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Titre original :  Trutch. Image courtesy of the BC Archives. Call number:a01004

Provenance : Lien

TRUTCH, sir JOSEPH WILLIAM, ingénieur, arpenteur, homme politique et fonctionnaire, né le 18 janvier 1826 à Ashcott, Angleterre, fils de William Trutch et de Charlotte Hannah Barnes ; le 8 janvier 1855, il épousa à Oregon City, Oregon, Julia Elizabeth Hyde, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédé le 4 mars 1904 à Taunton, Somerset, Angleterre.

Sir Joseph William Trutch était un colonial d’un genre particulier. Cet Anglais de naissance passa la plus grande partie de sa vie dans des coins reculés de l’Empire. Pour lui, les colonies n’étaient pas des lieux où l’on prenait racine, mais des étapes sur la voie de la promotion professionnelle. Personnage puissant dans la Colombie-Britannique coloniale, il créa un problème qui trouble encore la province : celui des territoires autochtones. Il amassa une grosse fortune, évolua au sein de l’élite de Victoria, fut un homme politique influent à l’époque de la Confédération et devint lieutenant-gouverneur en 1871. Or, malgré tous ses succès dans les colonies, il retourna « au pays », c’est-à-dire en Angleterre, lorsque vint le moment de prendre sa retraite.

Trutch passa une bonne partie de son enfance en Jamaïque : son père possédait des terres dans la paroisse St Thomas. En 1834, il regagna la Grande-Bretagne avec sa famille, qui se fixa dans le Somerset. Après avoir fait ses études secondaires à la Mount Radford College-School, dans le Devon, il amorça son apprentissage chez un célèbre ingénieur britannique, sir John Rennie. Il travailla à la construction des chemin de fer Great Northern et Great Western, mais peu à peu, il se mit à rêver de l’Amérique du Nord, qu’il considérait comme une terre d’avenir à l’instar de tant d’autres. Lorsque la fièvre de l’or embrasa la Californie, en 1849, il n’hésita plus : avant la fin de l’année, il était en route pour la côte Ouest.

Trutch était au milieu de la vingtaine quand il arriva à San Francisco. Au cours des neuf années qu’il passa aux États-Unis, deux traits de son caractère se manifestèrent : son désir de se lier avec des gens « bien placés » et son dédain pour les autochtones. Selon lui, San Francisco était un trou peuplé de gens incultes. Les problèmes qu’il avait, croyait-il, venaient en partie du fait qu’il ne rencontrait pas la bonne sorte de gens. « Si je pouvais, expliquait-il à ses parents, me faire connaître de la meilleure société, c’est-à-dire des capitalistes, les choses s’arrangeraient sûrement pour moi. » Quelques mois après son arrivée à San Francisco, il s’établit dans le territoire de l’Oregon. Cette fois, il eut davantage l’impression de voir l’horizon s’ouvrir devant lui. Il trouva du travail dans son domaine – d’abord, des contrats d’arpentage et de construction dans les nouvelles localités de St Helens, dans l’Oregon, et de Milton, dans l’État de Washington – puis, en 1852, il fut engagé comme arpenteur adjoint au bureau de l’arpenteur général.

Trutch eut des contacts avec les autochtones en travaillant dans la région de l’embouchure du Columbia et du Puget Sound. Il ne fut pas impressionné. Quelques semaines après son arrivée dans le territoire de l’Oregon, il avait écrit à ses parents : « [ce sont] les créatures les plus laides et les plus paresseuses que j’ai vues de ma vie, et il serait aussi absurde de les craindre que de craindre nos chiens ». Comme bien des Européens arrivant dans des régions reculées, Trutch avait sur les autochtones des idées préconçues qu’il ne révisa jamais, même après avoir fait la connaissance de ces peuples.

Trutch se fit de bonnes relations parmi la population non autochtone du territoire de l’Oregon, ce qui lui donna de l’avancement. Son travail impressionnait son supérieur, John Bower Preston, qui appartenait à une grande famille de l’Illinois. Ce contact eut une incidence sur la vie personnelle de Trutch : en 1855, ce dernier épousa la belle-sœur de Preston, Julia Elizabeth Hyde, de New York. Le couple s’installa dans l’Illinois, où Trutch continua de travailler pour Preston à titre de surintendant adjoint de la division ouest du canal Illinois and Michigan. En outre, il fit de la spéculation foncière avec Preston dans la région de Chicago. Pourtant, il n’était toujours pas heureux aux États-Unis. Les affaires languissaient et le froid nuisait à sa santé.

