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DOUGLAS, JAMES MOFFAT (baptisé James), ministre presbytérien, fonctionnaire, fermier et homme politique, né probablement le 26 mai 1839 à Linton Bankhead (Linton, Écosse), fils de John Douglas et d’Euphemia Moffat ; le 6 août 1861, il épousa Jane Smith, du canton de Darlington, Haut-Canada, et ils eurent quatre fils et trois filles ; décédé le 19 août 1920 à Tantallon, Saskatchewan.

Fils d’un ouvrier agricole de Roxburgh, James Moffat Douglas immigra dans le Haut-Canada avec sa famille en 1851 et s’établit près de Cambray, dans le comté de Victoria. Par la suite, il étudia au Knox College de Toronto et au Princeton Theological Seminary. Après avoir été ordonné en 1867 ministre de l’Église presbytérienne du Canada, il prêcha à Uxbridge et à Cobourg, en Ontario. Il fut également inspecteur des écoles publiques dans le canton d’Uxbridge et président du conseil de l’école secondaire de Cobourg. Pendant la même période, il appartint au conseil provincial de l’Instruction publique et fut président de la Dominion Evangelical Alliance.

En 1876, après avoir reçu une courte formation médicale au Trinity College, Douglas partit pour Indore, dans le centre de l’Inde, à titre de missionnaire de l’Église presbytérienne au Canada. Il fut également aumônier des troupes stationnées dans une localité voisine, Mhow. De retour au Canada en 1882, il exerça son ministère pendant une courte période à Morris, au Manitoba, puis fut affecté à Brandon, où il resta cinq ans. En 1887, il quitta ce poste pour exploiter un domaine adjacent aux fermes de deux de ses fils à Tantallon, dans les Territoires du Nord-Ouest. Deux ans plus tard, il retourna au sein de l’Église presbytérienne et devint ministre à Moosomin. Il exerça ses fonctions sacerdotales tout en pratiquant l’agriculture, et il occupa un poste à la direction du consistoire de Regina avant de quitter le ministère en 1893 pour se consacrer entièrement à l’agriculture et à l’élevage.

En outre, une fois libéré de l’obligation de neutralité rattachée au sacerdoce, Douglas se lança en politique. Apparemment, il fut choisi comme candidat des Patrons of Industry dès 1894 en prévision des élections fédérales subséquentes. Mouvement politique agrarien d’origine américaine apparu en Ontario à la fin des années 1880 [V. George Weston Wrigley*], les Patrons avaient plus de 300 chapitres dans les Prairies dès 1895. Leur programme, éliminer les barrières tarifaires et promouvoir la concurrence entre les sociétés ferroviaires, recevait un bon accueil dans l’Ouest, car les fermiers subissaient une baisse des prix des céréales et se sentaient victimes à la fois de la politique de hauts tarifs du gouvernement fédéral et de la domination de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique. En 1895, à Saltcoats, dans l’un de ses premiers discours dont on possède un compte rendu, Douglas se définit comme « absolument non partisan » et ajouta : « nous ne voyons pas que les grits ou les tories ont fait quoi que ce soit pour nous dans le Nord-Ouest ». Malgré son scepticisme avoué envers les partis traditionnels, il rechercha et obtint l’appui du Parti libéral, qui s’était approprié plusieurs des positions libre-échangistes exposées dans le programme des Patrons of Industry. Pour Douglas, cette alliance se révéla fructueuse. Aux élections générales de juin 1896, en se présentant comme candidat des Patrons of Industry et du Parti libéral, il remporta la victoire dans la circonscription d’Assiniboia-Est avec plus de 1 000 voix.

