DCB/DBC Mobile beta
+

AHCHUCHWAHAUHHATOHAPIT (Ahchacoosacootacoopits, Star Blanket), chef des Cris des Plaines, né vers 1845 dans la basse vallée de la Qu’Appelle (Saskatchewan et Manitoba), fils de Wapiimoosetoosus ; décédé en 1917 dans la réserve indienne Star Blanket, Saskatchewan.

On confond parfois Ahchuchwahauhhatohapit avec Ahtahkakoop (Atakakup), qui vécut à la réserve Sandy Lake, près de la rivière Shell (ruisseau Shell, Saskatchewan), et porta lui aussi le nom de Star Blanket. Le Star Blanket dont il s’agit ici était le fils de l’un des chefs des Cris des Plaines qui signèrent le traité no 4 au fort Qu’Appelle (Fort Qu’Appelle, Saskatchewan) en 1874 [V. Paskwãw*]. Peu après, ce chef mourut et Star Blanket lui succéda à la tête de la petite bande.

En règle générale, Star Blanket adopta une attitude semblable à celle de Payipwat* face au gouvernement canadien. À l’instar de Payipwat, il soutenait que ce qui avait eu lieu au fort Qu’Appelle en 1874 était une négociation préliminaire en vue d’un traité à conclure en 1875. Comme d’autres dirigeants cris et sauteux, il voulait de meilleures conditions en ce qui avait trait aux rentes annuelles, aux munitions, aux fournitures et à l’enseignement des techniques nouvelles. Après l’échec de cette requête, il se rendit dans les monts Cypress (Alberta et Saskatchewan) afin d’être aux côtés de Payipwat et des autres Amérindiens qui revendiquaient une révision des traités et la création d’un vaste territoire indien à cet endroit. En 1879, à cause de la disparition du bison, il demanda et reçut une réserve dans les monts File, dans la basse vallée de la Qu’Appelle.

Star Blanket n’en continua pas moins de réclamer des améliorations aux traités. Il fit partie d’une délégation de leaders visés par le traité no 4 qui rencontrèrent en 1881 le gouverneur général, lord Lorne [Campbell], pour discuter des lacunes des documents existants. Au printemps de 1884, il se rendit dans la réserve de Paskwãw afin d’appuyer la campagne de Payipwat en faveur de conditions plus généreuses. Cette campagne fut réprimée sur l’ordre du gouvernement du Canada par les troupes envoyées dans l’Ouest pour écraser la rébellion métisse en 1885 [V. Louis Riel*]. Star Blanket fut arrêté et détenu comme rebelle, car tous les Amérindiens qui avaient quitté leur réserve pendant le soulèvement étaient considérés comme tels, mais rien n’indique qu’il fut traduit en justice. À son retour de Regina, il constata que le gouvernement avait résolu de resserrer son emprise sur les Amérindiens de l’Ouest. Les monts File devinrent une nouvelle agence des Affaires indiennes et un agent y fut affecté.

Cet agent, Peter Job Williams, tenta d’empêcher la tenue de la danse du Soleil dans toutes les réserves relevant de sa compétence. Il chercha aussi à miner l’autorité des chefs traditionnels en essayant de fusionner en une seule les quatre bandes des monts File et en plaçant les enfants de l’agence dans des pensionnats. Star Blanket entra en conflit avec Williams et s’opposa à ses tentatives, contraires selon lui aux promesses faites par le gouvernement au cours de la négociation des traités de 1874 et 1875. Il réclama que des écoles soient bâties dans les réserves et refusa qu’un seul enfant aille s’instruire à l’extérieur. Même quand le gouvernement suspendit toute assistance à sa bande dans l’espoir de l’intimider, en 1890, Star Blanket tint bon. À cause de son attachement aux traditions et de son apparente sympathie pour le mouvement messianique où l’on pratiquait la danse des Esprits [V. Ta-tanka I-yotank*], des fonctionnaires du département des Affaires indiennes invoquèrent en 1891 son « intransigeance » et le fait qu’il était un « mécontent » pour relancer l’idée de fusionner les bandes des monts File et de les placer sous un seul chef. Convaincu que le gouvernement n’avait pas le pouvoir nécessaire, Star Blanket encouragea les autres chefs des monts File à ne pas craindre qu’Ottawa mette cette proposition en œuvre. Ils la rejetèrent tous, et elle fut abandonnée pour quelque temps.

Toutefois, le gouvernement essaya encore de convaincre Star Blanket d’envoyer les enfants au pensionnat et de cesser d’organiser des danses de la Soif ou d’y assister. Menacé d’arrestation et de destitution, il refusa d’obtempérer et nia que le département ait été habilité à mettre ses menaces à exécution. Il fut destitué en 1893, mais la bande continua de le considérer comme son chef et fit savoir qu’elle ne coopérerait pas avec le département tant qu’il ne serait pas réinstallé dans ses fonctions. En 1895, Star Blanket put reprendre son titre parce qu’il accepta que l’un de ses enfants aille à la Regina Industrial School. Il arracha la promesse que le garçon n’aurait pas les cheveux coupés et ne serait pas obligé de faire partie de corps de musique ni de s’enrôler dans l’armée. Cependant, dès 1898, l’agent William Morris Graham menaçait Star Blanket de destitution s’il ne plaçait pas ses enfants à l’école.

