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ABBADIE DE SAINT-CASTIN, BERNARD-ANSELME D’, baron de SAINT-CASTIN, officier français et commandant en Acadie, fils de Jean-Vincent d’Abbadie de Saint-Castin et de l’Abénaquise Marie-Mathilde, fille du chef Madokawando, né à Pentagouet en 1689, mort en Béarn en 1720.

Après le départ de Jean-Vincent d’Abbadie de Saint-Castin en 1701, l’Acadie occidentale se trouva dans un état précaire. Il importait surtout de reprendre en main les Abénaquis. Comme la situation se dégradait de jour en jour, le gouverneur de Brouillan [Monbeton], ne voyant pas revenir le baron, n’hésita pas à faire appel à son fils, Bernard-Anselme, dès 1704. Ce jeune homme, élève au petit séminaire de Québec, n’avait encore que 15 ans. Mais Brouillan pensait que, né et élevé dans la tribu de sa mère, formé à la rude école de son père, il aurait du prestige et de la compétence. Il ne se trompait pas. Bernard-Anselme rallia sa tribu et tout de suite se montra à la hauteur de la situation. La guerre de harcèlement contre les colons de la Nouvelle-Angleterre reprit de plus belle. Le jeune Saint-Castin donna la mesure de sa valeur à la défense de Port-Royal (Annapolis Royal, N.-É.), du 8 au 16 juin d’abord, puis du 20 au 31 août 1707 [V. March]. Au cours de plusieurs combats acharnés, il joua un rôle déterminant à la tête de ses Abénaquis et des colons ; au point que le nouveau gouverneur, Daniel d’Auger de Subercase, Béarnais lui aussi, n’hésita pas, dans une lettre à Pontchartrain, le 22 septembre, à le proposer pour le grade d’enseigne.

Entre-temps était parvenue la nouvelle de la mort de Jean-Vincent. Réduit à l’inaction par plusieurs blessures reçues à la bataille du 31 août, le quatrième baron de Saint-Castin en profita pour se marier. Le 31 octobre de cette même année 1707, il épousait, dans ce Port-Royal qu’il avait si bien défendu, Marie-Charlotte, Damours de Chauffours, fille de Louis Damours, seigneur de Jemseg, un des compagnons d’armes de Jean-Vincent à la prise de Pemaquid (1696). En décembre, les sœurs du baron épousaient respectivement Philippe Mius d’Entremont et Alexandre Le Borgne de Belle-Isle ; ainsi les Saint-Castin, Métis franco-abénaquis, s’alliaient-ils aux meilleures familles acadiennes. Le 20 décembre, dans une nouvelle lettre au ministre, Subercase proposait Bernard-Anselme pour le grade de lieutenant, avec le commandement des Indiens d’Acadie, grade et charge que la cour accorda au jeune baron le 6 juin 1708.

Bernard-Anselme commença par partager son temps entre Port-Royal, où il avait sa résidence familiale, et Pentagouet, son village natal, qui restait un bastion avancé de la défense acadienne. Mais il ne fut pas vraiment chef abénaquis au sens absolu, comme son père, et il ne se livra guère au commerce ; il resta officier français, chargé du commandement des Indiens, tel que Louis XIV l’avait nommé. Pour vivre, il se contenta de sa solde. Mais dès l’année suivante il adopta un tout autre genre d’action. Il arma un bateau et se fit corsaire. Il se joignit à d’autres corsaires fameux, Pierre Morpain*, Pierre Maisonnat, dit Baptiste, et Daniel Robinau, pour la plupart flibustiers de Saint-Domingue, qui donnèrent bien de la tablature aux Anglais ; pour la seule année 1709, ils leur coulèrent 35 navires et leur firent 470 prisonniers.

Cependant, Port-Royal était condamné, car la Nouvelle-Angleterre s’était juré de venger l’humiliante défaite de 1707. Tandis que le pauvre Subercase demandait en vain des secours à Versailles, la reine Anne aidait substantiellement les colonies du Massachusetts, du Connecticut, du New Hampshire et du Rhode Island à mettre sur pied une formidable expédition. Le 5 octobre 1710, le gouverneur de la Virginie, sir Francis Nicholson, à la tête de 2 000 soldats sur 36 vaisseaux, investissait Port-Royal. Subercase n’avait à lui opposer que 158 hommes de troupe et 127 miliciens ; il lui résista huit jours et finit par capituler le 13. Une semaine plus tard, Saint-Castin, qui ne savait rien, parut devant Port-Royal, déjà rebaptisé Annapolis Royal. Son bateau fut pris, mais il parvint à s’échapper et à gagner les bois.

