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GROUARD, ÉMILE (à sa naissance, il reçut les prénoms d’Émile-Jean-Marie), prêtre catholique, oblat de Marie-Immaculée, missionnaire, évêque, éditeur, artiste et auteur, né le 1er février 1840 à Brûlon, France, fils d’André Grouard, gendarme, et d’Anne Ménard ; décédé le 7 mars 1931 à Grouard, Alberta.

Émile Grouard commença ses études de théologie en France, puis il émigra au Canada en 1860. Il termina sa formation au grand séminaire de Québec. Ordonné prêtre à Boucherville le 3 mai 1862 par Mgr Alexandre-Antonin Taché*, il se rendit à Saint-Boniface (Winnipeg) pour entreprendre son noviciat auprès des oblats et l’acheva au fort Chipewyan (Alberta). Il fit sa profession perpétuelle à la mission Providence (Fort Providence, Territoires du Nord-Ouest) le 21 novembre 1863 devant son cousin, Mgr Vital-Justin Grandin*.

Grouard s’adapta vite à l’environnement des missions éloignées et apprit les complexités des relations entre les populations blanches et autochtones. Il se laissa pousser la barbe parce que cela le faisait paraître plus vieux et plus sage aux yeux des Amérindiens. Il découvrit que ceux-ci admiraient la musique et les cantiques. Il acquit rapidement une réputation de linguiste habile ; le père Isidore Clut* raconta à Taché que, pendant les offices de la Semaine sainte, en 1863, Grouard avait prêché son premier sermon en langue montagnaise sans interprète. Il établit des liens durables avec des membres de la Hudson’s Bay Company, rapports amicaux qui facilitèrent ses efforts missionnaires. Pendant qu’il était en poste à la mission Providence, il visita Fond-du-Lac (Saskatchewan), Hay River et les forts Liard et Simpson (Territoires du Nord-Ouest), et le fort Nelson (Colombie-Britannique). Lorsqu’il perdit temporairement la voix, il retourna en France, en 1874, pour se faire soigner ; il suivit également des cours de peinture et imprima une bible qui avait été traduite en montagnais.

À son retour au Canada, en 1876, Grouard fut envoyé au lac la Biche (Alberta), centre de réexpédition et d’approvisionnement pour les missions du bassin du Mackenzie. Utilisant ses talents philologiques, il installa, au lac la Biche, la première presse à imprimer de ce qui deviendrait la province de l’Alberta et, à l’aide de caractères syllabiques, il publia des ouvrages en cri et en montagnais, ainsi que dans la langue des Castors et celle des Loucheux. En 1883, Grouard fut envoyé au fort Dunvegan (Dunvegan, Alberta), où il exerça son ministère auprès des Castors et des Métis d’ascendance iroquoise de la région de la rivière de la Paix. Cinq ans plus tard, il fut nommé supérieur de la mission de La Nativité (Fort Chipewyan) et chargé d’entreprendre des visites pastorales au nom de son évêque, Henri Faraud*. Sur la rivière Peel, il entra en contact avec quelques Inuits. Il demeura parmi eux pendant quatre semaines et les ébahit en composant des cantiques dans leur langue. Le 18 octobre 1890, Grouard fut nommé évêque titulaire d’Ibora et, succédant à Faraud, vicaire apostolique d’Athabasca-Mackenzie, à la mission de La Nativité. Son sacre eut lieu à Saint-Boniface le 1er août 1891.

Dès qu’il avait été envoyé au lac la Biche, Grouard avait pris conscience des difficultés que posait l’approvisionnement des missions du Nord. Afin d’en assurer le ravitaillement approprié à coûts raisonnables et diminuer leur dépendance envers la Hudson’s Bay Company, il assembla en 1892 les matériaux de construction nécessaires et une scie mécanique au lac Athabasca pour construire un bateau à vapeur, le Saint-Joseph, qui naviguerait sur la rivière Athabasca entre le fort McMurray (Alberta) et le fort Smith (Territoires du Nord-Ouest). Deux ans plus tard, il fabriqua le Saint-Alphonse, qui voyagerait entre le fort Smith et l’océan Arctique, et, en 1903, il fit construire un bateau qui parcourrait la rivière de la Paix, principale voie navigable de son vicariat. Les économies qui en résultèrent furent utilisées pour améliorer l’entretien de ses missions, en établir de nouvelles et bâtir des couvents. Grouard reconnaissait volontiers que toutes ces réalisations avaient été rendues possibles grâce au travail des frères oblats qui fabriquaient et pilotaient les bateaux à vapeur. Les propres contributions de Grouard, cependant, en plus des besoins administratifs dont il s’occupait, furent considérables. En 1906, il se remit à l’imprimerie et publia une vie de Jésus en caractères syllabiques cris et, plus tard, un dictionnaire de langue montagnaise. Artiste de talent, il décora de peintures religieuses l’intérieur des églises du lac la Biche, du fort Chipewyan et du fort Dunvegan.

