frontière de la Nouvelle-Écosse. En 1769–1770, il avait fait partie de la commission chargée de délimiter la frontière entre la colonie de New York et celle du New Jersey et, en 1774, il était un des délégués de la colonie de New York à la commission qui avait pour mandat de fixer la ligne de démarcation entre cette colonie et la Pennsylvanie. Lorsque la Révolution américaine éclata, il se préparait à tracer la frontière entre New York et le Massachusetts.

Pendant cette période, Holland vécut à Portsmouth, au New Hampshire, et, en 1773, il alla s’installer à Perth Amboy, au New Jersey. Par mesure de sécurité envers sa famille, il vendit son grade dans l’armée, en 1772, et en retira £ 1 500 qu’il déposa en banque à New York. Le temps que la révolution commence, il avait obtenu 3 000 acres de terre au New Hampshire et 24 000 acres au Vermont. Il avait ainsi des relations avec les colonies américaines, et il reçut des offres pour se joindre aux révolutionnaires qui appréciaient ses talents. Cependant, toute sa carrière avait»été liée à la Grande-Bretagne ; laissant sa famille dans un endroit discret à Perth Amboy, il partit précipitamment pour l’Angleterre en 1775. Pendant son séjour à Londres, il coopéra avec DesBarres qui travaillait alors à compiler les cartes et les routes maritimes des eaux côtières nord-américaines. Celles-ci parurent sous diverses formes à partir de 1777 sous le titre de The Atlantic Neptune [...]. Le 4 janvier 1776, il avait été nommé major et, plus tard cette année-là, en tant qu’aide de camp britannique, il accompagna le commandant des troupes hessoises, Leopold Philipp von Heister, en Amérique. Il semble que Holland ait combattu près de New York ; en mars 1777, il mit sur pied une unité coloniale appelée les Guides and Pioneers.

En octobre 1778, le gouverneur Haldimand convoqua Holland à Québec pour qu’il reprenne ses fonctions d’arpenteur général de la province. Après avoir passé l’hiver à Halifax, Holland et sa famille, qui l’avait rejoint à New York, arrivèrent à Québec au printemps de 1779. Il fut nommé, à titre temporaire, chef de rassemblement des Hessois de la province. En 1779 également, on le désigna au Conseil législatif, créé quatre ans plus tôt en vertu de l’Acte de Québec. II assista régulièrement aux séances du conseil, sauf pour un congé en Grande-Bretagne en 1788–1789 et lors d’une grave maladie en 1789–1790. Sur la plupart des questions, il appuya le gouvernement de Haldimand face à une opposition qui comprenait le lieutenant-gouverneur Henry Hamilton*, Allsopp, Hugh Finlay, William Grant (1744–1805) et d’autres. Néanmoins, pendant le gouvernement de Hamilton, de 1784 à 1786, Holland vota pour les jugements optionnels par jury dans les causes civiles et pour d’autres mesures présentées par la faction de Hamilton. Sous lord Dorchester [Guy Carleton], il fut un partisan circonspect de la politique du juge en chef William Smith*, y compris son projet de réforme judiciaire. En 1787 et 1791, il vota pour Smith 27 fois sur 38, ce qui ne concorde pas avec l’opinion de son contemporain, Alexander Fraser, suivant laquelle Holland se rangea du côté de Smith « quelquefois », mais « uniquement par suite d’une bévue ou d’un simple manque de bon sens, et pour nulle autre raison ». Sa tendance à appuyer le gouvernement du moment servait probablement ses intérêts en tant que fonctionnaire, ce que semblerait confirmer la remarque de Fraser d’après laquelle « personne plus que lui ne désir[ait] faire tout ce qui plai[sait] au gouvernement ».

