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GABOURY, MARIE-ANNE (Lagemodière), première Blanche à s’établir dans l’Ouest, grand-mère de Louis Riel*, née le 2 août 1780 à Maskinongé, dans le diocèse de Trois-Rivières, cinquième enfant de Charles Gaboury (Gabourie) et de Marie-Anne Tessier (Thésié), décédée le 14 décembre 1874 à Saint-Boniface, Man.

Après la mort de son père, le 7 décembre 1792, Marie-Anne Gaboury devint domestique chez le curé de Maskinongé, où elle aidait la ménagère. Elle y demeura jusqu’au 21 avril 1806, alors qu’elle épousa Jean-Baptiste Lagemodière (parfois orthographié Lagimonière, Lajimodière et Lagimodière), originaire de Maskinongé et trafiquant de fourrures dans les territoires de la Hudson’s Bay Company.

Aussitôt après son mariage, la jeune femme se rendit en canot avec son mari de Montréal au fort Gibraltar, au confluent de la rivière Rouge et de la rivière Assiniboine, dans la ville actuelle de Winnipeg. Longue et pénible pour une jeune femme, cette expédition ne prit fin qu’à l’automne lorsqu’elle arriva dans un campement de Métis sur les bords de la rivière Pembina. C’est au fort Daer (Pembina, Dakota du Nord), qu’elle donna naissance à son premier enfant le 6 janvier 1807. Parce que, ce même jour, on célébrait la fête religieuse de l’Épiphanie, la petite fille fut appelée Reine, en l’honneur des rois mages.

Le printemps suivant, les Lagemodière quittèrent le fort Daer pour la vallée de la Saskatchewan. À Cumberland House, Marie-Anne et sa fille furent accueillies comme les premières femmes blanches à pénétrer aussi loin à l’intérieur des territoires de la compagnie. À la fin d’août, la famille se retrouva finalement dans la région de la Saskatchewan-Nord et y demeura de 1807 à 1811. En 1810, Alexander Henry fils, fit la connaissance de Lagemodière et de sa famille au ruisseau Paint (rivière Vermilion). À cette époque, Marie-Anne fit l’expérience des épreuves et des privations qui étaient le lot des pionnières, en accompagnant son mari dans les nombreuses expéditions de chasse qui constituaient, dans l’Ouest, le mode de vie du coureur de bois indépendant. Elle eut durant ces années-là plusieurs autres enfants.

Quand la nouvelle se répandit qu’une colonie de peuplement sous la direction de lord Selkirk [Douglas*] allait s’établir en permanence le long de la rivière Rouge et de la rivière Assiniboine, les Lagemodière retournèrent à la rivière Rouge. Ils y parvinrent vers la fin d’août 1811 mais, la colonie n’étant pas encore établie, ils continuèrent jusqu’au fort Daer. Ils revinrent le printemps suivant à la colonie nouvellement fondée de la Rivière-Rouge. Voyant dans son établissement un complot de la Hudson’s Bay Company en vue de paralyser son commerce, la North West Company décida la destruction de la colonie. Sans y prendre part, Marie-Anne et son mari furent témoins de ce conflit entre les Nor’Westers et les colons de Selkirk. Cependant, en octobre 1815, Colin Robertson*, représentant de la Hudson’s Bay Company dans cette région, impatient de communiquer avec lord Selkirk, engagea Jean-Baptiste Lagemodière pour porter des dépêches à Montréal. Le Canadien fit le voyage à pied et seul, durant l’hiver de 1815–1816. Il remplit avec succès sa mission qui lui fit parcourir plus de 1 800 milles. Pendant son voyage de retour, il fut cependant fait prisonnier par des Indiens mandatés par la North West Company. On l’enferma au fort William et il ne fut délivré qu’en août 1816, lors de la prise du fort par lord Selkirk.

Pendant ce temps, Marie-Anne avait été forcée de se réfugier chez les Indiens. Elle retrouva son mari grâce à l’arrivée de Selkirk, en septembre 1816. Lagemodière reçut, en récompense des services rendus, la concession d’une terre située entre la rive est de la rivière Rouge et la Seine, à proximité de la ville actuelle de Winnipeg. Il y bâtit une maison en bois où Marie-Anne et lui vécurent plusieurs années entourés de leur famille grandissante. Ils eurent cinq autres enfants, dont Julie, en 1822, qui devait être la mère de Louis Riel.

Marie-Anne vécut jusqu’à l’âge de 95 ans tandis que son mari était mort le 7 septembre 1855. Elle fut souvent privée des agréments et des nécessités de la vie, mais elle demeure un exemple de générosité et de don de soi. Elle vécut assez longtemps pour être témoin des progrès, en nombre et en puissance, de la colonie de l’Ouest, dont elle avait été la pionnière, et pour voir son petit-fils devenir le père de la province du Manitoba.

George F. G. Stanley

AJTR, Registre d’état civil.— Archives de l’archevêché de Saint-Boniface (Man.).— Archives de la Société historique de Saint-Boniface (Man.).— HBRS, II (Rich et Fleming) : 229.— L’Écho de Louiseville, 4 févr. 1970.— Morice, Dict. hist. Can. et Métis, 116s.— J. M. Gray, Lord Selkirk of Red River (Toronto, 1963), 124–126, 136, 170, 273, 284.— Georges Dugas, La première Canadienne du Nord-Ouest ou biographie de Marie-Anne Gaboury, arrivée au Nord-Ouest en 1806, et décédée à Saint-Boniface à l’âge de 96 ans (Montréal, [1883]).

Bibliographie générale

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George F. G. Stanley, « GABOURY, MARIE-ANNE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gaboury_marie_anne_10F.html.

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Auteur de l'article:   George F. G. Stanley
Titre de l'article:   GABOURY, MARIE-ANNE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   18 septembre 2014