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ISBISTER, JAMES, trafiquant de fourrures et fermier, né le 29 novembre 1833, probablement à Oxford House (Manitoba), troisième enfant de John Isbister et de Frances Sinclair ; le 1er janvier 1859, il épousa à « Nepowewin Station » (Nipawin, Saskatchewan) Margaret Bear, et ils eurent au moins 16 enfants, dont 9 vivaient encore en 1888 ; décédé le 16 octobre 1915 à Prince Albert, Saskatchewan.

James Isbister fut l’un des dirigeants de ceux que l’on appelait à l’époque les sang-mêlé anglais ou autochones anglais. Aujourd’hui, l’appellation « Métis » s’applique à eux tout comme aux personnes d’ascendance française et amérindienne, et Isbister est reconnu comme Métis. Son père, originaire des Orcades, travaillait pour la Hudson’s Bay Company ; sa mère était une Métisse anglaise. Isbister était instruit – il avait dû fréquenter l’école à la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba) – et parlait couramment l’anglais, le gaélique, le cri, le chipewyan et le michif, dialecte formé principalement de cri et de français. Il suivit les traces de son père et entra à la Hudson’s Bay Company comme ouvrier en août 1853. Toute sa carrière au sein de l’entreprise se déroulerait dans le district de Cumberland et le district de la Saskatchewan, surtout dans la région de Cumberland House (Saskatchewan) et des fourches des rivières Saskatchewan-du-Nord et Saskatchewan-du-Sud. Bien que le racisme systémique qui sévissait à l’intérieur de la compagnie et le rang peu élevé de son père aient limité ses chances d’avancement, il passa rapidement de la position d’ouvrier à celle d’interprète, de chef de poste et finalement, en 1868, de commis.

Isbister ne travailla pas pour la Hudson’s Bay Company de 1862 à 1864 ni en 1867–1868, et il la quitta définitivement en 1871. Pour lui, cet emploi n’était qu’un moyen de s’établir. Il put s’installer dans une ferme dans le bas de la Saskatchewan-du-Nord le 3 juin 1862. Lui-même et sa femme, Margaret Bear, Métisse anglaise, furent les premiers colons de la région, et l’emplacement fut d’abord appelé colonie d’Isbister. Quatre ans plus tard, le ministre presbytérien James Nisbet* érigea une mission non loin de là et rebaptisa l’endroit Prince Albert. Isbister aurait dû être considéré comme le fondateur de la localité, mais on a plutôt eu tendance à donner ce titre au missionnaire.

Comme beaucoup de Métis, Isbister savait s’adapter aux circonstances pour gagner sa vie. En vue d’ajouter un supplément aux recettes de sa ferme, il transporta des marchandises pour la Hudson’s Bay Company et travailla à la ferme gouvernementale de la réserve indienne John Smith (Muskoday). Lui-même et sa famille vécurent sur leur propriété, le lot riverain 62, jusqu’au début des années 1880 ; à ce moment-là, il acheta une autre terre de 160 acres à proximité, le lot 17, et vendit le lot 62. Vers la fin de la décennie, sa nouvelle ferme comportait 60 acres en culture, plus des pâturages.

Après le soulèvement de 1869–1870 à la Rivière-Rouge [V. Louis Riel*], bon nombre de Métis français et anglais de cette colonie perdirent leurs terres. Dépossédés, ils iraient s’installer en groupes aux fourches de la rivière Saskatchewan. Prince Albert devint le plus populeux des établissements métis anglais de la région ; les Métis français s’établirent plutôt à Batoche et à Saint-Laurent (Saint-Laurent-Grandin). Bientôt, l’arpentage des terres devint un problème crucial, non seulement pour les Métis, mais aussi pour les colons blancs. Tant que des levés n’étaient pas faits, aucun titre de propriété n’était certain. Or, le gouvernement fédéral tardait à agir ou ne prenait que des mesures inefficaces, si bien que, au début des années 1880, la grande question, dans les Territoires du Nord-Ouest, était la propriété foncière.

La lutte pour des titres de propriété sûrs transcenda temporairement les différences ethniques et réunit à peu près tous les résidents blancs et métis des territoires. À l’époque, on considérait les Métis anglais et français comme deux groupes ethniques distincts ; ils étaient souvent en conflit l’un avec l’autre, en grande partie à cause de différences religieuses encouragées par bien des religieux blancs. Membre de l’Église d’Angleterre et chef laïque toute sa vie, Isbister oublia les préventions qu’il pouvait avoir et se mit à œuvrer pour le bien commun. Il assuma un rôle prépondérant à la Settlers’ Union, fondée à Prince Albert le 16 octobre 1883 pour réclamer le redressement des griefs sur les terres. L’union représentait la majorité blanche de même que les deux communautés métisses. Au début, elle put compter sur l’appui du Prince Albert Times and Saskatchewan Review, organe de la population blanche. Elle commença à organiser des comités locaux et à rédiger une pétition.

