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HOLMES, WILLIAM, chirurgien, médecin, officier, propriétaire foncier, fonctionnaire et juge de paix, né vers 1766 à Stewartstown (Irlande du Nord) ; décédé le 24 février 1834 à Québec.

Le 31 mars 1787, William Holmes, qui avait déjà fait des études de chirurgie, acheta une commission dans le corps de santé de l’armée britannique au prix habituel de 400 guinées. Il fut immédiatement envoyé à Québec en tant que chirurgien du 5th Foot. En 1790–1791, il se trouvait à Detroit, où il soignait les Indiens de Little Turtle [Michikinakoua*] et de Blue Jacket [Weyapiersenwah*] qui avaient été blessés dans des combats contre les Américains. Il fut ensuite placé en garnison à Newark (Niagara-on-the-Lake, Ontario), et envisagea alors de s’établir dans la province ; en 1792, on lui concéda 1 200 acres dans le canton de Pickering, où il acheta aussi des terres, et, en 1796, il obtint un lot de ville à Newark. Ses projets furent cependant bouleversés car, en 1796, il fut muté à Québec où son régiment était appelé. Le 17 janvier 1799, il fut nommé chirurgien des forces armées du Bas-Canada.

En juin 1799, après un séjour en Europe au cours duquel il obtint probablement un diplôme en médecine, Holmes commença à exercer ses fonctions à Québec. Le départ de John Mervin Nooth, en juillet, fit de lui l’officier supérieur du service de santé du Haut et du Bas-Canada et le plaça au-dessus de James Fisher, chirurgien de la garnison, et de George Longmore*, apothicaire des forces armées et médecin, qui avaient tous deux de plus longs états de service que lui. Les trois hommes étaient appelés à collaborer étroitement. Longmore découvrit en Holmes un chirurgien compétent et eut recours à son aide en 1801 pour traiter un cas difficile. Par contre, dès 1799, un conflit éclata entre Holmes et Fisher au sujet de l’enraiement d’une épidémie de typhus chez les militaires. En décembre, Fisher fut envoyé à Mont-réal, où il devait avoir « entière autorité sur les actes médicaux » faits dans cette ville. Son refus persistant de rendre directement compte de la situation à Holmes entraîna l’intervention du duc de Kent [Edward* Augustus], qui confirma la suprématie de Holmes ; celui-ci était « responsable de tout le personnel médical du pays », alors que Fisher s’occupait des malades de la garnison seulement. Les tensions réapparurent entre les deux hommes au moment des réductions du personnel hospitalier en 1802–1803, à la suite de la signature du traité d’Amiens par la France et la Grande-Bretagne. Le poste de Fisher fut mainte-nu tandis que celui de Holmes fut éliminé par la nomination de James Macaulay comme officier supérieur des hôpitaux et chirurgien des forces armées du Haut et du Bas-Canada. Holmes fut mis à la demi-solde en juin 1803, mais il recouvra son plein traitement quand il fut nommé chirurgien des forces armées des deux provinces en décembre 1804.

Entre-temps, Holmes s’était mis à la pratique privée à Québec. À compter de 1799 environ, il fut l’associé de Longmore à l’Hôtel-Dieu et de Fisher à l’Hôpital Général. Il était aussi le médecin des religieuses des deux hôpitaux. Ces postes n’étaient pas rémunérés, mais ils conféraient un prestige qui attirait la clientèle. Il en allait de même sans doute pour le poste de grand maître adjoint des francs-maçons du Bas-Canada, qu’il occupa de 1805 à 1810 au moins.

Holmes avait épousé une prénommée Mary Ann, native du Bas-Canada, et s’était installé avec elle et leur quatre enfants dans un quartier modeste de la haute ville. Mary Ann donna naissance à deux autres enfants avant sa mort en 1803. Le 12 mai 1807, Holmes contracta avec Margaret Macnider, veuve du marchand James Johnston*, un mariage qui lui ap-porta biens et sécurité financière. Par son entremise (et peut-être par celle de David Lynd*, qui l’avait nommé curateur de sa succession), il devint ainsi copropriétaire du pont Dorchester. Après la naissance d’une fille en 1808, la famille s’installa dans une maison « occupée peu auparavant par Mme Lynd [fane Henry] ».

