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Titre original :  Capitaine Jean-Daniel Dumas

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DUMAS, JEAN-DANIEL, officier dans les troupes de la Marine, maréchal de camp, né à Montauban, France, le 24 février 1721, fils de Samuel Dumas et d’Anne Martin, mort célibataire à Albias (dép. de Tarn-et-Garonne), France, le 2 août 1794.

Entré dans le régiment d’Agenois comme volontaire, Jean-Daniel Dumas fut nommé en 1742 lieutenant en second de grenadiers et fait lieutenant l’année suivante. Il participa à la guerre de la Succession d’Autriche, en Bavière, en Italie et en Provence, et fut promu capitaine en 1747. C’est avec le même grade, mais dans les troupes de la Marine, qu’il arriva au Canada trois ans plus tard. Envoyé en Acadie où la querelle des frontières, toujours mal définies depuis le traité d’Utrecht, entretenait un état de trouble, il se fit rapidement une réputation d’habile négociateur avec les Indiens [V. Le Loutre]. Sans doute pour cette raison, Dumas fut affecté en 1754 à la garnison du fort Duquesne (Pittsburgh, Pennsylvanie), dans la vallée de l’Ohio. La bataille de la Monongahéla, le 9 juillet 1755, lui donna l’occasion de s’illustrer ; lorsque son commandant, Daniel-Hyacinthe-Marie Liénard* de Beaujeu, fut tué dès le début du combat, il prit le commandement des forces, composées de moins de 900 hommes dont quelque 600 Indiens, et mit en déroute les troupes anglaises beaucoup plus nombreuses [V. Liénard de Beaujeu]. Ce fait d’armes lui valut d’être fait chevalier de Saint-Louis à 35 ans, le 17 mars 1756. Il aurait cependant souhaité voir cette décoration doublée d’une promotion, jugeant, comme il l’écrivait au ministre Machault le 24 juillet 1756, que sa victoire avait été « le salut d’unne colonie entière » et qu’elle avait permis à la France de s’allier à des groupes d’Indiens amis des Anglais. Dumas avait fait une forte impression sur les Indiens ; s’étant vu confier le commandement du fort Duquesne après la victoire, il avait profité de ses nouvelles fonctions pour négocier l’alliance de plusieurs groupes d’Indiens avec la France et organiser de nombreuses expéditions contre des établissements anglais.

Par ses services, Dumas s’était attiré l’estime et la protection du gouverneur Vaudreuil [Rigaud]. Au mois de mai 1757, il fut nommé major de Québec. Au cours de cette année, il participa, sous les ordres de François-Pierre de Rigaud de Vaudreuil, puis de Montcalm*, à la campagne qui aboutit, en août, à la capitulation du fort George (appelé aussi fort William Henry ; aujourd’hui Lake George, New York). Il fut chargé du détail de toutes les milices, remplissant les fonctions de major, à la grande satisfaction de Vaudreuil qui écrivait que « par son application, nos troupes et même nos Canadiens n’ont rien cédé aux troupes de terre dans la plus grande exactitude du service ». Le 1er janvier 1759, Dumas était nommé major général et inspecteur des troupes de la Marine au Canada. Cette importante promotion lui permit déjouer un rôle très actif dans les campagnes de 1759 et de 1760.

Au mois de juillet 1759, les Anglais avaient installé des batteries à Pointe-Lévy (Lauzon), menaçant ainsi de détruire la basse ville de Québec. Sous la pression de plusieurs citoyens, le gouverneur Vaudreuil accepta qu’un détachement de volontaires soit levé pour aller surprendre les Anglais de nuit. Dumas devait conduire cette expédition et François-Prosper Douglas commander en second. Quelque 1500 hommes, des miliciens, des réguliers, des habitants et même de simples étudiants, passèrent le fleuve dans la nuit du 12 au 13 juillet, mais, à peine arrivés sur la rive droite, ils se crurent environnés d’ennemis et ouvrirent le feu les uns sur les autres. Malgré les efforts de Dumas pour rallier son monde, la panique s’était emparée de la troupe et l’expédition fut un échec complet. Peu après, dans la nuit du 18 au 19 juillet, cinq ou six navires anglais, dont un vaisseau de 50 canons, sous le commandement de John Rous*, passèrent devant Québec pour aller mouiller à l’anse des Mères (entre la place Royale et l’anse au Foulon). Dumas fut chargé avec 600 hommes de suivre leurs mouvements mais ne put les empêcher de détruire le dernier brûlot que l’on équipait à cet endroit. Il ne put éviter non plus que des grenadiers anglais fassent une descente le 21 juillet à Pointe-aux-Trembles (Neuville) et enlèvent plus de 200 femmes et enfants. Ces prisonniers furent toutefois libérés le lendemain. Le 13 septembre, à la bataille des plaines d’Abraham, Dumas commandait une brigade et, après la prise de Québec, il s’établit sur la rivière Jacques-Cartier pour barrer la route de Montréal aux Anglais à l’aide de fortifications de campagne. Il passa l’hiver sur cette position.

