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MCMURRAY, WILLIAM, ministre de l’Église d’Angleterre et fonctionnaire, né le 19 septembre 1810 à Portadown (Irlande du Nord), fils de Bradshaw McMurray et d’une prénommée Mary ; le 26 septembre 1833, il épousa à Sault-Sainte-Marie (Sault Ste Marie, Ontario) Charlotte Johnston (Oge-Buno-Quay), et ils eurent trois fils et une fille, puis le 4 novembre 1879 Amelia Baxter ; décédé le 19 mai 1894 à Niagara-on-the-Lake, Ontario.

Arrivé à York (Toronto) en 1811 avec ses parents, William McMurray entra à l’âge de huit ans à l’école de John Strachan*. Une fois ses études terminées, il donna des leçons particulières, notamment à George William Allan, fils de William Allan*, et à des membres de la famille Jarvis. Il entreprit des études en théologie auprès de Strachan en 1830, et se dévoua comme catéchiste à Mimico, Weston, Thornhill et York Mills.

Au début des années 1830, on souhaitait vivement amener la population indienne du Haut-Canada à s’établir dans des villages permanents et à recevoir une instruction religieuse. C’est dans ce contexte que l’on fonda à York, en 1830, la Society for Converting and Civilizing the Indians and Propagating the Gospel among the Destitute Settlers in Upper Canada. À la fin de 1832, cette société envoya McMurray, qui n’avait pas encore l’âge requis pour être ordonné prêtre, travailler à titre de catéchiste et de prédicateur laïque à Sault-Sainte-Marie. George Simpson*, gouverneur de la Hudson’s Bay Company, avait désigné cet endroit comme le seul propice au travail missionnaire, étant donné que la traite des fourrures y avait décliné et que les Indiens pourraient se laisser convaincre de se sédentariser. Le lieutenant-gouverneur sir John Colborne* nomma aussi McMurray agent des Affaires indiennes, mais il ne fut rémunéré qu’en 1838.

À Frelighsburg, au Bas-Canada, l’évêque anglican de Québec, Charles James Stewart*, ordonna McMurray diacre en août 1833. À son retour à Sault-Sainte-Marie, il épousa Charlotte Johnston, fille du trafiquant John Johnston* et petite-fille d’un chef sauteux. Elle lui servait d’interprète et enseignait aux Indiennes les chants sacrés qui impressionnaient tant les visiteurs de Sault-Sainte-Marie, dont Anna Brownell Jameson [Murphy*]. McMurray put traduire le catéchisme en sauteux – Robert Stanton* imprima sa version en 1834 – mais il continuait à recourir à des interprètes pour ses sermons.

En partie à cause des prières de McMurray pour son fils malade, le chef sauteux Shingwauk embrassa la foi anglicane ; ce fils fut d’ailleurs l’un des convertis qui allaient prêcher l’Évangile à Michipicoten (Michipicoten River). Un autre Indien qui adopta cette religion disait qu’il se sentait comme s’il avait quitté une forêt dense pour entrer dans une clairière où il pouvait voir le ciel. Ces nouveaux chrétiens étaient moins attirés qu’auparavant par le rhum des trafiquants de fourrures mais, lorsque McMurray fonda une société de tempérance, son publiciste anglais estima qu’il allait trop loin.

En 1834, McMurray faillit déclencher une querelle avec l’agent principal de la Hudson’s Bay Company à Michipicoten, Angus Bethune*, en conseillant aux Indiens de ne pas s’engager sur les bateaux de la compagnie. S’ils le faisaient, affirmait-il, ils devraient interrompre leur formation religieuse, ne pourraient pas préparer leurs terres pour les récoltes, seraient obligés de travailler le dimanche et gagneraient moins qu’en pêchant. Même s’il n’acceptait pas cette position, le gouverneur Simpson tenta de réconcilier les deux adversaires.

Le successeur de Colborne, sir Francis Bond Head*, qui était d’avis de laisser les Indiens à eux-mêmes, fit cesser en 1837 la construction d’un village à Sault-Sainte-Marie et annula les livraisons de vivres que le département des Affaires indiennes avait l’habitude de faire. Voyant le succès de sa mission compromis par ce revirement, et devant le mauvais état de santé de sa famille, McMurray démissionna l’année suivante et devint vicaire à Ancaster et Dundas, auprès de John Miller, qui était malade. Jusqu’en 1855, il soumit des projets qui visaient à sédentariser les Indiens. Son séjour à Sault-Sainte-Marie avait porté fruit car, en l’absence de missionnaire, Shingwauk lui-même rassemblait régulièrement ses gens pour leur donner des leçons et leur faire chanter des hymnes.

