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DE BLAQUIÈRE, PETER BOYLE, officier de milice, homme politique, fonctionnaire et administrateur d’université, né le 26 avril 1783 à Dublin, cinquième fils de sir John Blaquiere et d’Eleanor Dobson ; le 13 septembre 1804, il épousa Eliza O’Brien (décédée en 1814), de Newcastle (Newcastle West, république d’Irlande), et ils eurent quatre fils et trois filles, puis le 26 novembre 1818 Eliza Roper, de Rathfarnham Castle, comté de Dublin, et ils eurent trois fils et cinq filles ; décédé le 23 octobre 1860 à Yorkville (Toronto).

De toute évidence, la carrière que Peter Boyle De Blaquière fit au Canada devait beaucoup à la réputation et au rang de son père. John Blaquiere, fils d’un émigré français établi à Londres, devint secrétaire de légation en France et accompagna lord Harcourt en Irlande à titre de premier secrétaire lorsque celui-ci fut nommé lord-lieutenant en 1772. Quand Harcourt démissionna, quatre ans plus tard, Blaquiere resta en Irlande. Il fut élu député au Parlement irlandais, fait baronnet en 1784 et créé baron De Blaquiere of Ardkill, dans le comté de Londonderry (Irlande du Nord), en 1800. Son fils aîné, John, hérita de son titre en 1812. Ainsi, quand Peter Boyle De Blaquière immigra dans le Haut-Canada en 1837, il était fils et frère de pair et avait lui-même droit à ce que le mot « honorable » précède son nom. Un demi-siècle plus tard, son petit-fils William allait hériter du titre de la famille, qui disparut en 1920.

Pourtant, on sait peu de chose sur les 50 premières années de la vie de Peter Boyle De Blaquière. Il servit dans la marine royale comme midshipman sur le Director, sous le commandement du capitaine William Bligh, rendu célèbre par l’affaire du Bounty. Lors de la mutinerie survenue dans le bassin d’ancrage de Nore, en mai et juin 1797, Bligh et trois midshipmen, dont De Blaquière, furent expulsés de leur navire, mais purent rentrer et être présente à la bataille de Camperduin, où la flotte hollandaise fut détruite, en octobre. Après avoir quitté la marine, De Blaquière élut domicile à Southampton, où l’on trouve encore divers documents – notamment des certificats de baptême et de mariage – se rapportant à lui et à sa famille, et datant des décennies 1820 et 1830. Il y fut nommé membre honoraire du conseil, prit part comme tory à la politique locale et nationale, soutint fermement l’Église d’Angleterre et s’intéressa à la promotion des chemins de fer. Tout cela annonçait sa carrière canadienne.

De Blaquière fut reçu dans le Haut-Canada comme un personnage très important. Il arriva en 1837 avec sa nombreuse famille et, apparemment, avec quelques biens, puis acheta une propriété dans le nouveau village de Woodstock, dans le comté d’Oxford. Il se trouva là parmi un impressionnant groupe issu de la gentry et formé d’officiers à la demi-solde venus de Grande-Bretagne, qui avaient commencé à acquérir des terres plus tôt dans la décennie et avaient acquis de l’influence dans tous les secteurs de la politique régionale. D’anciens officiers de marine comme le contre-amiral Henry Vansittart et le commander Andrew Drew* comptaient parmi ses voisins les plus connus. Quelques mois à peine après son arrivée, Drew fit appel à lui pour rassembler des piques en prévision de l’attaque du Caroline. De plus, en tant que lieutenant-colonel du 3e régiment de milice d’Oxford, De Blaquière contribua lui-même activement à réprimer la rébellion. Tenu en haute estime par ses concitoyens, il fut, en 1838, élu marguillier de St Paul, la première congrégation anglicane de Woodstock [V. William Craddock Bettridge*] et, en 1842, nommé préfet du district de Brock.

