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DODD (Dods), ARCHIBALD CHARLES, avocat, fonctionnaire, homme politique et juge, né vers 1740–1745, probablement dans le Northumberland, Angleterre ; inhumé le 7 juin 1831 à Sydney, Nouvelle-Écosse.

Au Cap-Breton, la tradition veut qu’Archibald Charles Dodd soit issu d’une famille riche et ait été élevé à Tofthouse, dans le Northumberland. On prétend aussi qu’il perdit son héritage, ce qui le poussa à devenir avocat. En 1775, Dodd épousa une femme prénommée Bridget, qu’il accusa plus tard de bigamie. En revanche, elle allégua qu’il l’avait quittée au moment où elle n’avait plus d’argent et que, après qu’elle eut refusé le divorce qu’il lui proposait, ils étaient convenus qu’il lui verserait une allocation annuelle. De 1783 à 1787, Dodd travailla comme avocat à Londres, où il défendait les intérêts des loyalistes et négociait l’achat de commissions militaires pour des clients prospères. Tandis qu’il menait une de ces négociations pour le compte du capitaine Edward Pellew, futur vicomte Exmouth, un détournement de fonds se produisit et, même si Dodd se déclara innocent par la suite, sa réputation en fut probablement ternie.

Ce fut donc pour fuir un sombre passé que Dodd arriva en 1787 à l’île du Cap-Breton, qui avait été séparée de la Nouvelle-Écosse trois ans plus tôt et était devenue une colonie distincte. Comme il n’y avait alors qu’un seul autre avocat, le juge en chef Richard Gibbons*, il fut immédiatement engagé par le lieutenant-gouverneur, Joseph Frederick Wallet DesBarres, à titre de greffier suppléant du Conseil exécutif, l’organisme qui gouvernait l’île. En 1788, le lieutenant-gouverneur William Macarmick* fit de lui son secrétaire particulier et, le 8 juillet de cette année-là, Dodd épousa la fille de Richard Gibbons, Susannah Gibbons, avec qui il eut 11 enfants.

La perspicacité de Dodd se manifesta non seulement par son mariage, mais aussi par sa capacité de s’adapter aux fluctuations des alliances politiques que connaissait la colonie. Une faction, menée par le procureur général David Mathews*, s’opposait à un autre groupe dirigé successivement par Gibbons et le révérend Ranna Cossit* ; bien que Dodd ait été reconnu comme faisant partie du second groupe sous le gouvernement de DesBarres, il resta dans l’ombre. Nommé au conseil par Macarmick en 1789, Dodd eut soin de ne pas briser l’unanimité qui y régnait depuis que prédominait le groupe du procureur général, dont il gagna ainsi l’amitié. Mathews devint administrateur de la colonie après le départ de Macarmick en 1795 et il prit Dodd comme secrétaire particulier. Le 14 juin 1797, il le nomma premier juge adjoint de la Cour suprême, qui, semble-t-il, remplaçait du même coup le juge en chef par intérim Ingram Ball*. Ce printemps-là, Dodd s’était trouvé lui-même mêlé à la controverse entre Mathews et ses adversaires. Irrité par le fait que la femme de William McKinnon* alléguait qu’il avait accusé Cossit de vol et de sacrilège, Dodd perdit son sang-froid habituel et s’en prit aux McKinnon personnellement. McKinnon le provoqua alors en duel mais, à la suite d’une intervention de Cossit, le combat n’eut pas lieu.

Le prestige de Dodd se mit à décliner en juin 1798, lorsque Mathews fut remplacé comme administrateur par James Ogilvie*, qui imputa à son prédécesseur la responsabilité des problèmes qui pesaient sur la colonie. Ogilvie prit l’affaire McKinnon comme prétexte pour obliger Dodd à démissionner du conseil le 3 juillet ; au cours de l’été, ce dernier fut remplacé au poste de juge en chef par Ball et William Smith*. Toutefois, cette éclipse fut de courte durée, car Ogilvie passa moins d’une année au Cap-Breton. Son successeur, John Murray, essaya de mettre un terme aux querelles de clan en choisissant les membres du conseil parmi les deux groupes ; Dodd fut au nombre des personnes nommées. Toutefois, quelques mois après l’arrivée de Murray, Mathews mettait déjà son autorité en doute. Militaire strict et exigeant, Murray ne souffrait pas la moindre opposition et il releva Mathews de ses fonctions de procureur général. Lorsque Dodd tenta de défendre Mathews, il fut destitué du conseil, sous prétexte qu’il s’était assuré des jurys favorables au moment où il était juge en chef.

