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BEGG, ALEXANDER, homme d’affaires, auteur, rédacteur en chef et fonctionnaire, né le 19 juillet 1839 à Québec, fils d’Alexander Begg, pharmacien, et de May Urquhart ; le 20 mai 1868, il épousa à Hamilton, Ontario, Katherine Glenn Macaulay Rae Hamilton, fille du docteur John Macaulay Hamilton, et ils eurent deux enfants ; décédé le 6 septembre 1897 à Victoria, Colombie-Britannique.

Alexander Begg mena une vie active et diversifiée. D’abord et avant tout, il fut un écrivain et journaliste talentueux et passionné par son époque. Vivant dans le Nord-Ouest durant les années critiques du transfert du pouvoir de la Hudson’s Bay Company au Canada et de la colonisation, il fut un observateur et un analyste privilégié des événements, et notamment de la résistance qui se manifesta à la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba) en 1869–1870.

Pourtant, ce n’est pas le journalisme mais les affaires qui avaient attiré Begg dans l’Ouest. Après avoir fait ses études à Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu), au Bas-Canada, et à Aberdeen, en Écosse, il entra dans une maison montréalaise d’import-export qui avait des débouchés à Hamilton, la Law, Young and Company [V. John Young*]. En 1867, il se rendit à la Rivière-Rouge à titre de représentant de diverses entreprises de Hamilton. L’année suivante, avec Andrew Graham Ballenden Bannatyne*, il forma une société de commerce et d’approvisionnement qui se révéla prospère et dura jusqu’en novembre 1871. Par l’entremise de son associé, il se lia aux plus anciens colons de la Rivière-Rouge. Autrefois, ceux-ci s’étaient opposés au monopole de la Hudson’s Bay Company mais, à la fin des années 1860, les problèmes de stabilité et les conditions du transfert de la colonie au Canada les inquiétaient suffisamment pour qu’ils voient d’un bon œil l’hégémonie de la compagnie et soutiennent les efforts qu’elle déployait pour maintenir l’ordre dans une collectivité de plus en plus indocile.

Même si Begg était arrivé du Canada depuis peu, les relations qu’il entretenait avec les colons faisaient en sorte qu’il ne fréquentait pas – et combattait même – le groupe d’expansionnistes canadiens dirigé par John Christian Schultz. Pour le parti canadien, comme on désignait communément Schultz et ses compagnons, la Hudson’s Bay Company était une organisation tyrannique qui faisait la loi sans le soutien du peuple. Begg, lui, tenait une position plus tolérante. Les autorités de la compagnie, écrivait-il en 1869, « ne sont pas et, au cours des vingt dernières années, n’ont pas été impopulaires auprès de la majorité des colons ». Sa position se précisa en octobre 1869 lorsque les Métis de la Rivière-Rouge firent un geste de résistance en interdisant l’accès de la colonie au lieutenant-gouverneur nommé depuis peu, William McDougall*. Begg, comme Bannatyne, pencha d’abord fortement pour la position des Métis. Il ne ménagea ses reproches ni à ses compatriotes canadiens, en qui il voyait les vrais responsables de la déstabilisation dans la colonie, ni au gouvernement du Canada, pour n’avoir pas consulté la population locale. On trouve ses critiques dans le journal personnel qu’il tint en 1869–1870 ; dans un ouvrage de fiction qui date de 1871, « Dot it down » [...], où il raconte l’agitation de la Rivière-Rouge en déguisant à peine les acteurs ; dans un compte rendu historique de cette période tumultueuse, The creation of Manitoba [...], paru la même année et largement inspiré de son journal ; et enfin dans une série de lettres publiées dans le Globe de Toronto en 1869–1870 sous le pseudonyme de Justitia. Begg stigmatisa ceux qui semblaient prêts à sacrifier les intérêts de la population locale pour satisfaire leur avidité ou leur ambition. Le poète canadien et expansionniste Charles Mair*, trésorier des travaux de construction de la route Dawson, fait l’objet de critiques particulièrement dures, en partie parce qu’il avait publié en janvier 1869, dans le Globe, des lettres où il décrivait en des termes insultants la femme de Bannatyne et d’autres femmes sang-mêlé. Begg se montrait même soupçonneux à l’endroit de James Ross*, pourtant né à la Rivière-Rouge, parce qu’il lui trouvait un tempérament instable et jugeait excessifs ses sentiments procanadiens. Le contenu des écrits de Begg et les opinions personnelles parfois sévères qu’il exprima durant ces mois critiques reflètent non seulement sa position politique, mais aussi les conflits de personnalité qui empoisonnaient le climat à la Rivière-Rouge à la veille de l’union avec le Canada.