La ruée vers l’or du Fraser, qui commença au printemps de 1858, porta l’attention de Trutch vers la nouvelle colonie de la côte Ouest. La Colombie-Britannique, écrivit-il à son frère John, qui le rejoignit là-bas par la suite, semblait un endroit où les Anglais pouvaient vivre « sous [leurs] propres lois et  [leur propre] drapeau », et il espérait « profiter de cette fièvre de l’or ». Il se rendit à Londres pour discuter de son avenir avec des fonctionnaires du ministère des Colonies. Il n’y avait aucun poste vacant, mais le ministre des Colonies, sir Edward Bulwer-Lytton, lui remit une lettre de recommandation à l’intention de James Douglas*, gouverneur de la Colombie-Britannique et de l’île de Vancouver. Trutch rencontra aussi Richard Clement Moody*, qui avait été placé à la tête d’un détachement du génie royal en partance pour la Colombie-Britannique et nommé commissaire principal des Terres et des Travaux publics. Décidément, Trutch savait frapper aux bonnes portes.

Arrivé en Colombie-Britannique en juin 1859, il ne quitterait plus guère la côte du Pacifique durant 30 ans. Il jouerait un certain nombre de rôles dans la colonie, mais en premier lieu, il poursuivit sa carrière d’ingénieur et d’arpenteur. Faute de poste permanent dans l’administration coloniale, il travaillait à contrat pour le gouvernement. Il fit des levés topographiques le long du cours inférieur du Fraser et des travaux de voirie sur la piste Harrison-Lillooet, qui menait à la région du Cariboo. En 1862, on lui confia la construction du tronçon de la route du Cariboo qui partait de la barre Chapmans et de la barre Boston et qui remontait le canon du Fraser. C’est là qu’il bâtit le pont suspendu Alexandra, son ouvrage de génie le plus connu. Construire ce pont qui enjambait le fleuve à une hauteur de 90 pieds et qui avait une travée de 268 pieds et une charge utile de 3 tonnes fut un véritable tour de force. Trutch en retira d’ailleurs un gros bénéfice, car le contrat l’habilitait à percevoir le péage durant sept ans, ce qui dut lui rapporter de 10 000 $ à 20 000 $ par an. En plus, à la faveur de ses déplacements, il apprenait où il y avait de bonnes terres ; il ne tarda pas à acquérir de vastes propriétés, surtout dans l’île de Vancouver.

Par ailleurs, Trutch faisait de la politique. Il avait accédé à la Chambre d’assemblée de l’île de Vancouver en remportant l’élection partielle tenue en novembre 1861 dans le district de Victoria. Ses travaux de construction le retenaient souvent à l’extérieur de Victoria ; il ne participait donc pas fréquemment aux séances, mais, comme d’habitude, il cultivait ses relations. Sa première incursion en politique se termina à la dissolution de l’Assemblée au début de 1863. Cependant, quand Moody et le détachement du génie royal furent rappelés en Grande-Bretagne quelques mois plus tard, une nouvelle chance s’offrit à lui. En avril 1864, le gouverneur Douglas lui confia le poste vacant de commissaire principal des Terres et des Travaux publics de la Colombie-Britannique. Cette nomination suscita la controverse. Dans la presse locale, les adversaires du gouvernement colonial firent valoir, non sans raison, que Trutch se trouverait dans un conflit d’intérêts flagrant puisqu’il avait des contrats du gouvernement et possédait de vastes terres. Cependant, les experts étaient peu nombreux dans la colonie, et Trutch eut le poste parce que sa compétence d’arpenteur et d’ingénieur ne faisait aucun doute. Désormais, il était en position de prendre des décisions importantes sur la distribution des terres aux colons et sur l’octroi de contrats de travaux aux agents de développement. La consternation de ses détracteurs diminua à peine lorsqu’il proposa de renoncer à son droit sur le pont Alexandra au profit de son frère John. En tant que commissaire principal des Terres et des Travaux publics, il devint aussi, d’office, membre du Conseil exécutif de la Colombie-Britannique.