À la Chambre des communes, Douglas s’avéra un bon porte-parole de ses électeurs agricoles, et surtout de la nouvelle classe de colons relativement prospères installés le long du trajet principal du chemin de fer canadien du Pacifique. En vue de s’occuper des dossiers qu’il avait défendus pendant sa campagne, il convoqua bientôt une réunion officieuse de députés fédéraux de l’Ouest et d’autres régions afin de définir des mesures susceptibles de soulager la misère des fermiers. Ce groupe de travail proposa une série de réductions des droits de douane et des frais de transport ainsi que l’instauration d’un système de réfrigération. Sur plusieurs questions, Douglas fit cause commune avec d’autres députés de l’Ouest, indépendamment de leur parti. Ainsi, en 1897, avec le soutien de Nicholas Flood Davin*, député conservateur d’Assiniboia-Ouest, il parvint à faire adopter un projet de loi abolissant les critères de résidence pour les récipiendaires d’une seconde concession statutaire, ce qui favorisa considérablement l’attribution de terres « gratuites » aux premiers colons des Prairies.

S’attaquer aux problèmes structurels soulevés par la Politique nationale s’avéra plus difficile. Bien que Douglas ait appartenu au caucus du gouvernement libéral, la plupart de ses collègues représentaient des circonscriptions du centre du pays et soutenaient les grandes lignes de la Politique nationale. L’exemple du tarif le montre. Malgré leur appui déclaré au libre-échange, les libéraux de Wilfrid Laurier hésitaient à s’aliéner les fabricants du centre du Canada, qui bénéficiaient du maintien des tarifs. Douglas jugeait tièdes les efforts en vue de réduire les droits de douane. Exprimant l’opinion que le gouvernement avait « administré seulement un remède homéopathique aux manufacturiers du pays », il faisait valoir qu’Ottawa aurait dû réduire de manière importante les droits sur les instruments aratoires.

Douglas affronta des problèmes semblables quand il promut la mesure pour laquelle il est le plus connu, à savoir le projet de loi réglementant les abus attribués aux monopoles du commerce céréalier. Présenté par lui pour la première fois en 1898, ce projet prévoyait notamment la nomination d’un inspecteur général du commerce des céréales et aurait exigé que toutes les compagnies ferroviaires desservant l’Ouest fournissent des plates-formes de chargement aux fermiers. Ces plates-formes étaient le seul moyen pour les agriculteurs de ne pas avoir à vendre leur produit aux entreprises d’élévateurs, qui, selon eux, les exploitaient souvent de diverses façons, entre autres en sous-évaluant le poids des chargements de grain et en imposant des frais excessifs d’entreposage. À cause de la forte opposition des sociétés céréalières et de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, le projet de loi de 1898 fut confié à un comité, où le gouvernement le laissa mourir. L’année suivante, Douglas proposa à nouveau le projet et se buta encore à l’opposition des intérêts céréaliers. Le ministre de l’Intérieur, Clifford Sifton*, veilla à ce que le projet soit transmis encore une fois à un comité où, cédant à un « groupe puissant de négociants en grain, de propriétaires d’élévateurs, de dirigeants de banque et de représentants de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique », les députés représentant d’autres circonscriptions que celles de l’Ouest le diluèrent à tel point que Douglas refusa de continuer à le défendre. Cette fois, cependant, les choses n’en restèrent pas là. Peut-être embarrassé par une accusation de Douglas selon laquelle le projet de loi de 1899 avait été victime de la « dureté » et des « combines pernicieuses » de Sifton, le gouvernement créa une commission royale d’enquête sur les problèmes des fermiers de l’Ouest. Les recommandations de cette commission servirent de base au Manitoba Grain Act de 1900. Malgré les efforts de Douglas et d’autres députés des Prairies, dont Robert Lorne Richardson* et Frank Oliver*, cette loi aussi fut atténuée au fil des étapes qu’elle franchit aux Communes. Néanmoins, la loi de 1900 et ses modifications ont été considérées comme la première grande réforme parlementaire du commerce céréalier dans l’Ouest canadien. Les projets de loi privés présentés par Douglas avaient servi de catalyseurs à l’amélioration du système de manutention du grain.