Réintégrant sa résidence de Holland House située sur la route de Sainte-Foy, Holland agrandit considérablement ses possessions dans le secteur de la côte Saint-Jean en 1780, en 1782 et en 1790. Il mit sur pied une grande ferme d’environ 200 acres ; quant à sa résidence, elle était réputée pour sa magnificence. En 1788, il avait acquis le fief de Saint-Jean, probablement de Murray. Entre 1784 et 1791, en sus de ses dépenses pour des achats de terres, Holland fut en mesure de prêter un montant total dépassant £1 700. En 1790, grâce à son influence auprès d’Evan Nepean, un des commissaires du petit sceau à Londres, il avait, semble-t-il, reçu quelque compensation du gouvernement britannique pour les pertes qu’il avait subies pendant la Révolution américaine. D’autre part, son traitement annuel d’arpenteur général fut mystérieusement diminué de £65, et, dans la colonie de New York, au New Jersey et au Vermont, où il tenta de récupérer ses biens, il fut entraîné dans des procès avec ce qu’il appela « une bande de hors-la-loi ».

Du fait que le gouvernement britannique avait décidé d’accorder de vastes concessions aux Loyalistes après la Révolution américaine, il fallut réduire les travaux de routine dans les régions colonisées, pour accélérer l’arpentage de grandes étendues que l’on n’avait jusque-là jamais envisagé de coloniser dans la région qui deviendrait le Haut-Canada. En mai et juin 1783, Holland inspecta les terres aux alentours de Cataraqui (Kingston, Ontario) afin de rendre compte aux autorités de la possibilité qu’elles soient habitables, et il envoya dans la région du Niagara une petite équipe dont faisait partie James Peachey*. À partir des rapports relativement favorables de Holland, on fit faire l’arpentage sur une grande échelle du haut Saint-Laurent, de la rive nord du lac Ontario à l’ouest de Cataraqui, dans la péninsule du Niagara et le long de la rivière de Detroit, en face de Detroit. Comme il fallait établir rapidement des lots de ferme, Holland ordonna que l’on dessine les plans de cantons divisés en concessions, puis subdivisés en lots, qui seraient tirés au sort sans tenir compte de la qualité de la terre.

La plupart des tâches à accomplir dans les régions nouvelles revinrent à Collins. Après les avoir visitées à la fin de 1783 ainsi qu’au printemps et à l’été de 1784, Holland se vit de plus en plus obligé, à cause de sa santé chancelante et de la paperasserie, de rester à son bureau de Québec d’où il dirigeait les équipes d’arpentage de Gaspé à Detroit ; cependant, il fut en état de faire des voyages en Grande-Bretagne en 1784 et 1787. La responsabilité des levés dans les régions de l’Ouest passa à l’arpenteur général du Haut-Canada en 1792 ; les adjoints de Holland tournèrent alors leur attention vers les nouveaux cantons du Bas-Canada, qu’on appellera plus tard les Cantons de l’Est, pour lesquels les demandes de concessions envahirent promptement le Conseil exécutif [ V. Robert Prescott] ; pendant la décennie qui suivit, on arpenta 22 cantons.

L’état de santé de Holland continuait de l’inquiéter. Une attaque de paralysie, qui l’avait probablement frappé en 1790, l’empêcha de remplir entièrement ses fonctions avant mars 1792 ; en avril, Simcoe remarquait que le « pauvre Holland, ce bon et fidèle serviteur de la couronne, [était] usé de corps quoique en pleine possession de son esprit ». En outre, il ne fit pas partie du nouveau Conseil législatif, formé en 1792, et il perdit ainsi son salaire de conseiller, soit £ 100 par année. À partir de 1796, il commença à louer sa ferme à d’autres. En avril 1801, il transféra la totalité des fonctions d’arpenteur général à William Vondenvelden, qui les avait remplies pendant les dernières années, et lui promit en compensation la moitié des honoraires d’arpenteur général ainsi que plus de 5 500 acres de terre dans le canton de Kingsey. Le mois précédent, Holland avait réuni 39 associés, selon le système des chefs et associés de canton [V. James Caldwell] afin de présenter une requête pour l’obtention du canton de Kingsey, qui comprenait 64 000 acres et était situé sur la rivière Saint-François. Pour sa part, Vondenvelden promit d’user de son influence afin d’obtenir une autre concession pour Holland. Or, la longue maladie de ce dernier avait atteint la phase terminale, et il mourut à Holland House le 28 décembre 1801. Trois jours plus tard, après le service funèbre à l’église anglicane, une escorte composée d’un orchestre militaire, d’un détachement de 200 soldats et de nombreux dignitaires accompagna son corps jusqu’à la ferme. Il fut inhumé près d’un de ses fils, Samuel Lester, tué à l’âge de 19, ans dans un duel au cours duquel il s’était servi d’une paire de pistolets que Wolfe avait donnés à Holland.

