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FIRTH, WILLIAM, fonctionnaire, né le 21 juillet 1768 à Norwich, Angleterre, fils de William et d’Elizabeth Firth ; il épousa Anne Watts, et ils eurent cinq enfants ; décédé d’influenza le 25 février 1838 dans sa ville natale.

Barrister et fils d’un marchand de Norwich, William Firth devint en 1803 city steward, poste qui faisait de lui le conseiller juridique de la municipalité et le président de la cour du shérif. Il résida probablement à Londres pendant la période où il occupa ce poste ; il démissionna peu après qu’on l’eut nommé, le 19 mars 1807, procureur général du Haut-Canada, grâce aux bons soins du secrétaire d’État aux Colonies, William Windham.

C’est en novembre 1807 que Firth commença à travailler à York (Toronto), et il mettait de grands espoirs dans ce qui n’allait être finalement qu’une brève et triste carrière coloniale. Son poste avait été vacant à compter du 22 janvier 1806, date de la nomination de son prédécesseur Thomas Scott* au siège de juge en chef de la province. Il s’entendit bien avec Scott comme avec celui qui avait assuré l’intérim, le solliciteur général D’Arcy Boulton*, et ce en dépit d’un différend sur les arriérés de rémunération et d’honoraires. Bientôt cependant, il s’irrita de tout : de la plupart de ses collègues, de son rang, de son revenu, de ses perspectives d’avenir, de sa vie à York. En avril 1808, il demanda à être muté au poste de juge en chef du Bas-Canada. Il avait eu le tact, ce qui n’était pas son genre, de s’assurer d’abord que Scott ne désirait pas ce poste, mais on ne retint pas sa candidature. Dès lors, il alla grossir les rangs des fonctionnaires insatisfaits qui assombrirent le premier mandat du lieutenant-gouverneur Francis Gore*.

Firth était allergique à toute manifestation de dissension politique. C’est sur son instance que Gore consentit à poursuivre Joseph Willcocks* pour diffamation – sans succès d’ailleurs. C’est également en suivant son avis, et à l’encontre de celui du juge William Dummer Powell*, que Gore congédia du poste de registrateur du comté de Northumberland ce gêneur qu’était le député David McGregor Rogers*. Toutefois, lorsque, malgré les véhémentes objections de Firth, les légistes de Londres prirent le parti de Powell, le procureur général perdit tout espoir d’être l’homme de confiance de Gore.

Firth touchait un traitement annuel de £300 (cours d’Angleterre) – environ la moitié du coût de son installation dans le Haut-Canada – plus des honoraires d’un montant indéterminé, qu’il s’acharna à faire augmenter au grand dam de Gore comme aussi de Powell, qui éprouvait du ressentiment à l’endroit des Anglais qui détenaient des postes dans la province. Firth lança son offensive en soumettant à l’examen du nouveau juge en chef du Bas-Canada, Jonathan Sewell, une liste de 19 réclamations mineures. Dans sa réponse du 22 septembre 1809, Sewell appuya certaines des réclamations mais n’autorisa pas d’honoraires supérieurs à £2. Firth réclama ensuite des honoraires pour tous les formulaires standard que délivrait son bureau, et ce même s’il n’avait qu’à les signer. Le 9 mars 1810, le Conseil exécutif refusa d’étudier cette réclamation. Par ailleurs, la chambre d’Assemblée affirma son droit de réduire les frais juridiques de la Cour du banc du roi, dont Firth tirait environ les trois quarts de son revenu, et de limiter la latitude dont il disposait à titre de procureur général dans le choix de l’instance devant laquelle se déroulaient les poursuites publiques. En vain fit-il valoir, avec Boulton, que le nouveau barème d’honoraires qu’avait adopté l’Assemblée « ne permet[tait] absolument pas à un gentleman de mener le train de vie d’[un homme qui exerçait] une profession libérale ». Et ce fut une bien piètre consolation pour lui, le 14 mars 1811, qu’un comité du conseil reconnaisse que certains des honoraires qu’il avait demandés correspondaient à la pratique bas-canadienne, adoptée dans le Haut-Canada en 1802 mais jamais sanctionnée expressément par les autorités impériales.

À l’époque de cette demi-victoire, Firth ne comptait pour ainsi dire plus d’amis dans l’administration provinciale. Scott, par exemple, estimait ne pas pouvoir juger des honoraires qui devaient se rattacher au poste de procureur général car, comme il l’avait déjà occupé, il se serait trouvé en conflit d’intérêts. Firth n’en tenta pas moins une manœuvre trop audacieuse en mars 1811 : il prétendit qu’aucun des instruments juridiques qui portaient le grand sceau de la province n’avait de valeur sans sa signature. Ce faisant, il reléguait au second plan le défi que l’Assemblée avait lancé à son autorité de procureur du roi et ranimait une querelle entre fonctionnaires au sujet de leur part des honoraires perçus sur les concessions foncières ; il menaçait ainsi la compétence et le revenu du secrétaire de la province, William Jarvis*. Ensuite, tout en maintenant que sa présence était nécessaire à la légalité de la plupart des actes du gouvernement, il demanda un congé pour aller défendre sa cause à Londres. Gore refusa : la discorde que Firth semait dans l’administration l’offensait, il avait déjà accepté que le solliciteur général s’absente, et il était sur le point de partir lui-même. Firth s’embarqua tout de même en septembre 1811, et Gore recommanda sa destitution. Firth avait confié sa maison, sa verrerie et sa bibliothèque à son agent commercial, William Warren Baldwin, qui prit aussi en charge ses dettes et ses réclamations d’honoraires, qui n’avaient pas été payés selon les barèmes qu’il exigeait.

