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FARAUD, HENRI, prêtre, oblat de Marie-Immaculée, missionnaire, évêque et auteur, né le 17 juin 1823 à Gigondas, Vaucluse, France, cadet des six enfants de François-Xavier Faraud et de Madeleine Faurye, décédé le 26 septembre 1890 à Saint-Boniface, Manitoba.

Après des études classiques au juniorat de Notre-Dame-de-Lumières, à Goult, Henri Faraud prononça ses vœux perpétuels en 1844 et fit deux années d’études en vue du sacerdoce à Notre-Dame de l’Osier, Isère. À la demande de Mgr Joseph-Norbert Provencher*, qui voulait d’autres missionnaires pour travailler avec lui dans le Nord-Ouest canadien, Mgr Charles-Joseph-Eugène de Mazenod, évêque de Marseille et fondateur des Oblats de Marie-Immaculée, désigna Faraud pour les missions d’Amérique. Ce dernier s’embarqua le 3 juin 1846 et arriva à Saint-Boniface le 8 novembre, après un voyage difficile. Jusqu’en juin 1847, il fut l’élève de l’abbé George-Antoine Bellecourt* afin de se familiariser avec les mœurs indiennes et la langue sauteuse, tout en poursuivant ses études théologiques. Reçu sous-diacre à la fin d’avril 1847 et diacre le 1er mai, il fut ordonné prêtre le 8 mai. Avec Pierre Aubert, supérieur oblat de la région, il se rendit à l’été de 1847 chez les Sauteux de Wabassimong (Whitedog, Ontario), mais devant le peu d’enthousiasme des Indiens on abandonna très vite la mission ; à la fin de juillet, ils étaient de retour à Saint-Boniface.

En juin 1848, Mgr Provencher envoya Faraud à l’Île-à-la-Crosse (Saskatchewan) dans le but d’y remplacer Louis-François Lafièche*. Il y travailla avec Alexandre-Antonin Taché* qui devint un ami intime. Un an plus tard, il était nommé missionnaire en charge du district immense du lac Athabasca. Faraud quitta l’Île-à-la-Crosse par la voie du portage La Loche (Saskatchewan), où la Hudson’s Bay Company le prit à bord d’un de ses canots. En septembre 1849, il atteignit le fort Chipewyan (Fort Chipewyan, Alberta) et y établit la première mission catholique de la région, qu’il nomma La Nativité ; elle couvrait le territoire s’étendant de la rivière de la Paix à l’océan Arctique. Pendant dix mois au cours de 1849–1850, Faraud y travailla seul. Sentant alors le besoin de se retremper auprès de confrères, il fit les 750 milles de l’aller et retour entre La Nativité et l’Île-à-la-Crosse. En octobre 1852, son premier compagnon, le père Pierre-Henri Grollier*, arriva au lac Athabasca. Faraud établit une mission permanente au fort Résolution (Fort Résolution, Territoires du Nord-Ouest), sur le Grand Lac des Esclaves. À la mort de Mgr Provencher, en 1853, Taché lui succéda comme supérieur de tous les oblats de l’Ouest, et il choisit alors Faraud comme l’un de ses conseillers.

En 1855, Mgr Taché, prévoyant que sous peu la Hudson’s Bay Company perdrait son monopole de la traite des fourrures et refuserait de transporter les missionnaires et leurs provisions, persuada Faraud d’accepter que la mission du lac La Biche (Alberta) devienne le point de départ des courses vers le nord et un lieu de ravitaillement. On y envoya les pères Jean Tissot et Augustin Maisonneuve afin de déménager l’ancienne : mission à un endroit plus propice, à six milles du fort Lac-la-Biche, et de l’implanter solidement ; ils y commencèrent une culture extensive du sol et allèrent même jusqu’à tracer, en 1856, une route de 100 milles de long jusqu’au fort Pitt (Fort Pitt, Saskatchewan), pour permettre le passage des charrettes de la Rivière-Rouge. Le père Vital-Justin Grandin* et le frère Patrick Bowes avaient reçu leur obédience pour l’Athabasca en 1855 et le frère Alexis Reynard* arriva l’année suivante. Ces nouvelles recrues permirent à Faraud de répandre toujours plus loin le message de l’Évangile. Avec les années, une vingtaine d’autres missions viendront s’ajouter.

