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GRAHAM, WILLIAM MORRIS, fonctionnaire, né le 11 janvier 1867 dans la vallée de l’Outaouais, Haut-Canada, fils de James Fleming Graham et de Mary Wright Morris ; le 10 décembre 1890, il épousa à Birtle, Manitoba, Annie Helena Violette Wood, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédé le 28 mars 1940 à Regina.

William Morris Graham était l’un des neuf enfants de James Fleming Graham, entrepreneur forestier, et de sa femme. Son père prit part à l’expédition du colonel Garnet Joseph Wolseley* à la Rivière-Rouge (Manitoba), en 1870, et il y retourna pour s’y établir avec sa famille en 1873. Il travailla d’abord pour les Services d’arpentage des terres fédérales, puis pour la direction des Affaires indiennes du gouvernement fédéral à partir de 1875.

Dans sa jeunesse, Graham visita souvent des réserves en compagnie de son père et, lorsqu’il termina ses études au Manitoba College de Winnipeg en 1885, il choisit de poursuivre lui aussi une carrière au département des Affaires indiennes, fondé en 1880. Il fut d’abord nommé à un poste de commis à l’agence de Birtle ; puis, en janvier 1887, il partit pour les Territoires du Nord-Ouest afin d’occuper un poste semblable à l’agence du mont Moose (Saskatchewan). Il y resta jusqu’en mars 1895, année où il fut affecté au bureau du commissaire des Affaires indiennes Amédée-Emmanuel Forget*, à Regina. Pendant l’automne de 1896, Graham fut envoyé en tant qu’agent intérimaire des Affaires indiennes aux monts File ; il s’acquitta si bien de sa tâche que sa nomination devint permanente le 13 juillet 1897. Lorsque les agences de Muscowpetung et des monts File fusionnèrent pour devenir l’agence de Qu’Appelle, en février 1901, il en prit la direction.

La réalisation la plus notable de Graham dans l’exercice de ses nouvelles fonctions fut la création de la colonie des monts File. En 1898, il effectua vers la réserve Peepeekeesis le premier d’une série de déplacements d’autochtones qui ne faisaient pas partie de la bande vivant sur ce territoire. Il choisit des diplômés des écoles industrielles de la région et les plaça dans la colonie dans le but de prévenir la « régression » observée chez d’anciens étudiants retournés vivre dans les réserves. Sous la surveillance étroite de Graham, les colons montrèrent bientôt qu’ils pouvaient devenir des agriculteurs chrétiens autosuffisants et la nouvelle colonie prospéra. Les journalistes et les dignitaires qui la visitèrent furent impressionnés par ses églises, ses petites maisons et ses jardins bien entretenus. Cet endroit servit de modèle pour la politique sur les Amérindiens, tout en détournant l’attention de ses échecs. La pauvreté sévissait et l’agriculture était au point mort dans d’autres réserves de la région, mais c’est la réussite de Graham qui attira l’attention. En février 1904, il fut nommé inspecteur d’agence des Affaires indiennes pour le South Saskatchewan Inspectorate. Graham admettait volontiers que la colonie des monts File était une exception et attribuait son succès à sa supervision attentive. Tout, cependant, n’allait pas aussi bien qu’il n’y paraissait. Dans son Report on the Indian Schools of Manitoba and the North-West Territories, publié à Ottawa en 1907, Peter Henderson Bryce, médecin en chef du ministère des Affaires indiennes, décrivit un nombre horrifiant de morts causées par la tuberculose dans les écoles amérindiennes, dont celle des monts File, et les mauvaises conditions de vie qui favorisaient la propagation de la maladie. Le rapport suscita l’indignation ; bien peu d’efforts furent cependant déployés pour remédier au problème, aux monts File ou ailleurs.

Convaincu du manque d’initiative et de sens de l’organisation des autochtones, Graham ne voyait pas l’intérêt de promouvoir l’agriculture dans d’autres réserves où il ne pouvait être présent en permanence. Selon lui, il valait mieux, dans de telles réserves, que de vastes étendues de terre inculte soient vendues pour accueillir les colons européens venus s’installer dans l’Ouest. En soudoyant et en intimidant, il obtint d’un certain nombre de bandes du sud de la Saskatchewan d’importantes cessions de terres entre 1906 et 1909. Son style sévère et autoritaire suscita un profond ressentiment. Les Cris l’appelaient Kes-Ke-Kat, qui signifie « l’homme à la jambe coupée », allusion au membre qu’il avait perdu dans son enfance à la suite d’un accident.