À mesure que les Métis persistaient dans leur résistance, l’appui de Begg se tempéra d’une inquiétude de plus en plus vive devant la direction que prenait le mouvement. Selon lui, cette résistance devait viser à ce que, par suite de négociations avec le Canada, le transfert du Nord-Ouest se réalise, et ce dans le respect des intérêts et des droits de la population locale. Au fil des semaines, les éléments qui, dans le mouvement de résistance, favorisaient l’annexion aux États-Unis [V. Enos Stutsman*] le préoccupaient de plus en plus. Et puis, à la fin de novembre, le leadership du mouvement était passé aux mains de Louis Riel* qui, selon Begg, abordait les problèmes avec beaucoup trop d’arrogance et pas assez de mesure. Modérés de langue anglaise, Begg et Bannatyne espéraient que les colons francophones et anglophones prendraient le parti de la sagesse politique et feraient front commun dans leurs négociations avec le Canada. Cependant, l’attitude souvent rigide et soupçonneuse de Riel réduisait à néant toute possibilité de collaboration durable entre les deux groupes. De l’avis de Begg, la situation s’aggrava quand Riel usurpa l’autorité et les biens de la Hudson’s Bay Company, acte qu’il jugea peu sage. Leur méfiance envers Riel s’intensifia quand le gouvernement provisoire détint temporairement Bannatyne en février 1870. En avril, Begg nota dans son journal que Riel « ne pourra[it] pas tenir les rênes bien longtemps », étant donné la baisse de sa cote dans la population. C’est donc avec un certain soulagement qu’il apprit la conclusion heureuse des négociations entre le gouvernement du Canada et les représentants de la Rivière-Rouge, Joseph-Noël Ritchot*, John Black* et Alfred Henry Scott*. L’opinion qu’il avait de Riel trouva sa meilleure expression dans un commentaire écrit après l’exécution de ce dernier à Regina en 1885 : « Ainsi finit un homme qui a fait quelque bien dans sa vie mais qui, aussi, a apporté beaucoup de chagrin et de souffrance à ses compatriotes. »

Après la passation des pouvoirs, en juillet 1870, Begg résolut de profiter des possibilités que l’ouverture de l’Ouest faisait naître à Winnipeg. En janvier 1872, il fonda la Manitoba Trade Review, qui ne parut que deux fois, puis de mars à septembre de la même année il fut éditeur et rédacteur en chef de la Manitoba Gazette and Trade Review. Vers le mois de juillet, il avait lancé, à Winnipeg, une usine d’eau gazeuse qui s’était avérée rentable ; malheureusement, la faillite d’une entreprise montréalaise dans laquelle il avait des intérêts l’obligea à la vendre. Infatigable, il devint à l’été de 1874 rédacteur en chef du Daily Nor’Wester, qui soutenait le gouvernement du premier ministre du Manitoba Robert Atkinson Davis* ; il occupa ce poste jusque vers décembre 1875. L’année suivante, il fonda l’éphémère Manitoba Commercial College. Son expérience de rédacteur en chef et coéditeur (avec Walter R. Nursey) du Manitoba Herald ne fut pas plus heureuse : le journal parut seulement quelques semaines au cours de l’été de 1877. Il se tourna alors vers la fonction publique et occupa des postes sous le gouvernement des premiers ministres provinciaux Davis et John Norquay* : imprimeur de la reine en 1877, sergent d’armes de l’Assemblée au début de 1878 et trésorier adjoint de novembre de cette année-là à 1884. Il continua à écrire pendant cette période et collabora, avec George Bryce*, à la fondation de la Société historique et scientifique de Manitoba en 1879. Cette année-là, il publia aussi Ten years in Winnipeg [...] ; écrit en collaboration avec Nursey, cet ouvrage raconte la croissance de la ville dans les années qui ont suivi l’entrée du Manitoba dans la Confédération. Toujours en 1879, à la demande du gouvernement du Manitoba, il organisa à Ottawa une exposition de produits agricoles de la province, ce qui lui permit de satisfaire en partie son goût croissant pour la promotion de l’Ouest (il avait publié un guide de la province en 1877).

Les opinions politiques que Begg exprima pendant ces années sont d’une grande cohérence. Dans l’ensemble, il préconisait toute mesure et soutenait tout groupe susceptibles de faire avancer ce qu’il considérait comme les intérêts de l’Ouest et condamnait donc ce qui ne semblait pas aller dans ce sens. Ainsi il critiqua durement les gouvernements libéral et conservateur d’Alexander Mackenzie et de sir John Alexander Macdonald à cause de leurs politiques foncières et ferroviaires des années 1870 et 1880. « Les deux gouvernements, écrivit-il par la suite, ont fait preuve d’une grande maladresse dans l’administration des terres du Nord-Ouest ; il a fallu des années d’expérience aux autorités pour comprendre vraiment la question foncière, et entre-temps tout le Nord-Ouest a souffert chaque année de la perte de milliers de bons colons. » Par contre, les tentatives du gouvernement Norquay en vue d’obtenir pour le Manitoba de meilleures conditions au sein de la Confédération lui semblaient se situer dans la droite ligne des efforts que la population de la Rivière-Rouge avait déployés pour obtenir justice de la part des autorités canadiennes. Cependant, Begg réservait ses louanges les mieux senties aux deux gigantesques sociétés dont la présence semblait si inséparable du progrès passé et futur de l’Ouest : la Hudson’s Bay Company et la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique. À cause de son esprit d’entreprise et de son intégrité, Donald Alexander Smith*, homme d’affaires et homme politique lié aux deux compagnies, en vint à incarner pour lui le type d’individu dont l’Ouest avait besoin pour se développer. Dans ces années, le régionalisme contribua beaucoup à façonner les positions politiques de Begg, comme celles de beaucoup d’autres habitants de l’Ouest. Ce qui le distinguait, c’était qu’il avait acquis son sentiment d’appartenance si tôt après son arrivée.