En 1800, deux événements exercèrent une influence décisive sur le sort de Dodd : la mort de Mathews et l’arrivée de John Despard. Le premier événement atténua l’esprit de discorde qui avait marqué la carrière d’un grand nombre de fonctionnaires coloniaux, et la présence de Despard au poste d’administrateur permit à Dodd de jouer un rôle important. Comme on pouvait s’y attendre, Dodd appuya fermement Despard dans ses efforts pour obliger Murray à céder le pouvoir et, lorsque ce dernier fut enfin évincé, on le récompensa en le renommant au conseil. Dodd ne tarda pas à devenir le confident de Despard et il reçut une commission de sous-inspecteur des forêts en 1803 et, à la mort de William Woodfall en 1806, de juge en chef.

Toutefois, peu de temps après avoir obtenu ce dernier poste, Dodd se brouilla avec Despard au sujet de la légalité de la taxe sur le rhum importé que Despard avait été autorisé à prélever par une décision de la Trésorerie en 1801. La taxe suscita le désaccord de Richard Collier Bernard DesBarres Marshall Gibbons, le fils de l’ancien juge en chef ; dès 1805, Gibbons affirmait que toute taxe était illégale si elle n’était pas approuvée par le Parlement ou une chambre d’Assemblée locale. La solution qu’il proposait revenait à constituer une chambre d’Assemblée, ce que le faible peuplement de la colonie lors de sa fondation n’avait pas permis de faire. Dodd s’était d’abord opposé à son beau-frère mais, à titre de juge en chef, il se fit apparemment plus réceptif à ses arguments et, en 1806, les deux hommes, après avoir été des adversaires, devinrent des confidents. Comme Despard n’aimait pas Gibbons, il prit Dodd en aversion et, en mai 1807, il l’évinça du conseil. Il ne put cependant empêcher que Dodd soit officiellement nommé juge en chef par le gouvernement britannique ; la nomination avait été faite l’année précédente.

Nicholas Nepean, qui succéda à Despard en juillet 1807, redonna bientôt à Dodd son siège au conseil. À l’instar de Dodd, Nepean se laissa convaincre par Gibbons et supprima la taxe. Mais à mesure qu’il s’installait dans sa fonction de juge en chef, Dodd examina de plus près le caractère légal de la taxe et il conclut que la couronne avait bel et bien le droit de prélever une taxe de ce genre dans une colonie telle que le Cap-Breton, sauf si la chambre des Communes en décidait autrement. Il se montra en outre moins favorable à la création d’une Assemblée qu’auparavant, car il prévoyait une diminution de ses pouvoirs sous un gouvernement représentatif ; de plus, il se brouilla apparemment avec Gibbons. Comme Nepean et Gibbons étaient devenus des alliés, Nepean expulsa Dodd du conseil en 1812, en le rendant responsable de la méfiance qu’il avait éprouvée dans ses premiers rapports avec Gibbons. Néanmoins, la position que Dodd prit lui permit de maintenir de bonnes relations avec le successeur de Nepean, Hugli Swayne*, qui ne s’intéressait pas aux arguties constitutionnelles ; arrivé en janvier 1813, celui-ci rétablit la taxe sur le rhum et renomma Dodd au conseil.

En 1812, le passé de Dodd avait refait surface, non sans le perturber. Réapparaissant tout à coup en Angleterre, sa première femme prétendit qu’il l’avait abandonnée, et lord Exmouth accusa Dodd de l’avoir escroqué. Dodd réfuta ces accusations, soupçonnant que Nepean et Gibbons y étaient pour quelque chose, mais Swayne fut obligé de le destituer de ses fonctions de juge en chef. En juillet 1813, Dodd se rendit en Angleterre pour répondre aux accusations d’Exmouth et il y resta trois ans. Il soutint qu’il avait vécu à Londres, pendant deux ans après la disparition de l’argent d’Exmouth et que celui-ci, bien qu’informé de sa présence, n’avait déposé aucune plainte contre lui. À la vérité, soutenait Dodd, son agent ainsi qu’Exmouth avaient déclaré qu’ils croyaient en son innocence. Exmouth ne put porter l’affaire devant les tribunaux, car il était alors en service dans le bassin méditerranéen la plupart du temps. Lord Bathurst, secrétaire d’État aux Colonies, annula donc tout simplement la destitution de Dodd. La première femme de ce dernier présenta une requête en 1818, mais en vain, semble-t-il.