Graham ne fut jamais satisfait de son rôle d’inspecteur ; il n’aspirait à rien de moins qu’au poste le plus élevé au ministère, soit celui de surintendant général adjoint. Lorsque le surintendant en exercice, Francis Pedley, fut démis de ses fonctions en octobre 1913, Graham, dont la femme était une parente d’Arthur Meighen*, espérait que sa réputation et ses relations au sein du Parti conservateur au pouvoir suffiraient à lui assurer la nomination. Au lieu de cela, le poste fut offert à Duncan Campbell Scott*, bureaucrate en service depuis longtemps. L’inspecteur offensé trouverait vite d’autres moyens de se distinguer. Au début de 1918, quand Meighen était ministre de l’Intérieur et surintendant général des Affaires indiennes dans le gouvernement d’union de sir Robert Laird Borden, Graham déclara que si les terres « inexploitées » des réserves étaient utilisées de manière efficace, il en résulterait une production accrue de nourriture, ce qui était encouragé partout dans le dominion en ces temps de guerre. Meighen fut enthousiaste et, le 16 février, il nomma Graham commissaire au mouvement de surproduction. Ce dernier s’installa à Regina et reçut 362 000 $ en crédits de guerre du gouvernement fédéral et des pouvoirs considérables pour gérer le projet. La réalisation du plan nécessitait la mise en œuvre de plusieurs mesures : il fallait obliger des autochtones à travailler dans des fermes consacrées à la production accrue, augmenter le rendement des fermes autochtones et louer 313 398 acres de terre de réserves à des non-autochtones. Ceux qui subirent les contrecoups du projet firent bientôt entendre une litanie de plaintes ; ils soulevèrent, entre autres choses, la mauvaise gestion, les pertes de récoltes et d’animaux, la réquisition de leur équipement agricole, les travaux forcés et les dommages causés à leurs terres par les locataires. En dépit de ses faiblesses, le programme se poursuivit jusqu’à ce que Scott obtienne qu’il soit démantelé, en 1922, après le départ de Meighen.

Le poste de commissaire aux Affaires indiennes pour les Prairies, aboli en 1909, avait été rétabli et Graham y fut nommé en juillet 1920. Ses rapports avec Scott, son supérieur, étaient souvent tendus. Enclin aux sautes d’humeur, facilement vexé et convaincu d’être le seul à savoir comment résoudre le « problème indien », Graham voulait de l’autonomie pour mener ses opérations. Scott trouvait qu’il était un employé difficile. Ils tenaient également des positions différentes à l’égard de la politique ministérielle. Graham, par exemple, critiquait souvent les écoles dirigées par le ministère en collaboration avec des Églises chrétiennes. Il dénonçait la piètre qualité de l’enseignement, le manque d’intérêt accordé aux études universitaires et les violences corporelles et sexuelles dont les élèves étaient victimes. À sa grande déception, Scott rechignait à donner suite à ses plaintes, de peur de s’attirer les foudres d’Églises politiquement influentes.

Les fêtes amérindiennes traditionnelles constituaient un autre sujet de dispute. Graham craignait que des cérémonies comme la danse du soleil minent ses efforts pour assimiler les Amérindiens et voulait le pouvoir de les supprimer. Scott recherchait un équilibre entre la coercition et la persuasion. Cette approche était inacceptable pour le commissaire aux Affaires indiennes, qui jugeait que l’agriculture et la danse étaient incompatibles.