En 1884, l’admiration que Begg vouait à Smith et son souci du progrès de l’Ouest l’amenèrent à entrer au service de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, à Londres, à titre de promoteur de l’immigration. Durant les quatre années suivantes, il composa de ces écrits dithyrambiques – notamment Canada and its national highway – que l’Ouest inspira à l’époque. Comme plusieurs des brochures qu’il publia pendant son séjour à Londres, ce texte avait d’abord été présenté en conférence à un auditoire londonien. Pour lui, les années 1870 et 1880 se caractérisèrent donc par un constant louvoiement entre des activités qui s’enracinaient toutes dans sa foi constante en l’avenir de l’Ouest, dans sa sensibilité aux intérêts régionaux et dans sa détermination à profiter des débouchés qu’offrait la colonisation.

En 1888, Begg quitta la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique et s’installa à Seattle (Washington) où il fut rédacteur en chef de plusieurs journaux et fonda le Washington Magazine. En 1892, il s’établit à Victoria, où il fut quelque temps rédacteur en chef du Daily Morning News. Au début des années 1890, il rédigea les trois volumes de son ouvrage le plus ambitieux, History of the north-west, qui parut à Toronto en 1894–1895. C’est une étude critique du Nord-Ouest, généralement bien construite, qui s’inscrit dans la perspective résolument régionale qui avait caractérisé une si grande part des œuvres antérieures de Begg. En octobre 1895, il commença le British Columbia Mining Record, dont il dirigea la publication jusqu’à peu de temps avant sa mort. En 1884, il avait publié un autre roman, Wrecks in the sea of life, a novel ; cette intrigue morale typiquement victorienne eut apparemment peu de succès.

On peut évaluer la contribution d’Alexander Begg sous deux angles. D’abord, il fut historien et observateur d’événements importants. Dans cette perspective, son legs est constitué des écrits qu’il a laissés aux générations suivantes plutôt que de ses actes : il fut toujours plus témoin intelligent que principal acteur. On peut aussi voir en lui le représentant d’un certain type de Canadiens de la fin du xixe siècle, et particulièrement de ces perpétuels itinérants dont le destin fut lié à l’histoire de la frange pionnière. Changer d’activité et de lieu faisait autant partie de sa vie que la soif du succès et de la richesse. Sa carrière diversifiée reflète l’esprit d’entreprise et la personnalité des pionniers.

Douglas R. Owram

Alexander Begg est l’auteur de : The creation of Manitoba ; or, a history of the Red River troubles (Toronto, 1871) ; « Dot it down » ; a story of life in the north-west (Toronto, 1871) ; Practical hand-book and guide to Manitoba and the north-west [...] (Toronto, 1877) ; The great Canadian north west : its past history, present condition, and glorious prospects (Montréal, 1881) ; Seventeen years in the Canadian northwest [...] (Londres, 1884) ; Wrecks in the sea of life, a novel (New York, [1884]) ; Canada and its national highway (Londres, 1886) ; Emigration [...] (Londres, 1886) ; The great north-west of Canada [...] (Londres, [1886]) ; et History of the north-west (3 vol., Toronto, 1894–1895). Aussi, en collaboration avec Walter R. Nursey, il publia Ten years in Winnipeg. Enfin, il est probablement l’auteur de quelques chapitres dans John Macoun et al., Manitoba and the great north-west [...] (Guelph, Ontario, 1882). Le journal de Begg, pour les années 1869–1870, Red River journal (Morton), conservé aux AN, a été publié par la Champlain Society. Begg est souvent confondu avec son homonyme Alexander Begg* (1825–1905) qui eut une carrière semblable dans l’Ouest canadien. L’article du Madge Wolfenden, « Alexander Begg versus Alexander Begg », BCHQ, 1 (1937) : 133–139 est très utile pour démêler les carrières des deux hommes.

AN, MG 29, C1 ; E29.— ANQ-Q, CE1-66, 19 août 1839.— PAM, MG 2, C5 ; MG 12, E.— QUA, 2026a.— British Columbia Mining Record (Victoria), 1 (1895)–3 (1897).— Daily Free Press (Winnipeg), 1877–1879.— Daily Spectator, 22 mai 1868.— Globe, 1869–1870.— Victoria Daily Times, 7 sept. 1897.— A historical directory of Manitoba newspapers, 1859–1978, D. M. Loveridge, compil. (Winnipeg, 1981).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— Pioneers of Manitoba (Morley et al.).— Morton, Manitoba (1957).— Stanley, Louis Riel.

Bibliographie générale

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Douglas R. Owram, « BEGG, ALEXANDER (1839-1897) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/begg_alexander_1839_1897_12F.html.

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Auteur de l'article:   Douglas R. Owram
Titre de l'article:   BEGG, ALEXANDER (1839-1897)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   24 octobre 2014