Non seulement Trutch était-il entré au gouvernement colonial, mais il était devenu un membre en vue de l’élite de Victoria. D’ailleurs, il y avait interpénétration entre ces deux mondes. Trutch habitait en bordure de la ville dans une maison appelée Fairfield House, d’où l’on avait une vue superbe sur le détroit de Juan de Fuca. Amateur de cigares, de bons vins et de réceptions, Trutch fit de sa maison un haut lieu de la vie mondaine. De confession anglicane, il lisait souvent la leçon à la cathédrale Christ Church le dimanche matin. Les membres du gouvernement, y compris le gouverneur Douglas, figuraient parmi ses intimes. C’était un milieu où l’on se serrait les coudes. Le procureur général, Henry Pering Pellew Crease, était l’ami de Trutch depuis l’époque où ils avaient fréquenté ensemble la Mount Radford College-School. En 1863, Peter O’Reilly, le commissaire de l’or, épousa la sœur de Trutch, Caroline Agnes. En 1870, le frère de Trutch, John, épousa Zoe Musgrave, la sœur d’Anthony Musgrave*, dernier gouverneur de la colonie de Colombie-Britannique. Tels étaient les gens qui gouvernaient la Colombie-Britannique, et ils la gouvernaient en fonction de leurs intérêts et de ceux des membres de leur classe. Quiconque faisait obstacle au développement de la colonie risquait de voir Joseph William Trutch et ses semblables le traiter sans ménagement.

Trutch laissa surtout sa marque sur la politique des terres indiennes. Au lendemain de son accession à la fonction de commissaire principal des Terres et des Travaux publics, Douglas prit sa retraite. C’était lui qui, à titre de gouverneur, avait conçu cette politique. Dans les premiers temps, il avait conclu des traités avec les peuples autochtones pour annuler leurs titres fonciers, puis il avait abandonné cette pratique. Pourtant, il avait continué de tenir compte de leurs vœux en délimitant les réserves, et il insistait sur le fait que l’intégrité de ces réserves serait protégée une fois qu’elles seraient établies. Douglas était convaincu que les autochtones avaient un certain avenir dans la colonie et tenait à leur assurer au moins une assise économique minimale. Trutch, en tant que représentant de la nouvelle société de colons, était d’avis que les Amérindiens devaient tout simplement laisser la voie libre à la population blanche. Aucun des successeurs de Douglas ne manifesta autant d’intérêt que lui pour les peuples ou la politique autochtones. Trutch prit donc la barre puisque personne d’autre ne le faisait.

Dans les années 1860, Trutch appliqua aux autochtones un régime foncier qui présentait deux grandes caractéristiques. D’abord, il poursuivit la tradition de non-reconnaissance des titres autochtones. Ensuite, il veilla à ce que les réserves soient le moins grandes possible. Convaincu que les autochtones de la Colombie-Britannique n’avaient aucune prétention légitime en matière territoriale, il jugeait superflu de négocier des ententes ou d’offrir des indemnités, soit pour annuler leurs titres fonciers, soit pour réduire la superficie des réserves existantes. Donc, il continua de ne pas signer de traités, comme l’avait fait Douglas. Quant aux dimensions des réserves, par contre, il instaura un changement radical. Les réserves déjà délimitées, affirmait-il, étaient « tout à fait disproportionnées à la population des tribus indiennes ou à [leurs] besoins ». Plus encore, elles englobaient des terres arables et des pâturages auxquels les colons blancs devaient avoir accès. Il rapetissa bon nombre de réserves, d’abord celles des Shuswaps dans la région de Kamloops, puis celles de la vallée du Fraser. Il fit la sourde oreille aux objections des autochtones et falsifia délibérément le bilan des transactions de Douglas dans l’espoir de justifier sa nouvelle orientation. On se plaignit peu de ses agissements à l’époque, mais aujourd’hui, la Colombie-Britannique est aux prises avec des litiges et un problème politique qui remontent à lui.

Enlever une partie de leurs réserves aux Amérindiens et la remettre aux colons blancs ne nuisit pas, bien sûr, à la popularité de Trutch dans sa propre communauté. Il s’imposait de plus en plus au Conseil législatif de la Colombie-Britannique, où il était entré en 1866. Il jouerait un rôle important dans le règlement du principal problème que les colons de la Colombie-Britannique connaîtraient à la fin des années 1860. L’apaisement de la fièvre de l’or avait provoqué une récession. Le gouvernement s’était trouvé devant d’énormes difficultés financières que l’union des colonies de l’île de Vancouver et de la Colombie-Britannique, en 1866, n’avait pas réduites. La crise économique nécessitait une autre solution politique. Cette solution, ce pouvait être de se joindre à la Confédération canadienne, créée en 1867. Au début, Trutch et les autres fonctionnaires britanniques s’opposèrent à ce que la Colombie-Britannique relâche le moindrement ses liens avec la Grande-Bretagne. Sous le couvert d’un attachement à l’Empire, ils tremblaient de perdre leurs positions lucratives. L’annexion aux États-Unis, prônée par quelques-uns, était bien sûr hors de question pour Trutch. Pourtant, un changement s’imposait. La Colombie-Britannique ne pouvait pas rester une colonie britannique isolée aux prises avec une économie déclinante.