À cause de ses projets de remariage, Holmes avait quitté l’armée active plus tôt qu’il ne l’avait d’abord prévu ; au lieu d’accepter une affectation dans le Haut-Canada, il se remit à la demi-solde le 25 avril 1807. Lorsque la guerre éclata en 1812, il offrit ses services au gouverneur, sir George Prévost*, mais il semble que celui-ci ne les accepta pas. À quelques reprises, particulièrement après la guerre, la situation financière de Holmes se trouva apparemment ébran-lée. À la fin de 1812, puis cinq ans plus tard, le shérif saisit sa maison pour la vendre aux enchères ; en 1818 et 1819, Holmes dut infliger le même traitement à deux de ses débiteurs. Néanmoins, il avait assez de ressources pour faire, avec enthousiasme d’ailleurs, de l’exploitation agricole et il possédait des terres bien entretenues sur le chemin Sainte-Foy et la route de Cap-Rouge. Holmes était membre actif de la Société d’agriculture, laquelle décerna des prix à ses fermiers. Outre ces terres, il possédait en ville plusieurs maisons, qu’il louait, et d’autres propriétés.

Pendant ce temps, les clients de Holmes se multipliaient, tant en ville qu’à l’extérieur. Selon le médecin et chirurgien Joseph Painchaud*, Holmes et Fisher « se partage[aient] toute la clientèle ». Il arrivait parfois à Holmes de soigner les malades et les infirmes de l’Hôpital Général et, jusqu’en 1825, il eut seul la responsabilité des malades nécessiteux admis à l’Hôtel-Dieu. En 1813, on le nomma au nombre des examinateurs en médecine du district de Québec. Le départ de Fisher trois ans plus tard lui ouvrit de nouvelles avenues : Holmes le remplaça comme médecin des ursulines et comme président des exami-nateurs en médecine. Il entra au Vaccine Board au mois de juin 1817 et en devint le vice-président en 1821. Le 28 juin de cette année-là, il reçut aussi une commission de juge de paix.

En novembre 1816, Holmes avait été nommé à Québec, commissaire chargé du secours aux aliénés et aux enfants abandonnés. Le mois précédent, William Hacket, qui avait remplacé Fisher comme médecin à l’Hôpital Général, avait signalé au gouverneur, sir John Coape Sherbrooke, que les aliénés étaient logés de façon déplorable dans cet établissement. En témoignant sur cette question devant un comité de la chambre d’Assemblée en janvier 1818, Holmes contribua à obtenir immédiatement des fonds pour agrandir et réparer les locaux puis, plus tard, pour faire d’autres aménagements ; en mai, il devint l’un des commissaires responsables de la supervision des travaux. Suivant les recommandations du spécialiste et théoricien français Philippe Pinel, Holmes tenta d’inscrire l’exercice physique et le grand air au programme de traitement des aliénés et de mettre fin aux contraintes qu’on leur imposait, mais les vieilles cellules continuaient à être si surpeuplées que ce n’était guère possible. En 1824, répondant aux questionnaires d’un comité spécial du Conseil législatif, Holmes et Hacket souscrivirent à l’avis de ce comité qui déclara qu’il fallait construire « un asile d’aliénés pour toute la province ». Malgré l’appui solide du lieutenant-gouverneur, sir Francis Nathaniel Burton, la recommandation fut rejetée par un comité spécial de l’Assemblée, sous la présidence de François Blanchet ; une enquête menée en janvier 1829 par un autre comité de la Chambre basse donna lieu à des améliorations mineures des locaux. Connu familièrement sous le nom de « médecin des aliénés », Holmes demeura entièrement responsable de leur traitement et fut le seul médecin à siéger au sein de la commission chargée de leur porter secours ; il y fut nommé de nouveau en 1830 et 1832.

