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MACARMICK (MacCormick, Macormick), WILLIAM, administrateur colonial, baptisé le 15 septembre 1742 à Truro, Angleterre, fils de James Macarmick, maire de Truro en 1757 et 1766, et d’une prénommée Philippa ; il épousa Catherine Buller, et ils eurent deux filles ; décédé le 20 août 1815 à West Looe, Angleterre.

William Macarmick succéda à son père comme marchand de vin à Truro et, comme lui, il y fut élu maire en 1770. Il entra dans la carrière des armes le 16 mai 1759, avec le grade de lieutenant dans le 75e d’infanterie ; le 23 mars 1764, il était capitaine dans le 45e d’infanterie ; quatre ans plus tard, toutefois, il échangea son grade contre la demi-solde. Au cours de la Révolution américaine, il leva à ses propres frais un régiment, le 93e d’infanterie, dont il fut nommé colonel le 7 février 1780. Il se lança en politique en 1784 ; s’alliant à lord Falmouth (fils d’Edward Boscawen*) et aux tories, il représenta la circonscription de Truro à la chambre des Communes jusqu’en février 1787. Il démissionna alors pour devenir lieutenant-gouverneur de l’île du Cap-Breton, en remplacement de Joseph Frederick Wallet DesBarres*. Ce poste intéressait Macarmick à cause du salaire annuel de £500 qui y était attaché et des £300 qui lui reviendraient annuellement des ventes, alors à la hausse, du charbon en provenance des mines de Sydney. Il devait sa nomination à la protection de Falmouth, qui le remplaça comme député de Truro, et à ses états de service militaire pendant la Révolution américaine.

Avant son départ pour l’île du Cap-Breton, Macarmick reçut du gouvernement britannique instructions de mettre fin à l’esprit de discorde dans la colonie. Il arriva à Sydney le 10 octobre 1787, décidé à imposer son autorité et à faire disparaître les querelles qui avaient empoisonné l’existence de DesBarres. Celui-ci avait réussi à s’aliéner quelques-uns des plus puissants fonctionnaires de Sydney, en particulier les loyalistes David Mathews* et Abraham Cornelius Cuyler. L’alliance de DesBarres avec leurs adversaires au conseil, lesquels étaient dirigés par le juge en chef Richard Gibbons*, avait causé une scission qui, par la suite, avait abouti au rappel du lieutenant-gouverneur. Macarmick tenta de réconcilier les deux groupes, mais Gibbons, essayant d’accroître son pouvoir, mit bientôt sur pied la Friendly Society, qu’il recruta parmi les miliciens volontaires et que Macarmick mit hors la loi quand il commença, de craindre que cette société pût le dominer. À la suite d’incidents ultérieurs, il démit Gibbons de ses fonctions en 1788. Ce geste ne fit qu’enhardir Cuyler, qui manifestait ouvertement sa désapprobation de la ligne de conduite adoptée par Macarmick, si bien qu’en 1789 il fut congédié à son tour du conseil. Cinq ans plus tard, Mathews forma une association ostensiblement contre-révolutionnaire ; Macarmick affirma cependant qu’elle allait « inclure tous les gens importants » et qu’il pourrait donc « être obligé de suppléer aux vacances [en nommant des personnes] de cette société », et il s’arrangea pour l’interdire, ce qui lui attira l’hostilité de Mathews. Le duc de Portland, secrétaire d’Etat à l’Intérieur, se plaignit à Macarmick que les querelles affaiblissaient la colonie et menaça de procéder à des congédiements massifs si elles ne cessaient pas. Cette réprimande ramena la paix au cours des six derniers mois du mandat de Macarmick.

Macarmick porta le plus grand intérêt aux aspects militaires de ses fonctions. Si les relations entre la Grande-Bretagne et la France s’envenimèrent pendant son séjour à l’île du Cap-Breton, et en dépit du fait qu’il reçut l’ordre de se tenir militairement sur un pied d’alerte, il ne put obtenir des armes et des munitions avant 1790. Pis, quand éclata la Révolution française en 1789, la garnison du 42e d’infanterie fut mutée à Halifax, ce qui ne laissa à Sydney qu’un officier subalterne et 20 hommes du 21e d’infanterie. Ces derniers furent eux-mêmes retirés de l’île en 1793. Macarmick décida alors de pourvoir lui-même à la situation. Craignant que les Acadiens qui vivaient à l’entour de l’île Madame n’apportassent leur appui aux Français dans une éventuelle tentative pour reprendre l’île du Cap-Breton, il renforça, en 1794, un fortin situé près de St Peters et y plaça en garnison des Jersiais et des Loyalistes. Son projet le plus ambitieux, cependant, visait à la formation d’une milice coloniale la même année. Le conseil de l’île, sous la direction de Mathews, s’opposa à cette mesure en affirmant que le fait d’avoir une milice aux ordres du lieutenant-gouverneur ferait accroître les pouvoirs de ce dernier en l’absence d’une chambre d’assemblée. Les conseillers insistèrent : on ne devait faire appel à la milice qu’en cas d’extrême urgence et avec l’agrément du conseil. Macarmick refusa ces conditions et n’organisa aucune milice.