Les Anglais s’empressèrent de lui faire tenir des offres alléchantes s’il consentait à embrasser leur parti ; rien ne montre mieux combien le fils avait hérité du prestige, et de la puissance du père. Naturellement, il déclina ces avances ; il accepta seulement de partir pour Québec avec l’acte de capitulation, des lettres de Subercase et un major anglais, Livingston, qui voulait voir le marquis de Vaudreuil [Rigaud].

Nommé par Vaudreuil au commandement de toute l’Acadie, le baron ne resta qu’un mois à Québec. Il en repartit le 18 janvier 1711, nanti d’instructions précises : il devait entretenir les Indiens dans leur hostilité à l’égard de la Nouvelle-Angleterre, et les Acadiens dans leur fidélité envers la couronne de France. Saint-Castin s’établit à Pentagouet et, durant deux ans, mena au mieux sa double mission. En 1711 les Abénaqui de Saint-Castin harcelaient la garnison anglaise a Annapolis Royal. L’année suivante, Saint-Castin fut nommé lieutenant.

Pourtant le 16 avril 1713 était signé le traité d’Utrecht qui abandonnait l’Acadie à l’Angleterre. Comme la France conservait l’île du Cap-Breton (ou île Royale), on essaya d’y attirer les Acadiens et les Abénaquis. Saint-Castin passa l’hiver de 1713–1714 dans sa tribu, sur les chutes de la Penobscot. Les Indiens ne voulurent pas abandonner leur patrie et seul, au printemps, le baron se retira à la rivière Saint-Jean. Il pensa alors que le moment était enfin venu d’aller en France pour mettre ordre à ses affaires. Il s’en était déjà préoccupé et, dès 1707, avait eu des velléités de partir. Subercase, qui avait trop besoin de lui, s’y était opposé et avait demandé au ministre d’intervenir pour que cessassent les contestations qui privaient le baron de ses biens familiaux. Saint-Castin s’était alors contenté d’envoyer une procuration au beau-frère de Subercase, Jacques de Sarraute-Marjolet.

Saint-Castin et sa femme quittèrent l’Acadie sur l’un des derniers bateaux de 1714 et arrivèrent en Béarn à la fin de l’année. Hélas ! Bernard-Anselme, dans ses affaires de succession, ne devait guère avoir plus de chance que son père. Si, comme il paraît, Sarraute avait obtenu gain de cause contre Jean de Labaig, l’adversaire de Jean-Vincent, il refusait à son tour de rendre des comptes à Bernard-Anselme ! Menacé d’un procès par Saint-Castin, il invoqua la question de domicile, et reprit les accusations de naissance illégitime. La cour, qui désirait beaucoup renvoyer le jeune baron au Canada, intervint à nouveau auprès de l’intendant de Pau. L’affaire n’en traîna pas moins, compliquée d’un procès avec le chevalier de Florence, à propos d’une autre partie de l’héritage. En 1717, Bernard-Anselme se fit admettre aux États de Béarn, dans l’ordre de la noblesse. Au printemps de 1720, il rédigea un mémoire destiné au ministre sur les « Services rendus par les sieurs de Saint-Castin, père et fils, dans le pays de Canada en la Nouvelle-France ». Il mourut cette même année, au commencement de l’automne.

De son mariage avec Marie-Charlotte Damours de Chauffours, il laissait trois filles : Marie-Anselme, née à Québec en 1711, Brigitte, qui fut élève des Ursulines de Québec, et Louise, née a Pau en 1716. La veuve de Bernard-Anselme demeura à Pau jusqu’en 1734, où elle mourut, après avoir soutenu un procès devant le parlement de Navarre.

Georges Cerbelaud Salagnac

AN, Col., B, 29–30, 32, 34–37 ; Col., C11D, 6–8.— Charlevoix, History (Shea), V.— Coll. de manuscrits relatifs à la N.-F., II, III.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1938–39, 1946–47, 1947–48.— Lettres et mémoires de Ruette d’Auteuil, RAPQ, 1922–23 : 46.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX.

Bibliographie générale

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Georges Cerbelaud Salagnac, « ABBADIE DE SAINT-CASTIN, BERNARD-ANSELME D’, baron de SAINT-CASTIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/abbadie_de_saint_castin_bernard_anselme_d_2F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   18 décembre 2014