Graham croyait qu’il obtiendrait l’autorité à laquelle il aspirait, ainsi qu’une rémunération plus élevée, s’il succédait à Scott au poste de surintendant général adjoint après le départ à la retraite de ce dernier, prévu pour 1932. Les conservateurs étaient de retour au pouvoir et Arthur Meighen devint leader du gouvernement au Sénat en février de cette année ; ses liens familiaux semblaient donc une fois de plus pouvoir jouer en sa faveur. Les chances de Graham furent toutefois compromises lorsque son nom fut cité au Parlement, en 1931, relativement à un accord qui conférait à l’Antapa Shooting Club, dont il était membre, des droits de chasse dans la réserve Pasqua, près de Regina. À la Chambre des communes, James Shaver Woodsworth* accusa le commissaire d’avoir utilisé des moyens malhonnêtes pour obtenir des privilèges dont il profiterait personnellement. Cette affaire fut une grande source d’embarras pour le premier ministre Richard Bedford Bennett*. Ne se laissant pas décourager par ces événements, Meighen tenta d’user de son influence pour que son parent soit promu au poste de Scott, mais ses efforts furent vains. En outre, la charge de commissaire aux Affaires indiennes fut abolie le 31 mars 1932, probablement à l’instigation de Scott, et Graham fut forcé de prendre sa retraite à cette date.

Amer et désillusionné, Graham mena une vie tranquille à Regina durant ses dernières années. Sa femme mourut le 15 décembre 1939. Sans elle, il perdit apparemment tout désir de vivre. Il succomba à un accident vasculaire cérébral le 28 mars 1940.

William Morris Graham fut un fonctionnaire éminent au ministère des Affaires indiennes au cours des premières décennies du xxe siècle. Son travail consista à assimiler les autochtones conformément aux politiques fédérales et il fut salué pour ses initiatives, y compris pour la colonie des monts File et la campagne de surproduction agricole. Cependant, les Amérindiens qui subirent les conséquences de ses plans se souviennent de lui pour son attitude autoritaire et son ingérence dans leur vie et leur territoire.

E. Brian Titley

William Morris Graham est l’auteur de Treaty days : reflections of an Indian commissioner, introd. par James Dempsey (Calgary, 1991).

BAC, R216-0-0 ; R11336-0-7 ; R14423-0-6.— GA, M 8097.— Manitoba, Ministère du Tourisme, de la Culture, du Patrimoine, du Sport et de la Protection du consommateur, Bureau de l’état civil (Winnipeg), no 1890-06-001218.— SAB (Regina), SHS 21 (Saskatchewan Hist. Soc. files, corr. and biog. sketch on A. E. Forget).— Leader-Post (Regina), 18 déc. 1939.— Eleanor Brass, « The File Hills ex-pupil colony », Saskatchewan Hist. (Saskatoon), 6 (hiver 1953) : 66–69.— Canada, Chambre des communes, Débats ; Parl., Doc. de la session, 1920 (rapport du dép. des Affaires indiennes, 1919).— Sarah Carter, « Demonstrating success : the File Hills farm colony », Prairie Forum (Saskatoon), 16 (automne 1991) : 157–183 ; Lost harvests : prairie Indian reserve farmers and government policy (Montréal et Kingston, Ontario, 1990).— Bruce Dawson, « “Better than a few squirrels” : the greater production campaign on the First Nations reserves of the Canadian prairies », dans Plain speaking : essays on aboriginal peoples and the prairie, P. C. Douaud et B. W. Dawson, édit. (Regina, 2002), 11–21.— John English, Arthur Meighen (Don Mills [Toronto], 1977).— J. S. Milloy, « A national crime » : the Canadian government and the residential school system, 1879 to 1986 (Winnipeg, 1999).— Katherine Pettipas, Severing the ties that bind : government repression of indigenous religious ceremonies on the prairies (Winnipeg, 1994).— Norma Sluman et Jean Goodwill, John Tootoosis : biography of a Cree leader (Ottawa, 1982).— D. B. Smith, Long Lance : the true story of an impostor (Toronto, 1982) ; réimpr. sous le titre Chief Buffalo Child Long Lance : the glorious imposter (éd. rév., Red Deer, Alberta, 1999).— E. B. Titley, A narrow vision : Duncan Campbell Scott and the administration of Indian Affairs in Canada (Vancouver, 1986).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

E. Brian Titley, « GRAHAM, WILLIAM MORRIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/graham_william_morris_16F.html.

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Auteur de l'article:   E. Brian Titley
Titre de l'article:   GRAHAM, WILLIAM MORRIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2015
Année de la révision:   2015
Date de consultation:   22 août 2017