Dodd revint au Cap-Breton le 20 août 1816 et, peu de temps après, il eut à juger un conflit entre, d’une part, la firme Ritchie and Leaver, qui y exploitait les mines de charbon, et, d’autre part, la couronne : l’entreprise minière refusait en effet de payer des taxes sur le rhum distribué aux mineurs en alléguant l’inconstitutionnalité de la taxe. L’affaire fut soumise à Dodd en novembre. Influencé par les arguments que Gibbons présenta devant la cour, il revint à sa conclusion première, selon laquelle la taxe était illégale parce que la prérogative royale de prélever des taxes dans l’île avait été abolie en 1763. Le jury d’accusation ayant donné son accord, la taxe cessa d’être prélevée et la colonie se trouva dépourvue de fonds. Gibbons et ses partisans demandèrent la création d’une chambre d’Assemblée pour rendre la taxe légale, mais Dodd s’y opposa. Le souvenir des disputes qui avaient éclaté au conseil s’étant estompé dans son esprit, il prédit que, dans une Assemblée, des « questions non pertinentes » seraient débattues dans un climat de « passion et [de] discussion partisane ».

Le chaos qui régnait au Cap-Breton avait incité le gouvernement britannique à envisager de réannexer l’île à la Nouvelle-Écosse. Comme la famine sévissait à l’été et à l’automne de 1816, Henry Goulburn, sous-secrétaire d’État aux Colonies, conseilla à Bathurst de ne pas accorder la création d’une chambre d’Assemblée, en raison de la triste situation que connaissait la colonie. Entre-temps, à la suite de la décision de Dodd, Gibbons avait déclaré que toutes les ordonnances rendues par le conseil étaient inconstitutionnelles, puisqu’aucune Assemblée ne les avait adoptées. Bathurst soumit ce raisonnement aux légistes britanniques de la couronne qui, en avril 1818, déclarèrent que Gibbons avait raison. Face à ce dilemme, Goulburn recommanda que la colonie soit annexée de nouveau à la Nouvelle-Écosse et que deux députés du Cap-Breton soient nommés à la chambre d’Assemblée de la Nouvelle-Écosse. Au début de 1819, le lieutenant-gouverneur George Robert Ainslie* fut secrètement avisé du projet de réannexion et, dès l’été, la décision était connue de tous. Le 16 octobre 1820, en dépit des protestations, le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, sir James Kempt*, proclama à Sydney la fin de l’existence de la colonie. Dodd fut mis à la retraite avec pleine pension, ce qui montre le respect que le ministère des Colonies et les autorités de Halifax avaient pour lui. Sans emploi, il n’en continua pas moins de mener une vie active ; il mourut à la suite d’une chute de cheval. Le jour de son enterrement, tous les établissements commerciaux de Sydney fermèrent leurs portes et les navires dans le port mirent leur pavillon en berne.

Archibald Charles Dodd joua un rôle de premier plan dans l’histoire de la colonie du Cap-Breton. Au cours de sa longue carrière, il influença chaque lieutenant-gouverneur ou administrateur et sa décision quant à l’illégalité de la taxe sur le rhum mena directement à la réannexion de la colonie par la Nouvelle-Écosse. Sa famille et lui-même exercèrent sur la société du Cap-Breton une forte influence qui dura plus de 150 ans. Son fils Edmund Murray Dodd* fut le premier député du canton de Sydney ; membre du Conseil exécutif et l’un des principaux députés tories, il fut par la suite juge puîné de la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse. Murray Dodd, fils de ce dernier, devint député conservateur de Sydney, puis juge, avant de mourir en 1905.

Robert J. Morgan

Beaton Institute of Cape Breton Studies, College of Cape Breton (Sydney, N.-É.), A. C. Dodd papers ; MG 13/4.— PANS, MG 1, 262B, 263A.— PRO, CO 217/115–136 ; 220/15.— St George’s Anglican Church (Sydney), Reg. of baptisms, marriages, and burials.— C. B. Johnston, Memories (s.l., 1931).— Novascotian, or Colonial Herald, 29 : juin 1831.— R. J. Morgan, « Orphan outpost ».

Bibliographie générale

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Robert J. Morgan, « DODD, ARCHIBALD CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dodd_archibald_charles_6F.html.

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Auteur de l'article:   Robert J. Morgan
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   16 septembre 2014