Le mandat de Holmes comme président des examinateurs en médecine du district de Québec coïncida avec une expansion rapide de la profession médicale ; entre 1816 et 1831, plus de 200 candidats furent admis à Québec et à Montréal. Cette croissance, accompagnée d’un changement dans la composition du groupe, fut marquée par des conflits internes d’ordre ethnique et politique. Les examinateurs, nommés par le gouverneur, étaient surtout des Britanniques et, à Québec, avant 1824, ils étaient tous des militaires, sauf Thomas Fargues*. Leurs décisions étaient arbitraires ; de plus, en vertu d’une loi de 1788, les militaires et les autres candidats qui avaient fait leurs études en Grande-Bretagne pouvaient avoir droit à un traitement de faveur. Après 1818, les comités d’examinateurs furent la cible de critiques de plus en plus vives à l’Assemblée ; un mouvement, dirigé par Blanchet puis par Jacques Labris, tenta d’obtenir que la loi de 1788 soit abrogée et que les examinateurs soient élus par des membres de la profession. Prévoyant peut-être que la nomination des examinateurs susciterait un jour des conflits, Holmes avait vainement recommandé à Sherbrooke en 1816 que Blanchet soit nommé ; en 1820, il demanda en outre au gouverneur lord Dalhousie [Ramsay*] d’augmenter le nombre d’examinateurs. Entre-temps, certains candidats à la pratique médicale qui étaient favorables au mouvement contestèrent les décisions des examinateurs, et le journal nationaliste le Canadien critiqua la nomination exclusive de Holmes à l’Hôtel-Dieu. Le 31 mars 1831, on adopta une nouvelle loi créant des bureaux électifs d’examinateurs ; aux élections qui suivirent, Holmes et un de ses collègues, qui étaient les derniers militaires à siéger au sein du comité, furent battus. Holmes, qui en vertu de la loi de 1788 était dispensé d’avoir un permis, dut comparaître devant le nouveau Bureau des examinateurs en médecine, présidé par Joseph Painchaud. Il fut convoqué à une réunion en octobre 1831, mais il ne se présenta qu’au mois d’avril 1832.

À ce moment-là, Holmes n’exerçait à peu près plus sa profession. Dès 1821, les ursulines avaient d’ailleurs demandé qu’il soit remplacé par Fargues, car elles le trouvaient « trop âgé ». En 1825, Fargues devint son associé comme consultant à l’Hôtel-Dieu. Même si Holmes était toujours médecin chef de l’hôpital, une bonne partie de son travail avait été confiée à des collègues plus jeunes. Sydney Robert Bellingham*, le gendre de Holmes, rappelait qu’en 1824 ce dernier était « un grand gentleman de soixante ans, aux cheveux gris et aux yeux petits, [qui avait conservé] un soupçon d’accent irlandais ». En 1832, deux ans avant sa mort, « le vieux docteur portait une ample robe de chambre et des pantoufles et passait le plus clair de ses journées à la bibliothèque de la garnison, juste à deux pas de chez lui, où sa mise désinvolte faisait bien rire les officiers ».

Selon Bellingham, William Holmes avait été un médecin généreux et aimable avec ses patients, et on l’avait beaucoup aimé dans les hôpitaux religieux ; souvent, il avait « refusé qu’on lui paie ses conseils et ses remèdes ». Par contre, Painchaud, qui était son rival tant sur le plan professionnel que sur le plan politique, affirmait qu’il demandait trop cher pour ses visites à la campagne et qu’il avait été desservi dans sa pratique parce qu’il parlait assez mal le français. En tant que praticien, Holmes avait eu un cabinet prospere; toutefois, dans ses fonctions officielles, il avait représenté l’establishment médical aussi bien que l’autorité militaire et exécutive des Britanniques, à une époque où sa profession et le monde politique étaient le théâtre de conflits et de changements. Bien qu’il ait été mêlé aux débats par ses fonctions, il n’y joua pas un rôle de meneur, n’étant ni théoricien ni novateur. À mesure que le système de santé et la profession médicale devenaient des enjeux de la lutte politique qui opposait l’Assemblée et l’exécutif, Holmes eut tendance à s’effacer. Lui qui avait été d’un tempérament vif dans sa jeunesse s’était apparemment adouci avec l’âge. Il mena auprès de sa famille une existence tranquille, quoique « toujours porté à l’action », comme il l’avait déclaré un jour, « par le sens du devoir accompli ». Esprit prosaïque, Holmes survécut à ses contemporains et demeura jusqu’à la fin un praticien du xviii e.