Si, à la mort de Holland, ses dettes ne s’élevaient qu’à un peu plus de £100, ses biens mobiliers furent évalués à moins de £300. Ils comprenaient près de 150 cartes et 17 atlas, de même qu’une bibliothèque variée contenant plus de 100 volumes touchant divers domaines : géographie et histoire moderne, sujets militaires et navals, classiques, philosophie, pensée politique, langue et littérature. Holland laissa aussi 32 gravures originales et plus de 60 peintures à l’huile, des portraits pour la moitié ; quelques-uns de ceux-ci étaient probablement de sa main. En 1792, Mme Simcoe [Elizabeth Posthuma Gwillim*] avait admiré ses « belles estampes d’Italie et du Vésuve », et il semble que Holland témoigna de l’amitié à l’artiste William Berczy qui parlait de lui en 1799 comme de « ce respectable vieillard » et « bon vieux Holland », toujours si sensible aux désirs d’autrui. La plupart des atlas de Holland, ses livres et ses peintures furent achetés par son voisin de Sainte-Foy, Henry Caldwell, ou par Joseph Bouchette*, neveu par alliance de Marie-Joseph Rollet et successeur éventuel de Holland au poste d’arpenteur général. Holland laissa aussi de vastes propriétés, et, en 1805, sa famille reçut quelque 11 000 acres dans le canton de Kingsey.

Samuel Johannes Holland tient une place importante dans l’histoire de la science et de la technologie au Canada. On ne compte plus ceux qu’il a formés, directement ou indirectement, en arpentage et en cartographie, et il a établi dans ces domaines de hauts critères d’exactitude, en plus d’apporter sa contribution à l’astronomie et à la géographie. Dans les états américains du Nord-Est, il a bâti sa renommée en aidant à délimiter les frontières et en dressant des cartes. À l’Île-du-Prince-Édouard, on se souvient de lui comme un des fondateurs de la colonie, et certains le vénèrent comme un ancêtre ; son fils John Frederick et, à partir de 1802 environ, sa veuve, Marie-Joseph Rollet, y avaient élu domicile. Ses cartes et ses rapports demeurent des sources importantes pour la géographie historique de cette province et de l’île du Cap-Breton. À Québec, comme homme politique, il fut un défenseur solide et cultivé des valeurs traditionnelles, mais ce sont ses nombreuses cartes et la délimitation des cantons du Haut et du Bas-Canada sous sa compétente administration qui constituent le principal héritage de la carrière canadienne de ce grand arpenteur et cartographe. Le toponyme Holland, que l’on rencontre dans plusieurs provinces, rappelle le rôle éminent qu’il a joué dans la formation du pays.

F. J. Thorpe

Samuel Johannes Holland est l’auteur de : « Observations made on the islands of Saint John and Cape Briton ; to ascertain the longitude and latitude of those places, agreeable to the orders and instructions of the Rt Honourable the Lords Commissioners for Trade and Plantations » ; « Astronomical observations [...] » ; « A letter to the astronomer royal [...] containing some eclipses of Jupiter’s satellites, observed near Quebec » ; et « Astronomical observations [...] », articles parus dans Royal Soc. of London, Philosophical Trans., 58 (1768) : 46–53 ; 59 (1769) : 247–252 ; 64 (1774) : 182s., 171–176 respectivement. Il semble être aussi l’auteur de Miscellaneous remarks and observations on Nova Scotia, New Brunswick, and Cape Breton ; supposed to be written by the surveyor general of Nova Scotia (Boston, 1794). Son rapport de 1768 sur l’île du Cap-Breton, de même que sa correspondance relative aux levés hydrographiques, ainsi que d’autres documents ont été préparés par Daniel Cobb Harvey* et publiés à Halifax en 1935 sous le titre de Holland’s description of Cape Breton Island and other documents.