En 1837, sir Francis Bond Head* avait recommandé que De Blaquière soit nommé au Conseil législatif. Le lieutenant-gouverneur le décrivait comme « un homme très intelligent [et] un bon orateur », ajoutant qu’il était « à peu près le seul Irlandais qu’[il pouvait] nommer », faisant sans doute allusion aux opinions tories soutenues par De Blaquière et à son rang social. Il devint en effet conseiller législatif en 1839 et, deux ans plus tard, entra au Conseil législatif de la province du Canada. Mais il ne semble pas alors avoir joué un rôle de premier plan. Tory jusqu’à la moelle, il trouvait difficile d’accepter la transition qui devait mener au gouvernement responsable, même s’il était personnellement en bons termes avec les chefs réformistes Robert Baldwin et Francis Hincks*. Peut-être ses convictions étaient-elles trop fermes pour qu’il puisse prendre part au jeu de la politique de parti et approuver l’accession de Canadiens français au gouvernement. Quoi qu’il en soit, le gouverneur général, sir Charles Theophilus Metcalfe*, ne tint pas compte de lui quand vint le moment de nommer le président du Conseil législatif en 1843 [V. René-Édouard Caron*] et de pourvoir à un siège au Conseil exécutif l’année suivante. En 1850, lord Elgin [Bruce*] écrivait que De Blaquière s’était « en quelque sorte retranché dans sa mauvaise humeur pendant les quatre années précédentes parce que lord Metcalfe ne l’a[vait] pas nommé président du Conseil législatif ». Les délibérations du conseil révèlent que, à compter de 1844 et pendant plusieurs années, De Blaquière s’absenta souvent, parfois pendant une session entière. Toutefois, en 1856, il ne manqua pas d’être présent pour diriger l’opposition de dix conseillers à une mesure visant à rendre le conseil électif, parce que cela aurait accordé « une prépondérance indue à l’élément populaire » et aurait contribué à « séparer le Canada de la mère patrie ». Pourtant, vers la fin de sa vie, il vota en faveur d’une mesure qui rendait élective la présidence du conseil. Le Globe avança en 1860 que De Blaquière avait été « une exception à la règle » qui veut que les hommes deviennent plus modérés dans leurs opinions avec l’âge.

Même s’il était un fidèle éminent et inébranlable de l’Église d’Angleterre, De Blaquière était fin prêt, au besoin, à croiser le fer avec le redoutable évêque de Toronto, John Strachan*. Le 31 janvier 1850, à sa résidence de Rockwood, près de Kingston, où il avait emménagé quand cette ville était devenue la capitale de la province du Canada, De Blaquière proposa dans une lettre publique une réorganisation radicale de l’Église d’Angleterre : élection de deux autres évêques et assemblées triennales, au cours desquelles le clergé et les laïques partageraient le pouvoir avec l’évêque. En même temps, il prépara sur le sujet un projet de loi qu’il entendait présenter au Conseil législatif. Que De Blaquière fasse publiquement pareille proposition sans avoir consulté l’évêque fut considéré comme un outrage, et une tempête d’insultes s’abattit sur lui. En fait, comme les événements des six années suivantes allaient le démontrer, l’Église s’en allait dans cette direction. Quand, en 1856, Strachan fut prêt à demander une loi qui permettrait d’ouvrir la voie au gouvernement synodal, il demanda à De Blaquière de guider les débats du conseil sur le projet de loi en question.

Les deux hommes eurent cependant des différends beaucoup plus sérieux sur la question universitaire. En 1849, le Parlement adopta une loi qui transformait le King’s College, d’orientation anglicane, en l’University of Toronto, séculière, et qui transférait à la seconde la fondation substantielle dont jouissait le premier. D’après l’évêque Strachan, il s’agissait d’une trahison et d’une spoliation monstrueuses. Il s’attendait que les fidèles loyaux à l’Église d’Angleterre appuient ses dénonciations de l’université « athée » et ses efforts en vue de recueillir des fonds, au Canada et en Angleterre, pour fonder une nouvelle université rattachée à l’Église, le Trinity College. Toutefois, il apparut bientôt que tous les anglicans du. Canada ne soutenaient pas l’évêque. Par exemple, quand la formation du premier « sénat » de l’University of Toronto fut annoncée au début de 1850, la liste des 25 membres commençait par le nom de l’honorable Peter Boyle De Blaquière. Peu après, l’assemblée délibérante de l’université passa à l’élection d’un chancelier et, le juge en chef James Buchanan Macaulay ayant refusé cet honneur, on l’offrit à De Blaquière, qui l’accepta le 4 mai 1850. Il avait récemment quitté Kingston pour s’installer à Toronto « dans l’intention expresse d’offrir à [son] fils l’inestimable avantage d’une formation universitaire » et allait demeurer juste au nord de Toronto, à Yorkville, jusqu’à la fin de sa vie.