Finalement, en 1869, Musgrave fut nommé gouverneur et eut l’ordre de préparer l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération. Trutch et Musgrave devinrent amis, puis parents par alliance. En plus, Musgrave promit à Trutch et aux autres fonctionnaires coloniaux qu’ils auraient un poste ou une pension après que la Colombie-Britannique serait devenue une province du Canada. Son avenir n’étant plus menacé, Trutch devint un fervent confédérateur. Il intervint éloquemment au Conseil législatif lorsque la question y fut débattue et proposa avec une vigueur particulière la construction d’une liaison ferroviaire. Une fois que le conseil se fut prononcé en faveur de l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération, Musgrave confia à Trutch, à John Sebastian Helmcken* et à Robert William Weir Carrall* le mandat d’en négocier les modalités avec le gouvernement fédéral.

Dans les faits, ce fut Trutch qui dirigea la délégation. Helmcken reconnaissait qu’il était « beaucoup plus vif d’esprit – et opiniâtre » que lui-même et Carrall. Une fois à Ottawa, il « prit tout en main ». Il pressa le gouvernement fédéral de construire un chemin de fer et, à sa grande surprise, se vit offrir beaucoup plus qu’il n’en demandait. Ottawa promit de commencer les travaux dans un délai de deux ans et de les achever avant dix ans. En outre, Trutch rédigea l’article 13 des modalités de l’union. Cet article, de triste mémoire, plaçait les affaires indiennes et les terres indiennes sous la compétence du gouvernement fédéral et stipulait que celui-ci adopterait « une politique aussi généreuse que celle que le gouvernement de la Colombie-Britannique a[vait] appliquée jusque-là ». Les autorités fédérales mirent quelque temps à mesurer à quel point la politique de Trutch à l’égard des Amérindiens avait été mesquine. Après que les parlementaires de Victoria eurent entériné les modalités de l’union, Trutch retourna à Ottawa et donna sa parole au gouvernement fédéral que la province n’exigerait pas une application littérale de l’article sur le chemin de fer. Cette initiative sema la consternation sur la côte Ouest, mais elle facilita l’adoption, par le Parlement du Canada, de l’adresse recommandant à la reine de sanctionner l’entrée de la Colombie-Britannique dans le dominion. Comme il avait pris soin de rédiger un article trompeur sur la politique concernant les autochtones, Trutch n’eut aucunement besoin de rassurer le gouvernement fédéral sur cette question. Il resta convaincu que pour garantir l’avenir de la Colombie-Britannique il fallait mettre la main sur les terres des Amérindiens et les remettre aux compagnies ferroviaires et autres agents de développement.

Le 20 juillet 1871, la Colombie-Britannique devint la sixième province du Canada. Le gouvernement fédéral récompensa Trutch en lui offrant d’en devenir le premier lieutenant-gouverneur. Il accepta avec réticence : participer à la construction du chemin de fer aurait été plus lucratif et lui aurait mieux convenu. Du reste, sa nomination ne fit pas l’unanimité. L’accession au statut de province devait s’accompagner de l’instauration du gouvernement responsable. Or, Trutch s’y était opposé avant 1871, et ses adversaires politiques trouvaient qu’il était bien peu pressé de l’instituer. En plus, il continuait de jouer un rôle de premier plan en politique. Avant les premières élections, il nomma les ministres de la couronne et fit en sorte que John Foster McCreight* devienne le premier des premiers ministres de la province. « C’est encore Trutch qui mène la barque [...] nous voilà encore avec un gouvernement autocratique (déguisé) », nota son ami Crease. Cependant, après la défaite de l’équipe de McCreight à la fin de 1872, Trutch demanda au bouillant réformiste Amor De Cosmos* de former le gouvernement suivant. De Cosmos réclamait depuis des années que le pouvoir politique soit retiré des mains des fonctionnaires et se jurait bien de ne pas laisser Trutch en faire plus que ne l’y autorisait la constitution.

L’influence politique de Trutch déclinait, et les autres aspects de sa fonction ne compensaient pas. Il avait pour mandat d’établir des institutions fédérales en Colombie-Britannique. C’était lui qui dispensait les faveurs d’Ottawa dans la province, et il continuait d’avoir de l’influence sur le régime foncier des autochtones. En tant que lieutenant-gouverneur, il était aussi le représentant du gouvernement impérial. C’est avec vigueur qu’il défendit la position de la Grande-Bretagne contre les États-Unis dans les différends sur l’archipel de San Juan et la frontière de l’Alaska. Pourtant, son poste, qui ne requérait plus toutes ses énergies, commençait à l’ennuyer. Il aurait préféré relever un défi plus emballant, participer à quelque entreprise commerciale. Lorsque le premier ministre sir John Alexander Macdonald* projeta de fonder la Compagnie du chemin de fer du Pacifique du Canada, il s’enthousiasma et aida à amasser en Colombie-Britannique une partie du capital d’établissement. Cependant, le projet tomba à l’eau à cause du scandale du Pacifique en 1873. Lorsque les libéraux d’Alexander Mackenzie* remplacèrent Macdonald et les conservateurs, le projet de chemin de fer était suspendu et Trutch perdit ses relations influentes à Ottawa.