En 1900, Douglas se présenta comme libéral indépendant et fut réélu avec une faible majorité. Pendant son deuxième mandat, il continua de faire valoir les griefs des agriculteurs de sa circonscription. La Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique et les compagnies d’élévateurs gênaient toujours la mise en marché de leur production céréalière. En 1902, Douglas présenta une proposition sur le « blocus céréalier » qui avait résulté de l’incapacité de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique d’assurer, surtout dans le district d’Assiniboia, le transport d’une récolte particulièrement abondante. À la suite du débat sur cette proposition, la Chambre des communes apporta d’autres modifications au Manitoba Grain Act pour satisfaire les revendications de la Territorial Grain Growers’ Association.

En défendant les fermiers dans leur lutte contre les monopoles céréaliers, Douglas prit parti pour les producteurs les plus aisés sur des questions où leurs intérêts divergeaient de ceux des producteurs plus pauvres. Ainsi, en 1903, il s’opposa à une proposition de Thomas Osborne Davis, député libéral de la circonscription de Saskatchewan, visant à ce que les petits producteurs soient autorisés à se regrouper pour demander un wagon de transport des céréales. Député d’une circonscription où les colons venaient tout juste de s’installer, Davis voulait les aider à éviter les coûts excessifs de l’entreposage dans des élévateurs. En rejetant sa proposition, Douglas et d’autres députés des Prairies permirent aux fermiers bien établis de demeurer les principaux bénéficiaires des dispositions du Manitoba Grain Act sur la répartition des wagons.

Douglas ne se présenta pas aux élections de 1904, mais il retourna bientôt au Parlement à un autre titre. En faisant campagne comme candidat des Patrons of Industry en 1895, il avait parlé du Sénat canadien comme d’« une autre dépense inutile, un millier de dollars par an à vie à quelques politiciens planqués, des fossiles politiques qui ont fait leur temps ». Onze ans plus tard, le 8 mars 1906, il accepta un siège à la Chambre haute. Il y resterait jusqu’à sa mort en 1920.

Au Sénat, Douglas prit une part active aux débats, surtout lorsqu’ils portaient sur des questions qui lui étaient familières, les lois céréalières par exemple. En outre, il fut président du comité permanent de l’agriculture. Se rappelant peut-être combien il avait été frustré que les comités des Communes défigurent ses projets de loi sur les céréales, il s’objecta au fait que le comité du Sénat sur les chemins de fer comprenne une proportion injustement élevée, selon lui, de sénateurs des plus anciennes provinces de la Confédération. Par la suite, Douglas et son collègue sénateur Thomas Osborne Davis résistèrent à des tentatives du gouvernement conservateur de sir Robert Laird Borden* d’éliminer certaines protections majeures obtenues des années auparavant grâce à eux par les fermiers.

Douglas adopta des positions progressistes en diverses autres matières. En 1908, s’inspirant de son expérience en Inde, il s’opposa aux députés conservateurs qui voulaient restreindre l’immigration en provenance de ce pays. En 1913, il défendit le droit des nouveaux arrivants sikhs de parrainer l’immigration de membres de leur famille [V. Harnam Kaur]. En 1914, il dénonça la loi conservatrice qui allongeait la période de résidence nécessaire aux immigrants pour obtenir la naturalisation ; pareille loi, signala-t-il, bafouait les droits d’un grand nombre d’habitants des Prairies qui étaient utiles à la société. De plus, en faisant valoir que c’était une « grave erreur » d’essayer de légiférer sur la moralité, il résista aux sénateurs conservateurs qui tentaient de restreindre davantage le divorce. Dans l’ensemble, en matière de libertés civiles, il se situait dans le courant dominant du libéralisme de Laurier.

« Orateur chevronné et éloquent », James Moffat Douglas usa de ses compétences pour défendre les intérêts de l’Ouest à l’époque où des colons cultivateurs s’y installaient en grand nombre. Il fut le premier candidat d’un tiers parti des Prairies à entrer au Parlement ; son élection précéda de 25 ans le triomphe du Parti progressiste dans l’Ouest en 1921. D’abord sous la double bannière des Patrons of Industry et du Parti libéral, puis en tant que libéral indépendant, il combina la rhétorique du radicalisme agrarien avec le pragmatisme du Parti libéral, comme le feraient par la suite les membres du Parti progressiste. Sans toujours réussir à obtenir satisfaction pour ses électeurs, il prêta son éloquence aux Canadiens de l’Ouest qui aspiraient à un traitement plus juste au sein de la Confédération.