Entre-temps, Strachan, âgé de 72 ans, s’était embarqué pour l’Angleterre, où il passa plusieurs mois à recueillir des fonds, à tenter d’obtenir une charte royale pour le Trinity College et à dénoncer l’University of Toronto comme « antichrétienne » et « impie ». Mis au courant des activités de l’évêque, le chancelier De Blaquière défendit longuement l’université en termes vigoureux et, au retour de Strachan, les deux hommes s’engagèrent dans un âpre débat qui parut dans les journaux. Strachan affirmait avec insistance que l’Église d’Angleterre avait le droit de fonder, avec ses propres fonds, une université qui lui serait rattachée et qui remplacerait le King’s College, « supprimé ». Avec une égale véhémence, De Blaquière insistait sur la nécessité de n’avoir, dans le Haut-Canada, qu’une seule université subventionnée à même les deniers publics et affirmait que l’Église d’Angleterre devait se limiter à la fondation d’une école de théologie. Il accusa ensuite Strachan d’avoir agi sans consulter « [leur] Église, comme telle », ce à quoi l’évêque rétorqua que De Blaquière, « dans un esprit tout à fait malveillant », avait publié « un document calomniateur ».

Dans une certaine mesure, leur lutte fut un match nul. L’établissement du Trinity College, en 1851-1852, ébranla l’University of Toronto sans la détruire. Un demi-siècle plus tard, le collège s’associa à l’université dans une fédération. Quant à De Blaquière, il démissionna de la chancellerie en octobre 1852 pour protester contre le projet de loi de Francis Hincks, adopté en 1853, qui réorganisait l’University of Toronto selon un schéma semblable à celui de l’University of London.

De toute évidence, Peter Boyle De Blaquière n’était pas un Haut-Canadien typique de son époque, mais il était éminemment représentatif d’un nombre assez grand d’immigrants de la classe supérieure et de la haute bourgeoisie qui, venus de la mère patrie, participèrent à la direction des affaires politiques, éducatives et sociales de leur pays d’adoption.

G. M. Craig

Nous remercions chaleureusement Mlle S. D. Thomson, archiviste de la ville de Southampton, Angleterre, qui nous a fourni des renseignements sur Peter Boyle De Blaquière, extraits des documents conservés au Southampton City Record Office.  [g. m. c.]

AO, MS 35 ; MU 2863, Andrew Drew à [De] Blaquière, 23 déc. 1837.— APC, RG 7, G14, 9 : 3986-3996.— MTL, Robert Baldwin papers.— Arthur papers (Sanderson).— Canada, prov. du, Conseil législatif, Journaux, 1841-1861.— Coll. Elgin-Grey (Doughty).— Doc. hist. of education in U.C. (Hodgins), 9-10.— British Colonist (Toronto), 1839-1840.— Chronicle & Gazette, 5 oct., 21 déc. 1839, 25, 29 janv. 1840, 2, 23 févr., 28 sept. 1842, 30 sept., 18 oct. 1843, 25 mai 1847.— Church, 14, 21 févr., 14 mars, 25 avril, 6, 27 juin, 4 juill. 1850.— Cobourg Star, 4 mai 1859.— Globe, 1er mai 1850, 7, 9, 11 janv. 1851, 25 oct. 1860.— Pilot (Montréal), 12 août 1844.— DNB (bio. de John Blaquiere).— L. G. Pine, The new extinct peerage, 1884-1971 : containing extinct, abeyant, dormant & suspended peerages ; with genealogies and arms (Londres, 1972).— Brian Dawe, « Old Oxford is wide awake ! » pioneer settlers and politicians in Oxford County, 1793-1853 (s.l., 1980).— J. A. Froude, The English in Ireland in the eighteenth century (3 vol., New York, 1873-1874).— George Mackaness, The life of Vice-Admiral William Bligh, R.N., F.R.S. (2 vol., Sydney et Londres, 1931 ; éd. rév., 1 vol., 1951).— Read, Rising in western U.C.— Arthur Sweatman, A sketch of the history of the parish of Woodstock ([Woodstock, Ontario, 1902]).

Bibliographie générale

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G. M. Craig, « DE BLAQUIÈRE, PETER BOYLE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/de_blaquiere_peter_boyle_8F.html.

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Auteur de l'article:   G. M. Craig
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   24 octobre 2014