En tant que missionnaire, Grouard s’inquiétait de la perturbation provoquée par l’arrivée de Blancs. La présence d’équipes d’arpentage et de spéculation foncière à Dunvegan en 1883 et au fort Vermilion l’année suivante le troublait ; il craignait que le district de la rivière de la Paix ne soit colonisé dans un proche avenir. Le nombre croissant de Blancs dans le vicariat de Grouard finit par rendre nécessaire l’établissement d’un traité avec les autochtones [V. James Andrew Joseph McKenna* ; Mostos*]. En 1899, le commissaire fédéral des Affaires indiennes David Laird* invita Grouard à participer aux négociations. Grouard n’était pas optimiste quant à leur issue et avait le sentiment que c’était la colonisation qui motivait réellement le gouvernement. La région de la rivière de la Paix avait déjà attiré une attention particulière à cause de son emplacement sur une voie terrestre menant aux gisements aurifères du Yukon. Étant donné les derniers événements survenus au Manitoba et dans les Territoires du Nord-Ouest, où les droits linguistiques des francophones et les privilèges accordés aux écoles catholiques avaient été abolis [V. Adélard Langevin*], Grouard s’inquiétait aussi au sujet des écoles qui allaient être ouvertes dans la région du traité no 8.

Après la conclusion du traité, Grouard recommanda au gouvernement d’établir des pensionnats catholiques pour Amérindiens dans le district d’Athabasca. En conséquence, Ottawa finança trois écoles dans le vicariat de Grouard ; en 1900, ce dernier fit pression pour en obtenir trois de plus. En 1927, le vicariat disposait de cinq pensionnats financés par le gouvernement, en plus de deux autres. Grouard garda aussi les écoles ouvertes et en fit des orphelinats, ce qui augmenta les exigences administratives auxquelles il faisait face.

En 1898, les oblats avaient commencé à envoyer des prêtres, dont Edmond Gendreau*, au Yukon, qui faisait partie du vicariat de Grouard, mais qui était surtout une chasse gardée de l’Église d’Angleterre. En raison de la vaste étendue de son vicariat et des difficultés qu’il fallait surmonter pour rejoindre les missions éloignées, Grouard demanda à ce qu’il soit divisé. En 1901, le Vatican répondit à sa demande en créant les vicariats séparés du Mackenzie et de l’Athabasca et en retirant de ses attributions les bassins des fleuves Mackenzie et Yukon. Le vicariat du Mackenzie fut assigné à Gabriel-Joseph-Élie Breynat. Grouard s’installa à la mission Saint-Bernard, dans une petite colonie située à l’extrémité ouest du Petit lac des Esclaves. La partie la plus peuplée de la colonie reçut le nom de l’évêque en 1909 et, deux ans plus tard, fut constituée en village.

Missionnaire et administrateur doué, Émile Grouard trouva le temps, en 1923, de publier ses mémoires, intitulés Souvenirs de mes soixante ans d’apostolat dans l’Athabaska-Mackenzie (Winnipeg et Lyon, France). L’année suivante, le gouvernement français le fit chevalier de la Légion d’honneur. Le vicariat de l’Athabasca fut rebaptisé de son nom en 1927. Grouard démissionna en octobre 1929. Nommé archevêque titulaire d’Ægina le 28 février 1930, il mourut un an plus tard à l’hôpital de Grouard.

Raymond Huel

Émile Grouard a écrit plusieurs articles pour Missions de la Congrégation des missionnaires oblats de Marie Immaculée, dont : « Rapport sur le vicariat d’Athabaska-Mackenzie » (Paris), 31 (1893) : 365–384 ; « Rapport du vicariat d’Athabaska-Mackenzie » (Paris), 36 (1898) : 177–192 ; « Quelques courses apostoliques dans l’Athabasca » (Rome et Bar-le-Duc, France), 46 (1908) : 186–235 ; et « Rapport sur le vicariat d’Athabaska » (Rome), 61 (1927) : 414–421.

Certaines des lettres écrites par Grouard sont conservées aux Arch. Deschâtelets, Oblats de Marie-Immaculée (Ottawa), HE 1861.G87C, no 11 (à « Bien chers parents »), 5 août 1878 ; 18 (à « Ma chère filleule »), 29 déc. 1894 ; 37 (à « Ma chère Marie »), 16 mai 1906 ; 78 (à « Ma bien chère enfant »), 25 août 1890 ; HE 1864.G87L, no 8 (à Roderick MacFarlane), 2 déc. 1874 ; 46 (à MacFarlane), 11 sept. 1883 ; 48 (à MacFarlane), 29 juin 1884 ; HE 2221.T12Z, no 103 (à A.-A. Taché), 22 juill. 1862 ; 105 (à Taché), 14 sept. 1862 ; 107 (à Taché), 24 mai 1863.

Arch. départementales, Sarthe (Le Mans, France), État civil, Brûlon, 2 févr. 1840.— BAC, R216-345-8, dossier 134858.— Gaston Carrière, Dictionnaire biographique des oblats de Marie-Immaculée au Canada (4 vol., Ottawa, 1976–1989), 2.— Robert Choquette, The Oblate assault on Canada’s northwest (Ottawa, 1995).— R. J. A. Huel, Proclaiming the Gospel to the Indians and the Métis (Edmonton, 1996).— G. A. Johnson, « Bishop Emile Grouard and Treaty 8 », Lobstick (Grande Prairie, Alberta), 1 (2000).— A.-G. Morice, Histoire de l’Église catholique dans l’Ouest canadien du lac Supérieur au Pacifique (1659–1895) (3 vol., Winnipeg et Montréal, 1912).

Bibliographie générale

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Raymond Huel, « GROUARD, ÉMILE (Émile-Jean-Marie) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 juin 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/grouard_emile_16F.html.

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Auteur de l'article:   Raymond Huel
Titre de l'article:   GROUARD, ÉMILE (Émile-Jean-Marie)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2015
Année de la révision:   2015
Date de consultation:   26 juin 2017