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CARROLL, HENRY GEORGE, avocat, homme politique, juge et fonctionnaire, né le 31 janvier 1865 à Saint-Louis-de-Kamouraska (Kamouraska, Québec), fils de Michael Carroll, postillon et secrétaire du juge Joseph-André Taschereau*, et de Margaret Campbell ; le 1er juin 1891, il épousa à Sainte-Agathe, Québec, Amazélie Boulanger, et ils eurent deux filles ; décédé le 20 août 1939 à Québec et inhumé le 23 août suivant à Kamouraska, Québec.

Fils d’un immigrant irlandais catholique et d’une immigrante écossaise protestante, Henry George Carroll est considéré par ses contemporains comme « un Canadien français, de formation, de langue, de cœur et d’esprit », selon le portrait qu’en donnera le Devoir de Montréal au lendemain de sa mort. Ses études classiques au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (1879–1885), sa formation en droit à l’université Laval à Québec (1885–1889) et, certes, son mariage avec une Canadienne française de souche ne sont pas étrangers à cette acculturation.

Reçu bachelier en droit à la fin de l’année universitaire 1888–1889, Carroll est admis au Barreau de la province de Québec au début de juillet 1889. De 1890 à 1897, il travaillera à Québec en société avec Adélard Turgeon*, qui est élu député libéral provincial de la circonscription de Bellechasse le 17 juin 1890. Nommé conseiller de la reine (provincial) le 9 juin 1899, Carroll s’associe avec Edgar-Horace Cimon et pratique sa profession à Fraserville (Rivière-du-Loup) ; il s’y fait une clientèle aussi nombreuse que payante.

En 1891, Turgeon propose à Charles-Alphonse-Pantaléon Pelletier*, qui joue un rôle important dans l’organisation libérale à Québec, de choisir Carroll pour remplacer Alexis Dessaint, député fédéral de Kamouraska décédé accidentellement l’année précédente. Aux élections générales du 5 mars 1891, le candidat de 26 ans réussit à défaire son adversaire conservateur Thomas Chapais*, alors rédacteur, à Québec, du Courrier du Canada.

Carroll fait d’abord partie de l’opposition. Son premier discours d’importance porte sur une motion contre le nouveau ministre des Postes, sir Adolphe-Philippe Caron*. En 1892, les libéraux accusent ce dernier d’avoir détourné vers un fonds électoral des subsides destinés au chemin de fer de Québec et du lac Saint-Jean et au chemin de fer Témiscouata. L’opposition souhaite que cette affaire soit examinée par le comité des privilèges et élections [V. sir James David Edgar*].

En avril 1894, en comité des voies et moyens, Carroll dénonce les méfaits du protectionnisme. Il profite de l’occasion pour exposer ses principales préoccupations : il parle des milliers de personnes qui quittent le pays pour travailler aux États-Unis, accuse encore Caron de corruption, mais, surtout, blâme le gouvernement manitobain d’avoir créé en 1890 un système d’enseignement non confessionnel [V. Thomas Greenway*].

Dans le débat autour de la question des écoles du Manitoba, Carroll défend à nouveau la minorité de cette province, en mars 1896, lorsque le Parlement fédéral étudie en deuxième lecture le projet de loi réparatrice. Dans un élégant discours, il approuve le principe du projet de loi, mais le trouve trop coercitif pour être appliqué ; Carroll est plutôt partisan de l’« arbitrage ». Francophile, il clame son désaccord : « Je suis opposé à cette loi, parce que je crois qu’elle sera le coup de mort de la langue française dans la province du Manitoba. » Il appuie donc Wilfrid Laurier* quand ce dernier propose de renvoyer l’étude du projet de loi dans six mois.

Aux élections générales de juin 1896 et de novembre 1900, Carroll affronte Thomas-Linière Taschereau. L’ancien député conservateur de Beauce compte en 1896 sur l’influence de Chapais, président du Conseil législatif de la province de Québec, pour faire basculer le vote. Durant la campagne de 1900, le député sortant reproche à Chapais, selon l’historien Robert Rumilly*, « sa tactique d’attribuer tout ce qui arrivait de mal, à Laurier ; tout ce qui arrivait de bon, à la Providence ». Réélu chaque fois, Carroll continue de siéger à la Chambre des communes.

Laurier, qui estime le député de Kamouraska, le nomme solliciteur général le 10 février 1902, en remplacement de Charles Fitzpatrick*. Carroll ne rencontre aucune opposition à l’élection partielle du 28 février 1902, ce qui confirme sa nomination. Fructueuse sur le plan politique, cette année-là l’est également sur le plan juridique, car en 1902, il devient aussi docteur en droit de l’université Laval et reçoit le titre de conseiller du roi (fédéral). Enfin, en 1904, au cours d’un voyage à Londres, il informe le premier ministre qu’un problème de santé pulmonaire l’incite à quitter la politique. Ses amis intimes connaissaient depuis longtemps son désir d’abandonner la vie publique et le Soleil de Québec rapportera, le 30 janvier, que « c’est à leur pressante sollicitation qu’il ne l’avait pas fait plus tôt ». Avant de partir, Carroll recommande Ernest Lapointe* pour lui succéder dans sa circonscription.