Commandant une brigade le 28 avril 1760, à la bataille de Sainte-Foy, Dumas prit une part active à ce combat qui eût pu aboutir à la reprise de Québec si quelques secours étaient venus de France et si l’artillerie française, sous la direction de Fiacre-François Potot de Montbeillard, ne s’était révélée très inférieure en nombre et en qualité à celle des Anglais. Dumas dirigea la retraite et s’efforça, avec 1 500 hommes, de retarder l’avance du général James Murray vers Montréal. Il passa en France au mois de septembre de la même année, après la capitulation. Ses services au Canada avaient été si appréciés que Jean de Rigaud de Vaudreuil, vicomte de Vaudreuil et frère du gouverneur, pouvait écrire le 13 janvier 1761 : « Sy mon frere avoit esté aidés par tout le monde Comme il la esté par luy, je puis vous assurer que ce pays la Seroit encorre au Roy. »

Promu au rang de colonel en mars 1761, Dumas fut nommé commandant en second à l’île de Saint-Domingue (île d’Haïti) en 1765 mais il ne rejoignit pas son poste et reçut l’année suivante le commandement des îles de France (île Maurice) et de Bourbon (île de la Réunion). Fait brigadier général des armées en 1768, il fut rappelé en France la même année. Son passage à l’île de France avait été marqué par un vif conflit avec l’intendant Pierre Poivre et avec le Conseil supérieur de la colonie mais i[ se justifia pleinement des accusations portées contre lui et reçut en 1772 une gratification annuelle de 3 000#. Deux ans plus tard, il se fit accorder, en considération de ses services, une pension de 7 200# et il fut promu maréchal de camp le 1er mars 1780. À plusieurs reprises, il demanda à reprendre du service mais sans succès.

Homme d’esprit, excellent officier rempli de bravoure, de talent et d’expérience, Dumas était en outre d’une scrupuleuse honnêteté. Antoine de Sartine, qui lors de l’Affaire du Canada présida la commission chargée de juger les malversations commises dans la colonie, reconnut que « partout où le s. Dumas a commandé, les dépenses ont diminué de moitié le jour de son arrivée et qu’à son départ elles ont repris leur niveau ».

Étienne Taillemite

AMA, SHA, Y3d, 2 672.— AN, Col., C11A, 102, f.153 ; 104, ff.177, 180, 275s., 440 ; 105, ff.16, 20 ; D2C, 4, f.126 ; 48, f.309 ; 59, ff.7, 10 ; 94, f.10 ; 181, f.3 ; E, 153 (dossier Dumas) ; Marine, B4, 98, f.11v.— Bougainville, Journal (A.-E. Gosselin), ANQ Rapport, 1923–1924, 219, 234, 251, 271, 275.— Coll. des manuscrits de Lévis (Casgrain), passim.— Journal du siège de Québec (Æ. Fauteux), ANQ Rapport, 1920–1921, 151, 218.— Knox, Hist. journal (Doughty), I : 418s.— Mémoire du Canada, ANQ Rapport, 1924–1925, 113, 121, 130, 133, 176s., 189.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), X : passim.— Papiers Contrecœur (Grenier), 221.— Siège de Québec en 1759 [...] (Québec, 1836 ; réédité à Québec en 1972 dans le Siège de Québec en 1759 par trois témoins, J.-C. Hébert, édit., 79, 82–84, 88).— Dictionnaire de biographie mauricienne, Auguste Toussaint, édit. (2 vol. parus, [Port Louis], île Maurice, 1941–  ).— Æ. Fauteux, Les chevaliers de Saint-Louis, 161.— J.-E. Roy, Rapport sur les archives de France, 1 025–1 027.— P.-G. Roy, Les officiers d’état-major des gouvernements de Québec, Montréal et Trois-Rivières sous le Régime français (Lévis, Québec, 1919), 88–94.— F.-J. Audet, Jean-Daniel Dumas, le héros de la Monongahéla ; esquisse biographique (Montréal, 1920).— Henri Bourde de La Rogerie, Les Bretons aux îles de France et de Bourbon (Maurice et la Réunion) au XVIIe et au XVIIIe siècle (Rennes, France, 1934), 212, 236, 277.— J.-É. Martin-Allanic, Bougainville navigateur et les découvertes de son temps (2 vol., Paris, 1964), passim.

Bibliographie générale

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Étienne Taillemite, « DUMAS, JEAN-DANIEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dumas_jean_daniel_4F.html.

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Auteur de l'article:   Étienne Taillemite
Titre de l'article:   DUMAS, JEAN-DANIEL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   23 octobre 2014