McMurray ne tarda pas à gagner l’affection de ses nouveaux paroissiens, mais il n’était pas censé succéder à Miller, peut-être parce qu’il n’était que diacre. Cependant, la congrégation adressa une requête en sa faveur au lieutenant-gouverneur sir George Arthur* ; de leur côté, ses marguilliers et le ministre de Hamilton, John Gamble Geddes, plaidèrent auprès de l’évêque de Québec, George Jehoshaphat Mountain*, afin qu’on l’autorise à rester, comme il le souhaitait d’ailleurs. Sur ces entrefaites, Strachan devint évêque du nouveau diocèse de Toronto, et il ordonna McMurray prêtre le 12 avril 1840. Le mois suivant, Arthur se déclara prêt à recommander McMurray, qui fut finalement installé dans la fonction de rector en mai 1841. Strachan choisit Dundas comme lieu de résidence de McMurray et l’encouragea à y construire un temple. L’argent qui allait servir en 1843 à la construction de l’église St James provint « principalement de quelques individus, à cause de l’indigence de la majorité », et de sociétés religieuses d’Angleterre.

Le Trinity College ouvrit ses portes à Toronto en 1852, et McMurray se vit confier la mission de faire une tournée aux États-Unis afin de recueillir des fonds pour ce nouvel établissement anglican. Strachan lui conseilla d’« intéresser des dames à [la] cause, [celles-ci étant] en général plus zélées et ardentes à promouvoir une bonne œuvre ». Les donateurs aussi bien que le collège apprécièrent les efforts de McMurray : le Columbia College de New York lui décerna un doctorat honorifique en théologie, et plusieurs éminents ecclésiastiques américains se cotisèrent pour offrir un vitrail commémoratif à son église. Comme il avait réussi à recueillir près de 2 000 $, il fit d’autres voyages ; en tout, il amassa 10 000 $ pour le Trinity College.

Devant la menace de sécularisation des réserves du clergé, Strachan confia en 1854 une autre mission à McMurray, celle d’aller suivre les travaux du Parlement à Québec et de défendre les intérêts de l’Église d’Angleterre. Les réserves furent sécularisées, mais on attribua à ses démarches la constitution d’une caisse de fiducie qui assurerait un revenu au clergé et, selon sir Allan Napier MacNab*, son intervention auprès du gouvernement avait grandement contribué au règlement définitif de la question. En 1857, le Trinity College lui décerna un doctorat honorifique en droit.

En raison du succès des missions que McMurray avait accomplies pour l’Église et son université, les membres du conseil du Trinity College l’envoyèrent en Angleterre en 1864 solliciter des fonds afin d’achever les édifices de leur établissement. À la cathédrale St Paul de Londres, devant une foule de 7 000 personnes, il prononça un éloquent sermon sur la nécessité de recevoir une instruction religieuse précoce. Même s’il hésitait à minimiser les objections de l’évêque de Huron, Benjamin Cronyn*, aux enseignements de George Whitaker*, directeur du Trinity College, enseignements inspirés de la Haute Église, il rendit visite à certains dirigeants de ce mouvement en Angleterre, dont John Keble et Edward Bouverie Pusey. Son voyage rapporta un montant net de près de £4 000 en donations.

En 1857, McMurray était devenu, de mauvais gré, rector à Niagara-on-the-Lake. Cinq ans plus tard, comme il venait à peine de terminer la construction d’un impressionnant presbytère du style des villas toscanes, on installa le siège du comté à St Catharines. Le nombre de familles qui constituaient sa congrégation passa de 264 à 120. Les contributions baissèrent et, en 1867, la paroisse dut émettre 15 débentures afin d’éponger la dette engagée pour construire le presbytère. McMurray en prit 12, non sans solliciter l’aide d’amis qu’il s’était faits en Angleterre.

La participation de McMurray à la politique interne de l’Église fut moins fructueuse que ses levées de fonds. En 1853, il écrivit à 40 membres du clergé pour leur demander d’user de leur influence et de voter pour la nomination d’Alexander Neil Bethune* à l’évêché qu’on allait peut-être créer à Kingston, mais la subdivision du diocèse n’eut pas lieu. Ami de Thomas Brock Fuller* depuis longtemps, McMurray soutint sa candidature à l’élection qui, en 1866, devait désigner le coadjuteur de l’évêque de Toronto, et il chercha à faire nommer des délégués laïques susceptibles d’appuyer son choix. Puisque Bethune fut élu, Fuller le remplaça au poste d’archidiacre de Niagara, et McMurray succéda à ce dernier dans la fonction de doyen rural de Lincoln et Welland. Fuller accéda au nouveau siège épiscopal de Niagara en 1875 et prit McMurray comme archidiacre, en lui confiant les finances du diocèse. Situé dans « une contrée plus neuve » que le diocèse de Toronto, celui de Niagara comptait une plus forte proportion de missionnaires, et McMurray fit appel à la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts pour qu’elle les aide à poursuivre leur travail.

Dans le sermon qu’il prononça au sacre de Fuller, William McMurray pressa ses auditeurs d’éviter l’esprit partisan et les prévint contre « les innovations illicites et dangereuses qui [avaient] tant troublé [la] paix ces dernières années ». Pour lui, l’Église d’Angleterre était plus qu’un moyen terme entre « les pratiques superstitieuses et corrompues de l’Église de Rome » et les « expériences présomptueuses » des non-conformistes, car « le Christ a[vait] fondé une Église et non des Églises ». En servant cette Église et ses institutions, il avait gagné l’affection de tous ceux pour qui il avait travaillé avec tant de diligence. Au moment de sa mort, il était le ministre anglican le plus âgé du Canada.