L’obstacle le plus sérieux à la croissance de la colonie, pendant le mandat de Macarmick, fut la décision du gouvernement britannique, en 1789, d’interdire les concessions de terre dans les provinces Maritimes, de manière à recueillir des fonds en les vendant, situation qui allait durer jusqu’en 1817 à l’île du Cap-Breton. Macarmick essaya d’atténuer les effets de l’interdiction en reconnaissant les droits des squatters et en repoussant l’échéance pour enregistrer les demandes relatives aux terres jusqu’au le` juin 1792, en faveur de ceux qui vivaient éloignés de Sydney, ce à quoi le gouvernement britannique consentit. Bien qu’il lui fût expressément défendu de concéder des terres aux anciens sujets français, Macarmick permit à un groupe de réfugiés acadiens en provenance des îles Saint-Pierre et Miquelon, où ils avaient surtout travaillé aux pêcheries, de s’établir à l’île Madame et à Chéticamp au début des années 1790. Ils contribuèrent aux pêcheries et à la construction de navires dans l’île du Cap-Breton. En vue d’encourager d’autres établissements, Macarmick autorisa aussi les premiers arpentages de la région qui allait de Chéticamp à Justaucorps (Port Hood), de même que des régions de Judique et de Ship Harbour (Port Hawkesbury). Malgré tous ses efforts, l’accroissement de la population pendant son mandat fut probablement assez mince.

À l’époque où Macarmick arriva à l’île du Cap-Breton, la Grande-Bretagne ne montrait que peu d’intérêt pour les mines de charbon de Sydney. En 1790, toutefois, du fait que les côtes de la Nouvelle-Écosse avaient été dégarnies de leurs arbres, le coût du bois avait augmenté, si bien que le charbon prit une importance accrue tant pour le chauffage des casernes des garnisons que pour celui des maisons particulières. Les mines avaient été exploitées à titre privé, en vertu d’un bail consenti par le gouvernement britannique à Thomas Moxley, qui mourut en 1792 ; la même année, Macarmick céda le bail à Jonathan Tremaine* et à Richard Stout. L’inefficacité de leurs techniques d’extraction entraîna une forte baisse de la production ; Macarmick leur permit néanmoins de poursuivre leur exploitation dans l’espoir qu’ils chercheraient à augmenter les ventes.

En 1794, Macarmick cessa de recevoir son revenant-bon sur les ventes de charbon. Dès qu’il s’en aperçut, amer, il sollicita son congé immédiat. Il s’embarqua à l’île du Cap-Breton le 27 mai 1795, mais conserva jusqu’à sa mort son poste de lieutenant-gouverneur. Toujours à la demi-solde, il n’en continua pas moins d’obtenir des promotions dans l’armée :lieutenant général le 25 septembre 1803, il obtint finalement le grade de général le 4 juin 1813.

Malgré l’irritation que lui causaient l’esprit de discorde et une situation politique et militaire impossible, William Macarmick montra, durant son séjour à l’île du Cap-Breton, un bon fonds de patience et de raison. Si la colonie ne progressa pas sous son mandat, sa politique foncière libérale et son attitude tolérante envers les Acadiens contribuèrent au développement ultérieur de l’île.

Robert J. Morgan

APC, MG 11, [CO 217] Nova Scotia A, 4 : 109s., 163–165, 187 ; 5 : 84 ; 6 : 32s. ; 7 : 2s., 7–11, 123, 125s. ; 10 : 80–84, 125–133, 177–179 ; 11 : 89s. ; 12 : 52s., 73–75, 276s. ; [CO 220] Nova Scotia B, 3 : 116–119, 125s. ; 5 : 44s. ; 7 : 97s., 127–134 ; 8 : 16–19, 52–57, 84–103.— PRO, CO 217/119 : f.190 ; 217/125 : f.163.— L. [B.] Namier et John Brooke, The House of Commons, 1754–1790 (3 vol., Londres, 1964), 3 : 78.— The royal military calendar, containing the service of every general officer in the British army, from the date of their first commission [...] (3 vol., Londres, 1815-[1816]), 1 : 101. Morgan, « Orphan outpost ».

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Robert J. Morgan, « MACARMICK, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/macarmick_william_5F.html.

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Auteur de l'article:   Robert J. Morgan
Titre de l'article:   MACARMICK, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   16 avril 2014