La Coll. nationale des cartes et plans aux APC possède les originaux des cartes dressées par Holland, de même que les photocopies de beaucoup d’autres dont les originaux se trouvent aux ANQ-Q ; G.-B., Ministry of Defence, Hydrographic Dept., Admiralty Arch. (Taunton) ; PRO ; BL ; British Museum (Londres) ; Clements Library ; et Library of Congress (Washington).

Divers auteurs se sont penchés sur certains aspects de la carrière de Holland, mais un seul, Willis Chipman, a tenté de faire une biographie complète du personnage. Arpenteur dans la tradition de Holland, Chipman a publié « The life and times of Major Samuel Holland, surveyor-general, 1764–1801 », OH, 21 (1924) : 11–90, une compilation de renseignements biographiques contenant une grande partie des informations pertinentes, mais non pas toutes. D’autres auteurs, parmi lesquels Don W. Thomson, dans Men and meridians ; the history of surveying and mapping in Canada (3 vol., Ottawa, 1966–1969), ont eu tendance à accepter les dires de Chipman comme étant la seule vérité, y compris ses hypothèses concernant le second mariage de Holland et son ascendance. Chipman a cependant négligé certaines sources qui lui étaient accessibles, ou il n’en a pas tenu compte, et cela en dépit de l’aide fournie par l’archiviste Francis-Joseph Audet*, dont les fiches conservées aux APC, MG 30, D1, 15, contiennent un grand nombre de renseignements et supposent une certaine recherche. Les archives des Pays-Bas sont muettes sur l’ascendance de Holland, la classe sociale à laquelle il appartenait ou son éducation. Aucun document ne nous renseigne sur son second mariage, mais les lettres de Holland à Haldimand conservées à la BL, Add. mss 21679 ; 21728 ; et 21730, fournissent quelques aperçus nets et fort intéressants sur un personnage dont la vie privée autrement demeure presque enfouie dans des documents concernant la propriété, les arrérages de salaire ou le baptême de ses jeunes enfants. Néanmoins, les sources ayant trait aux travaux d’arpentage de Holland et à sa carrière parlementaire peuvent aisément faire la lumière sur les questions essentielles que l’on pourrait se poser dans une étude exhaustive de sa vie publique.  [f. j. t.]

Le dbc aimerait remercier monsieur Wim Van Veen de Toronto pour l’aide précieuse qu’il lui a généreusement accordée.