BARBARA R. TUNIS

ANQ-Q, CE1-61, 7 nov. 1796, 12 mai 1807 ; CE1-66, 3 avril 1808, 28 févr. 1834.— APC, MG 24, B I, 1 : 294 ; B25, 2 : 8–16, 67, 72, 103 ; RG 1, E1, 19 : 36 ; 22 : 104 ; L3, 222A : H1/4 ; 224A : H4/104 ; L3 – : 52692–52720 ; RG 4, A1, 155 : 78 ; 257 : 157 ; B28, 48–52 ; RG 7, G15C, 24 : 31, 274 ; 29 : 190 ; RG 8, 1 (C sér.), 287 : 72–73, 88–148, 195–196, 212 ; 288 : 104–106, 149 ; 372 : 59–60 ; RG 68, General index, 1651–1841.— ASQ, Univ., sér. U, U–17 ; U–18.— B.-C. , chambre d’Assemblée, Journaux, 1808 136–140 ; 1818 : 80 ; 1820–1821 : 202 ; 1825 : 256–257, 374 ; 1826 : 38, 178, 350 ; 1828–1829 : 290, 359–365, app. L ; 1831 : 263 ; Conseil législatif, Journaux, 1823–1824, app. 1.— « Les Dénombrements de Québec » (Plessis), ANQ Rapport, 1948–1949 : 161.— « Early records of St. Mark’s and St. Andrew’s churches, Niagara », Janet Carnochan, compil., OH, 3 (1901) : 11, 13.— Journal de médecine de Québec, 1 (1826) : 97.— Le Canadien, 11 nov. 1818.— La Gazette de Québec, 13 juin 1799, 27 oct. 1803, 10 janv. 1805, 25 févr., 4 août 1808, 9 juill. 1812, 13, 29 mai 1817, 17 oct. 1822, 13 janv., 16 juin, 20 oct. 1823.— Quebec Daily Mercury, 25 févr. 1834.— Almanach de Québec, 1789 ; 1794–1797 ; 1801–1803 ; 1805–1811 ; 1814–1831.— E. H. Dahl et al., la Ville de Québec, 1800–1850 : un inventaire de cartes et plans (Ottawa, 1975).— William Johnston, Roll of commissioned officers in the medical service of the British army [...] (Aberdeen, Écosse, 1917).— Langelier, Liste des terrains concédés, 15.— The service of British regiments in Canada and North America [...], C. H. Stewart, compil. (Ottawa, 1962), 90.— M.-J. et G. Ahern, Notes pour l’hist. de la médecine, 208, 309–310.— Jacques Bernier, « le Corps médical québécois à la fin du xviiie siècle », Health, disease and medicine ; essays in Canadian history, C. [G. ] Roland, édit. ([Toronto], 1983).— Neil Cantlie, A history of the Army Medical Department (2 vol., Édimbourg et Londres, 1974), 1 : 172.— D. G. Creighton, « The struggle for financial control in Lower Canada, 1818–1831 », Constitutionalism and nationalism in Lower Canada, introd. de Ramsay Cook (Toronto, 1969).— Graham, Hist. of freemasonry, 141–143.— Sylvio Leblond, « Une conférence inédite du docteur Joseph Painchaud », Trois siècles de médecine québécoise (Québec, 1970), 56–65.— Lise Mathieu, « Étude de la législation sociale du Bas-Canada, 1760–1840 » (thèse de m.a., univ. Laval, 1953).— Ouellet, Bas-Canada, 268–271, 311–315.— P.-G. Roy, À travers l’histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec (Lévis, Québec, 1939), 196.— Jacques Bernier, « François Blanchet et le Mouvement réformiste en médecine au début du xixe siècle », RHAF, 34 (1980–1981) : 223–244.— Sylvio Leblond, « la Médecine dans la province de Québec avant 1847 », Cahiers des Dix, 35 (1970) : 69–95.— B. R. Tunis, « Medical education and medical licensing in Lower Canada : demographic factors, conflict, and social change », HS, 14 (1981) : 67–91.

Bibliographie générale

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BARBARA R. TUNIS, « HOLMES, WILLIAM (mort en 1834) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/holmes_william_1834_6F.html.

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Auteur de l'article:   BARBARA R. TUNIS
Titre de l'article:   HOLMES, WILLIAM (mort en 1834)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   20 avril 2014