Le 29 janvier 1904, le lendemain de sa démission comme député, Carroll devient juge à la Cour supérieure de la province de Québec pour le district de Gaspé et, en 1907, pour celui de Rimouski. Le 27 novembre 1908, il accède au poste de juge suppléant à la Cour du banc du roi, puis, en 1909, à celui de juge à cette cour, fonction qu’il exercera jusqu’en 1921. À titre de juge suppléant de Jean Blanchet, il agit en 1908 comme commissaire d’office pour la révision et la refonte des statuts du Canada. Il a également été membre du Conseil de l’instruction publique en août 1906.

En 1912, Carroll préside la commission des licences de la province de Québec, chargée d’enquêter sur le commerce des alcools. Dans son rapport publié l’année suivante, le juge propose le modèle de la régie suédoise, basé sur le monopole. Par la suite, en 1921, le gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau* adopte un projet de loi qui constitue la Commission des liqueurs de Québec ; Carroll en est vice-président de 1921 à 1929.

Le 28 mars 1929, la mort subite du lieutenant-gouverneur de la province de Québec, sir Lomer Gouin*, force le gouvernement à ajourner la séance de ce jour-là, qui devait être suivie de la prorogation. C’est le juge Carroll qui, le 4 avril suivant, est désigné pour devenir le seizième lieutenant-gouverneur. Le jour même de son assermentation, il lit le discours qui proroge la session parlementaire.

À titre de représentant du roi, Carroll doit entre autres trancher la question de la légitimité du projet de loi pour modifier la Loi des élections contestées de Québec. Surtout connu sous le nom du député qui en fait la présentation à l’Assemblée législative, Joseph Henry Dillon, il fait suite aux élections provinciales du 24 août 1931, à l’issue desquelles les libéraux remportent une écrasante victoire. Chez les conservateurs, qui n’ont récolté que 11 sièges sur un total de 90, la défaite est amère. Quoique la légitimité du mandat de Taschereau ne soulève aucun doute, Camillien Houde*, chef du Parti conservateur, et Thomas Maher, riche organisateur du parti, entreprennent de contester la validité de l’élection de 63 députés libéraux. Le gouvernement de Taschereau réagit avec fracas : pour contrecarrer le plan des conservateurs, la loi Dillon est proposée en Chambre pour obliger le pétitionnaire à prélever sur ses « propres deniers » le cautionnement de 1 000 $ requis pour la contestation, mesure qui s’applique aussi rétroactivement aux contestations en cours. En dernier ressort, Houde et 73 autres députés et candidats défaits adressent une requête au lieutenant-gouverneur pour qu’il n’accorde pas la sanction royale à ce projet de loi. Convaincu que son devoir consiste à respecter les décisions des ministres, Carroll refuse cet « appel au pied du trône » et sanctionne la loi le 17 décembre 1931. Il affirme toutefois que le principe de cette mesure est mauvais, mais qu’il répond à une situation extraordinaire.

Le lieutenant-gouverneur Henry George Carroll demeure en fonction jusqu’au 3 mai 1934 ; Esioff-Léon Patenaude* le remplacera. Carroll se retire ensuite dans sa maison de la Grande Allée à Québec et continue pour un temps de participer à la vie publique en occupant le poste de vice-président de la Caisse d’économie de Notre-Dame de Québec. Puis, après une longue maladie, il meurt à l’âge de 74 ans et demi. Sous des allures de gentleman, ce personnage d’une grande modestie s’est démarqué par l’attachement qu’il portait à la langue française et, certes, la passion qu’il avait pour la lecture a fait de lui un homme des plus cultivés.


Christian Blais

Nous remercions Mme Jeanne Taschereau (Dumais), petite-fille de Henry George Carroll, qui nous a accordé une entrevue le 29 septembre 2003, à Québec. Une magnifique photographie du personnage est reproduite dans l’ouvrage que nous avons publié avec Frédéric Lemieux et Pierre Hamelin : l’Histoire du Québec à travers ses lieutenants-gouverneurs (Sainte-Foy [Québec], 2005).

Arch. de l’Assemblée nationale (Québec), P22 (fonds Henry George Carroll).— BAnQ-BSLGIM, CE104-S3, 1er févr. 1865.— BAnQ-Q, CE301-S66, 8 juill. 1855 ; CE305-S2, 1er juin 1891.— Le Devoir, 21 août 1939.— L’Événement, 21 août 1939.— La Presse, 21 août 1939.— Le Soleil, 30 janv. 1904.— F.-J. Audet et al., « les Lieutenants-Gouverneurs de la province de Québec », Cahiers des Dix (Montréal), 27 (1962) : 252–253.— BCF.— Canada, Chambre des communes, Débats, 1892, 1894, 1896.— DPQ.— Parl. du Canada, « Sénateurs et Députés » : www.parl.gc.ca/common/SenatorsMembers_house.asp?language=F (consulté le 12 déc. 2005).— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, vol. 8–9 ; 25 ; 31 ; 33.

Bibliographie générale

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Christian Blais, « CARROLL, HENRY GEORGE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/carroll_henry_george_16F.html.

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Auteur de l'article:   Christian Blais
Titre de l'article:   CARROLL, HENRY GEORGE
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2013
Année de la révision:   2013
Date de consultation:   18 avril 2014