Richard E. Ruggle

William McMurray est l’auteur de : An appeal to the members of the Protestant Episcopal Church in the United States, in behalf of Trinity College, Toronto, Canada West (New York, 1852) ; et Journal of a mission to England, in the year 1864, on behalf of the University of Trinity College, Toronto (Toronto, 1869) ; les souvenirs de ses expériences ont paru dans le Canadian Church Magazine and Mission News (Hamilton, Ontario), juill. et août 1888, et janv. 1890. Des comptes rendus de la mission de McMurray à Sault Ste Marie figurent dans Soc. for Converting and Civilizing the Indians and Propagating the Gospel among the Destitute Settlers in Upper Canada, Annual report (Toronto), 1832–1838.

Il est aussi l’auteur de : Ojibway muzzeniegun ; the catechism of the Church of England ; written in the Ojibwa (or Chippewa) language (Toronto, 1834). La seule source pour ce titre est le livre de J. C. Pilling, Bibliography of the Algonquian languages (Washington, 1891) ; réimpr. dans la série Bibliographies of the languages of the North American Indians (9 part. en 3 vol., New York, 1973), 2 : 379, qui le donne comme anonyme. Ce livre doit toutefois être le volume auquel McMurray fait allusion dans The Stewart missions ; a series of letters and journals, calculated to exhibit to British Christians, the spiritual destitution of the emigrants settled in remote parts of Upper Canada [...], W. J. D. Waddilove, édit. (Londres, 1838), 98, et dans sa correspondance de l’été de 1834 avec George Simpson à qui il a envoyé un exemplaire [V. PAM cités plus bas].  [r. e. r.]

AN, MG 17, B1, C/Tor., box V/45, folder 534 (mfm) ; D.14/Tor. : 89–91, 388–391 ; D/Tor., 1860–1867 (transcriptions) ; D.40/Tor. & Alg. (mfm) ; D.44/Tor. & Nia. : 71–74 ; D.46/Nia. : 119–122 (transcriptions) ; MG 19, F6, 1 : 174–178 ; MG 24, A40, 9 : 2300–2302 (mfm) ; RG 1, E3, 54 : 42–48.— AO, MS 35.— McMaster Univ., Division of Arch. and Research Coll. (Hamilton), EEC, Diocese of Niagara Arch., P. L. Spencer, « History of the Diocese of Niagara » (1925), sermon de William McMurray lors de la consécration de l’évêque Fuller.— MTRL, Henry Scadding coll., Lord Bury à McMurray, 19 mai 1855.— PAM, HBCA, D.4/21 : fo 27 ; D.4/127 : fo 19d–21d, 24–24d.— Trinity College Arch. (Toronto), 986–0019/ 002–003 ; MS 194 ; A. H. Young, « William McMurray at Sault Ste. Marie, 1832–1838 » (copie dactylographiée).— James Beaven, Recreations of a long vacation ; or a visit to Indian missions in Upper Canada (Londres et Toronto, 1846), 123–131.— [Alexander] Dixon, Useful lives [...] a sermon [...] preached in Christ Church Cathedral, Hamilton, September 7th, 1883 [...] (Toronto, 1884).— [A. B. Murphy] Jameson, Winter studies and summer rambles in Canada (3 vol., Londres, 1838 ; réimpr., Toronto, 1972).— Canadian Churchman (Toronto), 31 mai 1894.— Church (Cobourg, Ontario ; Toronto), 30 mars, 19 oct. 1839, 25 avril, sept., 2 oct. 1840, 12 janv. 1844, 19 janv. 1854.— Express (Buffalo, N.Y.), mai 1894.— Montreal Gazette, 27 août 1833.— Times (Londres), 25 avril 1864.— Chadwick, Ontarian families.— [F. W. Colloton et C. W. Balfour], A historical record of the planting of the church in Sault Ste. Marie, Ont. (diocese of Algoma) and the history of the mother-parish of St. Luke’s (s.l., [1932]).— T. D. J. Farmer, A history of the parish of St. John’s Church, Ancaster [...] (Guelph, Ontario, 1924), 64–70.— T. R. Millman, The life of the Right Reverend, the Honourable Charles James Stewart, D.D., Oxon., second Anglican bishop of Quebec (London, Ontario, 1953).— H. D. Maclean, « An Irish apostle and archdeacon in Canada », Canadian Church Hist. Soc., Journal (Toronto), 15 (1973) 50–67.

Bibliographie générale

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Richard E. Ruggle, « MCMURRAY, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcmurray_william_12F.html.

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Auteur de l'article:   Richard E. Ruggle
Titre de l'article:   MCMURRAY, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   24 avril 2014