Lyle Dick

Des sources manuscrites et imprimées donnent trois dates de naissance pour James Moffat Douglas. Une entrée datant de 1841 dans le registre des naissances et baptêmes de Linton, conservé au General Register Office for Scotland (Édimbourg), indique que John Douglas, de Linton Bankhead, et Euphemia Moffat eurent un fils nommé James le 1er juin 1836. On trouve une autre date, le 26 mai 1838, dans le CPG de 1897 et dans un portrait de Douglas paru dans le Vidette (Indian Head and Fort Qu’Appelle, [Sask.]) le 5 mai 1897. La troisième date, le 26 mai 1839, figure dans le CPG de 1903, dans une notice nécrologique publiée dans le Morning Leader, de Regina, le 20 août 1920, et dans les éditions de 1898 et 1912 de Canadian men and women of the time (Morgan), et dans beaucoup d’autres sources. À notre avis, la date du 26 mai 1839 est la plus plausible : l’entrée du General Register Office peut simplement vouloir dire que John Douglas et Euphemia Moffat ont eu deux fils nommés James, dont le premier est mort dans la petite enfance. La plupart des éléments de preuve connus laissent entendre que James Moffat Douglas lui-même considérait le 26 mai 1839 comme sa date de naissance.  [l. d.]

AO, RG 80-27-2, 42 : 15.— Saskatchewan Arch. Board (Regina), R-E 223 (brief hist. of the Douglas family and the Tantallon farm) ; R-E 3571 (nomination paper for J. M. Douglas, 16 juin 1896).— Saskatchewan Arch. Board (Saskatoon), Homestead files, 623415, 678027.— Qu’Appelle Progress (Qu’Appelle, par la suite Qu’Appelle Station [Qu’Appelle, Sask.]), 1889–22 déc. 1898, publié par la suite sous le titre Progress (Qu’Appelle Station), 29 déc. 1898–1900.— Qu’Appelle Vidette (Fort Qu’Appelle), 1889–27 févr. 1896, publié par la suite sous le titre Vidette (Fort Qu’Appelle and Indian Head ; Indian Head), 5 mars 1896–1899, 1905–1906.— Regina Leader, 1903–1906.— Regina Standard, 1903–1905.— Winnipeg Tribune, 1898–1903.— Canada, Chambre des communes, Débats, 1896–1904 ; Sénat, Débats, 1906–1920.— Lyle Dick, Farmers « making good » : the development of Abernethy District, Saskatchewan, 1880–1920 (Ottawa, 1989).— « Documents of western history : the agrarian movement in the 1890’s », Sask. Hist., 7 (1954) : 51–55.— V. C. Fowke, The National Policy and the wheat economy (Toronto, 1957).— D. J. Hall, « The Manitoba Grain Act : an « agrarian Magna Charta » ? » Prairie Forum (Regina), 4 (1979) : 105–120.— Gilbert Johnson, « James Moffat Douglas », Sask. Hist., 7 : 47–50.— B. R. McCutcheon, « The Patrons of Industry in Manitoba, 1890–1898 », Man., Hist. and Scientific Soc., Trans. (Winnipeg), 3 sér., no 22 (1965–1966) : 7–25.— H. S. Patton, Grain growers’ coöperation in western Canada (Cambridge, Mass., 1928).— L. A. Wood, A history of farmers’ movements in Canada (Toronto, 1924 ; réprim., introd. de F. J. K. Griezic, Toronto et Buffalo, N.Y., 1975).

Bibliographie générale

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Lyle Dick, « DOUGLAS, JAMES MOFFAT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/douglas_james_moffat_14F.html.

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Auteur de l'article:   Lyle Dick
Titre de l'article:   DOUGLAS, JAMES MOFFAT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   18 septembre 2014