Même s’il aurait probablement préféré abandonner son poste, Trutch resta lieutenant-gouverneur jusqu’à la fin de son mandat de cinq ans en 1876. Les perspectives d’emploi, d’emploi lucratif surtout, paraissaient limitées en Colombie-Britannique ; la province semblait donc « sous tous rapports, le climat excepté, un bon endroit d’où partir ». Trutch retourna en Angleterre dans l’espoir d’obtenir du gouvernement britannique quelque fonction dans l’administration impériale. Toutefois, ce fut le retour de Macdonald et des conservateurs au pouvoir en 1878 qui lui permit de reprendre du service. En 1880, le gouvernement d’Ottawa le nomma représentant en Colombie-Britannique en lui confiant particulièrement les questions ferroviaires, mais aussi un mandat de conseiller en matière d’affaires indiennes. Trutch ne jugeait toujours pas « tellement important de réserver de vastes terres aux Indiens » et, pour faire prévaloir son point de vue, il fit nommer son beau-frère Peter O’Reilly commissaire des réserves indiennes. Cependant, sa principale mission était de superviser la construction du chemin de fer canadien du Pacifique en Colombie-Britannique et l’administration des terres transférées au gouvernement fédéral en vertu des ententes conclues dans le secteur ferroviaire. C’est lui qui fit inclure dans ces terres le territoire de la rivière de la Paix à titre de compensation pour des terres de la ceinture ferroviaire de la Colombie-Britannique qui avaient déjà été aliénées ou qui étaient jugées improductives.

Joseph William Trutch conserva son poste de représentant fédéral dans la province jusqu’en 1889. Lorsqu’il le quitta, il reçut le titre de chevalier en récompense des services rendus au Canada et à la Colombie-Britannique. Malgré tout, il retourna finir ses jours en Angleterre. Il se rendit à Victoria seulement une autre fois, à la demande, semble-t-il, de sa femme malade, qui mourut dans cette ville en 1895. Il continua de s’intéresser à des projets d’investissements en Colombie-Britannique et dirigea un syndicat britannique qui finançait l’exploitation des Silver King Mines dans la région de West Kootenay. Cependant, il ne souhaitait pas retourner vivre sur la côte du Pacifique. Une grande partie de sa carrière s’était déroulée là, mais il n’avait jamais tout à fait quitté son pays d’origine. Trutch s’éteignit le 4 mars 1904 en Angleterre, dans le Somerset, le comté dans lequel il avait vu le jour 68 ans plus tôt.

Robin Fisher

AN, MG 26, A, 279.— BCARS, C/AB/30.7J/10, Trutch au secrétaire des colonies, 17 janv. 1866.— Univ. of B.C. Library, Arch. and Special Coll. Div. (Vancouver), M643 (Trutch family papers), particulièrement les dossiers 1–29, 1–32, 1–44, 1–56.— G. S. Andrews, Sir Joseph William Trutch [...] a memorial apropos the 1871–1971 centenary of British Columbia’s confederation with Canada ([Victoria], 1972).— C.-B., Legislative Assembly, British North America Act, 1867, terms of union with Canada, rides and orders of the Legislative Assembly, Treaty of Washington (Victoria, 1881), 66 ; Legislative Council, Debate on the subject of confederation with Canada (Victoria, 1870 ; réimpr., 1912), 17–22, 75s., 81.— R. [A.] Fisher, « Joseph Trutch and Indian land policy », BC Studies, n° 12 (hiver 1971–1972) : 3–33.— J. S. Helmcken, The reminiscences of Doctor John Sebastian Helmcken, Dorothy Blakey Smith, édit., introd. de W. K. Lamb ([Vancouver], 1975).— J. T. Saywell, « Sir Joseph Trutch : British Columbia’s first lieutenant-governor », BCHQ, 19 (1955) : 71–92.

Bibliographie générale

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Robin Fisher, « TRUTCH, sir JOSEPH WILLIAM », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/trutch_joseph_william_13F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   23 avril 2014