Dès le printemps de 1884, les Métis des deux communautés étaient d’accord avec Gabriel Dumont*, qui affirmait la nécessité de faire des pressions plus fortes qu’aucun membre de l’union ne pouvait en exercer. L’homme auquel ils voulaient recourir était Louis Riel ; ils envoyèrent une délégation au Montana pour obtenir son aide. Seul anglophone parmi les membres, Isbister collabora étroitement avec Riel après son retour au Canada en vue de réaliser les objectifs de l’union par l’« agitation constitutionnelle », comme il le dirait plus tard. Cependant, Riel inspirait une méfiance et une peur telles que la plus grande partie de la communauté blanche abandonna bientôt le mouvement.

Finalement, en mars 1885, l’incurie du gouvernement engendra de la violence [V. Lief Newry Fitzroy Crozier*]. Isbister et la plupart des Métis anglais refusèrent alors de suivre la nouvelle voie empruntée par Riel. Isbister fut quand même emprisonné durant cinq semaines à Prince Albert. Relâché en mai, une fois la résistance matée, il défendit publiquement ses actions antérieures et critiqua les nombreuses violations des droits civils qui venaient d’avoir lieu. Le Prince Albert Times déclara qu’il était un « lâche » et un « menteur ».

Après 1885, James Isbister ne se manifesta plus, sinon par ses activités paroissiales. Pendant un bref moment, dans les années 1880, il avait pourtant été le principal leader des Métis anglais et l’un des artisans de leur coopération avec les Métis français. Ainsi, peut-être avait-il contribué à semer les graines de la nation métisse unifiée d’aujourd’hui.

David Smyth

AN, RG 15, 921, claim 323 ; 1328, particulièrement 22 juill. 1885.— GA, M7144, file 670000.— PAM, MG 3, D1 ; D2 ; HBCA, B.239/k/3 ; James et John Isbister search files.— Saskatchewan Arch. Board (Saskatoon), Homestead files, 61409, 73871, 503265.— Daily Sun (Winnipeg), 19 juin 1885.— Prince Albert Times and Saskatchewan Review (Prince Albert, [Saskatchewan]), 1882–1885.— J. S. H. Brown, Strangers in blood : fur trade company families in Indian country (Vancouver et Londres, 1980).— Canada, dép. de l’Intérieur, Annual report (Ottawa), 1878–1879, rapports du surintendant général adjoint des Affaires indiennes, que l’on retrouve ensuite sous dép. des Affaires indiennes, Annual report, 1880–1885 ; Commission royale d’enquête sur les pertes subies dans les Territoires du Nord-Ouest pendant le dernier soulèvement, Report to the honourable the minister of the interior ([Ottawa, 1887]).— Robert Choquette, The Oblate assault on Canada’s northwest (Ottawa, 1995).— P. R. Mailhot et D. N. Sprague, « Persistent settlers : the dispersal and resettlement of the Red River Métis, 1870–1885 », Canadian Ethnic Studies (Calgary), 17 (1985), no 2 : 1–30.— Frits Pannekoek, A snug little flock : the social origins of the Riel resistance of 1869–70 (Winnipeg, 1991).— D. P. Payment, « les Gens libres – Otipemisiwak » : Batoche, Saskatchewan, 1870–1930 (Environnement Canada, Direction des parcs et lieux hist. nationaux, Études en archéologie, architecture et histoire, Ottawa, 1990).— Louis Riel, les Écrits complets de Louis Riel, G. F. G. Stanley, édit. (5 vol., Edmonton, 1985), 3.— Owen et Margaret Sanderson, Some places where the creaking carts ended (Prince Albert, [1980]).— D. N. Sprague, Canada and the Métis, 1869–1885 (Waterloo, Ontario, 1988).— G. F. G. Stanley, The birth of western Canada : a history of the Riel rebellions ([2e éd.], Toronto, 1960).— The voice of the people : reminiscences of the Prince Albert settlement’s early citizens, 1866–1896, Manon Lamontagne et al., édit. (Prince Albert, 1985).

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David Smyth, « ISBISTER, JAMES », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/isbister_james_14F.html.

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Auteur de l'article:   David Smyth
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   24 novembre 2014