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KAUR (Kor), HARNAM, née vers 1886 à Peshâwar (Pãkistãn) ; elle épousa Bhag Singh, et ils eurent deux enfants ; décédée le 30 janvier 1914 à Vancouver.

II y eut plusieurs milliers de pionniers sikhs au Canada ; Harnam Kaur est l’une des quatre ou cinq femmes que l’on retrouve parmi eux. Les sikhs de la Colombie-Britannique se mobilisèrent pour qu’elle obtienne le statut d’immigrante, et son cas donna lieu à la détérioration des rapports entre sa communauté et les autorités de l’immigration.

Le mari de Harnam Kaur, Bhag Singh, qui était originaire du village de Bhikhiwind, au Pañjãb (Bhikkiwind Uttar, Inde), était arrivé au Canada en 1906. À Vancouver, il devint secrétaire du temple sikh et participa activement aux protestations contre les lois d’exclusion adoptées en 1908 en matière d’immigration. En 1910, il retourna en Inde. Au début de l’année suivante, lui-même et Harnam Kaur se mirent en route pour le Canada en compagnie d’un prêtre du temple de Vancouver, Balwant Singh, de sa femme, Kartar Kaur, et des deux enfants de ceux-ci. Leur but, annoncé abondamment parmi les sikhs de l’Amérique du Nord, était d’établir le droit des femmes à rejoindre leur mari au Canada.

À Calcutta et à Rangoon (Yangon, Birmanie), Harnam Kaur, comme les autres membres du groupe, se vit refuser un aller direct. Tous les immigrants venant de l’Inde subissaient cette situation fâcheuse. Depuis 1908, le Canada exigeait qu’ils fassent un voyage sans escale, et le gouvernement avait fait de cette règle un obstacle insurmontable en ordonnant aux compagnies de transport maritime de ne pas vendre de billets directs. Harnam Kaur et ses compagnons tentèrent de débarquer à San Francisco puis à Seattle, dans l’État de Washington, mais les autorités américaines les refoulèrent. Dans les derniers mois de l’année, à Hong-Kong, elle donna naissance à un garçon qui avait été conçu après qu’elle-même et son mari eurent quitté l’Inde.

En janvier 1912, les deux familles arrivèrent à Vancouver à bord d’un vapeur en provenance de Hong-Kong. Comme leur voyage ne s’était pas fait d’un seul trait, ils ne répondaient pas à l’exigence de la loi. Les hommes furent acceptés en tant que résidents rentrant au pays, mais les autorités ordonnèrent la déportation des femmes et des enfants. En 1910, les fonctionnaires de l’immigration avaient accepté la femme d’un embaucheur, Uday Ram Joshi, ce qui n’avait guère soulevé de controverse. Deux ans plus tard cependant, ils étaient déterminés à ne pas encourager d’autres familles à venir. Ouvrir la porte aux femmes des « Hindous », fit valoir l’agent d’immigration de Vancouver, « entraînerait l’établissement définitif de leur communauté au Canada ».

Les objections des sikhs à l’exclusion de leurs familles furent contrées par le conseil ministériel de Vancouver, le National Council of Women of Canada et d’autres organismes qui craignaient que les immigrants venus de l’Inde ne s’établissent en permanence une fois qu’on aurait admis leurs femmes et leurs enfants. En juin 1912, le ministre de l’Intérieur, Robert Rogers*, décida d’autoriser Harnam Kaur et Kartar Kaur à rester, tout en soulignant que sa décision ne pourrait pas servir de précédent. Par la suite, le département fit la même concession dans deux autres cas – celui de la femme de Hira Singh et celui de la mère et des quatre fils de Hakam Singh. Ces personnes furent admises respectivement en juillet 1912 et en juillet 1913. Le règlement de ces deux cas fut long, et aucune autre concession ne suivit, même si les sikhs continuèrent de soulever la question. Finalement, en 1919, après que des hommes d’État de l’Empire eurent fait valoir que la politique du Canada aggravait les difficultés de la Grande-Bretagne au Pañjãb, les femmes et les enfants des hommes ayant établi leur statut de résident commencèrent d’être admis. À compter de ce moment, des familles sikhs se formèrent au Canada.

Harnam Kaur mourut en 1914 chez elle dans le district de Fairview, à Vancouver, neuf jours après avoir donné naissance à une fille. Le jour de ses obsèques, le temple sikh de Vancouver accepta la charge de ses deux enfants. Leur père mourut au cours d’une fusillade au temple plus tard la même année. Comme il y avait très peu de femmes du Pañjãb au Canada, la petite fille fut confiée à une Blanche (peut-être Annie Singh, la femme d’un sikh du Pañjãb). Quand elle eut six ans, le temple l’envoya en Inde pour qu’elle soit élevée selon les coutumes du Pañjãb. Les documents qu’on a pu consulter ne disent rien sur ce qu’il advint à son frère après la mort de leur père.

Hugh J. M. Johnston

Norman Buchignani et al., Continuous journey : a social history of South Asians in Canada ([Toronto], 1985).— H. [J. M.] Johnston, « Patterns of Sikh migration to Canada, 1900–1960 », dans Sikh history and religion in the twentieth century, J. T. O’Connell et al., édit. (Toronto, 1988), 296–313 ; The voyage of the « Komagata Maru » : the Sikh challenge to Canada’s colour bar (Delhi, Inde, 1979 ; 2e éd., Vancouver, 1989).— Kesar Singh, Canadian Sikhs and « Kamagata Maru » massacre (1 vol. paru, Surrey, C.-B., 1989–  ).— Mahinder Singh Dhillon, A history book of the Sikhs in Canada and California (Vancouver, 1981).

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Hugh J. M. Johnston, « KAUR, HARNAM », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kaur_harnam_14F.html.

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Auteur de l'article:   Hugh J. M. Johnston
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
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