Star Blanket eut d’autres démêlés avec Ottawa en 1898 à cause de sa détermination à respecter les traditions cries. En vertu du droit canadien, il était bigame, car il avait pris une deuxième femme sans être veuf. En apprenant qu’il devait répudier sa deuxième épouse, il renonça plutôt à la première. Le département, qui ne reconnaissait pas la coutume crie en matière de divorce, rejeta cette solution et continua d’exiger qu’il abandonne sa deuxième femme et garde la première.

Star Blanket perdit cette bataille, mais, de 1902 à 1906, il dirigea avec succès la résistance aux nouveaux efforts du gouvernement en vue de fusionner les quatre bandes des monts File. Graham voulait alors ramener ces bandes à deux pour transférer deux réserves à la nouvelle colonie des monts File. Cette colonie devait servir à créer une réserve indienne modèle, peuplée par les meilleurs diplômés des écoles professionnelles et pensionnats des Prairies. Établie en 1901, elle n’eut jamais les dimensions prévues à l’origine, car Star Blanket était encore assez respecté pour empêcher la fusion des bandes et le transfert des deux réserves.

De 1905 à 1912, Star Blanket appartint au premier mouvement de défense des droits reconnus par traité qui exista en Saskatchewan. Jusqu’alors, les chefs autochtones avaient tenté de préserver leur culture en dénonçant les lacunes des traités. Maintenant, ils affirmaient plutôt que le but des traités avait été de protéger leur mode de vie traditionnel et que la politique assimilatrice d’Ottawa violait les promesses qui étaient au cœur de ces documents. Star Blanket protesta contre diverses pratiques gouvernementales : destitution de leaders indiens, prohibition des pratiques religieuses et cérémonies traditionnelles, promotion des pensionnats. En 1912, dans une lettre au gouverneur général, le duc de Connaught, il exprima son déplaisir de ne pas avoir d’école dans sa réserve, contrairement à ce que, selon lui, les traités garantissaient ; il parla des dangers courus par les enfants à cause des maladies qui sévissaient dans les pensionnats. Lorsqu’on lui demanda ce que le vieil homme disait dans sa lettre, Graham répondit avec mépris qu’elle contenait les récriminations d’« un éternel geignard ». Cinq ans plus tard, en 1917, Star Blanket mourut.

John L. Tobias

Affaires indiennes et du Nord Canada, Centre de référence du programme (Ottawa), Central registry files, dossier 675/30-1.— AN, RG 10, 1397–1400 ; 3584, dossier 1130-3B ; 3589, dossier 82250–7 ; 3597, dossier 1350 ; 3625, dossier 5489 ; 3686, dossier 13168 ; 3687, dossier 13642 ; 3730, dossier 26219 ; 3745, dossier 29506–4 ; 3752, dossier 30421 ; 3875, dossier 90299 ; 3940, dossier 121698–13 ; 4048, dossier 422752 ; 4053, dossiers 379203-1–2 ; 7768, dossier 27111-2.— Bob Beal et R. [C.] Macleod, Prairie fire : the 1885 North-West rebellion (Edmonton, 1984).— S. [A.] Carter, « Demonstrating success : the File Hills farm colony », Prairie Forum (Regina), 16 (1991) : 157–183 ; Lost harvests : prairie Indian reserve farmers and government policy (Montréal et Kingston, Ontario, 1990).— Isaac Cowie, The company of adventurers : a narrative of seven years in the service of the Hudson’s Bay Company during 1867–1874 [...] (Toronto, 1913).— Alexander Morris, The treaties of Canada with the Indians of Manitoba and the North-West Territories [...] (Toronto, 1880 ; réimpr., 1971).— J. L. Tobias, « Canada’s subjugation of the Plains Cree, 1879–1885 », CHR, 64 (1983) : 519–548 ; « Indian reserves in western Canada: Indian homelands or devices for assimiliation », dans Approaches to native history in Canada : papers of a conference held at the National Museum of Man, October, 1975, D. A. Muise, édit. (Ottawa, 1977), 89–103 ; « The origins of the Treaty Rights movement in Saskatchewan », dans 1885 and after : native society in transition, F. L Batron et J. B. Waldram, édit. (Regina, 1986), 241–252 ; et « Protection, civilization, assimilation an outline history of Canada’s Indian policy », Western Canadian Journal of Anthropology (Edmonton), 6 (1976), no 2 : 13–30.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

John L. Tobias, « AHCHUCHWAHAUHHATOHAPIT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ahchuchwahauhhatohapit_14F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/ahchuchwahauhhatohapit_14F.html
Auteur de l'article:   John L. Tobias
Titre de l'article:   AHCHUCHWAHAUHHATOHAPIT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   25 juillet 2014