D’abord, Firth crut que non seulement il obtiendrait satisfaction mais aussi qu’il parviendrait à empêcher Gore – l’homme qui, disait-il à Baldwin, avait « assombri [ses] perspectives d’avenir » – de retourner dans le Haut-Canada. Depuis son premier mémoire au ministère des Colonies, en janvier 1812, jusqu’au témoignage qu’il déposa contre Gore, de sa propre initiative, au cours des procès en diffamation qu’intentèrent quelques années plus tard Charles Burton Wyatt et Robert Thorpe, il ne cessa d’attribuer ses malheurs à l’entêtement et à la malveillance du lieutenant-gouverneur. Après le départ de Gore en octobre 1811, le Conseil exécutif – « inquisitorial et soumis aux mauvaises influences », notait Firth – avait ajouté à ses griefs. Il refusa en effet deux fois, « à cause des circonstances très particulières dans lesquelles M. Firth a[vait] abandonné ses fonctions dans la province », de le défrayer de sa dernière tournée judiciaire dans le Haut-Canada. Finalement, le 14 mars 1812, sur l’avis des légistes de Londres, Firth consentit à ce qu’on lui verse les honoraires que Sewell avait recommandés en 1809. Tout ce qu’il obtint de plus fut une décision du secrétaire d’État aux Colonies, lord Bathurst, selon laquelle il avait droit à la moitié de son salaire et de ses honoraires pour la période comprise entre son départ de la province et le 13 avril 1812, date de la confirmation de son congédiement.

Retourné à la pratique du droit, Firth fut promu magistrat de la corporation de Londres en 1817 et termina sa carrière là où elle avait commencé, sur le circuit de Norfolk. Il se peut que son travail n’ait pas été rentable. Outre son affection débordante pour ses enfants, sa longue correspondance avec Baldwin révèle des préoccupations financières de plus en plus prononcées qu’il énumère sur un ton plaintif. En 1820, il demanda une concession foncière dans le Haut-Canada, mais on la lui refusa parce qu’il n’y résidait pas. Dans la dernière année de sa vie, il toucha peut-être un revenu en vertu du testament de sa fille aînée, Lucy Rosalind Proctor Firth. Lui-même mourut intestat, en laissant une succession de moins de £200 (cours d’Angleterre).

William Firth écrivit quatre pamphlets politiques qui parurent tous à Norwich. Dans le premier, An address to the electors of Norwich [...] (1794), il s’oppose à la guerre contre la France parce qu’elle nuirait au commerce. Dans les trois autres, il donne libre cours à un torysme rigide et amer. Ainsi, dans A letter to Edward Rigby [...] (1805), il reproche au maire de Norwich de ne pas avoir célébré la victoire de Trafalgar avec assez d’enthousiasme. A letter to the Right RevHenry Bathurst [...] (1813) condamne l’évêque de Norwich, qui préconisait la reconnaissance de pleins droits civils aux catholiques et aux protestants non conformistes. The case of Ireland set at rest [...] (1825) dénonce les réformes que Robert Peel entendait appliquer en Irlande ; c’est Peel qui, à titre de sous-secrétaire d’État à la Guerre et aux Colonies, avait informé Firth de sa destitution. L’expression la plus vive de l’éternelle hostilité de Firth envers le catholicisme se trouve dans un livre intitulé Remarks on the recent state trials [...] (1818), où il recommande aussi de renforcer le châtiment des traîtres et la répression des désordres publics. En somme, même s’il était rentré en Angleterre « heureux de revoir ce pays béni », comme il l’avait écrit à Baldwin en 1812, il y avait trouvé autant de sujets de réprobation que dans le Haut-Canada.

S. R. Mealing

William Firth n’a laissé aucun papier personnel, mais sa correspondance d’affaires avec W. W. Baldwin, conservée dans les papiers de ce dernier à la MTRL et aux APC, MG 24, B11, contient de nombreux commentaires sur sa vie personnelle et sur la politique. Les documents relatifs au déroulement de ses réclamations d’honoraires se trouvent dans les archives du Conseil exécutif (APC, RG 1, E3). Son certificat de décès, daté du 25 févr. 1838, est conservé au GRO (Londres). Le Norfolk Record Office (Norwich, Angl.) possède la caution de l’administrateur de sa succession (Norwich Archdeaconry administrative bonds, 1838, n° 5) et le testament de sa fille (Norwich Consistory Court wills, 1839 : fo 321). On trouve des notices biographiques de Firth dans le Norfolk and Norwich Register, 1822, dans le Norfolk Chronicle : or, the Norwich Gazette, 28 mars 1807, et dans le Norwich Mercury, 3 mars 1838. Des informations sur sa carrière juridique se trouvent dans Clarke’s new law list [...], Teesdale Cockell, compil. (Londres), 1820 : 12, 24, 292 ; et dans le volume de l’année 1822. Pour les études, voir principalement Paul Romney, Mr Attorney : the attorney general for Ontario in court, cabinet, and legislature, 1791–1899 (Toronto, 1986), et aussi [W. R. Riddell], « William Firth : the third attorney-general of Upper Canada, 1807–1811 », Canadian Bar Rev. (Toronto), 1 (1923) : 326–337, 404–417 ; et The bar and courts of the province of Upper Canada, or Ontario (Toronto, 1928).  [s. r. m.]

Bibliographie générale

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S. R. Mealing, « FIRTH, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/firth_william_7F.html.

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Auteur de l'article:   S. R. Mealing
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   17 avril 2014