À l’insu de Faraud, Taché et Grandin se concertèrent en 1860 avec l’archevêché de Québec pour demander à Rome de détacher le district d’Athabasca-Mackenzie du diocèse de Saint-Boniface à titre de vicariat apostolique et d’en nommer Faraud le premier titulaire. Pour faciliter les choses, Faraud fut appelé à l’Île-à-la-Crosse, plus près de Saint-Boniface, en 1861 et Grandin entreprit une tournée de trois ans dans les missions du Nord. Taché alla à Paris pour assister au chapitre général des oblats puis se rendit au Vatican. Son plan y fut adopté et, le 13 mai 1863, les bulles papales furent signées. Au mois d’août, Faraud partit pour l’Europe et le 30 novembre on le sacrait évêque d’Anemour.

Au retour d’Europe, Faraud s’arrêta durant quelques semaines à Montréal pour surveiller l’impression de livres en langues indiennes qu’il avait composés au cours des ans. Il avait aussi enseigné la lecture en caractères syllabiques à un grand nombre de ses ouailles. À la fin de l’été de 1865, il pénétra dans son vicariat par le portage La Loche. Sa vie de missionnaire ne changea pas vraiment mais l’ampleur de ses responsabilités s’accrut. Ne pouvant en venir à bout seul, il avait obtenu de Pie IX, le 3 août 1864, la permission de choisir, après consultation de tout le personnel du vicariat, un auxiliaire sans succession qu’il consacrerait dans le Nord. Isidore Clut*, son assistant à La Nativité depuis 1858, fut choisi et nommé évêque d’Arindel en 1864.

Faraud devait passer les deux prochaines décennies au lac La Biche, qui devint son siège épiscopal en 1869, ne s’en éloignant qu’à trois reprises : la première, en 1872, pour aller recueillir des fonds en Europe durant deux ans, dans le but d’assurer la subsistance de ses missions ; la seconde, en 1879–1880, afin de faire une visite générale de son vicariat ; et la troisième, en 1889, année où il se rendit à Saint-Boniface, convoqué par Taché au premier concile de l’Ouest. Taché le trouva si vieilli, par suite de plus de 40 ans de misère et d’une maladie de foie qui le minait depuis longtemps, qu’il le persuada de demander le père Émile-Jean-Baptiste-Marie Grouard* comme successeur et de donner sa démission, ce qu’il fit le 20 mars 1890.

Au cours d’une ordination au collège de Saint-Boniface, le 26 septembre 1890, Faraud fut pris de malaises et mourut quelques heures plus tard. Il fut inhumé dans la crypte de la cathédrale de Saint-Boniface à côté de Mgr Provencher.

E. O. Drouin

Henri Faraud est l’auteur de [Petite histoire sainte, en montagnais et en caractères syllabiques] (Paris, 1876 ; réimpr., Montréal, 1932), et de Dix-huit ans chez les sauvages : voyages et missions [...] dans l’extrême nord de l’Amérique britannique d’après les documents de Mgr l’évêque d’Anemour, [F.-F.] Fernand-Michel, compil. (Paris et Bruxelles, 1866 ; réimpr., East Ardsley, Angl., et New York, 1966). D’autres ouvrages, publiés et manuscrits, sont disponibles aux Arch. hist. oblates (Ottawa).

A.-A. Taché, Vingt années de missions dans le Nord-Ouest de l’Amérique (Montréal, 1866).— P.-J.-B. Duchaussois, Aux glaces polaires ; Indiens et Esquimaux (Lyon, [1921]) ; Les sœurs grises dans l’Extrême-Nord : cinquante ans de missions [...] (Montréal, 1917).— A.-G. Morice, Histoire de l’Église catholique dans l’Ouest canadien du lac Supérieur au Pacifique (1659–1915) (3 vol., Winnipeg et Montréal, 1912).— Théophile Ortolan, Cent ans d’apostolat dans les deux hémisphères : les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (4 vol., Paris, 1914–1932).

Bibliographie générale

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E. O. Drouin, « FARAUD, HENRI », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/faraud_henri_11F.html.

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Auteur de l'article:   E. O. Drouin
Titre de l'article:   FARAUD, HENRI
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   24 avril 2014