Algemeen Rijksarchief (La Haye), Raad van State, no 1538 : f.220.— ANQ-Q, CE1-61, 28 déc. 1801 ; CN1-25, 27 sept. 1784 ; CN1-83, 8 sept., 11, 21 oct. 1784, 19 sept. 1785, 19 oct. 1787, 31 janv., 11 mai, 23 sept. 1789, 15 janv., 30 juin, 12, 16, 28 août, 16 sept. 1790, 15 janv. 1791 ; CN1-92, 3 mars 1791 ; CN1-157, 5 mars 1801, 20 sept. 1805 ; CN1-209, 9 sept. 1762, 22 oct. 1767, 7, 30 mai 1770, 25 sept. 1772 ; CN1-250, 2 mai 1769 ; CN1-253, 18 févr. 1826, 13 mars 1827 ; CN1-256, 8 juin 1792, 13 juin 1795, 7 janv. 1796, 2 févr., 5, 27 avril 1797, 25 avril 1801 ; CN1-262, 20 juin 1801 ; CN1-284, 14 oct. 1800, 27 oct. 1801, 19, 29 janv., 8 févr. 1802.— APC, MG 11, [CO 42] Q, 17 : 324–327, 742 ; 56 : 852 ; MG 23, A4, 64 : 60 (copie aux APC) ; B14 ; GII, 1 ; 27 ; MG 24, K2, 6 : 1s., 17–23, 241–246, 267–271, 278–280 ; RG 1, E1, 1–7 ; L3L : 52575–52640 ; RG 8, I (C sér.), 600 : 92 ; 604 :164 ; RG 14, A1, 2 ; 4.— Arch. municipales, Nimègue (Pays-Bas), État civil, Nimègue, 31 août 1749, 24 juin 1750.— Dalhousie Univ. Arch. (Halifax), MS 2-33.— PRO, AO 3/140 : 63, 104 ; CO 5/51 : 126 ; 5/70 : 19–26 ; 5/71 : 133–136 ; 5/74 : 263–266 ; 5/75 : 201–204 ; CO 42/16 : 230, 259 ; 42/55 f.399v. (copies et mfm aux APC).— Docs. relating to constitutional hist., 1759–91(Shortt et Doughty ;1907), 48, 50, 277, 279, 854–857.— Documents relating to the colonial revolutionary and post-revolutionary history of the state of New Jersey, W. A. Whitehead et al., édit. (42 vol., Newark, N.J., 1880–1949), 9 ; 10.— Gwillim, Diary of Mrs. Simcoe (Robertson ; 1911), 57.— Knox, Hist. journal (Doughty), 2 : 391n.— Military affairs in North America, 1748–1765 [...], S. [McC.] Pargellis, édit. (New York et Londres, [1936] ; réimpr., [Hamden, Conn.], 1969), 364, 439n., 446.— William Berczy, « William von Moll Berczy », ANQ Rapport, 1940–1941 : 16s.— [James] Murray, Governor Murray’s journal of Quebec, from 18th September, 1759, to 25th May, 1760 ([Québec et Montréal, 1871]), 27.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), 7 : 845.— Smith, Diary and selected papers (Upton), 2 : 145s., 167, 169, 181.— La Gazette de Québec, 4 oct. 1764, 12 nov., 3 déc. 1767, 22 mars 1770, 12 sept. 1771, 19 mars 1772, 5 août 1786, 11 déc. 1788, 10 sept. 1789, 19 déc. 1793, 3 juill. 1794, 6 avril 1797, 5 févr. 1800, 7 janv., 4 févr. 1802.— Biblio. of Canadiana (Staton et Tremaine), no 671.— G.-B., WO, Army list, 1756–1800.— Richard Brown, A history of the Island of Cape Breton, with some account of the discovery and settlement of Canada, Nova Scotia, and Newfoundland (Londres, 1869), 352.— Duncan Campbell, History of Prince Edward Island (Charlottetown, 1875 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972), 3–17.— A. H. Clark, Three centuries and the Island : a historical geography of settlement and agriculture in Prince Edward Island, Canada (Toronto, 1959), 44–47.— G. N. D. Evans, Uncommon obdurate : the several public careers of J. F. W. DesBarres (Toronto et Salem, Mass., 1969), 11–13, 23, 62.— [C.-N.] Gabriel, Le maréchal de camp Desandrouins, 1729–1792 ; guerre du Canada, 1756–1760 ; guerre de l’Indépendance américaine, 1780–1782 (Verdun, France, 1887), 323–328.— Andrew McPhail, « The history of Prince Edward Island », Canada and its prov. (Shortt et Doughty), 13 : 332–336.— L. S. Mayo, John Wentworth, governor of New Hampshire, 1767–1775 (Cambridge, Mass., 1921), 43s.— W. A. Russ, How Pennsylvania acquired its present boundaries (University Park, Pa., 1966).— Henry Scadding, Surveyor-General Holland ; a notice of Samuel Holland, first surveyor-general of lands for the northern district of North America [...] (Toronto, 1896).— Abraham Wolf, A history of science, technology, and philosophy in the eighteenth century (Londres, 1938), 122s., 144s.— F.-J. Audet, « Samuel Holland », Cahiers des Dix, 23 (1958) : 187–194.— N.-E. Dionne, « L’arpentage en Canada : le major Samuel Holland, 1764–1801 », Le Journal (Montréal), 6 oct. 1900 : 3.— N. N. Shipton, « General James Murray’s map of the St Lawrence », Cartographer (Toronto), 4 (1967) : 93–101.— W. A. Whitehead, « Northern boundary line : the circumstances leading to, the establishment, in 1769, of the northern boundary line between New Jersey and New York », N.J. Hist. Soc., Proc. (Newark), 8 (1856–1859) : 157–186.

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F. J. Thorpe, « HOLLAND, SAMUEL JOHANNES », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/holland_samuel_johannes_5F.html.

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